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 De la Charité

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JP B
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MessageSujet: De la Charité   Jeu 17 Juin - 4:12

A l’égard des Catholiques intégraux qui estiment avec juste raison que seule la Vérité a des droits et notamment celui de régner sans partage sur les âmes et la société humaine tout entière, les modernistes n’ont que deux mots à la bouche : celui d’“intégriste” – péjoratif à leurs yeux et qu’ils emploient comme si s’était une insulte tandis que c’est un compliment dont nous sommes fiers ; et celui de “Charité” – derrière lequel ils pensent (vainement) se réfugier.

Ce qui vient d’être dit du premier, “intégriste”, suffit amplement. Ne nous attardons pas.

Pour le second, nos malheureux modernistes n’en connaissent pas le sens et ils confondent “Charité” avec philanthropie.

Ils s’imaginent en effet que, lorsqu’on est condescendant avec son prochain, lui permettant notamment de conserver ses erreurs et en étant respectueux d’icelles (le respect de ce que pense autrui même dans l’erreur est aujourd’hui un véritable dogme humaniste et démocratique), que l’aime ce prochain tout simplement parce que c’est un être humain comme soi, on est charitable, on pratique éminemment la “Charité”, alors qu’il ne s’agit que de simple philanthropie.

Car la Charité, véritable s’entend, le mot n’étend mis ni entre guillemets ni en italiques, ne consiste nullement ni surtout exclusivement à aimer son prochain parce que celui-ci est notre semblable : cela, même les païens savent le faire, tandis que la Charité est une vertu “théologale”, c’est-à-dire éminemment chrétienne et plus précisément catholique.

La Charité, en effet, est :
Premièrement, l’Amour de Dieu souverainement aimable parce qu’infiniment Bon ; et,
Secondement, et seulement conséquemment à l’Amour de Dieu, l’amour du prochain, non pas n’importe comment mais comme soi-même – nous y reviendrons – et pour l’Amour de Dieu.

Nous sommes loin, nous commençons à le voir, de la prétendue “Charité” des modernistes…

L’acte de Charité nous fait en effet dire : « Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur et par-dessus toute chose, parce que vous êtes infiniment Bon et infiniment aimable, et j’aime mon prochain comme moi-même pour l’Amour de Vous ! »

« comme moi-même », c’est-à-dire que je veux pour mon prochain le même bien que je désire pour moi-même : le bien suprême, le Bien éternel, le salut éternel, Dieu Lui-même !

Or, ce que je dois faire pour moi-même en vue d’obtenir mon salut éternel, bien suprême, en vue d’atteindre Dieu, je dois le vouloir faire faire à mon prochain. C’est-à-dire que si je dois couper mes vices nécessairement consécutifs à la chute originelle de nos premiers parents et amender ma vie pour obtenir mon salut éternel et atteindre Dieu, je dois le vouloir de la même façon pour mon prochain… Et cela, par Charité, pour cette Charité qui trouve là son parfait accomplissement.

D’où il suit que, si pour atteindre ce but absolument nécessaire, je dois châtier mes vices par Charité pour moi-même et pour l’Amour de Dieu, il est également parfois, sinon souvent, de faire de même avec le prochain :

Un excellent auteur ecclésiastique, Don Felix SARDÀ Y SALNANY, Prêtre espagnol du XIXème siècle, dans un livre loué par Rome dans un Décret du 10 janvier 1887, Le libéralisme est un péché, a très bien exprimé la chose.
C’est pourquoi nous irons chercher directement ce qu’il en a dit.
Don Felix SARDÀ Y SALNANY, dans les chapitres suivants, a écrit:

XXI
De la saine intransigeance catholique opposée à la fausse charité libérale.


Intransigeance ! intransigeance ! J'entends une partie de mes lecteurs plus ou moins entachés de libéralisme pousser ces cris après la lecture du chapitre précédent. Quelle manière peu chrétienne de résoudre la question ! disent-ils. Les libéraux sont-ils, oui ou non, notre prochain comme les autres hommes ? Avec de pareilles idées où irions-nous ? Est-il possible de recommander avec une semblable impudence le mépris de la charité !
"Nous y voilà enfin !" nous écrierons-nous à notre tour. Ah ! on nous jette perpétuellement à la face notre prétendu manque de charité. Eh bien ! puisqu'il en est ainsi, nous allons répondre nettement à ce reproche qui est pour plusieurs en ce sujet, le grand cheval de bataille. S'il ne l'est pas, du moins sert-il de parapet à nos ennemis, et, comme le dit très spirituellement un auteur, oblige-t-il gentiment la charité à servir de barricade contre la vérité.
Mais d'abord que signifie le mot charité ?
La théologie catholique nous en donne la définition par l'organe le plus autorisé de la propagande populaire, le catéchisme, si plein de sagesse et de philosophie. Cette définition la voici : La charité est une vertu surnaturelle qui nous incline à aimer Dieu par-dessus toute chose et le prochain comme nous-mêmes pour l'amour de Dieu. . Ainsi, après Dieu, nous devons aimer le prochain comme nous-mêmes, et cela, non d'une manière quelconque, mais pour l'amour de Dieu et par obéissance à sa loi. Et maintenant, qu'est-ce qu'aimer ? Amare est velle bonum, répond la philosophie, "Aimer, c'est vouloir le bien à celui qu'on aime". A qui la charité commande-t-elle de vouloir le bien ? Au prochain ! c'est-à-dire non à tel ou tel homme seulement, mais à tous les hommes. Et quel est ce bien qu'il faut vouloir pour qu'il en résulte le véritable amour ? Premièrement, le bien suprême, qui est le bien surnaturel ; immédiatement après, les biens de l'ordre naturel, qui ne sont pas incompatibles avec lui. Tout ceci se résume dans la phrase : "pour l'amour de Dieu" et mille autres dont le sens est le même.
Il suit de là qu'on peut aimer le prochain, bien et beaucoup, en lui déplaisant, en le contrariant, en lui causant un préjudice matériel et même en certaines occasions en le privant de la vie. Tout se réduit, en somme, à examiner si dans le cas où on lui déplaît, où on le contrarie, où on l'humilie, on le fait, oui ou non, pour son bien propre, pour le bien de quelqu'un dont les droits sont supérieurs aux siens, ou simplement pour le plus grand service de Dieu.
1° Pour son bien. - S'il est démontré qu'en déplaisant au prochain, en l'offensant, on agit pour son bien, il est évident qu'on l'aime, même dans les contrariétés et les dégoûts qu'on lui impose. Par exemple : on aime le malade en le brûlant avec le cautère ou en lui coupant le membre gangrené ; on aime le méchant en le corrigeant par la répression ou le châtiment, etc., etc. Tout cela est charité, et charité parfaite.
2° Pour le bien d'un autre dont les droits sont supérieurs. - Il est souvent nécessaire de déplaire à une personne, non pour son propre bien, mais pour délivrer autrui du mal qu'elle lui cause. C'est alors une obligation de charité que de défendre l'attaqué contre l'injuste violence de l'agresseur ; et on peut faire à l'agresseur autant de mal que l'exige la défense de l'attaqué. C'est ce qui arrive lorsqu'on tue un brigand aux prises avec un voyageur. En ce cas, tuer l'injuste agresseur, le blesser, le réduire de toute autre manière à l'impuissance, c'est faire acte de véritable charité.
3° Pour le service dû à Dieu. - Le bien de tous les biens est la gloire divine, de même que Dieu est pour tout homme le prochain de tous les prochains. Par conséquent, l'amour dû à l'homme en tant que prochain doit toujours être subordonné à celui que nous devons tous à notre commun Seigneur. Pour Son amour donc et pour Son service (si c'est nécessaire) il faut déplaire aux hommes, les blesser et même (toujours si c'est nécessaire) les tuer. Remarquez bien toute l'importance des parenthèses (s'il est nécessaire) : elles indiquent clairement le seul cas où le service de Dieu exige de tels sacrifices. De même que dans une guerre juste les hommes se blessent et se tuent pour le service de la patrie, ainsi peuvent-ils se blesser et se tuer pour le service de Dieu. De même encore que l'on peut, en conformité avec la loi, exécuter des hommes à cause de leurs infractions au code humain, on a le droit, dans une société catholiquement organisée, de faire justice des hommes coupables d'infractions au code divin, dans ceux de ses articles obligatoires au for extérieur. Ainsi se trouve justifiée, soit dit en passant, l'Inquisition tant maudite. Tous ces actes (bien entendu quand ils sont justes et nécessaires) sont des actes vertueux et peuvent être commandés par la charité.
Le libéralisme moderne ne l'entend pas ainsi, ce en quoi il a tort. De là vient qu'il se fait et donne une notion fausse de la charité à ses adeptes. Par ses apostrophes et ses accusations banales d'intolérance et d'intransigeance sans cesse renouvelées, il déconcerte même des catholiques très fermes. Notre formule, à nous, est pourtant bien claire et bien concrète. La voici : la souveraine intransigeance catholique n'est autre que la souveraine charité catholique. Cette charité s'exerce relativement au prochain, quand dans son propre intérêt, elle le confond, l'humilie, l'offense et le châtie. Elle s'exerce relativement à un tiers, quand pour le délivrer de l'erreur et de sa contagion, elle en démasque les auteurs et les fauteurs, les appelant de leur vrai nom, méchants, pervers ; les vouant à l'horreur, au mépris, les dénonçant à l'exécration commune, et si cela est possible au zèle de l'autorité sociale chargée de les réprimer et de les punir. Elle s'exerce enfin relativement à Dieu, quand pour Sa gloire et Son service, il devient nécessaire d'imposer silence à toutes les considérations humaines, de franchir toutes les bornes, de fouler aux pieds tout respect humain, de blesser tous les intérêts, d'exposer sa propre vie et toutes les vies dont le sacrifice serait nécessaire à l'obtention d'une aussi haute fin. Tout cela est pure intransigeance dans le véritable amour et, par conséquent, souveraine charité. Les types de cette intransigeance sont les héros les plus sublimes de la charité, comme l'entend la vraie religion. Et parce que de nos jours il y a peu d'intransigeants véritables, il y a aussi peu de gens véritablement charitables. La charité libérale, à la mode actuellement, est condescendante, affectueuse, tendre même, dans la forme, mais au fond elle n'est que le mépris essentiel des biens véritables de l'homme, des suprêmes intérêts de la vérité et de Dieu.
(A suivre)
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JP B
Invité



MessageSujet: Suite   Jeu 17 Juin - 4:14

Don Felix SARDÀ Y SALNANY, dans le chapitre suivant, a écrit:

XXII
De la charité dans ce qu'on appelle les formes de la polémique,
et si les libéraux ont raison en ce point contre les apologistes chrétiens
.


