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 Allocution de Pie XII sur la liturgie pastorale

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MessageSujet: Allocution de Pie XII sur la liturgie pastorale   Sam 15 Mar 2008, 22:00

Allocution de Pie XII sur la liturgie pastorale


septembre 1956

Discours prononcé par
Sa Sainteté le Pape Pie XII

en conclusion des travaux du 1er congrès international
de liturgie pastorale d'Assise le 22 septembre 1956



* La Liturgie et L'Église
* La Liturgie et le Seigneur
Actio Christi
Praesentia Christi
Infinita et divina maiestas Christi


Vous Nous avez demandé de vous adresser la parole pour clôturer le Congrès International de Liturgie Pastorale, qui vient de se tenir à Assise. C'est de tout coeur que Nous répondons à votre demande et que Nous vous souhaitons la bienvenue. Si l'on compare la situation actuelle du mouvement liturgique avec ce qu'il était il y a trente ans, on constate qu'il a accompli un progrès indéniable tant en extension qu'en profondeur. L'intérêt porté à la liturgie, les réalisations pratiques et la participation active des fidèles ont pris un développement qu'il eût été difficile de pressentir à ce moment. L'impulsion principale, tant en matière doctrinale que dans les applications pratiques, vint de la Hiérarchie et, en particulier, de Notre saint Prédécesseur Pie X, qui par son Motu Proprio "Abhinc duos annos" du 23 octobre 1913 (Acta Ap. Sedis, a. 5, 1913, p. 449-451) donna au mouvement liturgique un élan décisif. Le peuple croyant accueillit ces directives avec reconnaissance et se montra prêt à y répondre ; les liturgistes se mirent à l'oeuvre avec zèle, et bientôt s'épanouirent des initiatives intéressantes et fécondes, même si parfois certaines déviations appelèrent un redressement de la part de l'Autorité ecclésiastique. Parmi les nombreux Documents publiés récemment à ce sujet, qu'il Nous suffise d'en mentionner trois : l'Encyclique Mediator Dei, De sacra Liturgia du 20 novembre 1947 (Acta Ap. Sedis, a. 39, 1947, p. 522-595), le dispositif nouveau de la Semaine sainte, en date du 16 novembre 1955 (Acta Ap. Sedis, a. 47, 1955, p. 838-847), qui a aidé les fidèles à mieux comprendre et à participer davantage à l'amour, aux souffrances et à la glorification de Notre-Seigneur, et finalement l'Encyclique De musica sacra du 25 décembre 1955 (Acta Ap. Sedis, a. 48, 1956, p. 5-25). Le mouvement liturgique est apparu ainsi comme un signe des dispositions providentielles de Dieu sur le temps présent, comme un passage du Saint-Esprit dans son Église, pour rapprocher davantage les hommes des mystères de la foi et des richesses de la grâce, qui découlent de la participation active des fidèles à la vie liturgique.

Le Congrès qui se termine actuellement, avait précisément pour but de montrer l'inappréciable valeur de la liturgie pour la sanctification des âmes et donc pour l'action pastorale de l'Église. Vous avez étudié cet aspect de la liturgie, tel qu'il se manifeste dans l'histoire et continue actuellement à se déployer ; vous avez examiné aussi comment il est fondé sur la nature des choses, c'est-à-dire comment il découle des éléments constitutifs de la liturgie. Votre Congrès comportait donc une étude du développement historique, des réflexions sur la situation actuelle et un examen des objectifs à atteindre dans l'avenir et des moyens propres à y conduire. Après avoir considéré attentivement votre programme de travail, Nous formulons des voeux pour que cette nouvelle semence, ajoutée à celles du passé, produise de riches moissons au profit des individus et de toute l'Église.

Dans cette Allocution, au lieu de vous présenter des normes plus détaillées, sur lesquelles le Saint-Siège s'est déjà suffisamment prononcé, Nous avons jugé plus utile d'aborder quelques points importants que l'on discute actuellement en matière liturgique-dogmatique et qui Nous tiennent plus à coeur. Nous grouperons ces considérations sous deux titres, qui seront de simples indications plutôt que les thèmes mêmes de Nos développements : la Liturgie et l'Église, la Liturgie et le Seigneur.

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MessageSujet: Re: Allocution de Pie XII sur la liturgie pastorale   Sam 15 Mar 2008, 22:01

I. La Liturgie et L'Église


Comme Nous l'avons dit dans l'Encyclique Mediator Dei, la liturgie constitue une fonction vitale de toute l'Église, et non seulement d'un groupe et d'un mouvement déterminé. Sacra Liturgia integrum constituit publicum cultum mystici Iesu Christi Corporis, capitis nempe membrorumque eius [1] (A.A.S., a. 39, 1947, p. 528-529). Le Corps Mystique du Seigneur vit de la vérité du Christ et des grâces qui se répandent dans les membres, les animent et les unissent entre eux et avec leur Chef. Telle est l'idée de saint Paul, quand il dit dans sa première Épître aux Corinthiens : Omnia vestra sunt, vos autem Christi, Christus autem Dei [2] (1 Cor. 3, 23). Tout est donc dirigé vers Dieu, son service et sa gloire. L'Église, remplie des dons et de la vie de Dieu, se livre d'un mouvement intime et spontané à l'adoration et à la louange du Dieu infini et, par la liturgie, lui rend comme société le culte qu'elle lui doit.

