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 Evangile selon Saint Matthieu , chap 27 ; verset 45 - 50

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MessageSujet: Evangile selon Saint Matthieu , chap 27 ; verset 45 - 50   Sam 14 Mar - 21:59

Evangile selon Saint Matthieu , chap 27 ; verset 45 - 50

Citation :
Depuis la sixième heure jusqu’à la neuvième, il se fit des ténèbres sur toute la terre.
Vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte : Eli, Eli, lema sabachtani ? » c’est-à-dire « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ? »
Quelques-uns de ceux qui étaient là, l’ayant entendu, disaient : « Il appelle Elie. »
Et aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il imbiba de vinaigre, et, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui présenta à boire.
Mais les autres disaient : « Laisse ! que nous voyions si Elie va venir le sauver. »
Jésus poussa de nouveau un grand cri et rendit l’esprit.

http://fr.wikisource.org/wiki/%C3%89vangile_selon_Saint_Matthieu_-_Crampon#Chapitre_27

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MessageSujet: Re: Evangile selon Saint Matthieu , chap 27 ; verset 45 - 50   Sam 14 Mar - 22:10

Commentaire par Saint Thomas d'Aquin.

Verset 45 - 50


http://docteurangelique.free.fr/index.html

COMMENTAIRE
DU PSAUME 21


S. Jean Chrysostome :

(serm. sur la passion.) La créature ne pouvait supporter la vue des outrages faits au Créateur ; aussi le soleil retira-t-il ses rayons pour ne pas être témoin des forfaits de ces impies :

" Depuis la sixième heure, les ténèbres couvrirent toute la terre. "

Origène :

Il en est qui argumentent de ce texte pour attaquer la vérité de l’Evangile ; car depuis le commencement du monde, les éclipses de soleil ont toujours eu lieu dans les temps prévus et marqués. Or, ces phénomènes qui arrivent périodiquement à des époques prévues d’avance, n’ont jamais lieu que lorsque le soleil se rencontre avec la lune, et que la lune, s’interposant entre le soleil et la terre, empêche ses rayons de parvenir jusqu’à nous.

Or, à l’époque de l’année où la passion de Jésus-Christ eut lieu, il est évident qu’il ne pouvait y avoir de conjonction du soleil et de la lune, puisqu’on était au temps de Pâque, qui se célèbre à l’époque de la pleine lune. Des chrétiens, pour résoudre cette difficulté, ont avancé que cet obscurcissement du soleil avait été un miracle, comme tant d’autres faits qui se produisirent alors en dehors des lois ordinaires de la nature.

S. DENIS:

(lettre à Polyc.) Nous vîmes tout d’un coup et sans y être préparés, la lune s’interposer entre le soleil et la terre (car ce n’était pas le temps de la rencontre naturelle de ces deux astres), nous la vîmes de nouveau depuis la neuvième heure jusqu’au soir, couvrir contrairement aux lois de la nature le diamètre du soleil. Nous vîmes cette éclipse commencer à l’Orient, s’avancer vers le couchant, et puis revenir pour ainsi dire sur ses pas. Nous fûmes encore témoins de ce fait extraordinaire, que ce ne fut pas du même côté du soleil que la lune s’avança sur cet astre, et se retira ensuite, mais dans un sens diamétralement opposé.

S. Jean Chrysostome :

(hom. 87.) Les ténèbres durèrent trois heures, tandis qu’une éclipse de soleil ne dure qu’un instant, et n’a point de temps d’arrêt, comme le savent les astronomes.

Origène :

Mais les enfants du siècle nous font cette objection : Comment se fait-il qu’aucun écrivain grec ou étranger n’ait rapporté un fait aussi étonnant, alors qu’ils nous ont transmis avec soin le souvenir de tous les événements extraordinaires dont ils ont été témoins ?