Ce n'est pas là toutefois le terrain sur lequel le libéralisme tient avant tout à livrer bataille, il sait trop bien que dans la discussion des principes, il aurait à subir une irrémédiable défaite. Il préfère accuser sans cesse les catholiques de mettre peu de charité dans les formes de leur propagande. C'est même là-dessus, comme nous l'avons dit, que certains catholiques, bons au fond, mais entachés de libéralisme, essaient ordinairement de prendre pied contre nous.
Voyons ce qu'il y a à dire sur ce chef. Catholiques, nous avons raison en ce point comme en tous les autres ; tandis que les libéraux n'en ont pas seulement l'ombre. Arrêtons-nous pour nous en convaincre aux considérations suivantes.
1° Le catholique peut traiter ouvertement son adversaire de libéral, s'il l'est en effet, personne ne mettra cela en doute. Si un auteur, un journaliste, un député fait montre de libéralisme et ne cache pas ses préférences libérales, comment peut-on lui faire injure en l'appelant libéral ? Si palam res est, repetitio injuria non est : "dire ce que tout le monde sait n'est pas une injure". A plus forte raison, dire du prochain ce qu'il en dit lui-même à chaque instant, ne peut justement l'offenser. Combien de libéraux cependant, surtout dans le groupe des paisibles et des modérés, regardent comme injurieuses les expressions de libéral et d'ami des libéraux que leur adresse un adversaire catholique.
2° Étant donné que le libéralisme est une chose mauvaise, appeler mauvais les défenseurs publics et conscients du libéralisme, n'est pas un manque de charité.
C'est en substance, appliquer au cas présent la loi de justice en usage dans tous les siècles. Nous, catholiques d'aujourd'hui, nous n'innovons rien à cet égard. Nous nous en tenons à la pratique constante de l'antiquité. Les propagateurs et les fauteurs d'hérésies ont de tout temps été appelés hérétiques comme leurs auteurs. Et comme l'hérésie a toujours été considérée dans l'Eglise comme un mal des plus graves, l'EgIise a toujours appelé mauvais et méchants ses fauteurs et ses propagateurs. Parcourez la collection des auteurs ecclésiastiques, vous y verrez comment les apôtres ont traité les premiers hérésiarques, comment les saints Pères, les controversistes modernes et l'Église elle-même dans son langage officiel, les ont imités. Il n'y a donc aucune faute contre la charité à nommer le mal mal, méchants les auteurs, fauteurs et disciples du mal ; iniquité, scélératesse, perversité, l'ensemble de leurs actes, paroles et écrits. Le loup a toujours été appelé loup tout court, et jamais en l'appelant ainsi on n'a cru faire tort au troupeau et à son maître.
3° Si la propagande du bien et la nécessité d'attaquer le mal exigent l'emploi de termes un peu durs contre les erreurs et ses coryphées reconnus, cet emploi n'a rien de contraire à la charité. C'est là un corollaire ou une conséquence du principe ci-dessus démontré. Il faut rendre le mal détestable et odieux. Or, on n'obtient pas ce résultat sans montrer les dangers du mal, sans dire combien il est pervers, haïssable et méprisable. L'art oratoire chrétien de tous les siècles autorise l'emploi des figures de rhétorique les plus violentes contre l'impiété. Dans les écrits des grands athlètes du christianisme, l'usage de l'ironie, de l'imprécation, de l'exécration, des épithètes écrasantes est continuel. Ici l'unique loi doit être l'opportunité et la vérité.
Il existe encore une autre justification de cet usage.
La propagande et l'apologétique populaires (elles sont toujours populaires quand elles sont religieuses) ne peuvent garder les formes élégantes et tempérées de l'académie et de l'école. Pour convaincre le peuple il faut parler à son cœur et à son imagination qui ne peuvent être touchés que par un langage coloré, brûlant, passionné. Être passionné n'est pas répréhensible quand on l'est par la sainte ardeur de la vérité.
Les prétendues violences du journalisme ultramontain moderne le cèdent non seulement de beaucoup à celles du journalisme libéral, mais elles sont encore justifiées par chaque page des œuvres de nos grands polémistes catholiques des meilleures époques, ce qui est facile à vérifier.
Saint Jean-Baptiste commença par appeler les Pharisiens : "race de vipères". Jésus-Christ Notre-Seigneur leur lance les épithètes "d'hypocrites, de sépulcres blanchis, de génération perverse et adultère" sans croire pour cela souiller la sainteté de Sa très bénigne prédication. Saint Paul disait des schismatiques de Crète qu'ils étaient des "menteurs, de mauvaises bêtes, des ventrus fainéants". Le même apôtre appelle Elymas le magicien "séducteur, homme rempli de fraude et de fourberie, fils du diable, ennemi de toute vérité et de toute justice".
Si nous ouvrons la collection des œuvres des Pères, nous rencontrons partout des traits de cette nature. Ils les employèrent sans hésiter, à chaque pas, dans leur éternelle polémique avec les hérétiques. Bornons-nous à citer quelques-uns des principaux. Saint Jérôme discutant avec l'hérétique Vigilance lui jette à la face son ancienne profession de cabaretier. "Dès ta première enfance, lui dit-il, tu appris autre chose que la théologie et tu te livras à d'autres études. Vérifier à la fois Ia valeur des monnaies et celle des textes de l'Ecriture, déguster les vins et posséder le sens des prophètes et des apôtres ne sont certainement pas des choses dont le même homme puisse se tirer à son honneur". Il est facile de se rendre compte de la prédilection du saint controversiste pour cette manière de discréditer son adversaire. Dans une autre occasion, s'attaquant au même Vigilance qui niait l'excellence de la virginité et du jeûne, il lui demande avec son enjouement ordinaire s'il parle ainsi : "Pour ne point porter atteinte au débit de son cabaret". Grand Dieu ! quels cris aurait jetés un critique libéral, si un de nos controversistes avait écrit de la sorte contre un hérétique du jour !
Que dirons-nous de saint Jean Chrysostome ? Sa fameuse invective contre Eutrope n'est comparable, au point de vue du caractère personnel et agressif, qu'aux plus cruelles invectives de Cicéron contre Catilina ou contre Verrès ? Le doux saint Bernard n'était certainement pas de miel lorsqu'il s'agissait des ennemis de la foi. S'adressant à Arnaud de Brescia, le grand agitateur libéral de son temps, il le nomme en toutes lettres "séducteur, vase d'injures, scorpion, loup cruel".
Le pacifique saint Thomas d'Aquin oublie le calme de ses froids syllogismes pour lancer contre son adversaire Guilhaume de Saint-Amour et ses disciples les violentes apostrophes qui suivent. "Ennemis de Dieu ministres du diable, membres de l'antéchrist, ignorants, pervers, réprouvés". Jamais l'illustre Louis Veuillot n'en a tant dit ! Le séraphique saint Bonaventure si plein de douceur se sert contre Gérald des épithètes "d'impudent, de calomniateur, d'esprit de malice, d'impie, d'impudique, d'ignorant, d'imposteur, de malfaiteur, de perfide et d'insensé". Dans les temps modernes nous voyons apparaître la ravissante figure de saint François de Sales que sa délicatesse exquise et son admirable mansuétude ont fait appeler la vivante image du Sauveur. Croyez-vous qu'il eut des égards pour les hérétiques de son époque et de son pays ? Allons donc ! il leur pardonna leurs injures, il les combla de bienfaits, alla jusqu'à sauver la vie de ceux qui avaient attenté à la sienne, jusqu'à dire à un de ses adversaires : "Si vous m'arrachiez un œil, je ne laisserais pas avec l'autre de vous regarder comme un frère" ; mais avec les ennemis de la foi, il ne gardait aucun tempérament, aucune considération. Interrogé par un catholique désireux de savoir s'il était permis de mal parler d'un hérétique qui répandait de mauvaises doctrines, il répondit : "Oui, vous le pouvez à la condition de vous en tenir à l'exacte vérité, à ce que vous savez de sa mauvaise conduite, présentant ce qui est douteux comme douteux et selon le degré plus ou moins grand du doute que vous aurez à cet égard".
Dans son Introduction à la vie dévote, livre si précieux et si populaire, il s'exprime plus clairement encore : "les ennemis déclarés de Dieu et de l'Église, dit-il à Philotée, doivent être blâmés et censurés avec toute la force possible. La charité oblige à crier au loup, quand un loup s'est glissé au milieu du troupeau et même en quelque lieu qu'on le rencontre".
Sera-t-il donc nécessaire que nous fassions un cours pratique de rhétorique et de critique littéraire à l'usage de nos ennemis ? En somme, nous venons de dire tout ce qu'il y a de vrai dans la question tant rabattue des formes agressives usitées par les écrivains ultramontains, c'est-à-dire en langue vulgaire par les véritables catholiques. La charité nous défend de faire à autrui ce que raisonnablement nous ne voudrions pas qu'on nous fît à nous-mêmes. Remarquez bien l'adverbe raisonnablement, il renferme toute l'essence de la question.
La différence essentielle qui existe entre notre manière de voir et celle des libéraux à ce sujet, consiste en ce qu'ils considèrent les apôtres de l'erreur comme de simples citoyens libres, usant de leur plein droit lorsqu'ils opinent en matière de religion autrement que nous. Par suite ils se croient tenus de respecter l'opinion de chacun et de n'y contredire que dans les termes d'une discussion libre. Nous autres, au contraire, nous voyons en eux les ennemis déclarés de la foi que nous sommes obligés de défendre. Nous ne voyons pas dans leurs erreurs des opinions libres, mais des hérésies formelles et coupables, ainsi que nous l'enseigne la loi de Dieu. C'est donc avec raison qu'un grand historien catholique a dit aux ennemis du catholicisme : "Vous vous rendez infâmes par vos actes et j'achèverai de vous couvrir d'infamie par mes écrits". En cette même façon la loi des Douze Tables ordonnait aux viriles générations des premiers temps de Rome : "Adversus hostem æterna auctoritas esto", ce qui peut se traduire ainsi "à l'ennemi, point de quartier".
(A suivre)
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JP B
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MessageSujet: Suite   Jeu 17 Juin - 4:16

Don Felix SARDÀ Y SALNANY, dans le chapitre suivant, a écrit:

XXIII
Convient-il en combattant l'erreur de combattre et de discréditer la personne qui la soutient ?


"Passe encore la guerre contre les doctrines abstraites, diront quelques-uns. Mais convient-il de combattre l'erreur, si évidente qu'elle soit, en s'abattant et s'acharnant sur la personne de ceux qui la soutiennent ?"
Voici notre réponse. Oui, très souvent il convient et non seulement il convient, mais encore il est indispensable et méritoire devant Dieu et devant la société, qu'il en soit ainsi. Cette affirmation ressort de ce qui a été précédemment exposé, néanmoins nous voulons la traiter ici ex professo tant est grande son importance.
L'accusation de commettre des personnalités n'est point ménagée aux apologistes catholiques, et, lorsque les libéraux entachés de libéralisme ont jeté cette accusation à la tête d'un des nôtres, il leur semble qu'il ne reste plus rien à apurer pour sa condamnation.
Ils se trompent cependant, oui, en vérité, ils se trompent. Il faut combattre et discréditer les idées malsaines, et de plus il faut en inspirer la haine, le mépris et l'horreur à la multitude qu'elles cherchent à séduire et à embaucher.
De même que les idées ne se soutiennent en aucun cas par elles-mêmes, elles ne se répandent ni ne se propagent de leur seul fait ; elles ne pourraient, réduites à elles seules, produire tout le mal dont souffre la société. Elles sont semblables aux flèches et aux balles qui ne causeraient de blessure à personne, si on ne les lançait avec l'arc ou le fusil.
C'est donc à l'archer et au fusilier que doit s'en prendre d'abord celui qui veut mettre fin à leur tir meurtrier. Toute autre façon de guerroyer sera libérale, tant qu'on voudra, mais elle n'aura pas le sens commun.
Les auteurs et les propagateurs de doctrines hérétiques sont des soldats aux armes chargées de projectiles empoisonnés. Leurs armes sont le livre, le journal, le discours public, l'influence personnelle. Suffit-il de se porter à droite ou à gauche pour éviter les coups ? Non, la première chose à faire, la plus efficace, c'est de démonter le tireur. Ainsi donc il convient d'enlever toute autorité et tout crédit au livre, au journal et au discours de l'ennemi, mais il convient aussi, en certains cas, d'en faire autant pour sa personne, oui pour sa personne qui est incontestablement l'élément principal du combat, comme l'artilleur est l'élément principal de l'artillerie. et non la bombe, la poudre et le canon. Il est donc licite en certains cas de révéler au public ses infamies, de ridiculiser ses habitudes, de traîner son nom dans la boue. Oui, lecteur, cela est permis, permis en prose, en vers, en caricature, sur un ton sérieux ou badin, par tous les moyens et procédés que l'avenir pourra inventer. Il importe seulement de ne pas mettre le mensonge au service de la justice. Cela non, sous aucun prétexte il ne peut-être porté atteinte à la vérité, même d'un iota. Mais, sans sortir de ses strictes limites on peut se souvenir de cette parole de Crétineau-Joly et la mettre à profit : La vérité est la seule charité permise à l'histoire, on pourrait même ajouter : et à la défense religieuse et sociale.
Les Pères que nous avons déjà cités fournissent la preuve de cette thèse. Les titres mêmes de leurs ouvrages disent hautement que dans leurs luttes avec les hérésies, leurs premiers coups furent dirigés contre les hérésiarques. Les œuvres de saint Augustin portent presque toutes en tête le nom de l'auteur de l'hérésie qu'elles combattent : Contra Fortunatum manichœum ; Adversus Adamanctum ; Contra Felicem ; Contra Secundinum ; Quis fuerit Petilianus ; De gestis Pelagii ; Quis fuerit Julianus, etc. De telle sorte que la majeure partie de la polémique du grand Docteur fut personnelle, agressive, biographique, pour ainsi dire, autant que doctrinale, luttant corps à corps avec l'hérétique non moins qu'avec l'hérésie. Ce que nous disons de saint Augustin, nous pourrions le dire de tous les saints Pères.
D'où le libéralisme a-t-il donc tiré l'obligation nouvelle de ne combattre l'erreur qu'en faisant abstraction des personnes et en leur prodiguant des sourires et des flatteries ? Qu'ils s'en tiennent là-dessus à la tradition chrétienne et qu'ils nous laissent, nous les Ultramontains, défendre la foi comme elle a toujours été défendue dans l'Église de Dieu. Que l'épée du polémiste catholique blesse, qu'elle blesse, qu'elle aille droit au cœur ! C'est là l'unique manière réelle et efficace de combattre.
(A suivre)
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JP B
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MessageSujet: Suite   Jeu 17 Juin - 4:17