[1] La sainte liturgie est le culte intégral du Corps mystique de Jésus-Christ, c'est-à-dire du Chef et de ses membres.

[2] Tout est à vous, vous êtes au Christ, le Christ est à Dieu.

A cette liturgie unique, chacun des membres, ceux qui sont revêtus du pouvoir hiérarchique comme la foule des fidèles, apporte tout ce qu'il a reçu de Dieu, toutes les ressources de son esprit, de son coeur et de ses oeuvres. La Hiérarchie d'abord, qui détient le depositum fidei et le depositum gratiae. Au depositum fidei, à la vérité du Christ contenue dans l'Écriture et la Tradition, elle puise les grands mystères de la foi et les fait passer dans la liturgie, en particulier ceux de la Trinité, de l'Incarnation et de la Rédemption. Mais on trouverait difficilement une vérité de foi chrétienne qui ne soit exprimée en quelque manière dans la liturgie, qu'il s'agisse des lectures de l'Ancien et du Nouveau Testament, pendant la Sainte Messe et dans l'Office divin, ou des richesses que l'esprit et le coeur découvrent dans les Psaumes. Les cérémonies liturgiques solennelles sont d'ailleurs une profession de foi en acte ; elles réalisent les grandes vérités de la foi sur les desseins impénétrables de la générosité de Dieu et ses faveurs inépuisables à l'égard des hommes, sur l'amour et la miséricorde du Père céleste envers le monde, pour le salut duquel il envoya son Fils et le livra à la mort. C'est ainsi que l'Église communique en abondance dans la liturgie les trésors du depositum fidei, de la vérité du Christ. Par la liturgie aussi se répandent les trésors du depositum gratiae que le Seigneur a transmis à ses Apôtres : la grâce sanctifiante, les vertus, les dons, le pouvoir de baptiser, de conférer le Saint-Esprit, de remettre les péchés par la pénitence, de consacrer des prêtres. C'est au coeur de la liturgie que se déroule la célébration de l'Eucharistie, sacrifice et repas ; c'est en elle aussi que se confèrent tous les sacrements et que, par les sacramentaux, l'Église multiplie largement les bienfaits de la grâce dans les circonstances les plus diverses. La Hiérarchie étend encore sa sollicitude à tout ce qui contribue à rendre plus belles et plus dignes les cérémonies liturgiques, qu'il s'agisse des lieux de culte, du mobilier, des vêtements liturgiques, de la musique sacrée ou de l'art sacré.

Si la Hiérarchie communique par la liturgie la vérité et la grâce du Christ, les fidèles de leur côté ont pour tâche de les recevoir, d'y consentir de toute leur âme, de les transformer en valeurs de vie. Tout ce qui leur est offert, les grâces du sacrifice de l'autel, des sacrements et des sacramentaux, ils les acceptent, non d'une manière passive, en les laissant simplement s'écouler en eux, mais en y collaborant de toute leur volonté et de toutes leurs forces, et surtout en participant aux offices liturgiques ou du moins en suivant leur déroulement avec ferveur. Ils ont contribué dans une large mesure et continuent à contribuer par un effort constant à accroître l'apparat extérieur du culte, à construire des églises et des chapelles, à les décorer, à rehausser la beauté des cérémonies liturgiques par toutes les splendeurs de l'art sacré.

La contribution que la Hiérarchie et celle que les fidèles apportent à la liturgie ne s'additionnent pas comme deux quantités séparées, mais représentent la collaboration des membres d'un même organisme, qui agit comme un seul être vivant. Les pasteurs et le troupeau, l'Église enseignante et l'Église enseignée ne forment qu'un seul et unique corps du Christ. Aussi n'y a-t-il aucune raison d'entretenir de la méfiance, des rivalités, des oppositions ouvertes ou latentes, soit dans les pensées, soit dans la façon de parler ou d'agir. Entre les membres d'un même corps, doivent régner avant tout la concorde, l'union, la collaboration. C'est dans cette unité que l'Église prie, offre, se sanctifie, et l'on peut donc affirmer à bon droit que la liturgie est l'oeuvre de l'Église tout entière.

Mais Nous devons ajouter : la liturgie n'est cependant pas toute l'Église ; elle n'épuise pas le champ de ses activités. Déjà, à côté du culte public, celui de la communauté, il y a place pour le culte privé, que l'individu rend à Dieu dans le secret de son coeur ou exprime par des actes extérieurs, et qui possède autant de variantes qu'il y a de chrétiens, bien qu'il procède de la même foi et de la même grâce du Christ. Cette forme du culte, non seulement l'Église la tolère, mais elle la reconnaît pleinement et la recommande, sans toutefois rien enlever à la prééminence du culte liturgique.

