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 Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme

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MessageSujet: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Sam 22 Jan - 14:52

PROLOGUE (1)





Il y a des vices qui présentent souvent l'apparence de la vertu, et on les prend pour des vertus, alors qu'ils sont véritablement des vices C'est ainsi que la sévérité est réputée justice, la sécheresse du cœur se dit maturité, un agréable bavardage s'appelle de l'affabilité, la dissipation est estimée joie spirituelle ; la paresse ou une tristesse désordonnée, on juge que c'est de la gravité ; la tiédeur ou la nonchalance, c'est de la discrétion. Une parure excessive, on croit que c'est de la décence, et le luxe dans le train ordinaire de la vie s'appelle bienséance. On dit de la prodigalité qu'elle est générosité ; l'avarice est réputée prévoyance ; on juge de l'entêtement que c'est de la fermeté. La ruse s'appelle prudence, et l'hypocrisie, sainteté. L'insouciance, c'est de la douceur ; un curieux ! on le dit circonspect ; un vaniteux ! c'est un homme distingué. La présomption passe pour espérance, l'amour charnel pour charité, l'âpreté à accuser les autres ou à les corriger, c'est du zèle pour la justice. Celui qui dissimule, on le dit patient ; le manque de courage dans la réprimande, c'est de la bonté douce et pacifique ; et ainsi du reste.

Or, de même qu'on n'achète rien de bon avec de faux deniers, ce n'est pas non plus avec de fausses vertus qu'on gagne le royaume des cieux. Il y a aussi des vertus naturelles, inhérentes, pour ainsi dire, à notre nature : ainsi, l'humilité, la douceur, la modestie, la générosité, la pitié, la patience. Ces vertus-là et leurs semblables ne méritent pas la récompense éternelle ou le royaume de Dieu, mais seulement les vertus surnaturelles, que Dieu nous donne gratuitement.

Parmi ces dernières, il en est que les insensés regardent comme des vices. Ainsi jugent-ils que la justice est sévérité ; la gravité s'appelle chez eux dureté de cœur, la prévoyance est dite avarice, la constance s'appelle opiniâtreté, et ainsi des autres vertus dont on a parlé plus haut. Pareillement, ce qu'on fait par humilité, ils disent que c'est fait par vaine gloire ; ce qui est fait saintement, ils y voient hypocrisie ou ostentation ; ce qu'inspire le zèle de la justice, ils le disent inspiré par souci de vengeance. Ce que fait la charité procède, d'après eux, de la haine ou de la rancune ; ce qui est un acte de dilection spirituelle, ils l'attribuent à un amour, charnel ; ce qu'on fait dans une intention pure, ils le disent accompli en vue d'avantages temporels ; et ainsi du reste.



Il est donc difficile de distinguer entre le vice et la vertu. D'autre part, il y a des degrés en chacune de ces vertus : elles sont d'abord données à l'âme par la pure libéralité de Dieu ; une fois infuses, elles se perfectionnent. Aussi importe-t-il d'examiner, avec le plus grand soin, quelles sont les vertus de l'âme, véritables et parfaites, qui, seules, rendent l'homme agréable à Dieu.

Commençons par la charité, mère et joyau de toutes les vertus.



* *

*



Ce prologue est très important. L'auteur veut nous mettre en garde contre les fausses vertus, et cette intention première commande et explique toute son œuvre. Il a peur que nous nous laissions prendre aux apparences de la vertu ; la distinguer du vice n'est pas chose facile, il faut y regarder de près et attentivement, d'autant plus qu'il y a, à côté des vertus apparentes, les vertus naturelles ; l'auteur ne les estime pas beaucoup, puisqu'elles dont aucune valeur pour le ciel.

Il n'y a de vertu, d'après lui, que la vertu véritable et parfaite, la vertu surnaturelle. Et il ne paraît pas donner au mot de vertu son sens strict ; en tout cas, son traité n'est pas complet. Toutes les vertus n'y sont pas ; ainsi, il manque la vertu de Religion (au chap. 28, l'auteur entend par religion la vie spirituelle), et il y a autre chose que des vertus (ainsi : la Contemplation, la Confession).

Le point de vue de l'auteur est restreint. Sa doctrine, bonne, impersonnelle, habituellement exacte, est parfois un peu exagérée (quand il a fallu, une note corrige et précise), austère et empreinte d'une certaine tristesse, comme s'il sentait la difficulté, plus grande encore, de parvenir à la véritable vertu : une vertu parfaite exige tellement de perfections !

L'auteur veut nous aider à distinguer les vraies vertus des fausses. Pour cela, il suffit de noter, en termes forts et nettement appuyés, ce qui imprime à chaque vertu sa physionomie particulière.

Les 42 chapitres se suivent les uns les autres sans ordre apparent. Au début du chapitre, l'auteur affirme, de la façon la plus simple et la plus directe, en quoi consiste telle vertu, ce qu'elle exige précisément dans sa vérité et sa perfection. C'est une description brève plutôt qu'une définition.

Mais encore, une description demeure toujours théorique ; voici un exemple qui illustrera la doctrine et la rendra vivante. Et l'auteur, d'une manière presque uniforme, après avoir indiqué l'essentiel d'une vertu, la montre réalisée dans le portrait du vertueux.

Puis viennent les paragraphes où l'auteur nous parle des motifs de pratiquer la vertu, et des signes auxquels on peut reconnaître que l'on possède telle vertu (pour certaines vertus, leur fonction ou leur office tiennent lieu de signe distinctif ou s'y rattachent).

Presque toujours, l'auteur réserve, pour la fin de chaque chapitre, les signes ou les preuves de ce qu'il appelle souvent la fausse vertu : il rapproche ainsi le signe de telle vertu et la preuve du vice qui lui est opposé. Le contraste est frappant et instructif.

On jugera de la valeur du livre en le lisant. Chacun de ses chapitres fournit ample matière à réflexion.

Les paragraphes sont numérotés :

1. Description abstraite de la vertu.

2. Portrait du vertueux.

3. Motif d'aimer la vertu.

4. Preuves ou signes de la vertu.

5. Le vice qui lui est opposé.



(1) Ce prologue a beaucoup de ressemblance avec le ch. 35 du 2e livre des Sentences de saint Isidore : les vertus apparentes ou simulées. (Patr. Lat., t.83, col. 636.)

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Lucie
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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Sam 22 Jan - 18:35

St Albert le Grand :
Citation :
Il y a des vices qui présentent souvent l'apparence de la vertu, et on les prend pour des vertus, alors qu'ils sont véritablement des vices.[...]Or, de même qu'on n'achète rien de bon avec de faux deniers, ce n'est pas non plus avec de fausses vertus qu'on gagne le royaume des cieux.
Il y a aussi des vertus naturelles, inhérentes, pour ainsi dire, à notre nature : ainsi, l'humilité, la douceur, la modestie, la générosité, la pitié, la patience. Ces vertus-là et leurs semblables ne méritent pas la récompense éternelle ou le royaume de Dieu, mais seulement les vertus surnaturelles, que Dieu nous donne gratuitement.
Parmi ces dernières, il en est que les insensés regardent comme des vices. [...]Ce que fait la charité procède, d'après eux, de la haine ou de la rancune ; ce qui est un acte de dilection spirituelle, ils l'attribuent à un amour charnel...

La charité surnaturelle, on a oublié ce que c'est, et on la remplace par une vertu sensible et naturelle que l'on appelle "amour", "charité". Ces vertus-là et leurs semblables ne méritent pas la récompense éternelle ou le royaume de Dieu, mais seulement les vertus surnaturelles, que Dieu nous donne gratuitement. Ainsi, le diable est content : on fait de l'humanitaire, et on ne mérite rien en faisant le "bien", puisqu'on n'a pas la vertu surnaturelle qui donne seule accès au ciel.
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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Sam 22 Jan - 18:38

La plus grande ruse du démon, après celle qui consiste à faire croire qu'il n'existe pas. Sad

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Lun 24 Jan - 12:28

CHAPITRE I

La Charité

LA CHARITÉ ENVERS DIEU


1. « La charité envers Dieu est véritable et parfaite, quand l'âme s'unit à Dieu avec toutes ses facultés et toute l'ardeur de son amour, sans chercher en lui aucun avantage temporel ou éternel, mais uniquement éprise de sa bonté, de sa sainteté, de sa perfection, de sa béatitude essentielles (1). »

2. Pour une âme délicate, en effet, la seule idée d'aimer Dieu, comme on aime un avantage ou une récompense, est un sujet d'horreur. Elle ressemble à Dieu qui se répand en notre âme avec toute sa puissance, sans en attendre jamais aucune utilité ; mais simplement parce qu'il veut nous associer à son propre bonheur. Au contraire, celui qui aime Dieu parce que Dieu est bon pour lui, c'est-à-dire principalement afin que Dieu lui communique sa béatitude, celui-là est convaincu de n'avoir qu'une charité naturelle et imparfaite (2).

3. Le moyen de parvenir à une charité vraie, c'est la connaissance vraie de Dieu. Car en Lui se trouve tout ce qu’on peut aimer, à savoir : la noblesse, la sainteté, la puissance, la sagesse, la bonté, la beauté, la providence, etc. De même, l'amour de Dieu pour nous, amour éternel, immense, sans interruption et très fidèle, nous attire à la vraie charité (3).

4. Comment se prouve la vraie charité. Notre-Seigneur nous l'apprend par ces paroles : « Celui qui a mes commandements et les garde, c'est celui-là qui m'aime » (Jean, ch. 14, v. 21). Saint Augustin atteste aussi que « la mesure de notre amour de Dieu est celle même de notre obéissance à ses commandements » (4). Ce qu'il faut entendre aussi des engagements volontaires ou des vœux qui obligent autant que des commandements (5).

Le bienheureux Grégoire rend aussi témoignage à la parole de Notre-Seigneur : « Rentrez en vous-mêmes, frères très chers, et demandez-vous si vous aimez vraiment Dieu. Ne croyez pas cependant à la réponse que votre cœur peut vous faire, si vos œuvres ne la confirment. Touchant l'amour de votre Créateur, interrogez tout ensemble votre langue, votre âme et votre vie. Jamais l'amour de Dieu ne se repose : il fait de grandes choses, s'il existe, s'il refuse d'agir, c'est qu'il n'est pas un amour (6). »

Encore faut-il que l'accomplissement des œuvres et l'observation des commandements soient purifiés dans leur intention même. On ne doit pas les entreprendre par crainte d'un châtiment ni les accomplir par amour de la récompense (7). C'est la pensée de saint Augustin : « Celui-là aime Dieu qui ne garde pas ses commandements en considération de la grandeur du châtiment ou parce qu'il est poussé à le faire par son désir avide de la récompense, mais simplement parce que ce que Dieu ordonne est très bon et très juste. »

Il existe encore deux autres signes à quoi l'on reconnaît la vraie charité. Voici le premier : se réjouir avec Dieu de tout ce qui Lui plait, quels qu'en soient l'auteur, le temps et le lieu. Seul, en effet, l'amour désintéressé, toujours en tendance vers autrui, vers ce qu'il aime, mérite des louanges de la part de Dieu ; mais non l'amour intéressé, parce qu'il revient sans cesse sur lui-même et cherche son intérêt particulier.

Et voici le second signe : s'attrister avec Dieu de tout ce qui Lui déplaît, par quelque personne, en quelque temps, heure ou lieu que cela se produise (8 ).


LA CHARITÉ VÉRITABLE ENVERS LE PROCHAIN

1 et 2. La vraie charité envers le prochain consiste à aimer comme soi-même son prochain, ami et ennemi, en la manière indiquée par saint Augustin : « Aimer le prochain comme soi-même, c'est l'aimer en Dieu et à cause de Dieu. Telle est la manière dont chacun doit aimer comme soi-même son prochain. Et parce que pour soi on désire tout bien et on fuit tout mal, qu'on n'agisse pas différemment pout le prochain. »

Voici une autre façon d'expliquer ce commandement. Tout homme aime son bien propre dans son corps et dans son âme, dans ses richesses et dans son honneur, et en ces différentes espèces de biens il fuit tout mal et il hait tout dommage personnel ; ainsi, en ce quadruple domaine, chacun doit aimer tout bien d'un ami comme d'un ennemi, et haïr tout dommage. Cependant le commandement de la charité n'oblige pas de se porter vers le prochain autant et aussi ardemment qu'on est affecté vis-à-vis de soi-même.