Don Felix SARDÀ Y SALNANY, dans le chapitre suivant, a écrit:

XXIV
Réponse à une objection, grave à première vue, contre la doctrine des deux chapitres précédents.


Une très grave difficulté, à première vue, peut être opposée par nos adversaires à la doctrine établie dans les deux chapitres précédents. Il nous paraît bon avant d'aller plus loin de débarrasser notre chemin des scrupules ou autres obstacles de ce genre qui en rendraient difficile le parcours.
Le Pape, dit-on, et c'est certain, a recommandé plusieurs fois aux journalistes catholiques la douceur, la modération, le respect de la charité dans les formes de la polémique. Il veut qu'on évite les manières agressives, les épithètes dénigrantes et les personnalités injurieuses. Or, ajoutera-t-on, la doctrine que vous veniez d'exposer est diamétralement contraire aux recommandations pontificales.
Avec l'aide de Dieu, nous allons démontrer qu'il n'y a pas de contradiction entre nos indications et les sages conseils du Pape. Il nous sera même fort heureusement très aisé d'en donner la preuve évidente.
A qui s'est adressé notre saint Père le Pape dans ses exhortations répétées ?
Toujours à la presse catholique, toujours aux journalistes catholiques, et en les supposant dignes de ce nom. Par conséquent, il est de la dernière évidence que le saint Père en donnant ces conseils de modération et de douceur s'adressait à des catholiques traitant, avec d'autres catholiques, des questions libres, et non à des catholiques soutenant contre des anti-catholiques déclarés le rude combat de la foi. Il est hors de doute que le saint Père n'a point fait allusion aux incessantes batailles entre catholiques et libéraux, car par cela même que le catholicisme est la vérité et le libéralisme l'hérésie, les combats livrés entre leurs représentants doivent être appelés en bonne logique batailles entre catholiques et hérétiques.
Il est bien certain que le Pape a voulu que ses conseils n'eussent d'applications que dans nos querelles de famille, malheureusement trop fréquentes, et qu'il n'a pas prétendu nous faire lutter contre les éternels ennemis de l'Eglise et de la foi, avec des armes épointées, émoussées, suffisantes tout au plus dans les joutes et les tournois. En conséquence, aucune contradiction n'existe entre la doctrine que nous avons exposée et celle contenue dans les Brefs et Allocutions de Sa Sainteté, attendu que en bonne logique l'opposition doit être ejusdem, de eodem et secundum idem, ce qui n'a pas lieu ici. Et comment pourrait-on interpréter exactement la parole du Pape d'une autre manière ? C'est une règle de saine exégèse qu'un passage des saintes lettres doit se prendre au sens littéral, toutes les fois que le sens n'est pas en opposition avec le contexte ; on ne recourt au sens libre ou figuré, que lorsque cette opposition se présente. Entre cette règle et celle que l'on doit suivre dans l'interprétation des documents pontificaux il existe une grande analogie. Peut-on supposer le Pape en contradiction avec toute la tradition catholique depuis Jésus-Christ jusqu'à nos jours ?
Est-il admissible que le style et les procédés des plus célèbres apologistes et controversistes de l'Eglise, depuis saint Paul jusqu'à saint François de Sales soient condamnés d'un trait de plume ? Il est évident que non ; car, s'il fallait entendre les conseils de calme et de modération donnés par le Pape dans le sens que leur prête pour le besoin de sa cause le critérium libéral, il serait non moins évident que oui. Par suite, la seule conclusion admissible, c'est que les conseils du Pape, que tout bon catholique doit considérer comme des ordres, ne s'adressent pas aux polémiques entre catholiques et ennemis du catholicisme, tels que les libéraux, mais aux polémiques entre bons catholiques en désaccord.
Non, de par le sens commun lui-même, il ne peut en être autrement. Jamais dans aucun combat le capitaine n'a défendu à ses soldats de blesser trop gravement leurs adversaires ; jamais il ne leur a recommandé d'user envers eux de douceur et de leur prodiguer des égards et des attentions.
La guerre est la guerre, et jamais elle ne se fit autrement qu'en causant du dommage. Celui-là passerait pour traître, qui au milieu de la mêlée parcourrait les rangs des combattants en criant : "Prenez garde de déplaire à l'ennemi ! Attention ! ne le frappez pas au cœur !"
Que dire de plus ? Le Pape Pie IX nous a donné lui-même l'explication authentique de ses saintes paroles et nous a fait voir de quelle manière ses conseils de modération et de douceur doivent s'appliquer. Dans une circonstance mémorable, il appelle démons les sectaires de la commune et pires que ces démons les sectaires du catholicisme libéral. Cette phrase tombée des lèvres si pleines de mansuétude du Pape, fit le tour du monde et resta gravée sur le front du libéralisme comme un stigmate d'éternelle exécration. Qui donc craindra maintenant de pousser trop loin la dureté des qualificatifs ?
Les paroles de l'Encyclique Cum multa dont l'impiété libérale a tant abusé contre les plus fermes catholiques, sont les paroles mêmes par lesquelles notre saint Père le Pape Léon XIII engage les catholiques qui écrivent, à éviter le ton de la violence dans la défense des droits sacrés de l'Eglise et à recourir de préférence aux armes plus dignes de la modération, de telle sorte que le poids des raisons plutôt que l'âpreté et la violence du style, donnent la victoire à l'écrivain. Il est manifeste que le saint Père n'entend parler ici que des polémiques entre catholiques et catholiques sur les meilleurs moyens de servir leur cause commune, et nullement de soumettre à cette règle les polémiques des catholiques avec les ennemis déclarés du catholicisme, tels que le sont les sectaires formels et conscients du libéralisme.
La preuve en saute aux yeux de quiconque jette un regard sur le texte du passage cité de cette admirable Encyclique.
Le Pape la termine en exhortant à la plus grande union les Associations et les individus catholiques, et après avoir fait valoir les avantages de cette union si désirable il signale comme le plus efficace moyen de la conserver, la modération de langage dont nous venons de parler.
Voici d'ailleurs, déduit de ce qui précède, un argument sans réplique.
Le Pape recommande la douceur dans le langage aux écrivains catholiques, afin qu'elle les aide à conserver la paix et l'union mutuelles. Cette paix et cette mutuelle union, le Pape ne peut, évidemment, la vouloir qu'entre catholiques et catholiques, et non entre catholiques et ennemis du catholicisme. Donc, la modération et la douceur, que le Pape recommande aux écrivains catholiques, se rapporte uniquement aux polémiques des catholiques avec les catholiques et nullement à celles des catholiques avec les sectaires de l'erreur libérale.
Plus clairement :
Le Pape demande cette modération et ce calme comme moyen de parvenir à l'union comme fin. Ce moyen, par conséquent, doit recevoir son caractère propre de la fin même à laquelle il est ordonné. Or, cette fin est purement l'union. Entre qui ? Entre catholiques et ennemis du catholicisme ? Ce serait absurde (quia absurdum). Elle ne peut avoir sa raison d'être qu'entre catholiques et catholiques, elle ne regarde que ces derniers, ne peut pas s'entendre d'une autre sphère ni s'y appliquer.
(A suivre)
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JP B
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MessageSujet: Suite   Jeu 17 Juin - 4:19

Don Felix SARDÀ Y SALNANY, dans le chapitre suivant, a écrit:

XXV
Confirmation de ce qui vient d'être dit par un article très consciencieux de la Civiltà Cattolica.