Mais lorsque Nous disons que la liturgie n'épuise pas le champ des activités de l'Église, Nous pensons surtout à ses tâches d'enseignement et de pastorale, au Pascite qui in vobis est gregem Dei [3] (1 Petr. 5, 2). Nous avons rappelé le rôle que le Magistère dépositaire de la vérité du Christ exerce par la liturgie ; l'influence du pouvoir de gouvernement sur elle est aussi évident, puisqu'il appartient aux Papes de reconnaître les rites en vigueur, d'en introduire de nouveaux et de régler l'ordonnance du culte, et aux Évêques de veiller avec soin à ce qu'on observe les prescriptions canoniques concernant le culte divin (Acta Ap. Sedis, a. 39, 1947, p. 544). Mais les fonctions d'enseignement et de gouvernement s'étendent encore bien au-delà. Il suffit, pour s'en rendre compte, de jeter un coup d'oeil sur le Droit Canon et ce qu'il dit du Pape, des Congrégations romaines, des Évêques, des Conciles, du Magistère et de la discipline ecclésiastiques. On arrive à la même conclusion en observant la vie de l'Église, et dans Nos deux Allocutions du 31 mai et du 2 novembre 1954 sur la triple fonction de l'Évêque, Nous avons expressément insisté sur l'étendue de ses charges, qui ne se limitent pas à l'enseignement et au gouvernement, mais comprennent aussi tout le reste de l'activité humaine dans la mesure où des intérêts religieux et moraux sont en jeu (Acta Ap. Sedis, a. 46, 1954, p. 313-317 ; 666-677).

[3] Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié.

Si donc les tâches et les intérêts de l'Église sont à ce point universels, les prêtres et les fidèles se garderont dans leur façon de penser et d'agir de tomber dans l'étroitesse de vues ou l'incompréhension. Notre Encyclique Mediator Dei avait déjà redressé certaines affirmations erronées, qui tendaient soit à orienter l'enseignement religieux et la pastorale dans un sens exclusivement liturgique, soit à susciter des entraves au mouvement liturgique qu'on ne comprenait pas. En fait, il n'existe aucune divergence objective entre le but poursuivi par la liturgie et celui des autres fonctions de l'Église ; quant à la diversité des opinions, elle est réelle, mais toutefois ne présente pas d'obstacles insurmontables. Ces considérations suffiront à montrer, Nous l'espérons, que la liturgie est l'oeuvre de toute l'Église, et que tous les fidèles comme membres du Corps Mystique doivent l'aimer, l'estimer et y prendre part, en comprenant toutefois que les tâches de l'Église s'étendent bien au-delà.

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MessageSujet: Re: Allocution de Pie XII sur la liturgie pastorale   Sam 15 Mar 2008, 22:02

II. La Liturgie et le Seigneur


Nous voudrions maintenant considérer spécialement la liturgie de la
Messe et le Seigneur qui en est à la fois le prêtre et l'offrande.
Comme des imprécisions et des incompréhensions se font jour çà et là à
propos de points particuliers, Nous dirons un mot de l'actio Christi
[4], de la praesentia Christi [5] et de l'infinita et divina maiestas
Christi [6].

[4] l'action du Christ. [5] la présence du Christ. [6] l'infinie et divine majesté du Christ.


1. "Actio Christi".


La liturgie de la Messe a comme but d'exprimer sensiblement la grandeur
du mystère qui s'y accomplit, et les efforts actuels tendent à y faire
participer les fidèles d'une manière aussi active et intelligente que
possible. Bien que cet objectif soit justifié, on risque de provoquer
une baisse du respect, si l'on détourne l'attention de l'action
principale, pour la diriger vers l'éclat d'autres cérémonies.

Quelle est cette action principale du sacrifice eucharistique ? Nous en
avons parlé explicitement dans l'Allocution du 2 novembre 1954 (Acta
Ap. Sedis, a. 46, 1954, p. 668-670). Nous y citions d'abord
l'enseignement du Concile de Trente : In divino hoc sacrificio, quod in
Missa peragitur, idem ille Christus continetur et incruente immolatur,
qui in ara crucis semel se ipsum cruente obtulit... Una enim eademque
est hostia, idem nunc offerens sacerdotum ministerio, qui se ipsum tunc
in cruce obtulit, sola offerendi ratione diversa [7] (Conc. Trid.,
Sess. XXII, cap. 2). Et Nous poursuivions en ces termes : Itaque
sacerdos celebrans, personam Christi gerens, sacrificat, isque solus,
non populus, non clerici, ne sacerdotes quidem, pie religioseque qui
sacris operanti inserviunt ; quamvis hi omnes in sacrificio activas
quasdam partes habere possint et habeant [8] (Acta Ap. Sedis, l.c., p.
668). Nous soulignions ensuite que, faute de distinguer entre la
question de la participation du célébrant aux fruits du sacrifice de la
Messe et celle de la nature de l'action qu'il pose, on était arrivé à
la conclusion : Idem esse unius Missae celebrationem, cui centum
sacerdotes religioso cum obsequio adstent atque centum Missas a centum
sacerdotibus celebratas [9]. De cette affirmation, Nous disions :
Tamquam opinionis error reici debet [10]. Et Nous ajoutions en guise
d'explication : Quoad sacrificii Eucharistici oblationem, tot sunt
actiones Christi Summi Sacerdotis, quot sunt sacerdotes celebrantes,
minime vero quot sunt sacerdotes Missam episcopi aut sacri presbyteri
celebrantis pie audientes ; hi enim, cum sacro intersunt, nequaquam
Christi sacrificantis personam sustinent et agunt, sed comparandi sunt
christifidelibus laicis, qui sacrificio adsunt [11] (Acta Ap. Sedis,
l.c., p. 669). Au sujet des congrès liturgiques, Nous avons dit en
cette même occasion : Hi coetus interdum propriam sequuntur regulam,
ita scilicet, ut unus tantum sacrum peragat, alii vero (sive omnes sive
plurimi) huic uni sacro intersint in eoque sacram synaxim e manu
celebrantis sumant. Quod si hoc ex iusta et rationabili causa fiat,
...obnitendum non est, dummodo huic modo agendi ne subsit error iam
supra a Nobis memoratus [12] ; c'est-à-dire l'erreur sur l'équivalence
entre la célébration de cent Messes par cent prêtres et celle d'une
Messe à laquelle cent prêtres assistent pieusement.