On ne peut pas juger de la véritable charité d'après l'amour que l'on a pour ses amis. Car les païens aussi aiment ceux qui les aiment (Matth., ch. 5, v.46, 47). Mais c'est à l'amour de l'ennemi que l'on estime la vraie charité. Aimer un ami, c'est naturel et ce n'est pas méritoire ; aimer, au contraire, quelqu'un qui n'aime pas, cela vient de la grâce (9).

Il y a un moyen plus excellent encore d'apprécier la vérité de l'amour envers le prochain, il est fourni par la Glose sur saint Matthieu : « Aimer un ami, cela relève de la nature ; mais celui qui n'aime pas, par des bienfaits l'amener à aimer, c'est le propre de la perfection (10). » Sans doute, personne n'est tenu en vertu du commandement, d'aimer autant qu'un ami et aussi chaudement son ennemi ; bienheureux serait-il, cependant, et souverainement parfait, celui qui pourrait avoir de l'affection, et faire des œuvres de charité autant, plus même, pour un ennemi que pour un ami, pour celui qui le reprend et le corrige que pour celui qui le flatte, pour celui qui le blâme que pour celui qui lui adresse des louanges. C'est que « rien, au témoignage de saint Jean Chrysostome, ne rend aussi semblable à Dieu que d'être indulgent à ceux qui font du tort et aux méchants » (11). On obtiendrait certainement de la persécution, si on savait l'utiliser comme il faut, bien plus de grâce et de gloire que de la faveur des hommes. Ainsi, beaucoup plus que leurs amis, les bourreaux ont été utiles aux saints martyrs pour la gloire éternelle.

3. La nature elle-même doit nous porter à aimer notre prochain. « Tout vivant aime son semblable : tout homme aussi aime son prochain » (Eccli., ch. 13, v. 19). Ce qui nous pousse encore à l'aimer, c'est qu'il a en lui l'image de Dieu. De plus, c'est commandé dans l'Écriture.

4. Les preuves d'une charité véritable envers le prochain sont de s'affliger sincèrement avec un ennemi comme avec un ami, dans toute adversité ; de se réjouir avec eux de tout leur bonheur, vraiment et du fond du cœur. Ces deux sentiments sont excessivement rares dans le monde.

5. Ceci révèle une véritable haine pour 1e prochain : quand on ne peut penser à lui sans avoir l'esprit accablé ; quand on le voit avec une tristesse de cœur ; quand c'est avec des sentiments amers qu'on lui parle, qu'on parle de lui ou qu'on en entend parler ; quand on empêche aussi ses avantages et son bonheur ; lorsque le bien qui est en lui, on l'amoindrit et on le dénature (12).

Le Seigneur Jésus n'a pas agi de la sorte avec le traître Judas. Au moment où celui-ci le trahissait, il le nourrissait de son corps et de son sang avec ses autres chers disciples ; et sur les lieux de la trahison, loin de se dérober à son baiser, il le salua avec une bienveillance extrême, plus affligé, au dire de saint Jérôme, du crime de ce malheureux que de sa propre souffrance.

Mais, ô merveille, parfois on se vante d'aimer ses frères, et l'on porte dans le cœur ces marques de la haine. Par ailleurs, il semble à beaucoup qu'il suffit de désirer pour le prochain la vie éternelle. Cette vie éternelle, ils ne peuvent ni la donner ni la ravir ; et ils la souhaiteraient aussi bien aux Juifs et aux païens (13). Non, ils ne veulent pas se rappeler que nous aussi, puisque le Seigneur a donné sa vie pour ses ennemis, nous sommes tenus, non seulement d'aimer nos frères dans le Christ, mais encore d'exposer pour eux nos biens, notre vie même, si c'est nécessaire. Cette obligation atteint surtout les supérieurs.

La charité envers Dieu s'entretient par l'accomplissement de ses ordres, selon cette parole : « Si vous gardez mes commandements, vous demeurez dans mon amour, comme j'ai gardé moi-même les commandements de mon Père et comme je demeure en son amour » (Jean, ch. 15, v. 10)

Ce qui favorise la charité envers le prochain, c'est la compassion, d'après ce que dit l'Ecclésiastique, ch. 7, v. 34,35 : « Ne faites pas défaut à ceux qui pleurent, pour les consoler ; et allez de concert avec les affligés. Ne négligez pas de visiter les malades : car cela vous affermira dans la charité. »


(1) Traduction du P. Truillet, p.45 (Arcachon, 1875).

(2) La charité imparfaite, c'est celle qui se replie sur elle-même. L'auteur la qualifie de naturelle, non qu'elle soit le fruit de notre nature seule, sans le concours de la grâce, mais parce que dans l'amour de Dieu nous cherchons notre avantage, notre profit personnels. Sans doute, cette charité imparfaite est permise et utile au salut. Mais notre nature, si elle s'y arrête, est exposée, au fond, à n'aimer que soi, en aimant Dieu pour le bien qu'elle en tire, – ce qui, en soi, est légitime (nous ne pourrions pas aimer Dieu s'il n'était pas notre bien, s'il n'était pas bon pour nous). Notre âme ne sort pas d'elle-même, elle ne « s'écoule pas en Dieu », pour se perdre et s'oublier en sa perfection souveraine, comme cela est juste. Les âmes délicates ne s'attardent pas à ce stade imparfait de l'amour. Leur raison d'aimer Dieu vient de Lui, de ses infinies perfections. Elles aiment Dieu pour Dieu, parce qu'il est Dieu ; donc il est bon, en soi, absolument. L'amour imparfait tend à s'achever dans l'amour désintéressé du Dieu cher à l'âme et aimé pour Lui-même, comme ami. Or on n'aime pas un ami pour le profit qu'on en tire, cela vient ensuite ; c'est la récompense, non le motif de l'amitié.

(3) Il faut entendre tout cela : l'amour de Dieu pour nous et ses qualités, non par le côté où il nous apporte du bien, mais par le côté où il nous manifeste les perfections de Dieu ; ce n'est pas le fait qu'il est bon pour nous (on reviendrait à la considération de l'amour imparfait), mais le fait que Dieu a cette bonté de nous être bon. Dieu aime à nous aimer, et cela par bonté pure ; il nous aime depuis toujours, sans attendre pour cela notre fidélité ; et c'est son amour gratuit et tout-puissant qui crée le nôtre et lui donne quelque chose de la force fidèle et immuable du sien. – L'auteur, ici, se sert du mot de dilection qui désigne un amour de choix. Dieu aime tout ce qu'il a fait, mais il chérit les hommes d'un amour spécial, amour de préférence.

(4) S. Augustin, traité 82 sur S. Jean. P. L. t. 35, col. 1843.

(5) Les vœux de religion, pour ceux qui les ont émis de plein gré, rendent la pratique des conseils obligatoire au même titre que les commandements. Cette remarque de l'auteur fait penser qu'il destine son ouvrage à des religieux. D'autres indices viennent confirmer cette opinion. Telle obligation de charité, notera-t-il plus loin, regarde surtout les prélats (ou supérieurs religieux) ; et le chapitre 3 est presque exclusivement consacré à l'obéissance aux supérieurs. Cependant, plusieurs autres considérations et certains détails, qui ne s'appliquent pas directement aux religieux, prouvent aussi que l'auteur n'écrivait pas seulement pour ses confrères en religion ; il espérait bien atteindre d'autres âmes.

(6) S. Grégoire le Grand, 30e Hom. sur S. Jean. P. L., t. 76, col. 1221. – Le seul témoignage du cœur est insuffisant, et ses sentiments doivent être actifs, s'ils sont réels. Ils influenceront donc nos paroles (la bouche parle de l'abondance du cœur, Matth., ch. 12, v. 34), notre âme (principe directeur de l'activité), notre vie (activité exercée) ; il faut que tout cela assure que nous aimons Dieu.

(7) Ce ne sont pas les actes extérieurs qui ont du prix, et il faut éviter de réduire la vie spirituelle à un matérialisme et à une multiplicité d'actions sans âme ; on a l'impression d'être actif, on se disperse simplement et l'on ne s'enrichit point, parce qu'on néglige l'élément intérieur qui donne aux œuvres leur valeur de vie. Ce principe intérieur, c'est l'intention, qu'il faut purifier avec soin, quoique sans anxiété, de toute considération d'intérêt personnel. Une œuvre d'amour doit être faite par amour. L'ami de Dieu n'agit pas pour le même motif que le serviteur. Que celui-ci fasse attention au châtiment ou à la récompense, c'est normal : il est mercenaire, il travaille pour gagner. L'ami de Dieu travaille pour aimer et parce qu'il aime. Sa charité trouve en Dieu et dans l'excellence des ordres divins le vrai motif déterminant de ses actions.

(8 ) Le deuxième chapitre de l'opuscule Des mœurs divines, attribué à saint Thomas, contient et précise la même doctrine. Le bien plaît à Dieu en tout temps et partout, et tout bien : tout ce qui est bien dans la nature, tout ce qui est bon dans l'ordre de la grâce. Semblablement, tout bien doit nous plaire en tout temps et en toute créature, comme nous devons détester le mal partout et toujours. Le bien plaît à Dieu : cela suffit pour qu'il me plaise aussi. La charité vraie fait que je m'associe aux intentions divines, aux mœurs divines, et que je trouve bien, toujours, ce que Dieu même approuve. L'amour de charité imparfaite, avec son fond de souci personnel, ne va pas jusque-là ; il peut s'y mêler quelque sentiment inavoué de jalousie, et je m'attristerais plutôt du bien d'autrui, comme si la grâce donnée aux autres diminuait la mienne, comme si le bien fait par d'autres n'était pas bien fait ! Mais la charité vraie d'une âme qui tend vers Dieu pour s'écouler en Lui goûte et apprécie les choses comme Dieu Lui-même les juge (don de sagesse) ; et le bien, tout bien, lui plaît partout et toujours, parce qu'il plaît à Dieu.

(9) Nous n'avons aucune inclination naturelle à aimer nos ennemis ; nous ne pouvons les aimer que pour Dieu. L'amour de l'ennemi procède uniquement de la charité, et il en procède toujours. Il nous est naturel, au contraire, d'aimer ceux qui nous aiment ; mais il ne faudrait pas en conclure que nous ne pouvons pas faire, en les aimant, un acte méritoire d'amour surnaturel. Quand nous aimons nos parents ou nos amis, à la poussée instinctive qui nous porte à leur montrer notre affection, s'ajoutent des motifs d'ordre plus élevé, et nous les aimons, ainsi que le dit saint Augustin, en Dieu, par rapport à Dieu et à cause de Dieu.

(10) La Glose de Walafrid Strabon, mort en 849, est un commentaire de l'Écriture Sainte, composé en partie de textes des Pères. On trouve le passage rapporté ici dans la Glose sur le ch. 7, v. 12, de saint Matthieu. La Glose, telle qu'elle est reproduite dans l'édition de Migne, P.L. t. 114, col. 109, est plus expressive encore ; il ne s'agit pas simplement d'attirer à l'affection, mais d'y contraindre pour ainsi dire, par toutes sortes de bienfaits. « Que celui qui n'aime pas, soit contraint d'aimer, c'est le propre de la perfection chrétienne. »

(11) Saint Jean Chrysostome, 19e Hom. sur S. Matt. P.G. t. 57, col. 283.

(12) Ce bien que l'on déteste vient de Dieu, c'est ce qui fait de la haine un grand péché : elle s'attaque à ce qu'il y a de meilleur en l'homme. La grâce, la vertu, l'image de Dieu dans l'âme ; tout cela a droit au respect et à l'amour.