Nous doutons fort qu'il soit possible d'échapper à l'argument qui suit, parce que, en vérité, il ne laisse aucune porte de sortie. Toutefois, comme la question est de la plus haute importance et que, en ces derniers temps, elle a été l'objet d'une ardente controverse, notre autorité personnelle est trop minime pour trancher cette question par un jugement définitif et nous demandons à nos lecteurs la permission de reproduire, en faveur de notre doctrine, un suffrage de plus grand poids, pour ne pas dire d'une compétence aussi incontestable qu'incontestée : celui de la Civiltà Cattolica, le premier journal religieux du monde, non qu'il soit officiel dans sa rédaction, mais parce qu'il l'est dans son origine. Il fut, en effet, fondé par un Bref spécial de Pie IX et confié par lui aux Pères de la Compagnie de Jésus. Ce journal dont les articles, sous une forme tantôt sérieuse, tantôt satirique, ne laissent pas un instant de repos au libéralisme italien, s'est vu maintes fois reprocher son manque de charité par les libéraux. En réponse à ces pharisaïques homélies sur la mesure et la charité, la Civiltà Cattolica publia un ravissant article aussi plein d'humour que de profonde philosophie. Nous allons le reproduire pour la consolation de nos libéraux et la désillusion de tant de pauvres catholiques entachés de libéralisme, qui, faisant chorus avec eux, se scandalisent à toute heure de notre soi-disant manque de modération et l'anathématisent à tout propos. Cet article a pour titre : "Un peu de charité !" Le voici :
"De Maistre dit que l'Eglise et les Papes n'ont jamais demandé pour leur cause rien de plus que la vérité et la justice. Tout au contraire, les libéraux, par le fait sans doute de la respectueuse horreur qu'ils professent tout naturellement pour la vérité et surtout pour la justice, nous demandent à toute heure : la charité.
"Il y a plus de douze ans que, pour notre part, nous assistons à ce curieux spectacle donné par les libéraux italiens. Ils ne cessent pas un moment de mendier avec des larmes notre charité. Ils en deviennent insupportables, ils en perdent toute pudeur, les bras en croix, en prose, en vers, dans leurs brochures, dans leurs journaux, dans leurs lettres publiques et privées, anonymes et pseudonymes, directement ou indirectement, ils nous supplient d'exercer envers eux la charité pour l'amour de Dieu. Ils nous conjurent de ne plus nous permettre de faire rire le prochain à leurs dépens, et de ne pas nous livrer à un examen aussi détaillé, aussi minutieux de leurs sublimes écrits ; de ne point nous opiniâtrer à mettre en lumière leurs glorieux exploits ; de fermer nos yeux et nos oreilles à leurs bévues, à leurs solécismes, à leurs mensonges, à leurs calomnies, à leurs mystifications, en un mot de les laisser vivre en paix.
"En définitive, la charité est la charité ! Que les libéraux n'en aient point, c'est si naturel qu'on peut très bien se l'expliquer, mais que les écrivains comme ceux de la Civiltà Cattolica n'en fassent point usage, voilà certes bien une autre affaire. De tous temps les libéraux ont abhorré la mendicité publique jusqu'au point de l'interdire en beaucoup de pays sous peine de prison ; aussi est-ce par un juste châtiment de Dieu, qu'ils se voient réduits à devenir mendiants publics, demandant au nom du ciel, tout comme ces coquins de réactionnaires... un peu de charité !...
"Les libéraux ont imité, par cette édifiante conversion à l'amour de la mendicité, une autre conversion non moins célèbre et non moins édifiante, celle d'un riche avare à la vertu de l'aumône. Le dit avare assistant une fois au sermon entendit une exhortation très chaleureuse à la pratique de l'aumône et en fut tellement ému qu'il se tint pour véritablement converti. En vérité il était si extraordinairement touché du sermon qu'il disait au sortir de l'église : Il est impossible que ces bons chrétiens qui l'ont entendu ne me donnent pas désormais de temps en temps quelque chose par charité. Il en est ainsi de nos stupéfiants libérâtres. Après savoir démontré (chacun dans la mesure de ses moyens) par leurs actes et leurs écrits, qu'ils ont pour la charité un amour égal à celui que le diable professe pour l'eau bénite, quand ils entendent parler d'elle, ils se souviennent tout à coup qu'il existe de par le monde une chose qui s'appelle la vertu de charité et pourrait bien en certaines occasions leur être profitable. Aussitôt ils se montrent éperdument épris d'amour pour elle et vont la demandant à grands cris au Pape, aux évêques, au clergé, aux religieux, aux journalistes, à tous... même aux rédacteurs de la Civiltà Cattolica ! Il est curieux de suivre toutes les bonnes raisons qu'ils font valoir en leur faveur !
"A les en croire, ils ne tiennent pas du tout ce langage dans leur intérêt propre. Grand Dieu non ! S'ils parlent ainsi, c'est dans l'intérêt de notre très sainte religion, qu'ils portent dans la plus intime de leur cœur et qui a tant à souffrir de notre manière si peu charitable de la défendre ! Ils parlent dans l'intérêt des réactionnaires eux-mêmes et spécialement (qui le croirait ?) dans notre intérêt propre, dans l'intérêt des rédacteurs de la Civiltà Cattolica !
"Quelle nécessité vous pousse à entrer dans ces querelles ? nous disent-ils d'un ton confidentiel. N'avez-vous pas assez d'hostilités à supporter ? Soyez tolérants et vos adversaires le seront avec vous. Que gagnez-vous à faire ce triste métier de chien passant sa vie à aboyer au voleur ? Si à la fin vous êtes battus, roués de coups, à qui vous en prendre, sinon à vous-mêmes et à cet indomptable acharnement que vous avez à chercher les horions ?
"Manière de raisonner sage et désintéressée dont le seul défaut est de ressembler singulièrement à celle que le commissaire de police recommande à Renzo TramagIino, dans le roman des Fiancés, lorsqu'il essaie de le conduire en prison par la persuasion, craignant, s'il use de la force, que le jeune homme ne fasse résistance. Croyez-moi, disait-il à Renzo, j'ai l'habitude de ces sortes d'affaires ; marchez tout doucement et tout droit, sans vous retourner d'un côté ni de l'autre, et sans qu'on vous remarque. Ainsi, personne ne fera attention à nous, personne ne se doutera de rien et vous conserverez votre honneur intact. Mais ici Manzoni fait observer que Renzo n'ajoutait foi à aucune de ces belles rai- sons. Il ne pouvait croire ni au grand intérêt que le commissaire prenait de son honneur et de sa réputation, ni à la sincérité des intentions qu'il avait de le servir et dont il faisait montre. Le seul résultat de ces exhortations fut donc de le confirmer dans le dessein de tenir une conduite tout opposée à celle qu'on lui conseillait.
Ce dessein, pour parler d'or, nous sommes fort tentés de le former aussi ; car en vérité, nous ne parvenons pas à nous persuader que le mal, petit ou grand, que nous pouvons causer à la religion, importe peu ou prou aux libéraux, ni qu'ils se donnent tant de peine dans notre intérêt. Nous sommes persuadés au contraire que si les libéraux croyaient véritablement notre manière d'agir préjudiciable à la religion ou à nous-mêmes, ils se garderaient non seulement de nous en avertir, mais encore nous y encourageraient par leurs applaudissements. Nous nous figurons même que le zèle dont ils font parade à notre égard, et les prières réitérées de modifier notre style qu'ils nous adressent, sont le signe le plus clair que la religion n'a rien à souffrir ici de nos procédés, et de plus que nos écrits ont quelques lecteurs, ce qui ne laisse pas d'être toujours pour l'écrivain une petite consolation. Quant à notre intérêt et au principe utilitaire, quoique les libéraux aient toujours passé avec juste raison pour maîtres en ce dernier et qu'ils aient la réputation méritée de l'avoir appliqué en toute occasion bien plus à leur profit qu'au nôtre, il faut qu'ils nous permettent de croire, ainsi que nous l'avons cru jusqu'à ce jour, qu'en toute controverse sur notre manière d'écrire contre eux, nous ne sommes pas les plus à plaindre, ni la religion non plus.
"Par conséquent, étant donné, d'une part, que nous avons manifesté notre humble opinion, et de l'autre, que les raisons que nous pourrions appeler intrinsèques et indépendantes du principe utilitaire, alléguées par les libéraux en leur faveur et contre notre manière d'écrire, ont été maintes fois réfutées dans les séries antérieures de la Civiltà Cattolica, que nous reste à faire ici ? Rien autre, que congédier poliment ces mendiants de nouvelle espèce, en leur conseillant de faire à l'avenir leur métier d'avocat dans leur propre cause plus habilement que ne le faisaient les sbires du dix-septième siècle avec Renzo.
"Mais parce que plusieurs d'entre deux continuent à mendier, et qu'ils ont récemment publié à Pérouse un opuscule intitulé : Qu'est-ce que le parti dit catholique ? qu'ils l'ont consacré tout entier à demander à la Civiltà Cattolica un peu de charité, il ne sera pas inutile, en commençant cette cinquième série, d'opposer une fois de plus aux antiques objections les antiques réponses. Ce sera là, par le fait, une grands charité, non assurément celle que les libéraux implorent de nous, mais une autre fort méritoire : la charité de les écouter avec patience pour la centième fois.
"Du reste, le ton humble et plaintif avec lequel, depuis un certain temps, ils nous prient de leur faire l'aumône d'un peu de charité, ne mérite pas moins".
(A suivre)
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JP B
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MessageSujet: Suite   Jeu 17 Juin - 4:21

Don Felix SARDÀ Y SALNANY, dans le chapitre suivant, a écrit:

_________________

XXVI
Continuation de la belle et écrasante citation de la Civiltà Cattolica.