[7] Dans le sacrifice divin qui s'accomplit à la messe est contenu
et immolé de façon non sanglante le même Christ qui sur l'autel de la
croix s'offrit une fois pour toutes de manière sanglante... C'est en
effet une seule et même hostie, c'est la même personne qui s'offre
actuellement par le ministère des prêtres et qui s'offrit alors sur la
croix. Seule la manière de s'offrir est différente.

[8] Aussi le prêtre célébrant, représentant le Christ,
sacrifie-t-il, et lui seul; ce n'est pas le peuple, ce ne sont pas les
clercs, ce ne sont pas même les prêtres qui assistent pieusement le
célébrant, bien que tous ceux-ci puissent et doivent avoir une part
active au sacrifice.

[9] La célébration d'une seule messe à laquelle assistent
religieusement cent prêtres équivaut à cent messes célébrées par cent
prêtres.

[10] Elle doit être rejetée comme une opinion erronée.

[11] Quant à l'offrande du sacrifice eucharistique, il y a autant
d'actions du Christ Souverain Prêtre qu'il y a de prêtres à célébrer,
et non à écouter pieusement la messe de l'évêque ou du prêtre qui
célèbre ; ceux-ci en effet, lorsqu'ils assistent à la messe, ne
représentent nullement le Christ dans l'acte du sacrifice, mais ils
sont à comparer aux laïcs qui assistent à la messe.

[12] Ces réunions suivent parfois un règlement spécial, si bien
qu'un seul prêtre célèbre la messe et que les autres (ou en totalité ou
en très grand nombre) assistent à cette messe unique et y communient de
la main du célébrant. Si cela se fait pour une cause juste et
raisonnable... il n'y a pas à s'y opposer, pourvu que l'erreur rappelée
par Nous plus haut ne soit pas à l'origine de cette manière de faire.

D'après ceci l'élément central du sacrifice eucharistique est celui où
le Christ intervient comme se ipsum offerens, pour reprendre les termes
mêmes du Concile de Trente (Sess. XXII, cap. 2). Cela se passe à la
consécration où, dans le même acte de la transsubstantiation opérée par
le Seigneur (cf. Conc. Trid. Sessio XIII, cap. 4 et 3), le prêtre
célébrant est personam Christi gerens. Même si la consécration se
déroule sans faste et dans la simplicité, elle est le point central de
toute la liturgie du sacrifice, le point central de l'actio Christi
cuius personam gerit sacerdos celebrans [13], ou les sacerdotes
concelebrantes en cas de véritable concélébration.

[13] L'action du Christ représenté par le prêtre célébrant.

Des événements récents Nous donnent l'occasion de préciser certains
points à ce propos. Quand la consécration du pain et du vin est opérée
validement, toute l'action du Christ lui-même est accomplie. Même si
tout ce qui suit ne pouvait être accompli, rien d'essentiel cependant
ne manquerait à l'offrande du Seigneur.

Quand la consécration est achevée, l'oblatio hostiae super altare
positae [14] peut être faite et est faite par le prêtre célébrant, par
l'Église, par les autres prêtres, par chaque fidèle. Mais cette action
n'est pas actio ipsius Christi per sacerdotem ipsius personam
sustinentem et gerentem [15]. En réalité l'action du prêtre consacrant
est celle même du Christ, qui agit par son ministre. Dans le cas d'une
concélébration au sens propre du mot, le Christ, au lieu d'agir par un
seul ministre, agit par plusieurs. Par contre, dans la concélébration
de pure cérémonie, qui pourrait être aussi le fait d'un laïc, il n'y a
point de consécration simultanée, et l'on soulève alors une question
importante : "Quelle intention et quelle action extérieure sont
requises, pour qu'il y ait vraiment concélébration et consécration
simultanée ?"

[14] L'offrande de la victime posée sur l'autel.

[15] L'action du Christ lui-même par le ministère du prêtre qui le représente.

Rappelons à ce propos ce que Nous disions dans Notre Constitution
Apostolique Episcopalis Consecrationis du 30 novembre 1944 (Acta Ap.
Sedis, a. 37, 1945, p. 131-132). Nous y déterminions que dans la
consécration épiscopale les deux Évêques qui accompagnent le
Consécrateur, doivent avoir l'intention de consacrer l'Élu, et qu'ils
doivent par conséquent poser les actions extérieures et prononcer les
paroles, par lesquelles le pouvoir et la grâce à transmettre sont
signifiés et transmis. Il ne suffit donc pas qu'ils unissent leur
volonté avec celle du Consécrateur principal et déclarent qu'ils font
leurs ses paroles et ses actions. Ils doivent eux-mêmes poser ces
actions et prononcer les paroles essentielles.