(13) Le plus grand commandement exige tout de même autre chose que le seul désir inefficace d'un bien qu'on ne peut pas procurer à autrui. La charité vraie se manifeste par des œuvres : prier pour le prochain, lui venir en aide, lui faire l'aumône, ne pas lui refuser le secours d'un conseil, lui adresser quelques paroles d'éducation, ou d'encouragement ; « tout ce que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-le aussi pour eux. » (Matt., ch. 1, v. 12), Jusqu'à perdre vos biens, votre vie même, si c'était nécessaire pour le salut de vos frères.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Mar 25 Jan - 15:34

CHAPITRE II

L'Humilité

1. L'humilité vraie et parfaite consiste à mépriser l'honneur que l'on vous rend et à ne point souhaiter d'être glorifié. Êtes-vous vraiment humble, vous redoutez toujours qu'on ne vous honore quelque peu ! Et si cela arrive, au fond, vous en avez peur et vous vous attristez. Vous savez bien qu'à Dieu seul sont dus honneur et gloire.

2. Celui qui a la véritable humilité ne se vante jamais d'aucune grâce ni d'aucun titre de gloire, à moins qu'il ne veuille, par là, donner confiance en Dieu à ceux qui l'écoutent (1). Supposez qu'on raconte de lui, quelque action d'éclat ou les grâces dont il est l'objet, il ne peut l'entendre sans que son cœur en souffre et il s'abaisse lui-même : il n'ignore pas que ce qu'on lui attribue est la propriété exclusive de Dieu, à qui seul aussi toute gloire doit revenir (2).

Il ne se compare non plus à personne, ni à un supérieur, ni à un inférieur, ni à un égal. Il croit plutôt qu'aucun homme n'est plus petit que lui ; et lui-même, il n'a de mépris pour personne. Dans son cœur, il ne méprise que soi ; il a un désir ardent que tous le méprisent, et il se réjouit grandement d'avoir été méprisé. Un tel homme n’appréhende plus aucun outrage, parce qu'il est au-dessus de toute gloire. « Il en est qui s'humilient faussement et dont le cœur est rempli de fraude » (Eccli., ch. 19, v. 23). Mais lui, au témoignage de saint Bernard, veut qu'on le tienne pour vil, et non pas qu'on dise de lui qu'il est humble (3).

Celui qui aime l'humilité doit planter en son cœur la racine de cette vertu, qui est la connaissance de sa propre fragilité. Puise-t-il voir, non seulement à quel point il est vil et méprisable, mais encore jusqu'à quelle extrémité il le pourrait être, et il le serait, aujourd'hui même, si Dieu ne l'avait retiré, de vive force, de ses péchés, et s'il ne l’épargnait pas, actuellement, des tentations (4). C'est là, au fond de son cœur, que tout homme apprend à se connaître, et à reconnaître aussi que sa faiblesse le dispose à l'abime dévorant de tous les vices (5). Le prophète Michée ne dit-il pas : « Votre humiliation est au-dedans de vous-mêmes ! » (ch. 6, v. 14).

3. On fait l'éducation de l'humilité en s'exerçant, souvent, à des œuvres que personne ne remarque, qu'on méprise même. La Sainte Écriture nous enseigne que celui qui se refuse aux œuvres de l'humilité ne parviendra jamais jusqu'à cette vertu.

Ce qui favorise l'humilité, c'est de reconnaître en toute vérité que, par soi-même, on ne peut vaincre aucune tentation de la chair ou de l'esprit ; encore moins peut-on faire œuvre bonne et agréable à Dieu sans un secours spécial de Jésus-Christ.

4. Si quelqu'un s'abaisse au point de se sentir indigne de toute grâce, c'est une preuve que son humilité est vraie. De grâce, il n'ose même plus en souhaiter aucune (6). Dieu en laisse-t-il cependant tomber sur son âme sans qu'il le désire, c'est avec inquiétude qu'il la reçoit. Il va même jusqu'à penser qu'il vaudrait mieux être privé de cette grâce que de l'avoir, parce que, tant de fois et de différentes manières, au lieu de la mériter, il n'a eu que des démérites ; et combien de fois n'a-t-il pas déshonoré cette grâce en ne s'en servant jamais selon les dispositions de Dieu !

Une autre marque de la véritable humilité, c'est de rechercher toujours la dernière place, de prendre en amitié les plus petits, de désirer comme offices les fonctions les plus simples et de demander toujours les vêtements les plus ordinaires.

5. L'orgueil de l'esprit se manifeste de deux manières. Par des indices extérieurs, d'abord, selon cette parole de l'Ecclésiastique : « le vêtement, le rire des lèvres et la démarche d'un homme révèlent ce qu'il est » (ch. 9, v. 27). Est-ce qu'on ne juge pas un arbre, bon ou mauvais, à ses fruits ? Et toutes nos actions ne procèdent-elles pas du cœur ou de la pensée ? De même, dit saint Jérôme (7), qu'une odeur bonne ou mauvaise s'exhale de la bouche selon la qualité des aliments que l'estomac conserve, aussi bien que des sachets d'épices plus ou moins parfumées que l'on porte sur la poitrine ; et comme un œil impur annonce, au témoignage de saint Augustin (8 ), que le cœur est impudique ; ainsi, des signes extérieurs trahissent les intentions de l'homme.

L'orgueil se reconnaît aussi à ces preuves intérieures, lorsque, au fond de votre cœur, vous êtes content de vous-même, vous vous préférez aux autres et vous désirez leur être préféré ; quand vous souhaitez également de plaire aux hommes par vos actions et qu'en effet, vous apportez tous vos soins à leur plaire.

Une, telle conduite est loin d'être conforme à celle de l'humble Maître, Jésus-Christ, lui qui, selon la doctrine de saint Paul (9), ne s'est même pas complu en soi-même, mais qui « attendait, de la part des hommes, l'opprobre et le malheur » (Ps. 68, v. 21). Il ne venait pas non plus pour commander, mais pour se soumettre. Croyons-en son témoignage : « Le Fils de l'homme n'est point venu pour être servi, mais pour servir. » (Matt., ch. 20, v, 28.) Un tel Maître que fait-il de serviteurs qui cherchent à plaire, non pas à Dieu, mais aux hommes ? Il disperse les ossements de leurs vertus ; et ces orgueilleux, à la fin, seront confondus, parce que Dieu les a rejetés (10).


(1) Parler de soi, en bonne part, est difficile et dangereux. On risque de s'enorgueillir, et pour si peu de chose !... La charité ne nous fait pas manquer à l'humilité (la vanité n'entre plus dans une âme qu'occupe tout entière la charité, disait saint Vincent Ferrier), si nous publions à nos frères, pour exciter leur confiance en Dieu, les grâces que ce Dieu nous a libéralement accordées, et qu'il peut départir, à eux comme à nous, par pure bonté : « Venez, écoutez, et je vous raconterai, à vous tous qui craignez Dieu, ce qu'il a fait à mon âme. » (Ps. 65, v. 16)

(2) Presque chaque jour, à la première heure, les prêtres récitent cette prière de louange, qui est un bon acte d'humilité : « Au Roi des siècles, immortel, invisible, seul Dieu, honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen. » (Tim., ch. 1, v. 17.)

(3) Serm. 16e sur les Cantiques. P. L., t. 183, col. 853.

(4) Dieu ne violente jamais la liberté de l'homme, et celui-ci peut s'opposer à la grâce, méchamment et délibérément. Quand Dieu veut sauver une âme, malgré sa faiblesse ou sa mauvaise volonté, il réduit victorieusement toutes ses résistances et il l'amène, par une douce violence, à se rendre aux avances souverainement attrayantes de son amour. « Il te serait dur de regimber contre l'aiguillon », disait Notre-Seigneur à Saul encore persécuteur (Act., ch. 26, v. 14). On trouve, dans le Missel (4e dimanche après la Pentecôte), cette belle Secrète : « Recevez, Seigneur, nos offrandes, laissez-vous apaiser par elles, nous vous en prions ; et, dans votre bonté, ramenez à vous, en les forçant (plus exactement : forcez vers vous) nos volontés même rebelles. »

(5) Nous avons toujours raison de nous défier de nous. Et si la grâce de Dieu nous a préservés jusqu'ici, la possibilité de déchoir et d'expérimenter, par nous-mêmes, cette « humiliation » du péché, suffit à nous maintenir dans l'humilité.

(6) Cette doctrine nous surprend, au premier abord. L'humilité, c'est la conscience d'une misère dans laquelle nous ne voulons plus rester. Et nous nous souvenons de la, prière du publicain : « Ô Dieu, ayez pitié de moi, qui suis un pécheur » (Luc, ch. 18, v. 13). Or la pitié de Dieu descend sur une âme avec la grâce et tous ses dons. Aurons-nous donc peur des dons de Dieu ? Mais non ; ce ne sont pas des pièges. Mais nous devons nous rappeler que toute grâce exige une fidélité plus grande, et « l'on demandera beaucoup à celui à qui on a beaucoup donné » (ch. 12, v. 48). Par ailleurs, souvent, nous n'avons fait que démériter. Alors il serait plus juste que Dieu nous prive de sa grâce ; nous aurions un compte moins chargé à lui rendre... Cependant, une autre parole de Jésus nous revient à la mémoire : « On donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance » (Matt., ch. 13, v. 12). Et lui-même nous invite à prier : « Votre Père céleste donnera l'Esprit-Saint à ceux qui le lui demandent » (Matt., ch.11, v.13). L'humilité ne nous empêche donc pas de solliciter les grâces de Dieu ; elle reconnaît, simplement, que nous ne méritons pas d'être exaucés.

(7) Lettre à la vierge Principia, P. L. t. 22, col. 626.

(8 ) Lettre 211, P. L. t. 33, col. 961.

(9) Il s'agit, sans doute, de ce passage connu de l'épître de saint Paul aux Philippiens (ch. 2, v. 5-9) : « Ayez en vous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus, lequel, alors qu'il subsistait dans la forme de Dieu, ne s'attacha pas jalousement à l'égalité avec Dieu, mais s'anéantit lui-même en prenant la forme d'esclave, devenant semblable aux hommes. Et, se présentant avec l'extérieur d'un homme, il s'humilia lui-même en devenant obéissant jusqu'à la mort, la mort de la croix. »

(10) L'auteur utilise, en l'adaptant, un verset du Ps. 52 : « Dieu a dispersé les os de ceux qui veulent plaire aux hommes », v. 6. Les orgueilleux n'ont pas de vertu ; ils n'en ont que les dépouilles, les cendres, les os. Dieu dissipera tout cela ; et, eux-mêmes, il les perdra.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Mer 26 Jan - 14:41

CHAPITRE III

L'Obéissance


L'OBÉISSANCE À DIEU

Un homme obéit vraiment et parfaitement à Dieu, lorsqu'il repasse dans son esprit, fréquemment et avec soin, ce qui peut plaire davantage à Dieu, en tout temps et en tout lieu ; il pense aussi, sans cesse, aux desseins particuliers de la Providence sur lui ; et tout cela, il s'efforce de l'accomplir toujours (1).

L'OBÉISSANCE AUX SUPÉRIEURS

1. L'obéissance véritable aux Vicaires de Jésus-Christ ou aux Supérieurs existe dès qu'un inférieur exécute ce qui lui est le plus contraire, exactement et volontiers, sans manifester jamais, par signe, par parole ou action, qu'un ordre ne lui va pas du tout. Mais c'en est fini de l'obéissance vraie, lorsque celui qui est soumis imagine lui-même les commandements et désigne les œuvres qui lui plairaient. Écoutez ce que dit saint Augustin : « Seigneur quel excellent serviteur vous avez en celui qui s'applique moins à vous entendre lui commander ce qu'il veut, qu'à vouloir ce qu'il apprend que vous lui ordonnez (2). »

2. Le véritable obéissant n'attend jamais qu'on lui commande. Il suffit qu'il sache ou qu'il croit que telle est la volonté de son supérieur pour qu'il mette toute son ardeur à l'exécuter : c'est comme s'il y avait eu un ordre, et cela, à l'exemple de Notre-Seigneur Jésus-Christ, auquel la volonté et le bon plaisir de son Père tenaient lieu de commandement souverain.