Il est vrai que Phlégon, dans ses chroniques, rapporte qu’une éclipse eut lieu sous l’empire de Tibère César, mais il ne dit pas que ce fut à l’époque de la pleine lune. C’est ce qui me porte à croire que ce prodige, aussi bien que tous les autres qui eurent lieu pendant la passion du Sauveur, tels que le tremblement de terre et le voile du temple déchiré, furent restreints à la ville de Jérusalem.

Ou si l’on veut l’étendre à toute la Judée, il faudra donner à ces paroles le sens qu’elles ont dans ce passage du livre des Rois, où Abdias dit à Elie :

" Vive le Seigneur votre Dieu, il n’y à point de nation ni de royaume où mon Seigneur n’ait envoyé vous chercher " (3 R 18 ),

c’est-à-dire qu’il l’avait cherché dans les contrées voisines de la Judée. Nous devons donc admettre que d’épaisses et profondes ténèbres s’étendirent sur toute la ville de Jérusalem et sur toute la terre de Judée. La terre fut couverte d’épaisses ténèbres depuis la sixième heure jusqu’à la neuvième heure. Car nous lisons que deux espèces différentes d’êtres ont été créés le sixième jour, les animaux avant la sixième heure, et l’homme à cette heure là même.

Il convenait donc que celui qui mourait pour le salut du genre humain fût attaché sur la croix à la sixième heure, et que par suite, les ténèbres se répandissent sur toute la terre de la sixième heure à la neuvième. Lorsque Moïse leva ses mains vers le ciel (Ex 10), les ténèbres se répandirent sur les Egyptiens qui tenaient le peuple de Dieu en servitude ; de même à la sixième heure, alors que le Christ étendait ses mains sur la croix et les levait vers le ciel, les ténèbres enveloppèrent ce peuple qui avait crié :

" Crucifiez-le, "

et il se trouva privé de toute lumière, en signe des ténèbres qui devaient envelopper toute la nation juive. Sous Moïse encore, les ténèbres couvrirent pendant trois jours toute la terre d’Egypte, tandis que tous les enfants d’Israël étaient dans la plus vive lumière ; c’est ainsi que pendant la passion de Jésus-Christ, les ténèbres se répandirent pendant trois heures sur toute la Judée, parce qu’elle était privée, en punition de ses péchés, de la lumière de Dieu le Père, de la splendeur du Christ, et de la clarté de l’Esprit saint, tandis que la lumière éclairait tout le reste de la terre, figure de cette lumière qui éclaire dans tous les lieux l’Église de Dieu en Jésus-Christ.

Et si les ténèbres couvrirent toute la Judée, jusqu’à la neuvième heure, il s’ensuit que la lumière a dû de nouveau briller à leurs yeux :

" Car lorsque la plénitude des nations sera entrée, alors tout Israël sera sauvé. " (Rm 11)

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MessageSujet: Re: Evangile selon Saint Matthieu , chap 27 ; verset 45 - 50   Sam 14 Mar - 22:11

S. Jean Chrysostome :

(hom. 87.) Ou bien suivant une autre explication, ce qu’il y avait
d’admirable, c’est que ces ténèbres étaient répandues sur toute la face
de la terre, ce qui n’était jamais arrivé auparavant. Car les ténèbres
ne couvrirent que l’Egypte seule, au moment de la célébration de la
Pâque, ténèbres qui étaient la figure de celles qui eurent lieu à la
mort de Jésus-Christ.

Et remarquez que ces ténèbres se répandent au milieu du jour, au moment
où la lumière inonde toute la terre de sa clarté, afin que tous les
habitants de la terre en fussent témoins. C’est là ce signe que Jésus
promettait de donner aux Juifs qui lui en faisaient la demande,
lorsqu’il disait :

" Cette génération adultère et perverse demande un signe, et il ne lui en sera pas donné d’autre que celui du prophète Jonas, "

figure de sa croix et de sa résurrection ; car il était bien plus
étonnant qu’il opérât ce prodige, étant attaché sur la croix, que
pendant le cours de sa vie. Ce miracle suffisait certainement pour les
convertir, non seulement par la grandeur du fait considéré en lui-même,
mais encore parce que le Sauveur l’opéra après qu’ils eurent épuisé
contre lui toutes les insultes, tous les outrages que la haine put leur
suggérer.