Il en va de même dans la concélébration au sens propre. Il ne suffit
pas d'avoir et de manifester la volonté de faire siennes les paroles et
les actions du célébrant. Les concélébrants doivent eux-mêmes dire sur
le pain et le vin : "Ceci est mon Corps", "Ceci est mon Sang" ; sinon
leur concélébration est de pure cérémonie.

Aussi n'est-il pas permis d'affirmer que "la seule question décisive en
dernière analyse est de savoir dans quelle mesure la participation
personnelle, soutenue par la grâce, que l'on prend à cette offrande
cultuelle, accroît la participation à la croix et à la grâce du Christ,
qui nous unit à Lui et entre nous". Cette manière inexacte de poser la
question, Nous l'avons déjà repoussée dans l'Allocution du 2 novembre
1954 ; mais certains théologiens ne peuvent pas encore y acquiescer.
Nous le répétons donc : la question décisive (pour la concélébration,
comme pour la Messe d'un prêtre unique) n'est pas de savoir quel fruit
l'âme en retire, mais quelle est la nature de l'acte qui est posé : le
prêtre, comme ministre du Christ, fait-il ou non l'actio Christi se
ipsum sacrificantis et offerentis [16].

[16] L'action du Christ s'offrant lui-même en sacrifice.

De même pour les sacrements, il ne s'agit pas de savoir quel est le
fruit produit par eux, mais si les éléments essentiels du signe
sacramentel (la position du signe par le ministre lui-même, qui
accomplit les gestes et prononce les paroles avec l'intention saltem
faciendi quod facit Ecclesia [17]) ont été validement posés. De même
dans la célébration et la concélébration, il faut voir, si, avec
l'intention intérieure nécessaire, le célébrant accomplit l'action
extérieure et surtout prononce les paroles, qui constituent l'actio
Christi se ipsum sacrificantis et offerentis. Cela ne se vérifie pas,
quand le prêtre ne prononce pas sur le pain et le vin les paroles du
Seigneur : "Ceci est mon Corps", "Ceci est mon Sang".

[17] ...au moins de faire ce que fait l'Église.

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MessageSujet: Re: Allocution de Pie XII sur la liturgie pastorale   Sam 15 Mar 2008, 22:03

2. "Praesentia Christi".





Tout comme l'autel et le sacrifice dominent le culte liturgique, on
doit dire de la vie du Christ, qu'elle est tout entière commandée par
le sacrifice de la croix. Les paroles de l'Ange à son père nourricier :
Salvum faciet populum suum a peccatis eorum [18] (Matth. 1, 21), celles
de Jean-Baptiste : Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccatum mundi [19]
(Io, 1, 29), celles du Christ lui-même à Nicodème : Exaltari oportet
Filium hominis, ut omnis qui credit in ipsum, ...habeat vitam aeternam
[20] (Io 3, 14-15), à ses disciples : Baptismo... habeo baptizari, et
quomodo coarctor usquedum perficiatur ? [21] (Luc., 12, 50), et celles
surtout de la dernière Cène et du Calvaire, tout indique que le centre
de la pensée et de la vie du Seigneur, c'était la croix et l'offrande
de lui-même au Père pour réconcilier les hommes avec Dieu et les sauver.



[18] II sauvera son peuple de ses péchés.



[19] Voici l'Agneau de Dieu, voici celui qui ôte le péché du monde.



[20] Il faut que le Fils de l'homme soit élevé de terre, pour que quiconque croit en lui... ait la vie éternelle.



[21] J'ai à recevoir un baptême, et combien suis-je dans l'angoisse jusqu'à ce que je l'aie reçu !



Mais celui qui offre le sacrifice, n'est-il pas en quelque sorte plus
grand encore que le sacrifice lui-même ? Aussi voudrions-Nous à présent
vous entretenir du Seigneur lui-même, et d'abord attirer votre
attention sur le fait que dans l'Eucharistie l'Église possède le
Seigneur avec sa chair et son sang, son corps et son âme, et sa
divinité. Le Concile de Trente l'a défini solennellement dans la XIIIe
Session can. 1 ; il suffit d'ailleurs de prendre dans leur sens
littéral, clair et sans équivoque les paroles prononcées par Jésus,
pour arriver à la même conclusion : "Prenez et mangez ! Ceci est mon
Corps, qui va être donné pour vous ! Prenez et buvez, ceci est mon
Sang, qui va être versé pour vous." Et saint Paul dans sa première
lettre aux Corinthiens (1 Cor. 11, 23-25) reprend les mêmes termes
aussi simples et clairs.



Chez les catholiques, il n'y a, à ce sujet, aucun doute, aucune
diversité d'opinion. Mais, dès que la spéculation théologique
entreprend de discuter sur la manière dont le Christ est présent dans
l'Eucharistie, apparaissent sur nombre de points de sérieuses
divergences de vues. Nous ne voulons pas entrer dans ces controverses
spéculatives ; mais Nous désirerions indiquer certaines limites et
insister sur un principe fondamental d'interprétation, dont l'oubli
Nous cause quelques préoccupations.



