Encyclique "Arcanum divinae sapientiae" 10 février 1880.La nature du mariage chrétien.3142(Toute la tradition enseigne que) le Christ Seigneur a élevé le mariage
à la dignité de sacrement et (qu')il a fait, en même temps, que les
époux, entourés et fortifiés par la grâce du ciel née de ses mérites,
arrivent à la sainteté dans le mariage, et (que) c'est dans le mariage
qu'il a, par une admirable ressemblance avec le modèle qu'est son union
mystique avec l'Eglise, rendu parfait l'amour qui est dans notre nature
et uni plus fortement, par le lien de la charité divine, la société,
indivisible par nature, de l'homme et de la femme. ...
De même nous
avons appris de l'autorité des apôtres que cette unité et cette
stabilité perpétuelle qui étaient exigées depuis l'origine même des
noces, le Christ a commandé qu'elle soit sainte et à jamais inviolable.
3143Mais ce n'est pas en ce qui a été rappelé seulement que sont donnés la
perfection chrétienne et l'accomplissement. Car en premier lieu la
société conjugale s'est vu proposer quelque chose de plus élevé et de
plus noble que ce qui existait auparavant, puisque la fin qui lui fut
assignée ne fut pas seulement de propager le genre humain, mais
d'engendrer à l'Eglise une descendance, des "concitoyens des saints et
des familiers de Dieu"
Ep 2,19...
En second lieu, les devoirs de chacun des conjoints sont définis et
leurs droits complètement décrits. Il faut en effet qu'ils se
souviennent toujours qu'ils se doivent l'un à l'autre l'amour le plus
grand, une constante fidélité, et une assistance inventive et assidue.
L'homme est le chef de la famille et la tête de la femme ; celle-ci
cependant, parce qu'elle est la chair de sa chair et l'os de ses os,
doit être soumise à l'homme et lui obéir, non pas à la manière d'une
servante, mais d'une compagne, en sorte que l'obéissance qu'elle lui
rend ne soit ni sans dignité ni sans honneur. Mais en celui qui préside
comme en celle qui obéit, puisque tous deux sont une image, l'un du
Christ, l'autre de l'Eglise, il faut que ce soit toujours la charité
divine qui règle le devoir. ...
Le pouvoir de l'Eglise sur le mariage chrétien3144Le Christ ayant donc ainsi, avec tant de perfection, renouvelé et
relevé le mariage, en remit et confia à l'Eglise toute la discipline.
Et ce pouvoir sur le mariage des chrétiens, l'Eglise l'a exercé en tous
temps et en tous lieux, et elle l'a fait de façon à montrer que ce
pouvoir lui appartenait en propre et qu'il ne tirait pas son origine
d'une concession des hommes, mais qu'il avait été divinement accordé
par la volonté de son fondateur. ...
De manière semblable, un droit
du mariage égal pour tous et le même pour tous fut établi, par la
suppression de l'ancienne distinction entre esclaves et hommes libres ;
les droits de l'homme et de la femme sont égaux ; car comme le disait
Jérôme, "chez nous, ce qui n'est pas permis aux femmes ne l'est pas non
plus aux hommes, et c'est la même servitude dans la même condition" ;
et ces mêmes droits se sont trouvés solidement confirmés du fait que la
bienveillance est accordée en retour et en raison de la réciprocité des
devoirs ; la dignité de la femme est affermie et reconnue ; il est
défendu au mari de punir de mort la femme adultère et de violer la foi
jurée en se livrant à la passion et à l'impudicité.
Et c'est aussi
un fait important que l'Eglise ait limité, autant qu'il fallait, le
pouvoir du père de famille, pour que la juste liberté des fils et des
filles qui veulent se marier ne fût en rien diminuée ; qu'elle ait
décrété qu'il ne peut pas y avoir de mariages entre parents et alliés à
certains degrés, afin que l'amour surnaturel des époux se répande dans
un plus vaste champ ; qu'elle ait cherché à écarter du mariage, autant
qu'elle le pouvait, l'erreur, la violence et la fraude ; qu'elle ait
voulu que la sainte pudeur de la couche nuptiale, la sûreté des
personnes, l'honneur du mariage, la fidélité aux serments soient gardés
intacts. Enfin elle a consolidé cette institution divine avec tant de
force et avec une telle prévoyance de ses lois qu'il n'est pas de juge
équitable qui ne reconnaisse que pour cette raison aussi, pour ce qui
est du mariage, l'Eglise est la meilleure gardienne et le meilleur
défenseur du genre humain...
3145Personne non plus ne doit se laisser émouvoir par cette distinction, si
fortement proclamée par les légistes régaliens, entre le contrat et le
sacrement, dans le dessein de réserver à l'Eglise ce qui est du
sacrement et de livrer le contrat au pouvoir et au vouloir des
autorités civiles.
Une telle distinction, une telle dissociation
plutôt, ne peut être acceptée, puisqu'il est reconnu que, dans le
mariage chrétien, le contrat n'est pas dissociable du sacrement, et
que, dès lors, il ne peut exister de contrat vrai et légitime qui ne
soit par le fait même un sacrement. Car le Christ le Seigneur, a élevé
le mariage à la dignité de sacrement or le mariage est le contrat
lui-même dès lors qu'il est conclu selon le droit.
3146A cela s'ajoute que la raison pour laquelle le mariage est un
sacrement, c'est qu'il est un signe sacré qui produit la grâce et qui
représente l'image des noces mystiques du Christ avec l'Eglise. Or la
forme et la figure de celles- ci s'expriment dans le lien de l'union
très intime qui relie réciproquement l'homme et la femme et qui n'est
autre que le mariage lui-même. Il en résulte que tout mariage légitime
entre chrétiens est en lui-même et par lui-même un sacrement. Rien
n'est plus éloigné de la vérité qu'un sacrement qui serait un ornement
ajouté ou une propriété venant du dehors, susceptible d'être dissociée
et séparée du contrat par la volonté des hommes.