Le véritable obéissant ne dispose jamais de ses propres actions. Il n'en juge pas à son sens, il ne dit ce qu'il en pense à personne ; puisqu'il n'a pas de volonté propre, il n'y a pas non plus quelque chose qu'il ne veuille pas (3). Il confie à Dieu et à ses supérieurs, simplement et sans inquiétude, le soin de disposer de lui-même, en toutes choses (4).

Le véritable obéissant ne se demande pas si c’est bien ou mal (5) ; Abraham non plus n'a pas jugé si c'était bien ou mal d'immoler son fils : Dieu le lui ordonnait !... Il ne distingue pas davantage le bien du mieux. Il estime, même dans le doute, que ce qu'on lui commande est toujours le meilleur : excepté le cas où il apparaîtrait manifestement que l'ordre est injuste. Alors, « sachez, dit saint Grégoire, qu'on ne peut jamais faire le mal par obéissance ; mais le bien que vous faites quelquefois par obéissance vous devez l'interrompre ».

Et saint Grégoire continue : « On nous impose parfois ce que le monde estime un bonheur, et parfois ce qu'il regarde comme une adversité. Il faut donc remarquer, avec le plus grand soin, que, tantôt, l'obéissance est nulle, si elle met un peu du sien ; et, tantôt elle est très réduite, si elle n'a pas quelque chose d'elle-même. Ainsi, on ordonne à celui-ci de monter ; on lui impose une place plus élevée : il obéit afin d'en prendre possession ; mais il supprime pour soi-même la vertu d'obéissance, si ses propres désirs le faisaient aussi soupirer après cet avancement. Est-ce se diriger par obéissance que d'accepter les honneurs et les succès de ce monde pour ne servir que les envies de sa propre ambition ? Mais voici, d'autre part, qu'on lui commande ce que le monde méprise, on lui ordonne d'aller au-devant des injures et des opprobres : alors, si son cœur, de lui-même, ne les souhaite pas, il diminue le mérite de son obéissance. Il descend, il s'abaisse sans doute jusqu'à ce qui est méprisé en cette vie, mais c'est malgré lui et sans le vouloir... Ainsi donc, l'obéissant doit avoir quelque chose du sien, en ce qui lui déplaît ; et ne rien avoir de lui-même en ce qui le rend heureux (6), pour que, dans le premier cas, son obéissance soit d'autant plus glorieuse qu'elle rejoint aussi par ses désirs l'ordre même de Dieu ; et dans l'autre cas, d'autant plus vraie qu'elle se sépare entièrement, dans son intention, de la gloire présente en ne la recevant que par la volonté divine (7). »

3. Ce qui nous pousse à obéir, c'est l'obéissance entière de Jésus-Christ. Non seulement il obéit en toutes choses à Dieu son Père, puisqu'il disait : « Que ce ne soit pas ma volonté, mais la vôtre qui se fasse » (Luc, ch. 22, v. 42), mais encore il se soumit à des hommes bons, et à des méchants, et même aux démons (8 ).

Le fait aussi que toutes les créatures, sensibles et insensibles, obéissent à Dieu, doit nous conduire à la véritable obéissance ; et si Dieu lui-même les a assujetties à l'homme, c'est pour que l'homme reconnaisse qu'il doit se soumettre à Dieu. Ainsi, le soleil et la lune ont obéi à Josué ; la terre, à Moïse, quand elle engloutit Coré, Dathan et Abiron ; la mer obéit à saint Pierre, et il marcha sur ses eaux ; elle obéit à Moïse pour submerger Pharaon et son armée. En Égypte, les serpents obéissaient aux magiciens ; et les bêtes, aux ermites et aux Pères du désert (lisez les Vies des Pères). L'air, la grêle et la neige obéirent à Samuel ; la pluie, à Élie, le feu aussi, quand il consuma deux groupes de cinquante hommes. Les oiseaux obéirent au très saint patriarche François ; les démons aux Apôtres qui les chassaient, et les maladies, aux Saints, puisqu'ils en délivrèrent les hommes. Que de créatures se soumettaient à Moïse, en Égypte ! Enfin, parce que tout obéit à Dieu, dans le ciel, et sous le ciel, au purgatoire et en enfer, l'homme devrait bien aussi lui obéir, en toutes choses, et accomplir ses ordres et sa volonté,

4. Voici, d'après saint Bernard, la marque de la véritable obéissance (9) : « Celui qui obéit fidèlement ne sait pas différer, il ne remet rien au lendemain, il ignore la lenteur, il devance même les ordres. Ses yeux sont tout prêts à voir ; ses oreilles, à entendre ; sa langue, à parler ; ses mains, à agir ; ses pieds, à marcher : il se rassemble tout entier pour recueillir la volonté de son maitre. » « Celui qui obéit bien remet son vouloir et son non-vouloir aux mains de son supérieur, afin de pouvoir dire : « Mon cœur est prêt, Seigneur, oui, il est prêt (Ps. 56, v. 8 ), prêt à faire tout ce que vous commanderez, prêt à obéir au moindre signe, à obéir même avant le commandement, prêt à s'occuper à loisir de vous ou à servir le prochain, prêt à garder mon âme et à se reposer dans la contemplation du ciel » (10).

5. Et voici les marques de la désobéissance. Celui-là prouve qu'il n'est pas un sujet obéissant, s'il regarde comme injuste l'ordre de son supérieur ; de là, des murmures qui s'élèvent dans son âme ; puis, il prétexte qu'il ne peut ni ne doit faire ce qu'on lui commande, et il imagine habilement différents moyens d'échapper ; il en arrive enfin à séduire ceux qui, par insinuation ou prière, pourraient empêcher l'exécution du commandement ou rappeler l'ordre donné. Telle ne fut point la conduite d'Abraham ! Pour obéir immédiatement, il s'en alla, de grand matin, et il avait eu soin de laisser au pied de la montagne ses serviteurs : ils se seraient opposés à l'immolation de son fils tant aimé. C'est ainsi qu'il mérita, pour lui-même et pour sa postérité, d'abondantes bénédictions.


(1) Le Psaume 118 développe et réalise ce court programme de la parfaite obéissance. Continuellement, i1 fait passer devant nos yeux la loi sainte et justifiante de Dieu. Nous faisons nos délices de sa loi, et notre fonction, c'est de garder ses commandements. Nous nous excitons aussi à le faire toujours et généreusement : « Combien j'aime votre loi ! Elle est tout le jour l'objet de ma méditation » (v. 97).

(2). Conf., Livre 10, chap. 26. P. L. t. 32, col. 795.

(3) Celui qui obéit ne veut que ce qui lui est commandé. Il exécute n'importe quel ordre, il n'a garde de distinguer entre ce qui lui plaît ou ce qui ne lui plaît pas. De lui-même, on ne peut pas dire qu'il veut ou qu'il ne veut pas. Il veut simplement, mais volontiers, ce qu'on lui ordonne, et parce que cela lui est ordonné. Il ne veut pas, simplement aussi et sans regret, ce que son supérieur ne veut pas qu'il fasse. Pour pratiquer l'obéissance jusque-là, il faut un degré de vertu plus qu'ordinaire, et une perpétuelle abnégation de soi-même.

(4) Le religieux (c'est à lui que l'auteur s'adresse plus directement) a perdu, par son vœu d'obéissance, le pouvoir de donner à sa vie et à son activité une direction personnelle.

(5) Dans le plus grand nombre des cas, ces questions ne se présentent pas à l'esprit du religieux. Il sait bien que si lui-même se dirige sous l'obéissance, son supérieur le conduit, raisonnablement et vertueusement, par la prudence.

(6) L'obéissance toute seule rend méritoire l'acceptation de ce que saint Grégoire appelle ici « prospérité, succès et agréments de ce monde ». En pareille matière, il n'y a pas d'obéissance, si elle n'est pas obéissance pure. On ne doit rien y mettre du sien. C'est tout le contraire, si l'on nous commande ce à quoi nous répugnons par nature : l'obéissance extérieure et passive ne suffit plus ; il faut l'activer par nos désirs en voulant l'œuvre à réaliser.

(7) 35e livre des Morales, ch. 14, P. L. t. 76, col. 766.

(8 ) Notre-Seigneur affirmait à Pilate : « Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi, s'il ne t'avait pas été donné d'en haut » (Jean, ch. 19, v. 11). Lui-même permit à Satan de s'approcher de lui pour le tenter ; et lorsque le moment de sa passion fut venu, de lui-même encore il s'offrit à Judas et à ses bourreaux qui étaient des membres du démon ; et il s'abandonna à leur fureur, parce qu'il le voulait, pour notre rédemption. Il se soumit aux démons, en ce sens seulement qu'il leur donna, d'en haut, pouvoir d'agir sur lui.

(9) J'ai traduit largement. C'est le paragraphe 4 consacré au signe de la vertu. L'auteur commence ainsi : « Argumentum verae obedientiae habet D. Bernardus : Fidelis obediens », etc. Serm. 41, P. L. t. 183, col. 657.

(10) Méditations sur la condition de l'homme, ch. 4. P. L. t. 184, col. 494. « Ces « dévotes méditations sur la connaissance de la nature de l'homme » ne sont pas de saint Bernard.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Jeu 27 Jan - 14:35

CHAPITRE IV


La Patience


Il y a patience vraie et parfaite à supporter des dommages avec résignation, non seulement lorsqu'on est coupable, mais encore si l'on est innocent ; à l'exemple de Job qui disait : « Je n'ai point péché, et cependant mes yeux s'attachent à la peine et à l'amertume » (ch. 17, v. 2). Sans doute, un mauvais traitement est plus intolérable à un innocent qu'à un homme coupable ; néanmoins il est possible et il faut que cela soit plus doux à supporter, quand la conscience n'a le remords d'aucun péché, que si quelque faute précédente avait mérité ce châtiment.

Saint Pierre le déclare en disant : « Que personne parmi vous ne souffre comme meurtrier, voleur ou malfaiteur, ou comme avide du bien d'autrui. Mais si c'est comme chrétien, qu'il n'en ait pas honte ; qu'il glorifie plutôt Dieu pour ce nom même » (Ière lettre, ch. 4, v. 15). « En effet, il vaut mieux souffrir, si Dieu le veut, en faisant le bien qu'en faisant le mal » (ch. 3, v. 17). « Quel mérite y a-t-il, si, après avoir péché, vous supportez d'être frappés ? Mais si, tout en faisant le bien, vous supportez d'avoir à souffrir, voilà ce qui est agréable à Dieu » (ch. 2, v. 20).

Quelle patience digne d'éloge que celle qui supporte avec résignation, non seulement en punition d'œuvres mauvaises, mais encore comme prix de bienfaits, les préjudices causés soit par des hommes méchants, soit surtout par ceux qui paraissent bons et amis ? Alors l'âme est vraiment chère à Dieu entre beaucoup d'autres, et elle ressemble au lis parmi les épines. Le lis, blessé par les épines, conserve sa blancheur éclatante, évidemment ; mais il répand une odeur plus forte que s'il n'était pas déchiré (1). Ainsi, l'âme, épouse de Dieu, est-elle blessée par ceux qui semblent du nombre et de la société des enfants de Dieu ? Cela ne l'excite pas à l'impatience, elle s'efforce simplement de garder avec le plus grand soin la blancheur d'une conscience innocente et le parfum d'une bonne réputation.