Le fameux article de la Civiltà Cattolica et notre très opportune citation continuent en ces termes :
"Si les libéraux nous demandent la véritable charité, qui leur convienne, la seule que nous puissions et devions leur accorder comme rédacteurs de la Civiltà Cattolica, nous sommes si loin de vouloir la leur refuser, que nous croyons même la leur avoir abondamment prodiguée jusqu'à cette heure, sinon dans la mesure de leur indigence, du moins dans celle de nos ressources.
"Les libéraux commettent un intolérable abus de parole en disant que nous n'usons pas de charité envers eux. La charité, une dans son principe, est multiple et variée dans ses œuvres. Bien souvent, le père qui frappe rudement son enfant, use envers lui d'autant de charité que celui qui le couvre de baisers. Il se peut même le plus souvent que la charité du père qui baise son fils, soit inférieure à celle du père qui le châtie. Nous frappons les libéraux, ce n'est pas niable, et nous les frappons très souvent (de simples paroles, cela va sans dire), mais qui pourra conclure de ce fait que nous ne les aimons point, que nous n'avons pour eux aucune charité ? Ce reproche s'adresserait plus justement à ceux qui, malgré les prescriptions de la charité, interprètent mal les intentions du prochain. En ce qui nous concerne, tout ce que les libéraux pourront dire, c'est que notre charité envers eux n'est pas la charité qu'ils désirent, mais ce n'en est pas moins de la charité, et même une grande charité. Par ailleurs ce sont eux qui nous demandent la charité ; c'est nous qui la leur donnons gratis, ils feraient donc très sagement de se rappeler ce vieux proverbe : "A cheval donné, ne regarde pas si la bride est dorée".
"La charité qu'ils voudraient de nous, ce serait de les louer, de les admirer, de les appuyer, ou tout au moins de les laisser agir à leur guise. Nous, au contraire, nous ne voulons leur faire que la charité de les interpeller, de les reprendre, de les exciter par mille moyens à sortir de leur mauvaise voie. Quand ils disent un mensonge, sèment une calomnie ou pillent les biens d'autrui, les libéraux voudraient nous voir cacher ces petits péchés véniels et bien d'autres avec, sous le manteau de la charité. Nous autres, au contraire, nous les apostrophons en face de voleurs, d'imposteurs, de calomniateurs, exerçant ainsi envers eux la plus exquise de toutes les charités, celle qui consiste à ne point flatter et à ne point tromper les personnes auxquelles on veut du bien. Quand il leur échappe quelque distraction grammaticale, orthographique, syntaxique, ou simplement logique, ils nous prient de fermer les yeux sur elles ; ils pleurent, ils geignent et, si nous les en avertissons en public, ils se plaignent de notre manque de charité. Nous au contraire, nous accomplissons à leur intention une bonne œuvre, en les obligeant à palper de leurs propres mains une chose qu'ils ne devraient pas ignorer, à savoir : que non seulement ils ne sont pas des maîtres, comme ils se le figurent, mais encore qu'ils sont à peine de médiocres écoliers. Par ce moyen nous contribuons, dans la mesure de nos forces, à la culture des beaux-arts en Italie, et à l'exercice de l'humilité chrétienne dans le cœur des libéraux qui en ont, comme on sait, le plus grand besoin.
"Messieurs les libéraux voudraient surtout être toujours pris très au sérieux, estimés, révérés, courtisés et traités comme des personnages importants. Ils se résigneraient bien à ce qu'on les réfute, mais à condition que ce soit chapeau bas, échine courbée, la tête humblement et respectueusement inclinée. De là viennent leurs plaintes, lorsque parfois on les chansonne, c'est-à-dire quand on se moque d'eux. D'eux ! les pères de la Patrie, les vrais Italiens, l'Italie même ! comme ils ont coutume de s'appeler en abrégé ! A qui la faute, si ces prétentions sont tellement ridicules qu'elles feraient rire aux éclats Héraclite lui-même ?
"Eh bien ! franchement, faut-il pour leur plaire que nous passions notre vie à étouffer la plus naturelle envie de rire ? Nous laisser rire, quand il nous est impossible de faire autrement, est aussi une œuvre de miséricorde, que les libéraux devraient nous octroyer de plein gré, d'autant qu'il ne leur en coûte rien. Le premier venu comprendra sans peine que faire rire honnêtement aux dépens du vice et de l'homme vicieux est une chose fort bonne en soi, du moins si l'on en croit le dicton castigat ridendo mores ou encore ridendo dicere verum, quid vetat ? de même faire rire quelquefois nos lecteurs aux dépens des libéraux, est, envers lesdits lecteurs, une véritable œuvre de miséricorde et de charité. Ils ne peuvent pas être toujours sérieux et avoir l'esprit tendu en lisant leur journal. Enfin tout bien compté, les libéraux eux-mêmes gagnent beaucoup à être pour les autres un objet de risée : de cette manière le public finit par savoir que tous leurs actes ne sont pas aussi horribles et aussi épouvantables qu'ils peuvent le paraître, attendu que le rire n'est ordinairement provoqué que par les difformités inoffensives.
"Ne nous sauront-ils jamais gré de l'air innocent sous lequel nous nous efforçons de présenter quelques-unes de leurs friponneries ? Comment ne s'aperçoivent-ils pas qu'aucun moyen de les en corriger ne vaudrait ce rire et ce joyeux badinage ? Grâce à leur concours tous ceux auxquels nous présentons les susdites sottises ou fourberies, sous leur véritable jour, s'empressent de les saluer par leur nom propre. Comment ne comprennent-ils pas qu'ils n'ont en ce cas aucun droit à nous reprocher de manquer envers eux, si peu que ce soit, aux préceptes de la charité ?
"S'ils avaient lu la vie de leur grand Victor Alfieri, écrite par lui-même, ils sauraient que, pendant son enfance, sa mère désireuse de le bien élever, avait coutume, lorsqu'elle le prenait en faute, de l'envoyer à la messe avec son bonnet de nuit. Ce châtiment, qui se bornait à le rendre quelque peu ridicule, l'affligea tellement une fois, que pendant trois mois il se conduisit de la façon la plus irréprochable.
"Après cette correction, dit-il, au premier symptôme de caprice, à la première sottise, ma mère me menaçait de l'abhorré bonnet de nuit, et immédiatement je rentrais en tremblant dans la ligne du devoir. Plus tard, étant tombé un jour dans une petite faute, pour l'excuser, je dis à ma mère un énorme mensonge, et je fus de nouveau condamné à porter en public le bonnet de nuit. L'heure arriva ; ma tête fut coiffée dudit bonnet, je pleurai, je criai en vain. Mon précepteur me prit par le bras, un domestique me poussa par derrière, et il me fallut sortir". Il eut beau crier, pleurer, implorer la charité de sa mère : sa mère qui, voulait son bien, resta inexorable. Quel en fut le résultat? "Il fut - continue Alfieri, - que pendant bien longtemps je n'osais faire le moindre mensonge, et qui sait, si ce n'est pas à ce bienheureux bonnet de nuit que je dois d'être devenu un des hommes les plus ennemis de ce vice ?" Dans ces dernières paroles perce le pharisien, qui se croit toujours meilleur que les autres hommes. Mais nous, qui devons supposer que tous les libéraux tiennent en haute estime les nobles sentiments de leur grand Alfieri, pourquoi n'espérerions-nous pas les corriger du vice honteux de dire des mensonges, ou du moins les empêcher d'en imprimer en les envoyant avec le bonnet de nuit malgré leurs cris, leurs trépignements et leurs appels à la charité... non à la messe, ce qui est impossible, mais faire un tour à travers l'Italie. Et cela, non chaque fois qu'il leur échappe un mensonge, ce serait trop fréquent, mais au moins, lorsqu'ils en impriment un millier d'un seul coup ?
"Que les libéraux cessent donc de se plaindre de notre manque de charité ! Qu'ils disent plutôt, s'ils y tiennent, que la charité dont nous les gratifions, ne trouve pas auprès d'eux un bon accueil. Nous le savions déjà, mais ceci prouverait simplement que, vu leur goût dépravé, ils ont besoin d'être traités avec la sage charité dont usent les chirurgiens envers leurs malades, et les médecins d'aliénés envers leurs clients, ou bien encore de celle des bonnes mères envers leurs enfants menteurs.
"Mais quand même il serait vrai que nous ne traitons pas les libéraux avec charité et qu'ils n'ont sous ce rapport à nous savoir gré de rien, ils n'auraient, pour cela, aucun droit de se plaindre de nous.
"On ne peut pas faire la charité à tout le monde ! Nos ressources sont très bornées ; nous faisons la charité selon nos moyens, préférant, comme c'est notre devoir, l'exercer envers ceux à qui la loi de charité bien ordonnée nous commande d'accorder la préférence.
"Nous disons, nous (qu'on le comprenne bien), que nous faisons aux libéraux toute la charité qui nous est possible et nous croyons l'avoir démontré. Mais, en fût-il autrement, nous le répétons avec insistance, les libéraux n'auraient pas à nous fatiguer de leurs plaintes.
"Voici une comparaison qui s'applique exactement à notre cas. Un assassin saisit un pauvre innocent, et va lui enfoncer le poignard dont il est armé dans la gorge. Par hasard passe un quidam qui tient à la main un solide bâton ; il en administre sur la tète de l'assassin un rude coup, l'étourdit, le garrotte, le livre à la justice, arrache ainsi, grâce à sa bonne étoile, un homme innocent à la mort et délivre la société d'un malfaiteur.
"Ce troisième individu a-t-il en rien failli à la charité ? Oui, affirmera l'assassin, qui se ressent encore du coup reçu. Il dira peut-être que contrairement à ce qui s'appelle norma inculpatæ tutelæ le coup a dépassé, par sa violence, les règles d'une légitime défense ; que, moins fort, il aurait bien suffi. Mais, à l'exception de l'assassin, tout le monde louera le passant, et dira qu'il a fait non seulement un acte de courage mais aussi de charité. Non point en faveur de l'assassin, bien entendu, mais de sa victime. Si pour sauver celle-ci, le passant a ouvert le crâne de celui-là, sans prendre le temps de mesurer scrupuleusement la force du coup, ce n'a pas été certainement par défaut de charité ; le cas était si pressant qu'il était impossible d'user de charité envers l'un sans donner à l'autre une bonne volée. Avait-il le temps de s'arrêter à des subtilités, sur le plus ou le moins d’inculpatæ tutelæ ?
"Appliquons la parabole. On publie, par exemple, une brochure calomniatrice, outrageante, scandaleuse, contre l'Eglise, contre le Pape, contre le clergé, contre une chose bonne, n'importe laquelle. Beaucoup se persuadent que cette brochure contient la pure vérité, attendu que son auteur, quel qu'il soit du reste, est un écrivain célèbre, distingué, honorable. S'il se lève alors quelqu'un pour défendre les calomniés et soustraire les lecteurs naïfs à l'erreur, distribuant quelques volées de bois vert à l'auteur éhonté : Aura-t-il pour ce fait, manqué à la charité ?
"Et maintenant les libéraux ne pourront pas le nier, ils jouent bien plus souvent le rôle de brigand, que celui de victime. Rien de merveilleux dès lors à ce qu'ils attrapent quelques horions, et rien d'étrange à ce qu'ils se plaignent qu'on manque de charité à leur égard. Toutefois qu'ils tâchent d'être moins bruyants, moins bravaches et moins matamores ; qu'ils s'accoutument à respecter l'honneur et les biens d'autrui ; qu'ils ne répandent pas autant de mensonges ; qu'ils ne vomissent pas autant de calomnies et qu'ils réfléchissent un peu avant de donner leur avis sur certains sujets. Qu'ils fassent plus de cas des lois de la logique et de la grammaire, surtout qu'ils soient honnêtes comme le leur conseillait dernièrement le baron Ricasoli, sans grand espoir de succès, en dépit de son autorité et de ses exemples. Alors, ils pourront se plaindre avec quelque raison si on ne les traite pas avec le respect, dont, comme de celui de la liberté, ils prétendent avoir le monopole.
"Mais, puisqu'ils agissent aussi mal qu'ils écrivent, puisqu'ils plongent sans cesse leur poignard dans la gorge de la vérité et de l'innocence, assassins de l'une et de l'autre par leurs doctrines et par leurs livres, qu'ils prennent leur mal en patience. Il nous est impossible, en effet, de leur prodiguer dans nos journaux d'autre charité que celle, un peu dure qui nous paraît être, malgré leur avis, la plus propre à les servir et à profiter à la cause des gens de bien.
(A suivre)
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JP B
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MessageSujet: Fin   Jeu 17 Juin - 4:22

Don Felix SARDÀ Y SALNANY, dans le chapitre suivant, a écrit:

_________________

XXVII
Fin de l'opportune et décisive citation de la Civiltà Cattolica.