Mais comment purent-ils se défendre d’un sentiment d’admiration, et
reconnaître qu’il était Dieu ? C’est que le genre humain tout entier
était livré à une malice prodigieuse, et plongé dans une torpeur
inexprimable ; que ce miracle fut de courte durée et qu’ils en
ignoraient la cause. Aussi Jésus fait entendre ensuite sa voix, pour
leur montrer qu’il est encore vivant et qu’il est l’auteur de ce
miracle :

" Et sur la neuvième heure, Jésus jeta un grand cri en disant : Eli ! Eli ! lamma sabacthani ? "

c’est-à-dire " Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’avez-vous abandonné ? "

S. Jérôme :

Notre-Seigneur a cité le commencement du psaume vingt et unième.

Ces paroles qui se trouvent au milieu du verset :

" Jetez les yeux sur moi, "

ont été surajoutées, car le texte hébreu porte seulement :

" Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’avez-vous abandonné ? "

Il n’y a donc que des impies qui puissent prétendre que ce psaume a
pour objet la personne d’Esther et de Mardochée, puisque les
Évangélistes lui ont emprunté d’autres témoignages qu’ils appliquent au
Sauveur, celui-ci en particulier :

" Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont percé mes mains. "

S. Jean Chrysostome :

(hom. 88.) Or, Jésus cite ces paroles du prophète, pour rendre hommage
jusqu’au dernier moment, à l’Ancien Testament, et pour faire voir qu’il
honore son Père, et ne lui est pas opposé, et il prononce ces paroles
en hébreu, pour être compris des Juifs qui l’entendent.

Origène :

Examinons pourquoi Jésus-Christ a été abandonné de Dieu. Quelques-uns,
dans l’impossibilité d’expliquer comment le Christ peut être délaissé
de Dieu, disent que c’est par humilité qu’il s’est ainsi exprimé ; mais
vous pourrez comprendre facilement le sens de ces paroles, en comparant
la gloire dont le Fils de Dieu jouit dans le sein de son Père avec la
honte et l’ignominie qu’il méprise en souffrant la mort de la croix.

S. Hilaire :

(Liv. 10 sur la Trinité.) De ces paroles, les hérétiques veulent
conclure ou que le Verbe de Dieu s’est comme anéanti en prenant la
place de l’âme unie au corps, et en lui donnant la vie qu’il reçoit de
l’âme, ou bien que Jésus-Christ n’était pas un homme véritable, parce
que le Verbe de Dieu n’habitait en lui que comme il était autrefois
dans l’esprit des prophètes.

Il semble, d’après ces hérétiques, que Jésus-Christ ne soit qu’un homme
ordinaire, composé d’un corps et d’une âme comme nous, et qu’il ne date
son existence que du jour où il a été fait homme, lui qui, dépouillé de
la protection de Dieu qui se retire de lui, s’écrie :

" Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’avez-vous abandonné. "

Ou bien encore, ajoutent-ils, la nature humaine s’étant comme confondue
avec l’âme du Verbe, Jésus-Christ a été secouru en tout par la
puissance de son Père, et maintenant qu’il est privé de ce secours, et
abandonné à la mort, il se plaint de cet abandon, et en appelle à celui
qui l’a délaissé.

Mais au milieu de ces opinions aussi faibles qu’impies, la foi de
l’Église, toute pénétrée de la doctrine des Apôtres, ne divise point
Jésus-Christ, et ne laisse point à penser qu’il ne soit pas à la fois
Fils de Dieu et Fils de l’homme. En effet, la plainte qu’il fait
entendre dans son délaissement, c’est la faiblesse de l’homme qui va
mourir, et la promesse qu’il fait du paradis au bon larron, c’est le
royaume du Dieu vivant.