2. Celui-là est véritablement patient qui ne se contente pas d'endurer vertueusement les peines et désagréments qu'on lui cause, mais qui souhaite qu'on lui en fasse d'autres encore ; semblable, en cela, au Christ qui disait : « Mon cœur a attendu l'opprobre et le malheur » (Ps. 68, v. 20). Le vrai patient ne murmure pas quand il est frappé ; ainsi Job, au milieu de ses épreuves et de ses tribulations, ne dit rien d'insensé contre Dieu (ch. 1, v. 22) ; mais, d'une âme joyeuse, il se réjouit de ses peines et de tout cœur il en rend grâces. Devant les torts qu'on lui fait, le vrai patient ne se justifie jamais, même si on le lui demande. II se confie, en toutes choses, à la grande fidélité de Dieu qui saura bien manifester, en son temps, l'innocence de tous ceux qui souffrent injustement. Notre-Seigneur, interrogé par Pilate, ne répondit pas non plus. Enfin, celui qui est patient ne se plaint à personne de l'injustice que l'on commet à son endroit. De se plaindre et se justifier, cela soulage l'âme parfois ; il ne prend pas garde à ce soulagement. Seul avec Dieu, il porte sa peine, jusqu'à ce que le Seigneur, compatissant et fidèle, remplace son chagrin par des consolations intérieures.

3. Pour nous exciter à la patience, reconnaissons, premièrement, que nos péchés nous ont valu la peine éternelle et excessivement dure de l'enfer ; à la place de cela, nous n'avons que le tourment d'une peine corporelle. De plus, Notre-Seigneur, par ses souffrances nombreuses, variées, et qui ont duré longtemps, a mérité qu'en retour, nous ne soyons affligés que pour un peu de temps. Enfin, Dieu, dans sa justice, à la mesure de l'étendue et de la rigueur de nos peines, répondra par toute l'étendue et la longue durée des joies délicieuses et suaves du ciel. L'apôtre saint Paul nous l'affirme : « Le fardeau momentané et léger de la tribulation produit, pour nous, en dehors de toute proportion, un poids éternel de gloire » (IIe aux Cor., ch. 4, v. 17).

4. Une preuve de la vraie patience, c'est de ne pas se venger, quand on le pourrait ; et même d'empêcher le châtiment par autrui. Exemple : David défendit de tuer Sémeï, qui lui jetait (de la terre et) des pierres et l'avait appelé « homme de sang » (IIe livre des Rois, ch. 16, v. 7). Au lieu de se venger, le vrai patient fait de pieuses supplications en faveur de ceux qui le maltraitent : ainsi le Seigneur Jésus pria avec succès pour ses bourreaux (Luc, ch. 23, v. 34), et saint Étienne, pour ceux qui le lapidèrent (Act., ch. 7, v. 60). Et même, il force le Seigneur d'avoir compassion pour les méchants. C'est ce que fit Moïse. Pardonnez leur péché (2), disait-il à Dieu ; ou bien, effacez-moi de votre livre, de ce livre que vous-même avez écrit » (Exode, ch. 32, v. 32). Dieu entend volontiers des prières de ce genre, et il les exauce ; aussi David, le Christ Jésus, Étienne, furent exaucés en faveur de leurs ennemis.

5. C'est une preuve d'impatience que d'omettre, par trouble intérieur à cause d'un désagrément, les œuvres bonnes qu'on pourrait très bien faire et qu'on devrait accomplir. Alors, c'est comme si on voulait faire payer à Dieu un mauvais traitement infligé par des hommes ! D'ailleurs, ces agitations intimes peuvent difficilement rester cachées, et elles finissent par éclater sur le visage, ou en gestes violents ou par des paroles de colère. Impatience fort périlleuse ! Sa vengeance se tourne contre Dieu même, qui n'en est pas cause.


(1) L'auteur qui fait de fréquents emprunts à la Glose n'y renvoie pas ici ; il semble bien cependant qu'il s'en inspire, et il y puise cette opinion que le lis répand plus d'odeur, lorsque les épines le piquent. Cela se trouve en toutes lettres au commentaire de ce texte du Cantique des Cantiques, cb. 2, v. 2 : « Comme un lis au milieu des épines, telle est ma bien-aimée parmi les jeunes filles. » Ce n'est plus la Glose ordinaire de Walafrid Strabon, mais la Glose interlinéaire d'Anselme de Laon (mort en 1117), ainsi appelée parce que le commentaire est écrit entre les lignes du texte sacré. Les deux Gloses sont éditées dans « La Sainte Bible avec la Glose ordinaire, enrichie de nouvelles explications des Pères grecs et latins, et des postilles (ou commentaires ajoutés, « post illa » verba), du franciscain Nicolas de Lyre ». 6 vol, in-fol. Douai, 1617. - Voir tome 3, col. 1831, 1832.

(2) Il s'agit du grand péché d'idolâtrie ; les enfants d'Israël, parce que Moïse ne revenait pas du Sinaï où il s'attardait à parler avec Dieu, se firent un veau d'or et ils l'adorèrent en disant : Voici ton dieu, Israël. Exode, ch. 32, v. 4.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Ven 28 Jan - 15:14

CHAPITRE V

La Pauvreté


1. La pauvreté vraie et parfaite abandonne tout à cause de Dieu, spontanément et volontiers. Elle n'a rien en dehors de ce qui est vraiment nécessaire ; et même le nécessaire, elle pense qu'elle ne mérite pas de l'avoir, et elle en manque parfois volontiers, pour Dieu et par amour de la pauvreté. Peut-on parler de pauvreté véritable, là où aucune nécessité ne se fait sentir ? Mais Notre-Seigneur Jésus-Christ a manqué de la nourriture nécessaire : il n'avait pas de pain ni pour lui ni pour ses disciples qui froissaient des épis. Il fut aussi privé des vêtements nécessaires : saint Bernard (1) affirme qu'on le dépouilla de tous ses vêtements avant de le crucifier. Et sur la croix, quand il eut soif, il n'eut pas une gorgée d'eau. En mourant, il n'eut pas une pierre (2) ni un morceau de bois pour reposer sa tête crucifiée. Hélas ! Que de superflu, souvent, là où l'on croit qu'il y a vraie nécessité !

2. Le vrai pauvre ne désire aucun des biens qui passent. Si on lui en offre, il refuse ; tel Élisée, qui ne voulut point recevoir les présents de Naaman (IVe livre des Rois, ch. 5, v. 16). Daniel méprisa, de même, les dons du roi Balthazar (Dan., ch. 5, v. 17). Celui-là aime vraiment la pauvreté qui accepterait de mériter, dans le royaume céleste, un peu de gloire seulement par la pauvreté plutôt que beaucoup par les richesses ; et cela, pour ressembler à Notre-Seigneur.

3. Voici, d'après saint Bernard, trois raisons d'aimer la vraie pauvreté : c'est que rien n'est plus cher à Dieu ni plus agréable aux anges ni plus avantageux à l'homme que d'achever sa vie dans la pauvreté par obéissance. Que la pauvreté plaise à Dieu, c'est encore saint Bernard qui en témoigne de la sorte : « Dieu a, dans sa droite, la longue durée de la vie, dans sa gauche, les richesses et la gloire (Prov., ch. 3, v. 16). Tout cela affluait abondamment et éternellement au ciel ; mais la pauvreté ne s'y trouvait pas, tandis que sur terre, beauté inconnue, elle abondait et surabondait ; et l'homme en ignorait le prix ! C'est pourquoi le Fils de Dieu, qui la convoitait, descendit du ciel, et c'est elle qu'il choisit, afin de nous la rendre précieuse à nous aussi par l'estime qu'il en fit lui-même (3). »

La gloire d'être assis avec Notre-Seigneur nous excite également à la pauvreté véritable : les pauvres, les inconnus, au jugement siégeront à côté du Fils de l'homme pour juger les nobles et les riches (Matt., ch. 19, v. 28). C'est vraiment louer Dieu que de tout quitter à cause de lui, de se faire pauvre, spontanément, par amour pour lui, et d'avoir en lui cette confiance qu'il est bien capable de nourrir, une ou deux fois par jour, ses serviteurs (cela a si peu d'importance à ses yeux que ce qui est nécessaire au corps, il l'accorde moins abondamment à ses amis qu'à ceux qui ne l'aiment pas), lui dont la puissance généreuse réserve, et le jour et la nuit et à chaque minute, à l'âme de ses serviteurs, l'abondance de ses dons spirituels : ce qu'à y a de meilleur, vraiment, puisqu'il n'en distribue rien aux méchants, mais seulement aux bons, à ceux qui sont ses amis.

4. On montre que l'on est vraiment pauvre lorsque, sans s'inquiéter aucunement de tout ce qui passe, on s'en remet à Dieu, avec une confiance simple et tranquille, à ce Dieu qui toujours abondamment nourrit les oiseaux et les vermisseaux. Admirez spécialement sa providence à l'égard des petits du corbeau tout noir qui les abandonne, affamés, dans leur nid, comme s'ils n'étaient pas ses petits, parce qu'ils sont blancs (4) jusqu'à ce qu'ils deviennent noirs et que le vieux corbeau consente à les secourir, Dieu les nourrit bénévolement avec la rosée du ciel, et avec des insectes et des mouches qui s'attachent à l'écume de leur bec, parce que, comme ils ont toujours faim, ils crient très fort et ils ont constamment le bec ouvert.

5. Celui-là prouve que, loin d'être pauvre, il est avare, lorsqu'il demande des présents sans nécessité, ou s'il en reçoit fréquemment et avec plaisir. Il ne sait pas qu'il vend sa liberté. C'est vendre sa liberté que de recevoir des présents, a dit un philosophe (5) : Et le Deutéronome nous défend d'en recevoir, parce que « les présents aveuglent les yeux des sages et corrompent les paroles des justes » (ch. 16, v. 19).

Comment aimerait-il la pauvreté, celui qui n'est pas capable de manquer de quelque chose et à qui il ne suffit pas d'accepter des cadeaux, mais qui en demande, qui les extorque habilement, et qui les garde sans aucune nécessité ?


(1) Les éditeurs du texte latin du Paradis de l'âme renvoient au ch. 5 du traité de saint Bernard sur la Passion du Seigneur. Cet opuscule, appelé aussi « Vigne Mystique », est publié dans les Œuvres Complètes de saint Bonaventure, qui paraît bien en être l'auteur (édit. de Quaracchi ; t. 8 ). On trouve à la page 169 le passage auquel il semble qu'il soit fait allusion ici ; mais saint Bonaventure dans un autre opuscule, « L'arbre de la vie », au mystère de la Passion, dit que Notre-Seigneur, après avoir été dépouillé de tous ses vêtements, portait cependant un suaire autour des reins (t. 8, p. 77).

(2) Serait-ce là l'origine d'une inexactitude dans la citation d'un texte de l'Évangile : « Les renards ont leur tanière, et les oiseaux du ciel leurs nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas (on ajoute à tort : une pierre) où reposer sa tête » (Matt., ch.8, v. 20) ? Notre-Seigneur, avec un peu de tristesse, semble-t-il, reconnaît qu'il n'a pas de maison, de foyer à lui ; il n'a pas cet intérieur de famille qui protège et réchauffe, et où il fait si bon se retrouver... Pourquoi l'auteur pense-t-il que Jésus crucifié n'avait pas une planche de bois pour y pencher sa tête ? La croix elle-même même pouvait servir d'appui. Peut-être, sur la croix, Notre-Seigneur n'a pas voulu avoir « où reposer sa tête ». Nu, la gorge altérée, mourant sur la croix sans appui extérieur, il est le pauvre des pauvres.

(3) Ier Sermon pour la veille de Noël, P. L. t. 183, col. 89.

(4) Saint Grégoire le Grand commente (au ch. 9 du 30e livre des Morales, P. L. t. 76, col. 542), ce verset de Job, ch. 38, v. 41 : « Qui prépare au corbeau sa pâture, quand ses petits crient vers Dieu et qu'ils errent çà et là, sans nourriture ? » et raconte que les petits corbeaux sont délaissés par leur père, tant qu'ils n ont pas de plumes noires et qu'ils errent çà et là dans leur nid, en quête de nourriture. Saint Isidore, au 12e livre de ses Étymologies, P. L. t. 82, col. 465, le répète. Guillaume de Paris dit également, dans son ouvrage sur la Trinité, ch. 25 (Rouen, 1674, t. 2, p. 30), que le corbeau repousse ses petits s'il ne leur voit pas un plumage noir. Quoi qu'il en soit de cette légende, nous avons mieux pour croire à la Providence. « Regardez les oiseaux du ciel, disait Notre-Seigneur, ils ne sèment ni ne moissonnent..., et votre Père céleste les nourrit... Dieu ne fera-t-il pas bien plus pour vous ? » (Matt., ch. 6, v. 26...30.)