"Nous avons, poursuit la Civiltà Cattolica, défendu contre les libéraux notre façon spéciale d'écrire, en démontrant sa conformité parfaite avec la charité qu'ils nous recommandent sans cesse. Et parce que jusqu'à présent nous nous sommes adressés aux libéraux, personne n'aura été surpris du ton ironique que nous avons pris avec eux, convaincus comme nous l'étions, qu'il n'y avait pas excès de cruauté à opposer aux dires et aux actes du libéralisme ce petit nombre de figures de rhétorique. Toutefois, puisque nous touchons aujourd'hui à cette question, il ne sera peut-être pas oiseux, en changeant de style, et en répétant ce que nous avons écrit en d'autres occasions sur ce sujet, de terminer cet article par quelques mots adressés sérieusement et avec respect à ceux qui, n'étant libéraux en aucune façon, se montrent même les adversaires résolus de la doctrine libérale. Néanmoins ils peuvent croire qu'il n'est jamais permis, qu'on écrive contre qui que ce soit, de se départir de certaines formes de respect et de charité, dont à leur avis nos écrits n'auraient pas assez tenu compte, et ils ont peut-être blâmé l'insuffisante soumission de nos écrits à cette loi.
"Nous voulons répondre à cette censure tant par le respect dû à ces personnes, que par l'intérêt de notre propre défense. Or, nous ne pouvons le faire mieux qu'en résumant brièvement ici ce que le P. Mamachi, de l'ordre des Frères prêcheurs, dit de lui-même dans l'Introduction au Livre III de son très docte ouvrage intitulé : Du libre droit qu'a l'Église d'acquérir et de posséder des biens temporels. "Quelques-uns, dit-il, veulent bien s'avouer vaincus par nos raisons, et nous déclarent toutefois amicalement qu'ils auraient désiré dans les réponses que nous avons faites à nos adversaires plus de modération. Nous n'avons pas combattu pour nous, mais pour la cause de Notre-Seigneur et de Son Eglise, et, si nombreuses qu'aient été les attaques dirigées contre nous à l'aide de mensonges manifestes et d'atroces impostures, nous n'avons jamais voulu prendre en main la défense de notre personne. Si nous avons employé quelques expressions âpres ou vives en apparence, qu'on ne nous fasse pas l'injure de les attribuer à un mauvais cœur ou à de la rancune contre les écrivains que nous combattons ; nous n'avons reçu d'eux aucune injure ; nous n'avons aucun rapport avec eux ; nous ne les connaissons même pas. C'est le zèle que nous devons tous avoir pour la cause de Dieu, qui nous a mis dans la nécessité de crier et de faire retentir notre voix comme la voix de la trompette.
"Mais, le décorum de l'homme d'honneur ? Les lois de la charité ? Les maximes et les exemples des saints ? Les préceptes des apôtres ? L'esprit de Jésus-Christ ?
"Patience, peu à peu nous y arriverons. Est-il vrai que les hommes dévoyés, aveuglés par l'erreur, aient droit à quelque charité ? Oui, quand il y a espérance fondée de les ramener ainsi à la vérité. Non, si cet espoir n'est pas fondé et si l'expérience a démontré que dans le cas où nous garderions le silence et ne découvririons pas au public le tempérament et l'humeur de celui qui sème l'erreur il s'ensuivrait un très grand dommage pour les peuples. Il y aurait alors cruauté à ne pas dénoncer très haut et très librement de tels propagandistes, à ne point leur jeter en face les épithètes qu'ils méritent si bien.
"Les saints Pères avaient sans aucun doute une connaissance très nette des lois de la charité chrétienne et c'est pour cela que le docteur angélique saint Thomas d'Aquin, au commencement de son célèbre opuscule : Contre les adversaires de la Religion, représente Guillaume et ses sectateurs (qui n'étaient certainement pas encore condamnés par l'Eglise) comme "des ennemis de Dieu, des ministres du diable, des membres de l'antéchrist, des ennemis du salut du genre humain, des diffamateurs, des semeurs de blasphèmes, des réprouvés, des pervers, des ignorants, des émules de Pharaons pires que Jovinien et Vigilance". Avons-nous donc jamais été aussi loin ?
"Saint Bonaventure, contemporain de saint Thomas, crut lui aussi devoir reprendre Gérald avec la plus grande dureté, en l'appelant insolent, calomniateur, fou, impie, triple sot, escroc, empoisonneur, ignorant, imposteur, malfaiteur, perfide et insensé. Nous est-il arrivé quelquefois de traiter ainsi nos adversaires ?
"C'est très justement, continue le P. Mamachi, que saint Bernard a été surnommé le Melliflue. Nous ne nous arrêterons pas à reproduire ici toutes les duretés qu'il s'est permises contre Abélard ; nous nous contenterons de citer ce qu'il a écrit contre Arnauld de Brescia, qui ayant déclaré la guerre au clergé et voulu le priver de ses biens fut un des précurseurs des politiques de notre temps. Eh bien ! le saint docteur le traite de "désordonné, de vagabond, d'imposteur, de vase d'ignominie, de scorpion vomi par Brescla, vu avec horreur à Rome et avec abomination en Allemagne ; il fut, dit-il, dédaigné du Souverain Pontife, glorifié par le diable, ouvrier d'iniquité, mangeur de peuple, bouche pleine de malédictions, semeur de discorde, fabricant de schisme, loup féroce".
"Saint Grégoire le Grand, dans sa réprimande à Jean, évêque de Constantinople, lui jette à la face son profane et criminel orgueil, sa superbe de Lucifer, ses sottes paroles, sa vanité, son esprit borné.
"Ce n'est pas autrement que s'exprimèrent saint Fulgence, saint Prosper, saint Jérôme, le pape saint Sirice, saint Jean Chrysostome, saint Ambroise, saint Grégoire de Nazianze, saint Basile, saint Hilaire, saint Athanase, saint Alexandre, évêque d'Alexandrie, les martyrs Corneille et Cyprien, Justin, Athenagore, Irénée, Polycarpe, Ignace d'Antioche, Clément, tous les Pères enfin, qui dans les plus beaux temps de l'Église se distinguèrent par leur héroïque charité.
"Je passerai sous silence les caustiques appliqués par quelques-uns d'entre eux aux sophistes de leur époque, moins insensés toutefois que ceux de la nôtre, et agités de passions politiques beaucoup moins ardentes.
"Je citerai seulement quelques passages de saint Augustin. Ce Père a remarqué que dans la correction les hérétiques sont aussi insolents que peu endurants.
"Beaucoup d'entre eux, impatients de la correction, lancent à ceux qui les reprennent les épithètes de tapageurs et de querelleurs". Il ajoute ensuite : "Que quelques égarés ont besoin d'être combattus avec une charitable âpreté".
"Voyons à présent, comment il savait mettre en pratique les règles tracées par lui-même.
"Il appelle plusieurs de ces égarés séducteurs, méchants, aveugles, sots, hommes gonflés d'orgueil et calomniateurs, d'autres imposteurs de la bouche desquels il ne sort que de monstrueux mensonges, pervers, mauvaises langues, esprits en délire, bavards stupides, furieux, frénétiques, esprits de ténèbres, faces éhontées, langues impudentes.
"Il disait à Julien : "Ou bien tu calomnies de propos délibéré, en inventant ces choses, ou bien tu ne sais pas ce que tu dis, parce que tu ajoutes foi à des imposteurs". Ailleurs, il le traite de "trompeur, de menteur, d'esprit faux, de calomniateur et d'imbécile".
"Que nos accusateurs répondent maintenant : avons-nous jamais rien dit de semblable ? Et même ne sommes-nous pas beaucoup au-dessous ?
"Ces extraits suffisent. Nous n'y avons rien inséré du nôtre, et, pour abréger, nous avons fait seulement quelques coupures dans le texte du Père Mamachi, omettant entre autres ses citations des Pères. Pour la même raison, nous avons omis la partie de sa défense où il cite des exemples de charitable rudesse tirés de l'Évangile.
"Nos aimables censeurs voudront bien déduire de ces exemples que leur critique, quel qu'en soit le motif, qu'elle se base sur un principe de morale ou sur des règles de convenance sociale et littéraire, se trouve pleinement réfutée par l'exemple de tant de saints, dont quelques-uns furent d'excellents littérateurs, ou, pour le moins, très discréditée et réduite à n'avoir qu'une valeur très incertaine.
"Et maintenant, si on veut joindre à l'autorité des exemples, celle des raisons, le cardinal Pallavicini les expose très clairement et très brièvement au chapitre Il du livre 1 de son Histoire du Concile de Trente. Dans ce chapitre, avant de montrer ce que fut Sarpi, à savoir "pervers, d'une malice notoire, faussaire, félon au premier chef, contempteur de toute religion, impie et apostat", le savant cardinal dit, entre autres choses, que "refuser de faire grâce de la vie à un malfaiteur, afin de sauver un grand nombre d'innocents, est un acte de charité ; de même, c'est charité que de ne point faire grâce à la réputation d'un impie, afin de sauver l'honneur d'un grand nombre d'hommes de bien. Toute loi permet, pour défendre un client contre un faux témoin, de citer en justice et de prouver ce qui est de nature à le flétrir, de faire contre lui des révélations qui en d'autres circonstances seraient passibles des peines les plus graves. Pour ce motif, moi, qui défends ici devant le tribunal du monde, non un client particulier, mais toute l'Eglise catholique, je serais un vil prévaricateur si je n'imprimais pas sur le front des témoins imposteurs, preuves à l'appui, une tache d'infamie qui annule ou tout au moins affaiblisse leur témoignage.
"L'avocat, qui, pouvant montrer dans l'accusateur de son client un calomniateur, garderait le silence par charité, serait à bon droit tenu pour prévaricateur. Pourquoi donc ne pas convenir qu'on ne viole nullement la charité en dévoilant les hontes de ceux qui persécutent toute innocence ?"
"Ce serait là méconnaître ce que saint François de Sales enseigne dans sa Philothée à la fin du chapitre XX de la IIème partie. "J'excepte de ceci, dit-il, les ennemis déclarés de Dieu et de Son Eglise, lesquels doivent être diffamés autant que possible (bien entendu, sans blesser la vérité) : c'est une œuvre de grande charité que de crier "au loup" quand il est au milieu du troupeau, ou en tout autre endroit qu'on l'aperçoive".
Voilà comment s'exprime la Civiltà Cattolica (vol. 1, série V, page 27). Cet article a toute l'autorité que lui donne son origine si élevée, et si digne de respect, toute la force des raisons irréfutables qu'il fait valoir et celle enfin des glorieux témoignages qu'il cite.
En voilà, ce nous semble, plus qu'il n'en faut pour convaincre quiconque n'est pas libéral, ou misérablement entaché de Libéralisme.
A un tel exposé aussi magistral, nous ne saurions nous permettre d’ajouter un quelconque commentaire.


Jean-Paul Bontemps
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MessageSujet: Re: De la Charité   Jeu 17 Juin - 12:37

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MessageSujet: Merci et "Préfaces"   Jeu 17 Juin - 14:24

Merci, cher Administrateur, pour le judicieux rappel des Paroles pleines de Vie éternelle de Notre-Seigneur et du merveilleux commentaire qu'en fait St Augustin, qui nous montrent que nous ne devons pas nous aimer comme les gens de la terre mais comme les Anges du Ciel et à l'exemple de Jésus-Christ Lui-même !

Celui-ci nous a aimés jusque la mort sur la Croix, en effet, et cela n'est pas rien, mais également en faisant des fouets à partir de cordes pour chasser les vendeurs impies du Temple et, me semble-t-il bien, au moins à deux reprises, pour préserver ses brebis des loups ravisseurs.

C'est pourquoi nous trouverons ci-dessous les diverves préfaces au livre de Don Felix SARDÀ Y SALNANY, Le libéralisme est un péché.
Citation :
PRÉFACE PENTECÔTE 2000

LE CONCILE LIBÉRAL VATICAN II
Ce fut l'incommensurable victoire des libéraux après cent ans de luttes acharnées.

Le Bulletin du Grand Orient de France n°48, novembre-décembre 1964, p. 87, cite comme référence de "positions constructives et nouvelles" cette intervention faite lors de la troisième session du concile par un jeune évêque qui fit ensuite une carrière remarquée :
"Il faut accepter le danger de l'erreur. On n'embrasse pas la vérité sans avoir une certaine expérience de l'erreur. Il faut donc parler du droit de chercher et d'errer. Je réclame la liberté pour conquérir la vérité".
Cette déclaration plut tellement aux francs-maçons qu'ils la soulignèrent. Elle est très grave.
Elle est de Mgr Wojtila, évêque de Cracovie. Elle explique sa carrière et son comportement.

Pour un catholique, ce n'est pas la liberté qui engendre la vérité, c'est Notre-Seigneur. Ce n'est pas la liberté qui serait première et amènerait à la vérité, mais c'est la vérité qui rend libre :
"Si vous demeurez dans Ma parole, vous êtes vraiment Mes disciples ; vous connaîtrez la Vérité, et la Vérité vous rendra libres" Jean VIII, 32.
"Mais nous, nous sommes de Dieu ; celui qui connaît Dieu nous écoute ; celui qui n'est pas de Dieu ne nous écoute point: c'est par là que nous connaissons l'esprit de la Vérité et l'esprit de l'erreur" I Jean IV, 6.
Pour la secte libérale conciliaire l'enchaînement que l'on annonçait, était : 1, la liberté ; 2, la vérité ; 3, Jésus-Christ.

LÀ EST L'ESCROQUERIE.
Ce nouvel ordre est faux, car si l'on prend la liberté en premier, on n'a pas toujours en second la Vérité, mais la Vérité ET, OU l'erreur. C'est ce que les vrais initiés savaient. C'est avec cet artifice qu'ils imposèrent leur église libérale conciliaire, destructrice de l'Eglise catholique.
On peut distinguer cinq phases dans leur processus :
a) au début "le droit de chercher et d'errer" est demandé ;
b) puis des erreurs sont enseignées en même temps que la vérité, les quelques combattants pour la Vérité sont marginalisés ;
c) après on disqualifie la Vérité, on la dit dépassée, on la rend anodine et on fait passer l'erreur pour la Vérité ;
d) ensuite la Vérité est persécutée jusqu'à sa disparition totale : les démons tueurs succèdent aux démons menteurs ;
e) et finalement, le règne de l'erreur est imposé.
C'est ce que l'on a vécu depuis trente ans : avec la liberté, la secte libérale conciliaire a établi l'erreur, qui a éliminé le règne de Jésus-Christ, pour le remplacer par le pseudo règne de l'Homme qui est le véritable règne de Satan.

C'est un châtiment. Un châtiment mérité. On n'a pas voulu combattre le libéralisme, on n'a pas voulu devenir antilibéraux, les libéraux ont apparemment tout balayé.
Mgr Wojtila et la secte libérale conciliaire ont tout inversé : les ennemis des catholiques sont devenus leurs amis.

"La vérité est seule tolérante et ne persécute jamais personne, elle se borne à empêcher de faire le mal. L'erreur est essentiellement intolérante et dès qu'elle se sent en force, école, parti ou secte, elle tient à manifester sa puissance en supprimant ses adversaires, en les injuriant, surtout en les empêchant de parler. Le droit de parler, très préconisé des libéraux, au point qu'ils l'inscrivent dans la constitution et en font l'élément privilégié du parlementarisme, ne leur paraît acceptable que s'il leur assure les immunités de monologue et empêche toute critique. L'objet qui leur plaît le plus, c'est l'encensoir pour eux, et, pour leurs adversaires, des chaînes ou le bâillon". Mgr Fèvre, Histoire critique du catholicisme libéral, p. 546.