La spéculation doit prendre comme règle que le sens littéral des textes
de l'Écriture, la foi et l'enseignement de l'Église ont le pas sur le
système scientifique et les considérations théoriques ; c'est la
science qui doit se conformer à la révélation, et non l'inverse. Quand
une conception philosophique déforme le sens naturel d'une vérité
révélée, c'est qu'elle n'est pas exacte, ou qu'on ne l'utilise pas
correctement. Ce principe trouve son application dans la doctrine de la
présence réelle.



Certains théologiens, tout en acceptant la doctrine du Concile sur la
présence réelle et la transsubstantiation, interprètent les paroles du
Christ et celles du Concile de telle sorte qu'il ne subsiste de la
présence du Christ qu'une sorte d'enveloppe vidée de son contenu
naturel. A leur avis, le contenu essentiel actuel des espèces du pain
et du vin est "le Seigneur au ciel", avec lequel les espèces ont une
relation soi-disant réelle et essentielle de contenance et de présence.
Cette interprétation spéculative soulève de sérieuses objections,
lorsqu'on la présente comme pleinement suffisante, car le sens chrétien
du peuple fidèle, l'enseignement catéchétique constant de l'Église, les
termes du Concile, surtout les paroles du Seigneur exigent que
l'Eucharistie contienne le Seigneur lui-même. Les espèces
sacramentelles ne sont pas le Seigneur, même si elles ont avec la
substance du Christ au ciel une soi-disant relation essentielle de
contenance et de présence. Le Seigneur a dit : "Ceci est mon Corps !
Ceci est mon Sang !" II n'a pas dit : "Ceci est une apparence sensible
qui signifie la présence de mon Corps et de mon Sang". Sans doute, il
pouvait faire que les signes sensibles d'une relation réelle de
présence soient des signes sensibles et efficaces de la grâce
sacramentelle ; mais il s'agit ici du contenu essentiel des "species
eucharisticae", non de leur efficacité sacramentelle. On ne peut donc
admettre que la théorie dont nous venons de parler, fasse pleinement
droit aux paroles du Christ, que la présence du Christ dans
l'Eucharistie ne signifie rien de plus et que cela suffise pour pouvoir
dire en toute vérité de l'Eucharistie : "Dominus est" (Cf. Joan., XXI,
7).



Sans doute, la masse des fidèles n'est pas en état de comprendre les
problèmes spéculatifs difficiles et les essais d'explication concernant
la nature de la présence du Christ. Le Catéchisme Romain d'ailleurs
invite à ne pas discuter de ces questions devant eux (Cf. Catech. Rom.,
pars II, cap. IV, n. 43 sq.), mais il ne mentionne ni ne propose la
théorie esquissée ci-dessus ; encore moins affirme-t-il qu'elle épuise
le sens des paroles du Christ et les explique pleinement. On peut
continuer à chercher des explications et des interprétations
scientifiques, mais elles ne doivent pas faire sortir, pour ainsi dire,
le Christ de l'Eucharistie et ne laisser dans le tabernacle que les
espèces eucharistiques conservant une relation soi-disant réelle et
essentielle avec le Seigneur véritable qui est au ciel.



Il est étonnant que ceux qui ne se contentent pas de la théorie exposée
ci-dessus, soient rangés au nombre des adversaires parmi les
"physicistes" non-scientifiques, ou que l'on n'hésite pas à déclarer à
propos de la conception soi-disant scientifique de la présence du
Christ : "Cette vérité n'est pas pour les masses."



A ces considérations, Nous devons ajouter quelques remarques sur le
tabernacle. De même que Nous disions tantôt : "Le Seigneur est en
quelque sorte plus grand que l'autel et le sacrifice", pourrions-Nous
dire maintenant : "Le tabernacle, où habite le Seigneur descendu parmi
son peuple, est-il supérieur à l'autel et au sacrifice ?" L'autel
l'emporte sur le tabernacle, parce qu'on y offre le sacrifice du
Seigneur. Le tabernacle possède sans doute le Sacramentum permanens ;
mais il n'est pas un altare permanens, parce que le Seigneur ne s'offre
en sacrifice que sur l'autel pendant la célébration de la Sainte Messe,
mais non après ni hors de la Messe. Au tabernacle, par contre, il est
présent aussi longtemps que durent les espèces consacrées, sans
cependant s'offrir en permanence. On a pleinement le droit de
distinguer entre l'offrande du sacrifice de la Messe et le cultus
latreuticus offert à l'Homme-Dieu caché dans l'Eucharistie. Une
décision de la Sacrée Congrégation des Rites en date du 27 juillet 1927
limite au minimum l'exposition du Saint-Sacrement pendant la Messe
(Acta Ap. Sedis, a. 19, 1927, p. 289) ; mais elle s'explique aisément
par le souci de maintenir habituellement séparés l'acte du sacrifice et
le culte de simple adoration, pour que les fidèles en comprennent
clairement le caractère propre.



Toutefois, plus importante que la conscience de cette diversité est
celle de l'unité : c'est un seul et même Seigneur, qui est immolé à
l'autel et honoré au tabernacle et qui de là répand ses bénédictions.
Si on en était bien convaincu, on éviterait maintes difficultés, on se
garderait d'exagérer la signification de l'un au détriment de l'autre
et de s'opposer aux décisions du Saint-Siège.