(5) Publius Mimus (que le P. Robert, dans « Aurifodina, t. 1, p. XII, appelle Mimus Publianus) - il vivait au 5e siècle avant Notre-Seigneur.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Sam 29 Jan - 13:32

CHAPITRE VI

La Chasteté


1. Il ne suffit pas, pour que la chasteté soit vraiment parfaite, que l'on préserve son corps de toute souillure ; il faut aussi garder son âme de tout désir mauvais. Sara (qui devait être l'épouse de Tobie) disait : « Vous le savez, mon Dieu, je n'ai pas eu de mauvais désir, et j'ai gardé mon âme pure de toute convoitise » (Tobie, ch. 3, v. 16). De plus, la chasteté parfaite évite tout ce qui pourrait donner lieu à la concupiscence. « Jamais je n'ai fréquenté les jeux folâtres ni les compagnies légères » (ch. 3, v. 17).

2. Il aime vraiment la chasteté, celui qui choisirait moins de grâce actuellement et moins de gloire future (si c'était possible), mais par la chasteté virginale – et cela, pour ressembler à Jésus-Christ – plutôt qu'une grâce et une gloire plus grandes dans l'état de mariage.

3. L'exemple de Notre-Seigneur Jésus-Christ nous excite à aimer la chasteté, celui de sa mère aussi, et des vierges saintes, qui, pour garder leur pureté, méprisèrent les royaumes de ce monde, et moururent volontiers : ainsi sainte Agnès, sainte Catherine, sainte Agathe et beaucoup d'autres qui leur ressemblent. Mais ce qui doit nous y pousser davantage (1), c'est la chasteté des femmes ou des jeunes filles païennes, dont saint Jérôme rapporte qu'elles ont préféré la mort au déshonneur.

La pureté et la liberté, compagnes de la chasteté, doivent également nous conduire et nous inviter à cette vertu ; de même, la gloire que Notre-Seigneur Jésus-Christ lui a promise : « Celui qui vaincra (les convoitises de la chair), je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme moi aussi j'ai vaincu et me suis assis sur son trône avec mon Père » (Apoc., ch. 3, v. 21), parce que « c'est la pureté qui nous donne une place tout près de Dieu » (Sag., ch. 6, v. 19).

« Voulez-vous conserver la chasteté ? Ayez une table frugale, une mise modeste, mortifiez votre corps et fuyez les lieux et les temps favorables à l'impureté » (2). Si Dina, la fille de Jacob, avait été sur ses gardes, elle n'eût pas été surprise, lorsqu'elle se rendit à. une fête pour voir les femmes de la région de Chanaan (Genèse, ch. 34, v. 1). Évitez aussi toutes les personnes suspectes ; or, aux femmes, tout homme doit être suspect. Hélas ! Thamar, fille de David, eut le grand tort de ne pas se défier d'Ammon et lui donna imprudemment ses soins pendant la maladie qu'il simulait pour être seul avec elle (IIe livre des Rois, ch. 13, v. 1). Et les hommes doivent se défier de toute femme, si sainte qu'elle paraisse. C'est le conseil de saint Jérôme : « Si vous voulez conserver la chasteté, même les personnes de vie irréprochable que vous rencontrerez, ne les aimez qu'en esprit, sans rechercher leur présence. »

Mais le principal moyen de conserver la chasteté, c'est de faire ses délices du Seigneur. Alors tout le reste devient vil et abject. Une fois qu'on a goûté aux joies spirituelles, on n'a plus de goût pour les autres plaisirs. « Et celui que retient captif un amour terrestre, ne peut se réjouir en Dieu. Il nous est impossible, en vérité, de rester sans plaisir, et nous en prenons ou d'inférieurs à nous-mêmes ou au-dessus de nous. Si nous nous exerçons, avec une application plus grande, aux joies supérieures, nous devenons insensibles aux autres pour lesquelles nous n'avons que du dégoût, et ce dégoût augmente sans cesse. Mais, plus nous recherchons, avec ardeur et violence, les plaisirs d'en bas, plus aussi, pour notre malheur, nous sommes de glace pour les joies souveraines et divines. Aimer celles-ci et ceux-là en même temps et également, c'est impossible (3). »

4. Une preuve de la vraie chasteté, c'est de réprimer ses sens, de les soustraire aux séductions de la chair, c'est en outre de refuser à son cœur toutes les vanités, les pensées et les délectations mauvaises. Car les plaisirs de la vue, du goût, de l'odorat, du toucher, ainsi que les paroles joyeuses et les rires, tout cela engendre habituellement les désirs charnels ; et ceux-ci enlèvent à l'âme toute sa force et l'inclinent à l'impureté.

5. Une preuve de l'impureté, et ce qui y conduit aussi, c'est l'intempérance dans le boire et dans le manger. Parce qu'ils étaient ivres, Noé, contre toute décence, rejeta ses vêtements, et Loth commit son déplorable inceste (Genèse, ch. 9, v. 21 ; ch. 19, v. 31). Comprenez donc la défense de saint Paul : « Ne vous enivrez pas de vin, c'est la source et l'occasion de la luxure » (Eph., ch. 5, v. 18).

Les regards impudiques dénoncent aussi l'impureté du cœur (4), de même que les paroles mauvaises, les démarches lascives, les conversations avec les femmes. « À cause de la beauté de la femme, beaucoup ont succombé ; la passion s'allume comme un feu » (Ecclésiastique, ch. 9, v. 8 ). Regarder attentivement la démarche ou les formes d'une personne est encore une excitation au péché. « N'arrêtez pas votre regard sur une jeune fille ; sa beauté pourrait vous être un scandale » (ch. 9, v. 5). De même, la femme doit se défier de l'homme, ne pas le regarder ni penser à lui ; l'homme se défiera semblablement de la femme. Job suivait ces conseils salutaires, lui qui disait : « J'avais fait un pacte avec mes yeux et je n'aurais pas arrêté mes regards sur une vierge » (ch. 31, v. 1) ; ce qui est bien plus que d'éviter seulement la compagnie des femmes.


(1) L'auteur dit plus : c'est surtout la chasteté des femmes païennes qui doit être pour nous un motif de pratiquer cette vertu. Si elles ont choisi la mort pour conserver intacte leur chasteté, nous autres, chrétiens, nous y sommes plus obligés encore. (Lettre 123, P. L. t. 22, col. 1051)

(2) Traduction du P. Truillet, p. 82.

(3) S. Grégoire, livre 18e des Morales, ch. 9, P. L. t. 76, col. 46.

(4) S. Augustin, P. L. t. 33, col. 961.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Lun 31 Jan - 13:47

CHAPITRE VII

L’Abstinence


1. L'abstinence véritable et parfaite se contente de la nourriture et du vêtement vraiment nécessaires ; elle supprime totalement ce qui plait, ce qui est superflu, ce qui se prépare avec trop de soin et exige de grandes dépenses. Vous avez l'exemple de saint Jean-Baptiste : il ne mangeait que des sauterelles et des feuilles d'arbre (1) à goût de miel, il buvait de l'eau, il portait un vêtement de poils de chameau. Et l'apôtre saint Paul ne dit-il pas : « Si nous avons de quoi nous nourrir et nous couvrir, nous sommes content » (Ière lettre à Timothée, ch. 6, v. 8 ). C'est qu'en effet, « un serviteur de Dieu ne doit avoir de vêtements que pour se couvrir, et non pour s'embellir ou pour charmer » (2).

2. Il garde avec amour la véritable abstinence, celui qui, non content de ne pas désirer les plaisirs qu'il n'a pas et qui lui sont défendus, se prive, spontanément et uniquement à cause de Dieu, des jouissances qui sont à sa portée, ou qu'il peut rechercher licitement et dont l'usage serait méritoire ; peu importe que ce dont il s'abstient soit précieux ou ordinaire, et plus ou moins délectable. Ainsi celui qui aimerait plus l'eau que le vin, ou qui préférerait aux perdrix une bouillie quelconque de légumes, celui-là serait plus agréable à Dieu en se privant de ce qu'il aime mieux qu'en s'abstenant de vin ou de ces viandes recherchées. « Ce qui est délicieux, dit saint Augustin (3), à le prendre simplement et sans grand désir, cela ne nuit pas ; tandis qu'une nourriture très ordinaire, mais que l'on prend avec avidité et bonne chère, est un obstacle au progrès de l'abstinence. » David n'osa pas boire de l'eau, parce qu'il l'avait désirée trop vivement ; et il la répandit en libation au Seigneur (IIe livre des Rois, ch. 23, v. 15, 16). Au contraire, Élie ne refusa pas de manger de la viande qu'il n'avait point désirée et que Dieu lui envoyait par des corbeaux (IIIe livre des Rois, ch. 17, v. 6) ; tandis qu'Ésaü, pour un plat de lentilles et non pour une viande délicate (4), perdit, irréparablement, la bénédiction de l'aîné (Genèse, ch. 25, v. 33).

C'est peu d'écarter loin de soi ce qui fait plaisir au corps ; il faut bien plus se priver de ce qui réjouit l'âme, à savoir : toutes les vanités, les conversations inutiles, les plaisirs de ce monde, les jouissances du péché mortel, les amitiés sensibles. Cette abstinence vaut mieux que l'autre et elle mérité plus de louange.

3. Pour nous exciter à l'abstinence, pensons, premièrement, que jamais nous n'avons reçu les bienfaits de Dieu avec la reconnaissance qu'ils exigent ; nous n'en usons jamais conformément à leur fin et aux dispositions de la Providence ; de là vient que Dieu est irrité contre nous. Rappelons-nous, en second lieu, que nous devons rendre rigoureusement compte de tous les bienfaits de Dieu : et dire à quelle fin nous les aurons employés, pour notre utilité personnelle ou pour le bien commun ; or, de ce dont on s'abstient, il n'y a pas de compte à rendre.

L'abstinence a deux conséquences fort utiles. Grâce à elle, on connait quelque chose des secrets de Dieu, et les prières sont exaucées. C'est frappant dans la personne de Daniel : il refusait les mets et le vin de la table du roi, et il ne prenait que de l'eau et des légumes ; mais il surpassait dans l'intelligence des visions et des songes tous les devins et tous les magiciens (Daniel, ch. 1, v. 8 ; v. 20). À sa prière, les sept années (ch. 4, v. 13), pendant lesquelles Nabuchodonosor aurait dû vivre comme une bête furent changées en sept mois. C'est encore lui qui obtint de Dieu, pour les rois de Babylone, la pensée de laisser partir à Jérusalem les Israélites, et pour son peuple, qui tardait à revenir, la volonté du retour. Si ses nombreux désirs ont été exaucés, et s'il lui fut révélé beaucoup de mystères, il assure lui-même que c'est à cause de son abstinence. « En ces jours-là, moi, Daniel, je fus dans le deuil et les larmes durant trois semaines, sans prendre de pain, ni viande ni vin, et mon corps ne connut pas d'onctions » (ch. 10, v. 3) Et voici la réponse de l'ange : « Dès que vous avez pris à cœur de comprendre et de vous humilier devant Dieu, vos paroles, ô Daniel, ont été exaucées » (v. 12).

L'abstinence a, de plus, le grand avantage d'obtenir que Dieu nous fasse miséricorde. Ainsi, les habitants de Ninive, à la prédication de Jonas, obtinrent la miséricorde de Dieu par l'abstinence (Jonas, ch. 3, v. 5).