Et pour cela, il faut devenir des antilibéraux, de vrais antilibéraux. Le livre de Don Sarda est la référence. Encore faut-il le bien connaître, le méditer souvent pour bien appliquer son enseignement. Ce n'est pas en étant un simple lecteur que l'on devient antilibéral, mais c'est en ayant une intelligence et une volonté antilibérales. C'est le seul moyen de ne pas perdre la Foi, c'est le seul moyen d'être de vrais catholiques (ch. VII et VIII).
Pour savoir si vous devenez antilibéral, il suffira de vous faire traiter "d'excessif, d'outrancier et donc de dangereux". Don Sarda au chapitre très important n° XVIII utilisera les qualificatifs "d'exagérations... défaut de mesure..."
Ceux qui vous traiteront ainsi sont de vrais libéraux, même quand ils se croient antilibéraux.
Mgr de Castro-Mayer a lu toute sa vie un chapitre de Don Sarda avant de s'endormir. C'est certainement un très bon exemple à suivre.

L'épreuve du Concile a éliminé plus des 9/10èmes des catholiques. L'épreuve du N.O.M. et des révolutions liturgiques a encore éliminé plus des 9/10èmes de ceux qui tenaient. Les sacres faits par Mgr Lefebvre ont encore éliminé de très nombreux bulletins et chefs de file. Ce nombre est encore trop important.
Beaucoup trop de prêtres et de fidèles sont plus attachés au camp dira-t-on, c'est-à-dire à l'esprit libéral du monde, qu'au camp dira Dieu. De tendance matérialiste, médiocre, moderniste, mondaine en un mot libérale, ils seront éliminés lors des prochaines épreuves. Une seule solution : se convertir. Car il n'y a qu'une seule sanction : périr. "Si vous ne vous repentez, vous périrez tous comme eux". Luc, XIII, 3.
Mais "...à la fin Son Cœur Immaculé triomphera".
De Saint-Hilaire


PRÉFACE de 1975

Jamais plus qu'aujourd'hui la lecture de ce livre est nécessaire pour tous ceux qui veulent se désintoxiquer des erreurs du Libéralisme.
Le virus qui détruit toutes les valeurs naturelles et surnaturelles atteint désormais non seulement les sociétés civiles mais l'Eglise elle-même. C'est en poursuivant les ramifications de ce cancer que nous restaurerons le Règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de Sa sainte Mère ici-bas, et que nous travaillerons à l'extension de la seule arche du salut : l'Église Catholique et Romaine.
Nous félicitons de tout cœur les animateurs de la librairie de la Nouvelle Aurore qui concourent efficacement à mettre en lumière la vérité et à dissiper les ténèbres de l'erreur. C'est le meilleur service qu'ils puissent rendre à leur prochain. Nous demandons à Dieu de les bénir ainsi que tous ceux qui trouveront dans ces pages une nourriture saine et bienfaisante.
Le 23 novembre 1975 + Marcel Lefebvre


PRÉFACE de L'ÉDITEUR en 1915

Au jour de la Présentation au Temple, le vieillard Siméon, parlant sous le souffle de l'Esprit prophétique, disait à la Sainte Vierge que son divin Fils serait placé dans le monde comme un signe de contradiction d'où sortirait la ruine pour un grand nombre et pour un grand nombre la résurrection. Ce caractère de Sa mission divine, Jésus-Christ l'a transmis à Son Eglise et c'est ce qui explique comment, dès les premiers temps du christianisme, l'hérésie s'est attaquée aux vérités de la foi. Depuis, cette contradic-tion n'a pas cessé, mais à chaque siècle, pour ainsi dire, elle s'est transformée, prenant un caractère nouveau dès que l'erreur der-nière en date avait été pleinement détruite ou démasquée. Pour ne parler que des trois derniers siècles, le seizième a vu dominer l'hérésie protestante ; le jansénisme a essayé de pervertir le dix-septième, et le naturalisme philosophique a pensé, au dix-huitième, bouleverser les fondements mêmes de la société.
Avec le résidu de toutes ces erreurs, le dix-neuvième siècle devait nous en apporter une autre, plus dangereuse peut-être que les précédentes, parce qu'elle est plus subtile, et qu'au lieu de viser tel ou tel point de la doctrine, elle a prétendu s'insinuer dans l'ensemble même de la doctrine, pour la corrompre jusqu'au fond. Erreur séduisante d'ailleurs, parce qu'elle a de faux aspect de générosité, et dont le nom, intentionnellement vague, devait, pour beaucoup, la rendre tout ensemble attrayante et insaisissable. Il s'agit du libéralisme.
Libéral, au sens où ce mot était pris jadis dans notre langue, qui ne se piquerait de vouloir l'être, puisque ce mot signifiait l'ouverture d'esprit et de cœur, et, en résumé, la largesse dans l'aumône, comme une chrétienne largeur dans l'accomplissement de toutes les vertus ! Mais combien autre est le libéral de nos jours, soit qu'il s'agisse du libéralisme doctrinal, du libéralisme politique ou du libéralisme pratique par application de cette doctrine et de cette politique. On peut dire en deux mots que la caractéristique de cette erreur moderne du libéralisme, c'est, chez ses partisans, d'être accommodants pour l'erreur à qui, en doctrine ou en fait, on se réjouit de voir reconnaître les mêmes droits qu'à la vérité.
Avions-nous tort, par suite, de dire que cette erreur nouvelle était pire que toutes les autres, puisque toutes les autres y trouvent un abri facile, sinon une protection directe et un certain appui ? Aussi le danger en a-t-il été signalé de bonne heure en France par les meilleurs esprits, dans de remarquables œuvres d'apologétique, parmi lesquelles nous nous contenterons de rappeler les immortelles Lettres synodales du cardinal Pie.
Toutefois, jusqu'en ces derniers temps, on pouvait regretter que, victorieusement combattue dans son principe et ses principales manifestations, cette erreur n'eût pas été prise corps à corps, pour ainsi dire, dans un traité spécial, ne laissant debout aucun des nombreux sophismes élevés par le libéralisme comme autant de forteresses où il s'ingéniait à se réfugier.
Aussi l'émotion fut grande quand parut, il y a quelques années, cette réfutation décisive. L'auteur, déjà célèbre en Espagne par ses écrits de doctrine et de polémique, prêtre aussi zélé que savant docteur, Don Félix Sardà y Salvany, posait résolument la thèse dès le titre de son livre. Hardiment il affirmait que "Le libéralisme est un péché" ; mais, non content de l'affirmer, il en donnait les preuves avec une abondance, une vigueur, nous pourrions presque dire une minutie qui défiait tout retour offensif de l'erreur libérale, pourchassée victorieusement en ses derniers recoins.
L'émotion fut vive, avons-nous dit ; mais si elle était toute de contentement chez les catholiques, pour qui se faisait ainsi la pleine lumière sur une erreur subtile en ses détours, elle fut toute de colère chez ceux qui de près ou de loin voyaient s'effondrer sous les coups de cette dialectique puissante des thèses longtemps caressées. Non seulement don Félix Sardà y Salvany fut attaqué dans un libelle dont l'auteur, don Cel. Pazos, prétendait signaler nombre d'erreurs chez l'adversaire du libéralisme, mais l'ouvrage de don Félix Sardà y Salvany était déféré comme condamnable au jugement de l'Index. Or, bientôt ce jugement non seulement l'absolvait, mais le glorifiait, comme en témoigne la lettre du secrétaire de la congrégation de l'Index que l'on trouvera plus loin. Dès lors, le livre prenait une valeur qui en étendait la portée bien au-delà des frontières de l'Espagne, et la pensée nous vint de faire lire aussi en France un ouvrage qui n'y sera pas sans fruit. L'entreprise n'était pas sans difficultés, car plus la matière était difficile et délicate, plus il importait de s'assurer une traduction fidèle et même rigoureuse, chaque mot ayant ici son importance. Grâce au concours de deux éminents religieux versés dans la connaissance de la langue espagnole et dont le savoir théologique garantissait, par leur révision, le travail de notre traducteur, ces difficultés ont été pleinement surmontées pour le livre de don Félix Sardà y Salvany comme pour une autre œuvre magistrale qui traite du même sujet et que nous avons eu non moins à cœur de faire connaître.

Décret de la Sacrée Congrégation de l'Index
Texte original
Ex. secr. sac. Indicis Congr. die 10 januarii 1887.
EXCELLENTISSIME DOMINE,
Sacra Indicis Congregatio accepit delationem Opusculi cujus titulus El Liberalismo es pecado, auctore D. Felice Sardà y Salvany, sacerdote hujus tuae dioecesis, quae delatio repetita fuit una cum altero opusculo cui titulus El proceso del integrismo, id est, refutacion de los errores contenidos en el opusclo «El Liberalismo es pecado» ; auctor hujus secundi opusculi est D. de Pazos canonicus dioecesis Vicensis.
Quapropter eadem Sancta Congregatio maturo examine perpendit primum et alterurn opusculum cum factis animadversionibus : sed in primo nil invenit contrà sanam doctrinam, immo auctor ejusdern D. Felix Sardà laudem meretur eo quia solidis argurmentis, ordine et claritate expositis, sanam doctrinam in materia subjecta proponat atque defendat absque cujuscumque personae offensione.
Verum non idem judicium fuit prolatum super altero opusculo edito à D. de Pazos, nam aliqua in re correctione indiget, et insuper approbari non potest modus loquendi injuriosus, quo auctor utitur magis contra personam D. Sardà, quam contra errores qui supponuntur in opusculo dicti scriptoris.
Hinc Sacra Congregatio mandavit ut D. de Pazos monitus a proprio Ordinario, retrahat, quantum fieri potest, dicti sui opusculi exemplaria, ac in posterum, si aliqua controversiarum quae oriri possunt fiat discussio se abstineat à quibuscumque verbis injuriosis contra personas, sicuti vera Christi charitas docet ; eo vel magis quod dum SSmus. D. N. P. P. Leo XIII valde commendat ut errores profligentur, tamen non amat neque approbat injurias in personas, praesertim doctrina et pietate praestantes, illatas.
Dum haec de mandato S. Indicis Congregationis tibi communico ad hoc ut praeclaro tuo dioecesano D. Sardà ad animi sui quietem manifestare possis, omnia fausta ac felicia Domino adprecor et cum omni observantiae significatione subscribo,
Amplitudinis tuae, Addictissimus famulus,
Fr. Hieronymus Pius Saccheri o. p. S. Ind. Congr. a Secretis.
Illmo. ac Revnd. Domino Jacobo Catala et Albosa, Episcopo Barcinonensi.


Décret de la Sacrée Congrégation de l'Index
Traduction
Secr. de la Sac. Cong. de l'Index, 10 janvier 1887.
ExceIlentissime Seigneur,
La Sacrée-Congrégation de l'Index a reçu la dénonciation qui lui a été faite de l'opuscule qui a pour titre : Le Libéralisme est un péché, et pour auteur D. Félix Sarda y Salvany, prêtre de votre diocèse, dénonciation qui a été renouvelée en même temps qu'on dénonçait un autre opuscule qui a pour titre : Le procès de l'Intégrisme, c'est-à-dire Réfutation des erreurs contenues dans l'opuscule : Le libéralisme est un péché ; l'auteur de ce second opuscule est D. de Pazos, chanoine du diocèse de Vich.
C'est pourquoi ladite Sacrée-Congrégation a soigneusement examiné l'un et l'autre opuscule, avec les observations qu'ils avaient suscitées. Or, dans le premier, non seulement elle n'a rien trouvé qui soit contraire à la saine doctrine, mais son auteur D. Félix Sarda mérite d'être loué, parce qu'il impose et défend la saine doctrine sur le sujet dont il s'agit, par des arguments solides, développés avec ordre et clarté, sans nulle attaque à qui que ce soit.
Mais ce n'est pas le même jugement qui a été porté sur l'autre opuscule, publié par D. de Pazos ; en effet, il a besoin, pour le fond, de quelques corrections et, en outre, on ne peut approuver la façon de parler injurieuse dont l'auteur se sert beaucoup plus contre la personne de D. Sarda que contre les erreurs qu'il suppose exister dans son opuscule.
Aussi la Sacrée-Congrégation a-t-elle ordonné que D. de Pazos, averti par son propre ordinaire, retire, autant que faire se peut, les exemplaires de son susdit opuscule et qu'à l'avenir, s'il survient quelque discussion au sujet des controverses qui pourraient surgir, il s'abstienne de toutes paroles injurieuses contre les personnes selon que le prescrit la vraie charité chrétienne ; d'autant plus que, si notre Très-Saint Père le Pape Léon XIII recommande beaucoup de pourchasser les erreurs, il n'aime cependant ni n'approuve les injures proférées contre les personnes, surtout lorsque ces personnes sont éminentes par la doctrine et la piété.
En vous communiquant cela, par ordre de la Sacrée-Congrégation de l'Index, afin que vous puissiez le faire savoir à votre illustre diocésain D. Sarda, pour la tranquillité de son esprit, je demande à Dieu pour vous tout bonheur et toute prospérité, et je me dis, avec le parfait témoignage de mon respect, de Votre Grandeur, le très dévoué serviteur,
Fr. JÉROME SACCHERI, de l'Ordre des Prêcheurs, Secrétaire de la Sacrée-Congrégation de l'Index.