En se plaignant d’être abandonné au moment de sa mort, il vous prouve
qu’il est homme, mais tout en mourant, il assure qu’il règne dans le
paradis, et vous montre ainsi qu’il est Dieu. Ne soyez donc pas surpris
de l’humilité de ses paroles et des plaintes qu’il fait entendre dans
son délaissement, lorsque sachant bien qu’il a revêtu la forme
d’esclave, vous êtes témoin du scandale de la croix.

La Glose :

On dit que Dieu a délaissé son Fils au moment de sa mort, parce qu’il
l’a exposé au pouvoir de ses persécuteurs, il lui a retiré sa
protection, mais n’a point brisé les liens qui l’unissaient à lui.

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MessageSujet: Re: Evangile selon Saint Matthieu , chap 27 ; verset 45 - 50   Sam 14 Mar - 22:12

Origène :

Lorsqu’il vit les ténèbres couvrir toute la terre de Judée, Jésus
prononça ces paroles dont voici le sens : Vous m’avez abandonné, mon
Père, c’est-à-dire vous m’avez livré comme anéanti sous le poids de
telles calamités, afin que ce peuple que vous avez comblé d’honneur,
reçoive le châtiment de tout ce qu’il a osé entreprendre contre moi, et
qu’il soit privé de la lumière de vos regards.

Vous m’avez aussi abandonné pour le salut des nations.

Mais quel si grand bien ont pu faire les hommes qui ont embrassé la foi
parmi les Gentils, pour mériter d’être racheté de l’enfer par tout mon
sang répandu sur la croix ?

Ou comment les hommes pourront-ils reconnaître dignement les supplices que je souffre pour eux ?

Peut-être que jetant les regards sur les péchés des hommes qu’il expiait sur la croix, il dit à Dieu :

" Pourquoi m’avez-vous abandonné ? "

Pour que je devinsse comme celui qui ramasse les épis qui restent après
la moisson et les grains échappés à la main du vendangeur. (Mi 7) Ne
pensez pas cependant que ce soit sous l’impression d’un sentiment
purement humain et comme vaincu par la douleur, qu’il endure sur la
croix que le Sauveur s’exprime de la sorte ; si vous l’entendiez ainsi,
vous ne comprendriez pas ce grand cri qu’il jette, et qui nous annonce
un grand mystère caché.

Raban :

Ou bien le Sauveur jette ce cri, parce qu’il s’était comme revêtu de
nos sentiments, et que lorsque nous sommes dans le danger, nous nous
croyons abandonnés de Dieu. En effet, Dieu avait abandonné la nature
humaine par suite du péché, mais comme le Fils de Dieu est devenu notre
avocat, il pleure la misère de ceux dont il a pris sur lui les fautes,
et il nous apprend par là combien les pécheurs doivent verser de
larmes, en voyant ainsi pleurer celui qui n’a jamais commis le péché.

" Quelques-uns de ceux qui étaient présents, entendant cela, disaient : Il appelle Elie. "

S. Jérôme :

Ce n’est pas tous, mais quelques-uns, sans doute les soldats romains
qui ne comprenaient pas l’hébreu, et qui pensaient qu’il appelait Elie,
parce qu’il s’était écrié : Eh ! Eh ! Si l’on attribue cette réflexion
aux Juifs, il faudra dire que suivant leur habitude, ils accusent le
Seigneur de faiblesse, parce qu’il demande le secours d’Elie.

" Et aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il emplit de vinaigre, " etc.

S. Augustin :

(de la passion.) Ainsi celui qui alimente les fontaines est abreuvé de
vinaigre ; celui qui nous donne le miel est nourri de fiel ; la
miséricorde est flagellée ; celui qui accorde le pardon est condamné ;
la majesté est insultée ; la vertu tournée en dérision, et celui qui
répand les pluies fécondantes est couvert de crachats.