Admirons, puisque nous ne pouvons pas l'imiter, la vertu de ces prêtres d'Égypte (5), dont parle saint Jérôme au second livre contre Jovinien (6), qui s'abstinrent toujours de viande et de vin, pour garder la finesse de leur sensibilité, et à cause des vertiges qu'un peu de nourriture leur causait ; mais surtout parce que ce genre d'aliments excite ordinairement la concupiscence. Du pain, ils en mangeaient rarement, de peur de se charger l'estomac, et si parfois ils en mangeaient, ils prenaient aussi de l'hysope pilée (7), afin de faciliter, par sa chaleur stimulante, la digestion de leur nourriture plutôt indigeste. L'huile, ils ne la connaissaient que dans les légumes, et encore fort peu, de quoi n'avoir pas la nausée et pour enlever à leur goût toute âpreté : Pourquoi parler des oiseaux ? alors qu'ils privaient d'œufs et de lait à l'égal de la viande : les œufs, c'est de la chair liquide, disaient-ils ; le lait, c'est du sang dont la couleur seule est changée.

4. Une preuve que vous avez la véritable abstinence, c'est que vous ne voulez pas vous servir de mets ou d'autres choses précieuses et délicates quand vous êtes en bonne santé, et lorsque vous souffrez, dans votre âme, d'avoir à en user, chaque fois que la maladie ou une autre nécessité vous y obligent. À plus forte raison, lorsque, non content de vous abstenir du superflu, vous vous retranchez quelquefois même le nécessaire pour en faire part aux malheureux. – Saint Jérôme disait : Donnez donc aux pauvres ce que vous mangeriez si vous ne jeûniez pas ; de la sorte, le jeûne corporel, au lieu de remplir votre bourse, guérit votre âme (8 ).

5. Celui-là prouve, au contraire, qu'il n'a pas la véritable abstinence, qui se passe, mais forcément, de tout ce qu'il y a de précieux et de délicat, au seul temps où cela lui manque ; ou qui s'en prive par vaine gloire : on le louera de son abstinence ; ou par économie : il a peur de s'appauvrir ; ou par avarice, afin de devenir plus riche ; ou pour éviter maladies, ou un déshonneur, ou des médisances, ; ou encore pour obtenir quelque dignité ou un avantage d'un moment, et non pour mériter la grâce actuellement, et, plus tard, la gloire.


(1) Saint Matthieu et saint Marc disent simplement que Jean-Baptiste se nourrissait de miel sauvage. L'interprétation qu'en donne l'auteur s'inspire de Raban Maur st de Nicolas de Lyre (Bible de Douai, t. 5, col. 71).

(2) Walafrid Strabon, glose sur S. Matt., ch. 3, v 4. P. L. t. 114, col. 79 (à propos du vêtement de S. Jean-Baptiste).

(3) Ce texte n'est pas de saint Augustin. On le trouve au chapitre 22 du second livre sur « la Vie Contemplative », ouvrage attribué pendant longtemps à saint Prosper d'Aquitaine, et qui a pour auteur Pomérius (fin du 5e siècle). Les deux exemples de David et d'Elie sont encore de lui, mais le texte du Paradis de l'âme diffère notablement de celui de Pomérius dans Migne, P. L. t. 59, col. 467-468.

(4) Textuellement : non pas pour une poule, mais pour des lentilles.

(5) Ces prêtres sont païens. Leur abstinence est extraordinaire. L'auteur nous laisse le soin de conclure ce paragraphe par une réflexion semblable à celle qui termine, au chapitre suivant, ce qu'il nous raconte de la prudence des philosophes : combien plus, nous qui connaissons le vrai Dieu, nous faut-il pratiquer la véritable vertu d'abstinence ! J'ai eu recours, pour traduire ce passage, au texte de saint Jérôme édité dans la Patrologie de Migne. La différence est sensible à la fin de la citation. « Que dire de la volaille ? traduit le P. Berthier (il a réédité, en 1893, Paris, librairie de l'Œuvre de Saint-Paul, la traduction du P. Truillet, en rétablissant certains passages supprimés, et il suit ici le texte reproduit par l'auteur), puisqu'ils refusaient un œuf par aversion du lait et de la chair. » D'après Migne, on peut traduire : ils refusaient les œufs et le lait autant que la chair.

(6) P. L. t. 23, col. 302-303.

(7) L'hysope est une herbe aromatique qui jouit de propriétés stimulantes.

(8 ) Ce passage de saint Jérôme est transcrit d'une manière un peu différente, dans la Patrologie Latine de Migne : « Que votre jeûne rassasie votre âme au lieu de vous enrichir » ; il y a « saturitas », rassasiement, et non « sanitas », santé, guérison. Laquelle des deux leçons est la vraie ? (Commentaire sur le ch. 68 d'Isaïe, P. L. t. 24, col. 566.)

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Mar 1 Fév - 20:52

CHAPITRE VIII

La Prudence


1. La prudence parfaite et véritable s'applique constamment à la connaissance de la nature divine, et de la grande misère de l'homme. Saint Augustin soupirait après elle quand il s'écriait : « Ô Dieu toujours le même, puissé-je vous connaître et me connaître moi aussi ! » (1)

2. Celui qui possède la vraie prudence travaille à reconnaître avec soin ce qu'il y a de meilleur, et il s'y attache de toutes ses forces ; ce qu'il y a de plus mauvais aussi, et c'est de tout cœur qu'il le déteste. Fréquemment il examine et compare le sort futur des bons et des méchants : quelle jouissance ce sera pour les uns que d'être unis à jamais au Souverain Bien, quelle peine amère pour les autres que d'en être séparés éternellement ! De tous ses efforts, il évite tout ce qui éloigne, même pour un temps, de la familiarité avec Dieu, autrement dit : le péché véniel ; et ce qui exclut, pour toujours, de la jouissance de Dieu : le péché mortel. Faire usage de la vraie prudence, c'est encore aimer tout ce qui rapproche de Dieu : je veux dire les bonnes œuvres, et ce qui unit perpétuellement à Dieu ; les vertus et les dons du Saint-Esprit.

3. Même l'exemple des Philosophes peut nous conduire à la véritable prudence. Par amour de la science, ces Sages se mettaient tellement en peine, raconte saint Jérôme (2), « qu'ils fuyaient toute société, les hommes, les villes et les maisons de campagne où il y a trop de charmes pour la vue et l'ouïe : un jardin arrosé d'eaux courantes, le feuillage – qui tombe comme une chevelure – des arbres, le chant des oiseaux, le miroir d'une source et ses eaux qui murmurent. Peut-être la splendeur et la profusion de ces richesses auraient-elles énervé leur force d'âme, et souillé la pureté et l'intelligence de leur esprit ! À quoi bon, vraiment, regarder souvent ce qui nous a parfois captivés, et pourquoi tenter l'expérience de ce dont nous ne nous passerions que difficilement ? Les disciples de Pythagore, eux aussi, restaient, habituellement, en des endroits solitaires. Et nous savons que certains se sont crevé les yeux, afin qu'aucun objet visible ne les détournât plus de la contemplation philosophique... Il se trompe, celui qui s'imagine pouvoir s'adonner aux plaisirs de la table, et se livrer à l'étude de la sagesse ; ce serait vivre dans les délices sans être l'esclave de leur corruption !... Nous pensons, en effet, à ce que nous voyons et entendons, à ce que nous sentons, à ce que nous goûtons ou atteignons par le toucher ; et ce qui attire notre volonté, c'est le plaisir qui la captive (3)... Et nous, ne devons-nous pas faire davantage, pour nous appliquer à la divine sagesse !

L'imprudence a perdu bien des hommes, et c'est un motif de plus qui nous conduit à la prudence. Isaïe ne dit-il pas : « Mon peuple est allé en exil, parce qu'il n'avait pas la science » (ch. 5, v. 13), et Baruch (ch. 3, v. 28) : « Parce qu'ils n'avaient pas la sagesse, ils ont péri, à cause de leur folie. »

4. Voici ce que fait la prudence : elle dispose les pensées du cœur et les empêche de se répandre en dehors de Dieu, elle règle les affections de l'âme pour qu'elles ne s'arrêtent pas aux créatures, et ses vouloirs afin qu'ils ne s'écartent pas de Dieu. Les intentions, elle les dégage de tout mélange et les purifie, et elle dirige au mieux les soupçons et les jugements. Elle doit aussi régler et ordonner les paroles, actions et démarches pour que tout se fasse conformément à une fin raisonnable, en vue du perfectionnement de tous et pour l'utilité commune. C'est qu'en effet, au témoignage de Salomon (Ecclésiaste, ch. 8, v. 1), la sagesse de l'homme, resplendit sur son visage, c'est-à-dire à l'extérieur, par sa manière de vivre. Celui dont la conduite est ainsi réglée a la preuve de la vraie sagesse. « Chaque jour, disait saint Bernard (4), examinez et contrôlez votre vie. Remarquez, avec beaucoup d'attention, vos progrès et vos défaillances ; quel est votre conduite ? Quels sont vos sentiments ? Ressemblez-vous à Dieu, oui ou non ? Appliquez-vous, avec le plus grand soin, à vous connaître vous-même : vous valez beaucoup mieux à vous connaître qu'à vous ignorer, tout en connaissant le cours des astres et les propriétés des plantes. »

5. S'appliquer à connaître, – simplement pour gagner de l'argent – le cours des astres, les propriétés des herbes médicinales et la valeur des pierres précieuses, – (une telle science enfle, sans édifier, Ière aux Cor., ch. 8, v. 1) cela révèle une prudence fausse ; de même, être rusé dans les affaires de ce monde ; et alors, cette prudence est plus que fausse, elle est insensée : « la sagesse de ce monde est folie devant Dieu » (ch. 3, v. 19). Hélas, ils sont en grand nombre, ces insensés. Notre-Seigneur se plaignait avec raison de ce que « les enfants de ce siècle sont plus habiles entre eux que les enfants de la lumière » (Luc, ch. 16, v. 8 ). Vous en avez d'autres qui sont ingénieux quand il s'agit de penser au mal ou de trouver des nouveautés, mais qui sont aveugles pour considérer la volonté de Dieu, « habiles à faire le mal, ils ne savent pas faire le bien » (Jérémie, ch. 4, v. 22), « ils disent et croient qu'ils sont sages, et ils sont devenus insensés » (Rom., ch. 1, v. 22) (5).


(1) Livre second des Soliloques, ch. 1, P. L. t. 32, col. 886.

(2) Contre Jovinien, livre 2e, P. L. t. 23, col. 298.

(3) L'auteur donne, en raccourci, le passage de saint Jérôme, et son texte diffère encore de celui de l'édition de Migne. Et il conclut plus brusquement que je n'ai fait dans la traduction : « Combien plus nous qui devons vaquer à la Divine Sagesse ! » (sommes-nous obligés de nous arracher à ce dont les philosophes se sont volontairement séparés.)

La sagesse, c'est la connaissance la plus élevée ; pour les philosophes, c'était connaître toutes choses par leurs causes ; pour nous, c'est la connaissance du vrai Dieu et de celui qu'il a envoyé : Jésus-Christ.

(4) Méditations sur la nature de l'homme, ch. 5, P. L. t. 184, col. 494. Ouvrage inauthentique.

(5) La prudence, d'après l'auteur, a une portée générale et un sens très étendu. On ne voit plus bien comment elle se distingue encore de la sagesse et de la science. Elle apparaît à peine comme cette vertu qui sauvegarde, dans toutes les actions humaines, le juste milieu raisonnable, et qui dispose sagement, au bénéfice des autres vertus morales, des moyens d'atteindre, chacune, leur fin spéciale et leur bien propre ; c'est elle la règle de toute l'activité vertueuse. L'auteur en parlera, d'une manière plus explicite, au chapitre 34 où il traite de la discrétion. Il attribue à la discrétion le rôle et la fonction de la prudence. En réalité, la discrétion n'est que le jugement prudentiel ; la prudence, elle, va jusqu'à l'action.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Mer 2 Fév - 15:06

CHAPITRE IX

La Force


1. La force véritable et parfaite consiste à être maître de son âme quand on est tenté par l'orgueil ou l'envie, la colère, la luxure ou l'avarice, la vaine gloire et la complaisance en soi-même, ou par les plaisirs inférieurs : l'âme raisonnable ne consent jamais à toutes ces tentations qu'elle réprime aussitôt. Voilà pourquoi il est dit au livre des Proverbes (ch. 16, v. 32) : « Celui qui supporte patiemment vaut mieux qu'un héros, et celui qui se domine soi-même est supérieur au guerrier qui prend des villes ». Cette force-là, Samson, très courageux cependant, ne l'a pas eue ; sans doute, il mit en pièces un lion (Juges, ch. 14, v. 6), et avec une mâchoire d'âne il terrassa un millier de Philistins (ch. 15, v. 15, 16), mais ensuite, parce qu'il aimait une femme, Dalila, toute force lui fut retirée (ch. 16, v. 4, 17, 20).