Le Concile de Trente a expliqué quelles dispositions d'âme on devait
avoir vis-à-vis du Saint-Sacrement : Si quis dixerit, in sancto
Eucharistiae sacramento Christum unigenitum Dei Filium non esse cultu
latreutico, etiam externo, adorandum, atque ideo nec festiva peculiari
celebritate venerandum, neque in processionibus, secundum laudabilem et
universalem Ecclesiae sanctae ritum et consuetudinem, sollemniter
circumgestandum, vel non publice, ut adoretur, populo proponendum, et
eius adoratores esse idololatras : anathema sit (Conc. Trid., Sessio
XIII, can. 6). Si quis dixerit, non licere sacram Eucharistiam in
sacrario reservari, sed statim post consecrationem adstantibus
necessario distribuendam ; aut non licere, ut illa ad infirmos
honorifice deferatur : anathema sit [22] (Conc. Trid., l.c., can. 7).
Qui adhère de coeur à cette doctrine ne pense pas à formuler des
objections contre la présence du tabernacle sur l'autel.



[22] Si quelqu'un dit que le Christ, Fils unique de Dieu, ne doit
pas être adoré dans le très Saint Sacrement de l'Eucharistie d'un culte
de latrie, même extérieur, et qu'ainsi il ne doit pas être honoré par
une fête particulière, ni porté solennellement en procession, selon le
rite et la coutume louable et universelle de la sainte Église, ni
proposé publiquement au peuple pour être adoré, et que ses adorateurs
sont des idolâtres, qu'il soit anathème.



Si quelqu'un dit qu'il n'est pas licite de conserver la sainte
Eucharistie, mais qu'on doit la distribuer nécessairement aux
assistants aussitôt après la consécration ; ou qu'il n'est pas permis
de la conserver pour la porter avec honneur aux malades, qu'il soit
anathème.



Dans l'Instruction du Saint-Office De arte sacra du 30 juin 1952 (Acta
Ap. Sedis, a. 44, 1952, p. 542-546), le Saint-Siège insiste, entre
autres, sur ce point : Districte mandat haec Suprema S. Congregatio ut
sancte serventur praescripta canonum 1268, §2 et 1269, §1 : "SSma
Eucharistia custodiatur in praecellentissimo ac nobilissimo ecclesiae
loco ac proinde regulariter in altari maiore, nisi aliud venerationi et
cultui tanti sacramenti commodius et decentius videatur... SSma
Eucharistia servari debet in tabernaculo inamovibili in media parte
altaris posito" [23] (Acta Ap. Sedis, l.c., p. 544).



[23] Cette Suprême Sacrée Congrégation ordonne avec rigueur que
soient religieusement observées les prescriptions des canons 1268 §2 et
1269 §1 : "La sainte Eucharistie sera conservée dans le lieu le plus
honorable et le plus noble de l'église, régulièrement au maître-autel,
à moins qu'un autre ne paraisse plus commode et plus décent à la
vénération et au culte d'un si grand sacrement... La sainte Eucharistie
doit être conservée dans un tabernacle inamovible placé au milieu de
l'autel".



Il ne s'agit pas tant de la présence matérielle du tabernacle sur
l'autel, que d'une tendance, sur laquelle Nous voudrions attirer votre
attention, celle d'une moindre estime pour la présence et l'action du
Christ au tabernacle. On se contente du sacrifice de l'autel et l'on
diminue l'importance de Celui qui l'accomplit. Or la personne du
Seigneur doit occuper le centre du culte, car c'est elle qui unifie les
relations de l'autel et du tabernacle et leur donne leur sens.



C'est d'abord par le sacrifice de l'autel que le Seigneur se rend
présent dans l'Eucharistie et Il n'est au tabernacle que comme memoria
sacrificii et passionis suae [24]. Séparer le tabernacle de l'autel,
c'est séparer deux choses qui doivent rester unies par leur origine et
leur nature. La manière, dont on pourrait placer le tabernacle sur
l'autel sans empêcher la célébration face au peuple, peut recevoir
diverses solutions, sur lesquelles les spécialistes donneront leur
avis. L'essentiel est d'avoir compris que c'est le même Seigneur, qui
est présent sur l'autel et au tabernacle.



[24] Mémorial de son Sacrifice et de sa Passion.



On pourrait aussi souligner l'attitude de l'Église à l'égard de
certaines pratiques de piété : les visites au Saint-Sacrement, qu'elle
recommande vivement, la prière des Quarante Heures ou "adoration
perpétuelle", l'heure sainte, le transport solennel de la communion aux
malades, les processions du Saint-Sacrement. Le liturgiste le plus
enthousiaste et le plus convaincu doit pouvoir comprendre et deviner ce
que représente le Seigneur au tabernacle pour les fidèles profondément
pieux, que ce soient des gens simples ou instruits. Il est leur
conseiller, leur consolateur, leur force, leur recours, leur espérance
dans la vie comme dans la mort. Non content de laisser venir les
fidèles vers le Seigneur au tabernacle, le mouvement liturgique
s'efforcera donc de les y attirer toujours davantage.

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MessageSujet: Re: Allocution de Pie XII sur la liturgie pastorale   Sam 15 Mar 2008, 22:03

3. "Infinita et divina maiestas Christi".