S. Hilaire :

(can. 33.) Le vinaigre est un vin qui s’est aigri ou par sa mauvaise
qualité, ou par le mauvais état du vase qui le contient, ou par
négligence. Le vin représente l’honneur de l’immortalité et de la
vertu. Or, lorsque le vin se fut aigri en Adam, le Sauveur en prit et
en fut abreuvé par les nations. Ce vin est présenté au moyen d’une
éponge placée au bout d’un bâton ; c’est-à-dire que le Sauveur reçut du
corps des nations les faiblesses qui avaient corrompu en nous le
principe de l’immortalité, et qu’il les fit pour ainsi dire passer en
lui-même, pour communiquer l’immortalité à tout ce qui avait été altéré
et corrompu.

S. Rémi :

Ou bien, les Juifs eux-mêmes étaient ce vinaigre, eux qui étaient comme
un vin dégénéré des patriarches et des prophètes, et qui avaient des
cœurs creusés par la fraude, comme l’est une éponge par les cavités
profond es et tortueuses qu’elle renferme. Le roseau figure la sainte
Écriture qui. recevait ainsi son accomplissement ; car de même qu’on
appelle langue grecque ou hébraïque le langage que ces langues servent
à former, ainsi on peut donner le nom de roseau aux lettres où à
l’écriture qui sont tracées au moyen d’un roseau.

Origène :

Peut-être aussi peut-on dire que tous ceux qui ont la science de la
doctrine ecclésiastique, mais dont la vie est mauvaise, donnent à boire
à Jésus-Christ du vin mélangé de fiel. Ceux, au contraire, qui
appliquent à Jésus-Christ des maximes qui sont opposées la vérité,
comme s’il en était l’auteur, ceux-là placent au bout du roseau de
l’Écriture une éponge remplie de vinaigre, et la présentent aux lèvres
du Sauveur.

" Les autres disaient : Attendez, voyons si Elie viendra le délivrer. "

Raban :

Les soldats ne comprenaient pas le sens des paroles du Sauveur, aussi
ils attendaient, mais bien inutilement, l’arrivée d’Elie. Quant à
Notre-Seigneur, il était uni d’une manière indissoluble avec le Dieu
qu’il invoquait en langue hébraïque.

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MessageSujet: Re: Evangile selon Saint Matthieu , chap 27 ; verset 45 - 50   Sam 14 Mar - 22:12

S. Augustin :

(serm. sur la Pâque.) Après que Jésus-Christ eut épuisé toutes les
peines, la mort s’arrête, car elle sent qu’il n’y a rien en lui qui lui
appartienne. La nouveauté est suspecte à la vétusté ; c’est le premier,
c’est le seul homme qu’elle voit sans péché, pur de tout crime, et
n’étant soumis en aucune manière à ses lois. Mais la mort ne laisse pas
de s’associer à la fureur des Juifs, et elle se jette en désespérée sur
l’auteur de la vie :

" Or, Jésus, jetant encore un grand cri, rendit l’esprit. "

Qu’y a-t-il donc qui puisse nous déplaire, en ce que Jésus-Christ ait
quitté le sein de son Père, pour venir nous délivrer de notre servitude
et nous faire partager sa liberté ; qu’il se soit soumis à notre mort
pour nous en affranchir par sa propre mort, alors qu’en nous inspirant
le mépris de la mort, il nous a placés, simples mortels, au rang des
dieux, et malgré notre origine terrestre, nous a égalés aux esprits
célestes ?

Car autant sa puissance divine brille dans le spectacle de ses oeuvres,
autant il nous donne une preuve éclatante de son immense charité, en
consentant à souffrir pour ses sujets, et à mourir pour ses serviteurs.
Telle fut la première raison de la passion du Seigneur, il voulut faire
connaître combien Dieu aimait l’homme, lui qui veut être bien plus aimé
que craint des hommes.

La seconde cause, ce fut de détruire avec plus de justice la juste
sentence de mort qu’il avait portée contre l’homme. Le premier homme
avait au jugement de Dieu, encouru la mort par son péché, et l’avait
transmise à ses descendants ; le second (1 Co 15, 47) vint du ciel, pur
de tout péché, pour condamner la mort qui, n’ayant reçu de droits que
sur les coupables, avait osé s’attaquer à la source même de toute
sainteté.