Nous lisons bien : dans le livre de Don Felix SARDÀ Y SALNANY, « [ladite Sacrée-Congrégation] non seulement n'a rien trouvé qui soit contraire à la saine doctrine, mais son auteur D. Félix Sarda mérite d'être loué, [...]».
Cela se passe de commentaire !...
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JP B
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MessageSujet: Lettre et INTRODUCTION   Jeu 17 Juin - 14:25

Citation :
Lettre de Don Félix Sarda y Salvany à Madame la marquise de Tristany

À Son Excellence Mme la Marquise de Tristany, à Lourdes.
Madame,
Je suis trop touché de l'honneur que vous daignez me faire en me demandant l'autorisation de traduire en français mon livre intitulé : El liberalismo es pecado, pour ne pas vous l'accorder sans le moindre retard.
C'est pour moi une très grande satisfaction de pouvoir faire connaître mon humble opuscule à la France, par l'intermédiaire de la femme d'un de nos plus nobles et plus illustres généraux.
Si cela est possible, obtenez pour ce travail, auquel vous voulez bien consacrer votre temps et vos soins, ce dont je vous suis profondément reconnaissant, l'approbation diocésaine et quelques recommandations de journaux, tels que l'Univers.
Mais, Madame, ce n'est pas là une condition que je vous fais, mais un désir que j'exprime. Faites du Liberalismo es pecado et de mes autres livres ce qui sera le plus opportun en vue de la gloire de Dieu et du triomphe de la vérité.
Réservez-moi seulement, je vous en prie, un exemplaire signé de votre main.
Mes respects au vaillant général, s'il vous plaît, et vous, Madame la Marquise, veuillez bien me compter au nombre de vos plus respectueux et de vos plus dévoués serviteurs.
FELIX SARDA Y SALVANY, Prêtre.
Sabadell, province de Barcelona, 30 août 1885.


INTRODUCTION

Ne vous alarmez pas, pieux lecteur, et ne débutez point par faire mauvaise mine à cet opuscule. Ne le rejetez pas avec effroi en le feuilletant, car si brûlantes, si embrasées, si incandescentes que soient les questions qu'il traite et que nous allons tirer au clair, entre nous, dans ces familières et amicales conférences, vous n'aurez pas les doigts brûlés; le feu dont il s'agit ici n'étant que métaphore et rien de plus.
Je n'ignore point, et du reste vous allez vous hâter de me le dire pour excuser vos craintes, que vous n'êtes pas le seul à ressentir une invincible répulsion, et une horreur profonde pour de pareils sujets. Hélas ! je ne sais que trop, combien cette manière de penser ou de sentir est devenue une infirmité, une espèce de manie en quelque sorte générale, aux temps où nous vivons. Mais, dites-moi, en conscience, à quel sujet d'un véritable intérêt la controverse catholique peut-elle se consacrer si elle est tenue à fuir toute question brûlante, c'est-à-dire : toute question prise sur le vif, palpitante, contemporaine, actuelle ?
A combattre des ennemis vaincus et morts depuis des siècles et comme tels gisant en poudre, oubliés de tous, dans le Panthéon de l'histoire ? A traiter avec autant de sérieux que de parfaite courtoisie des questions du jour, à la vérité, mais des questions qui ne soulèvent aucun désaccord dans l'opinion publique, et n'ont rien d'hostile aux droits sacrés de la vérité ?
Vive Dieu ! Et ce serait pour cela que nous nous appelons soldats, nous les catholiques, que nous représentons l'Eglise comme armée et que nous donnons le titre de capitaine au Christ Jésus notre chef ? Et c'est à cela que se réduirait la lutte sans trêve que nous sommes tenus de livrer à l'erreur, dès que par le baptême et la confirmation nous sommes armés chevaliers d'une si glorieuse milice ? Mais une guerre qui appellerait au combat contre des ennemis imaginaires, où l'on n'emploierait que des canons chargés de poudre, et des épées à pointe émoussée, en un mot des armes auxquelles on ne demande que de briller et de tonner, sans blesser ni causer de dommage, serait-elle autre chose qu'une guerre de comédie ?
Évidemment non. Il ne peut pas en être ainsi, car si le catholicisme est la divine vérité, comme il l'est positivement, vérité et douloureuse vérité sont ses ennemis, vérité et sanglante vérité, les combats qu'elle leur livre. Réelles donc, et non pure fantaisie de théâtre doivent être ses attaques et ses défenses ; c'est très sérieusement qu'il faut se jeter en ses entreprises, très sérieusement qu'il faut les mener à bonne fin. Réelles et véritables, doivent être par conséquent, les armes dont elle fait usage, réels et véritables les coups d'estoc et de taille qui se distribuent, réels et véritables les coups et les blessures faites ou reçues.
Si j'ouvre l'histoire de l'Eglise je trouve à toutes ses pages, cette vérité écrite maintes fois en lettres de sang.
Jésus-Christ, notre Dieu, anathématisa avec une énergie sans égale la corruption judaïque ; en face de toutes les préventions nationales et religieuses de son temps il éleva l'étendard de Sa doctrine, et il le paya de Sa vie.
Le jour de la Pentecôte en sortant du cénacle les apôtres ne se laissèrent pas arrêter par de vains scrupules lorsqu'il s'agit de reprocher en face aux princes et aux magistrats de Jérusalem l'assassinat juridique du Sauveur, et pour avoir osé, en ce moment, toucher une question si brûlante ils furent frappés de verges d'abord et plus tard mis à mort.
Depuis lors, tout héros de notre glorieuse armée, a dû sa célébrité, à la question brûlante dont la solution lui est échue en partage, à la question brûlante du jour, non à la question refroidie, arriérée, qui a perdu son intérêt, ni à la question future, encore à naître et qui se cache dans les secrets de l'avenir.
Ce fut corps à corps avec le paganisme couronné et assis sur le trône impérial, rien de moins, que les premiers apologistes eurent à traiter au risque de leur vie, la question brûlante de leur temps.
La question brûlante de l'arianisme qui bouleversa le monde entier valut à Athanase la persécution, l'exil, l'obliga-tion de fuir, des menaces de mort et les excommunications de faux conciles. Et Augustin, ce valeureux champion de toutes les questions brûlantes de son siècle, est-ce que par hasard il eut peur des grands problèmes posés par les Pélagiens parce que ces problèmes étaient de feu ?
Ainsi, de siècle en siècle, d'époque en époque, à chaque question brûlante que l'antique ennemi de Dieu et du genre humain tire toute rouge de l'infernale fournaise, la Providence suscite un homme ou plusieurs hommes, marteaux puissants qui frappent sur elles sans se lasser. Frapper sur le fer rouge, c'est travailler à propos, tandis que frapper sur le fer refroidi c'est travailler sans profit.
Marteau des simoniaques et des concubinaires allemands fut Grégoire VII ; marteau d'Averroes et des faux disciples d'Aristote fut Thomas d'Aquin ; marteau d'Abélard fut Bernard de Clairvaux ; marteau des Albigeois fut Dominique de Guzman, et ainsi de suite jusqu'à nos jours. Il serait trop long de parcourir l'histoire pas à pas, pour prouver une vérité qui ne mériterait pas, tant elle est évidente, les honneurs d'une discussion, sans le grand nombre de malheureux qui s'acharnent à l'obscurcir en élevant autour d'elle un nuage de poussière.
Mais, assez sur ce sujet, ami lecteur, j'ajouterai seulement, sans que personne nous entende, et sous le sceau du secret ce qui suit : puisque chaque siècle a eu ses questions brûlantes, le nôtre doit nécessairement avoir aussi les siennes. Une d'entre elles, la question des questions, la question majeure, si incandescente qu'on ne peut la toucher d'aucun côté sans en faire jaillir des étincelles, c'est la question du libéralisme.
"Les dangers que court en ce temps la foi du peuple chrétien sont nombreux", ont écrit récemment les doctes et vaillants prélats de la province de Burgos, "mais, disons-le, ils sont tous renfermés dans un seul qui est leur grand dominateur commun : le naturalisme... Qu'il s'intitule nationalisme, socialisme, révolution ou libéralisme, par sa manière d'être et son essence même il sera toujours la négation franche ou artificieuse, mais radicale, de la foi chrétienne et par conséquent il importe de l'éviter avec empressement et soin, autant qu'il importe de sauver les âmes".
La question brûlante de notre siècle est officiellement formulée dans cette grave déclaration émanant d'une source parfaitement autorisée. Toutefois, il est vrai de dire que le grand Pie IX avait formulé cette question en cent documents divers, avec plus de clarté encore et une tout autre autorité, et notre glorieux pontife Léon XIII l'a à son tour énergiquement formulée il y a peu d'années dans son encyclique Humanum genus. Encyclique qui a donné, donne et donnera tant à parler, et qui peut-être n'est pas encore le dernier mot de l'Eglise de Dieu sur ces matières.
Et pourquoi le libéralisme aurait-il sur toutes les autres hérésies qui l'ont précédé un privilège spécial de respect et en quelque sorte d'inviolabilité ?
Serait-ce parce que dans la négation radicale et absolue de la souveraineté divine il les résume et les comprend toutes ? Serait-ce parce que plus que tout autre il a fait pénétrer dans le corps social entier son virus corrupteur et sa gangrène ? Serait-ce parce que pour la juste punition de nos péchés, réalisant ce qui ne l'avait jamais été par aucune hérésie, il est devenu une erreur officielle, légale, intronisée dans les conseils des princes et toute-puissante dans le gouvernement des peuples ? Non, car ces raisons sont précisément celles qui doivent pousser et contraindre tout bon catholique à prêcher et soutenir contre le libéralisme, coûte que coûte, une croisade ouverte et généreuse.
Sus, sus sur lui, c'est l'ennemi ; sus sur lui, c'est le loup ; voilà ce que nous devons crier à toute heure, selon la consigne qu'en a donné le Pasteur universel, nous tous qui avons reçu du ciel la mission de coopérer à un degré quelconque au salut spirituel du peuple chrétien.
La campagne est ouverte, cette série de brèves et familières conférences commencée, ce ne sera pas toutefois, sans que j'aie préalablement déclaré que je soumets toutes et chacune de mes affirmations, même les plus minimes, au jugement sans appel de l'Eglise, unique oracle de l'infaillible vérité.
Sabadell, mois du Rosaire 1884.
C'est, à dire vrai, tout l'ouvrage qu'il faudrait citer !
Mais ce qui en est reproduit dans ce fil de discussions devrait suffire à bien faire comprendre les choses telles que les exposent les véritables défenseurs du catholicisme...

Jean-Paul Bontemps
Pour la plus grande gloire de Dieu et l’honneur de Notre-Dame par le triomphe de notre Mère la Sainte Église catholique.
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De la Charité
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