Le troisième et dernier point, que Nous voudrions traiter, est celui de
l'infinita et divina Maiestas du Christ, que traduisent les mots :
Christus Deus. Certes le Verbe incarné est Seigneur et Sauveur des
hommes ; mais il est et reste le Verbe, le Dieu infini. Dans le symbole
de saint Athanase on dit : Dominus noster Jesus Christus Dei Filius,
Deus et homo est [25]. L'humanité du Christ a droit aussi au culte de
latrie à cause de son union hypostatique avec le Verbe, mais sa
divinité est la raison et la source de ce culte. Aussi la divinité du
Christ ne peut-elle rester en quelque sorte à la périphérie de la
pensée liturgique. Il est normal que l'on aille ad Patrem per Christum,
puisque le Christ est Médiateur entre Dieu et les hommes. Mais Il n'est
pas seulement Médiateur ; Il est aussi, dans la Trinité, égal au Père
et au Saint-Esprit. Qu'il suffise de rappeler le prologue grandiose de
l'Évangile de saint Jean : "Le Verbe était Dieu... Tout a été fait par
Lui. Et rien de ce qui a été fait, ne l'a été sans Lui" (Io., 1, 1-3).
Le Christ est le Premier et le Dernier, l'Alpha et l'Omega. A la fin du
monde, quand tous les ennemis auront été vaincus et la mort en dernier
lieu, le Christ, c'est-à-dire le Verbe subsistant dans la nature
humaine, remettra le Royaume à Dieu son Père, et le Fils lui-même se
soumettra à Celui qui lui a tout soumis, pour que "Dieu soit tout en
tous" (1 Cor., 15, 28 ). La méditation de l'infinita, summa, divina
Maiestas du Christ peut certainement contribuer à l'approfondissement
du sens liturgique, et c'est pourquoi Nous avons voulu attirer sur elle
votre attention.





[25] Notre-Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, est Dieu et homme.





Nous voudrions ajouter pour terminer deux remarques sur "la liturgie et le passé", "la liturgie et le temps présent".





La liturgie et le passé. En matière de liturgie, comme en beaucoup
d'autres domaines, il faut éviter à l'égard du passé deux attitudes
excessives : un attachement aveugle et un mépris total. On trouve dans
la liturgie des éléments immuables, un contenu sacré qui transcende le
temps, mais aussi des éléments variables, transitoires, parfois même
défectueux. L'attitude actuelle des milieux liturgiques à l'égard du
passé Nous semble en général tout à fait juste : on cherche, on étudie
sérieusement, on s'attache à ce qui le mérite vraiment, sans par
ailleurs tomber dans l'excès. Çà et là pourtant, apparaissent des idées
et des tendances aberrantes, des résistances, des enthousiasmes ou des
condamnations, dont les formes concrètes vous sont bien connues et dont
Nous avons dit un mot plus haut.





La liturgie et le temps présent. La liturgie confère à la vie de
l'Église, et même à toute l'attitude religieuse d'aujourd'hui, une
empreinte caractéristique. On remarque surtout une participation active
et consciente des fidèles aux actions liturgiques. De la part de
l'Église, la liturgie actuelle comporte un souci de progrès, mais aussi
de conservation et de défense. Elle retourne au passé sans le copier
servilement, et crée du nouveau dans les cérémonies elles-mêmes, dans
l'usage de la langue vulgaire, dans le chant populaire et la
construction des églises. Il serait néanmoins superflu de rappeler
encore une fois que l'Église a de graves motifs de maintenir fermement
dans le rite latin l'obligation inconditionnée pour le prêtre célébrant
d'employer la langue latine, et de même, quand le chant grégorien
accompagne le saint Sacrifice, que cela se fasse dans la langue de
l'Église. Les fidèles de leur côté se préoccupent de répondre aux
mesures prises par l'Église, mais ils adoptent en cela des attitudes
profondément différentes : certains montreront de la promptitude, de
l'enthousiasme, parfois même une passion trop vive qui motive des
interventions de l'autorité ; d'autres témoigneront de l'indifférence
et même de l'opposition. Ainsi se manifeste la diversité des
tempéraments, comme aussi des préférences pour la piété individuelle ou
pour le culte communautaire.





La liturgie actuelle se préoccupe aussi de nombreux problèmes
particuliers concernant par exemple : les rapports de la liturgie avec
les idées religieuses du monde actuel, la culture contemporaine, les
questions sociales, la psychologie des profondeurs.





Cette simple mention suffira à vous montrer que les divers aspects de
la liturgie d'aujourd'hui, non seulement suscitent Notre intérêt, mais
tiennent Notre vigilance en éveil. Nous désirons sincèrement que le
mouvement liturgique progresse et Nous voulons l'y aider ; mais il Nous
appartient aussi de prévenir tout ce qui serait une source d'erreurs et
de dangers. Ce Nous est d'ailleurs une consolation et une joie de
savoir que Nous pouvons en cela compter sur votre aide et votre
compréhension.





Que ces considérations puissent, avec les travaux qui vous ont occupés
les jours précédents, porter des fruits abondants et contribuer à
atteindre plus sûrement le but auquel tend la liturgie sacrée. Comme
gage des bénédictions divines, que Nous implorons pour vous-mêmes et
pour les âmes qui vous sont confiées, Nous vous accordons de tout coeur
Notre Bénédiction Apostolique.

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MessageSujet: Re: Allocution de Pie XII sur la liturgie pastorale   Sam 15 Mar 2008, 22:05


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