Il n’est point surprenant qu’il ait quitté pour nous ce qu’il a reçu de
nous, c’est-à-dire son âme, lui qui a fait tant pour nous, et qui nous
a comblés de tant de bienfaits.

S. Augustin :

(contre Félic., chap. 14.) Que les fidèles se gardent bien de penser
que Jésus-Christ ait pu ressentir la mort, de manière qu’en ce qui le
concerne, la vie ait perdu la vie ; car s’il en était ainsi, comment,
pendant ces trois jours, pourrions-nous dire que tout ce qui respire
ait conservé la vie, si la source même de la vie avait été desséchée ?

La divinité du Christ n’a donc ressenti la mort que par son union à
notre humanité, ou par la communion aux faiblesses de notre nature
qu’il avait prises volontairement ; mais il n’a point perdu la
puissance de sa nature, qui donne la vie à tout ce qui existe. Lorsque
nous mourons nous-mêmes, notre corps, privé de la vie, n’en dépouille
pas notre âme ; l’âme, en se retirant, ne perd point sa vertu, elle ne
fait qu’abandonner le corps qu’elle vivifiait, et c’est elle-même qui
est la cause de la mort du corps, loin d’en être la victime.

Quant à l’âme du Sauveur, nous dirons que ce n’est ni à cause de la
divinité dont elle était le temple, ni par suite de sa pureté
extraordinaire, mais d’après les lois ordinaires de la mort, qu’elle a
pu abandonner son corps pendant ces trois jours, sans être elle-même
exposée aux coups de la mort.

Car je crois que le Fils de Dieu est mort, non pour subir la peine due
au péché, peine qu’il ne put encourir en aucune façon, mais par une
suite de la sentence portée contre tous les hommes, et à laquelle il
s’est soumis pour la rédemption du genre humain.

S. Jean Damascène :

(de la foi orthodoxe 3, 21.) Quoique Jésus-Christ soit mort comme
homme, et que son âme sainte ait été séparée de son corps exempt de
toute souillure, cependant la divinité est restée inséparablement unie
à l’une et à l’autre, c’est-à-dire à l’âme et au corps, et l’unité de
personne n’a souffert aucune division.

Le corps et l’âme ont eu, dès le commencement, leur existence dans la
personne du Verbe, et l’ont conservée jusque dans la mort ; car ni le
corps ni l’âme n’ont eu d’autre personnalité que celle du Verbe.

S. Jérôme :

C’est pour Jésus-Christ un acte de puissance toute divine que de rendre l’esprit, comme lui-même l’avait prédit :

" Personne ne peut m’ôter la vie ; mais c’est de moi-même que je la quitte, et j’ai le pouvoir de la reprendre. "

L’esprit, dans ce passage, doit être pris pour l’âme, soit parce qu’il
donne la vie au corps et le rend pour ainsi dire spirituel, soit parce
que l’esprit est l’essence de l’âme, selon ces paroles :

" Vous leur ôterez l’esprit, et ils tomberont dans la défaillance. " (Ps 103.)

S. Jean Chrysostome :

(hom. 88.) Il jette un grand cri pour montrer qu’il agit ici en vertu
de sa puissance, et en criant ainsi d’une voix forte au moment où il
expire, il prouve de la manière la plus évidente, qu’il est le Dieu
véritable, puisque les hommes, prêts de rendre le dernier soupir,
peuvent à peine faire entendre un souffle de voix.

S. Augustin :

(de l’accord des Evang., 3, 18 ) Saint Luc nous apprend quel fut l’objet de ce grand cri :

" Et Jésus s’écria d’une voix forte : Mon Père, je remets mon âme entre vos mains. "

S. Hilaire :

(can. 33.) Ou bien, il expire en jetant un grand cri par la douleur
qu’il éprouve de ne pouvoir effacer les péchés de tous les hommes (Is
53, 6 ; 1 P 2, 24).

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