2. Il a la vraie force, celui qui préserve ses membres et ses sens de tout ce qui est défendu. David ne fut point vraiment fort, lui qui, après avoir tué le lion comme l'ours, et aussi Goliath (Ier Livre des Rois, ch. 17, v. 36, v. 50), n'eut pas la force de retenir ses yeux et de réprimer des regards coupables (IIe Livre des Rois, ch. 11, v. 2). Quoi donc ! Certains ont de la force, et ils en ont beaucoup, quand il s'agit de jeûner, de veiller, de châtier leur corps par des cilices et des disciplines ; et ils sont impuissants à arrêter leurs pas sur le chemin du vice, à préserver leurs mains d'œuvres mauvaises ; ils ne peuvent se retenir d'entendre des paroles nuisibles, et beaucoup moins encore d'en proférer eux-mêmes ! Saint Jacques avait raison de dire : « Toute espèce d'animaux, d'oiseaux, de reptiles, etc., peut se dompter, et a été domptée, en fait, par l'homme ; mais la langue, personne ne peut la dompter : c'est un fléau qu'on n'arrête pas ; elle est remplie d'un venin mortel » (ch. 3, v. 7-8 ). Et cependant, si on ne maîtrise pas sa langue, il n'y a pas de religion véritable. « Quelqu'un s'imagine-t-il être religieux sans mettre un frein à sa langue ? Il se trompe lui-même, et sa religion est vaine » (ch. 1, v. 26).

3. Le fait de savourer les douceurs spirituelles conduit à la vraie force ; car l'âme en est fortifiée en vue du bien à faire, pour supporter aussi les adversités, et pour être victorieuse du vice et de tout ce qui lui est nuisible. Jonathas a figuré à l'avance ce goût des délices de l'esprit ; après avoir mangé un peu de miel, ses yeux furent illuminés et il eut la force de poursuivre ses ennemis (Ier Livre des Rois, ch. 14, v. 28). Et Moïse fut tellement réconforté par la suavité que son âme éprouvait de la vision de Dieu et de son entretien avec lui, que, durant quarante jours, il n'eut pas besoin de nourriture. (Exode, ch. 24, v. 18 ).

4. La fonction de la force, c'est d'affermir l'intelligence dans la connaissance de Dieu, et la volonté dans l'amour de Dieu et du prochain, de fortifier l'âme au milieu des adversités pour qu'elle ne s’en effraie pas, et en plein succès, afin qu'elle ne s'y laisse pas amollir ; de même, la force excite l'âme à l'exercice continuel du bien, et elle la soutient au point que le mal ne la domine jamais. Cette dernière force, Tobie l'avait en partage ; l'autre était celle de Mathathias et d'Éléazar, de Job et de Daniel. Saint Paul et saint Etienne eurent la première. Celui qui reconnaît en soi-même quelque chose de cela, peut être sans inquiétude : il a la preuve qu'il possède la vraie force.

5. Et une preuve, au contraire, d'une force qui n'est pas la vraie, mais qui est très mauvaise, c'est de commettre contre Dieu quantité de gros péchés. Saint Anselme dit à ce propos : « Pécher, ce n'est pas être libre, ce n'est pas non plus une partie de la liberté », pécher, c'est bien plus une impuissance qu'un pouvoir, car le malheur et le mal ont sur une personne d'autant plus d'empire qu'elle est capable de faire ce qui n'est pas de son intérêt (1).

« Malheur à vous qui pouvez boire beaucoup devin, disait le prophète Isaïe, et qui n'êtes forts que pour vous enivrer » (ch. 5, v. 11). Les persécuteurs de l'Église, rois et princes, ont eu jadis cette puissance ; elle est aujourd'hui encore, et elle sera toujours celle de l'Antéchrist et de ses associés.


(1) Dialogue sur le libre arbitre, ch. 1er. P. L. t. 158, col. 490 (la première phrase seule est textuelle).

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Jeu 3 Fév - 10:34

CHAPITRE X

La Justice


1. La justice véritable et parfaite à l'égard de Dieu consiste à rendre les louanges qui sont dues, en toutes choses, à la nature divine ; elle nous fait rendre à Dieu les actions de grâces que nous lui devons pour tout ce qu'il nous a donné, pour tous ses bienfaits, et pour tous les maux supportés avec courage ; elle nous fait rendre à Dieu la satisfaction qui lui est due pour tous les péchés d'omission ou de commission ; elle nous fait concevoir la douleur ardente que nous devons à Dieu pour toutes les grâces que nous avons négligées.

2. Il exerce la vraie justice à l'égard de Dieu, celui qui lui est fidèle, partout et toujours, dans l'accomplissement de ses vœux et de tous les commandements, et qui apporte à toutes ses œuvres et à chaque minute une application aussi grande que si son salut dépendait de chacune d'elles ; celui-là aussi qui fait toutes ses bonnes actions uniquement pour le bon Dieu, et non pour une faveur ou un avantage en ce monde ou en l'autre, et qui reçoit avec la reconnaissance convenable tous les bienfaits dont il use : toujours et partout selon la volonté de Dieu.

La vraie justice à l'égard du prochain consiste en deux choses. Premièrement, ne jamais faire aux autres ce qu'avec raison on ne veut pas pour soi, c'est-à-dire : ne jamais blesser le prochain ou l'offenser par parole ou action, par commandement ou par conseil, dans ses biens, dans son corps, dans son honneur ; ne jamais penser du mal de lui, et n'en point dire, ne pas dénaturer ce qu'il y a de bien en lui ni l'amoindrir, et ne jamais l'entraver lui-même dans ce qui regarde son bien. Quel est l'homme, en effet, qui voudrait, en justice, qu'on lui fasse subir tout cela ? Personne !

En second lieu, la justice à l'égard du prochain commande de lui faire ce que nous voudrions qu'on nous fasse à nous-mêmes, c'est-à-dire : il nous faut l'honorer, avoir une bonne opinion de lui, interpréter en bonne part toutes ses actions, même les mauvaises (1), se réjouir avec lui de son bien et s'affliger aussi avec lui dans l'adversité ; enfin, justifier son innocence et le défendre toujours lorsqu'il est absent : toutes choses qu'en justice, chacun désire qu'on fasse pour soi-même. Je dis : en justice, car un juge, par exemple, ne voudra pas être pendu à la place d'un voleur ; il doit cependant châtier ce voleur. Qu'il ne veuille pas être puni à sa place, c'est conforme à la justice. Par contre, un brigand voudrait bien qu'on le vole afin qu'il lui soit à lui-même permis de voler ; – ce qui lui est défendu – un tel vouloir, en effet, est contraire à la justice.

Il y a, de même, une justice à l'égard des morts, justice qui s'observe par l'exécution rapide de leurs testaments, selon ce qu'ils ont eux-mêmes ordonné ; et par des jeûnes, des prières et des aumônes, – ils comptaient bien là-dessus pour alléger, autant que possible, leurs peines et les abréger. Le jeûne, la prière, l'aumône, saint Bernard nous l'affirme, abrègent les châtiments de ceux qui sont au purgatoire (2).

Enfin, celui-là observe la justice à l'égard des Anges, qui acquiesce à leurs inspirations salutaires et, par conséquent, ne les prive pas de la gloire qui leur revient pour les bons services qu'ils nous rendent.

3. Ce que dit David, à savoir : « Le Seigneur est juste, il aime la justice » (Ps. 10, v. 7), cela conduit à la justice véritable. Ce qui y conduit également, c'est qu'aux justes on promet dès à présent la joie et l'espérance : « le juste se réjouira dans le Seigneur et il espérera en lui » (Ps. 63, v. 11) ; on les invite à la louange et à l'allégresse : « justes, tressaillez de joie dans le Seigneur, c'est aux hommes droits que convient la louange » (Ps. 32, v. 1) ; on leur prédit pleine sécurité au jugement : « alors, les justes se tiendront debout en grande assurance » (Sagesse, ch. 5, v. 1) ; à eux aussi est faite la promesse de la vie éternelle : « les justes vivront éternellement » (v. 15) ; enfin, tous les biens que Dieu promet dans la sainte Écriture s'acquièrent surtout par la justice.

4. Voici ce que doit faire la justice véritable : rectifier nos pensées et nos affections, pour qu'elles soient toujours en Dieu ; notre volonté, afin qu'elle se conforme à la volonté divine ; nos intentions, de manière à ce qu'elles soient toujours en Dieu et que nous rapportions tout à sa louange. À elle aussi de diriger actions et paroles pour que nous leur assignions toujours une fin bien déterminée et vertueuse. Et en cela vous avez les marques de la vraie justice.

5. La preuve de l'injustice, c'est que l'on s'arroge ce qui revient en propre à Dieu : l'amour, la louange, l'honneur, la vengeance ; ou ce qui est dû au prochain et ce qui lui appartient.

Ô mon Dieu, « dirigez mes pas selon votre parole, et ne laissez dominer sur moi aucune injustice » (Ps. 118, v. 133).


(1) Est-ce encore de la justice ?... Cela semble très bien entrer dans le domaine plus vaste de la charité.

(2) Les deux seules éditions du texte latin dont je dispose (celle de Lyon 1651, et celle de Paris, Vivès, 1898) donnent comme référence le 66e Sermon sur les Cantiques. Au passage indiqué P. L. t. 183, col. 1099, saint Bernard dit seulement : « Les morts qui en auraient besoin et qui l'auraient mérité, recevront, par le ministère des Anges, les prières et les sacrifices des vivants. »

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Ven 4 Fév - 14:28

CHAPITRE XI

La Tempérance


1. La tempérance véritable et parfaite est une juste modération des mouvements extérieurs et des actions du même genre.

2. Celui qui a la vraie tempérance ne maîtrise pas seulement son cœur en mettant un frein aux pensées inutiles ou mauvaises, mais même dans les bonnes pensées il garde une mesure, en ce sens qu'elles sont présentes à son esprit, juste le temps qu'il faut, ni trop souvent, ni plus longtemps. Ainsi, les pensées qui se rapportent à nos devoirs d'état sont utiles certainement ; mais nous ne devons pas nous en occuper pendant l'office divin. « À cette heure-là, dit saint Bernard, l'Esprit-Saint n'agrée aucune offrande en dehors de notre devoir du moment, ou en opposition avec lui, et sous son inspiration nous pouvons toujours faire ce qu'il veut, à sa volonté » (1).

Le vrai tempérant modère de même ses affections et ses passions ; y a-t-il, oui ou non, quelque chose à espérer ou à craindre ? et dans quelle mesure ? et pendant combien de temps ?... y a-t-il lieu aussi de s'affliger ou de se réjouir, peu ou pas du tout ?... et de quoi faut-il avoir l'amour, ou la haine, ou la honte, pour combien de temps et jusqu'à quel point ?

Il gouverne aussi son intelligence : qu'elle ne se préoccupe pas, plus de temps qu'il ne faut, de comprendre telle ou telle chose. Il maîtrise sa volonté à laquelle il donne d'avoir telle qualité et telle force ; de même, ses intentions qu'il dirige à telle fin déterminée. Et son libre arbitre, il le tempère et lui donne la mesure du bien à choisir et toute la réprobation qu'il doit avoir pour le mal.

Enfin, il impose à sa langue une règle et une modération convenables : quand doit-elle se taire ? Ou quand faut-il parler ? Pendant combien de temps et à quel moment opportun ? À qui aussi ? C’est-à-dire : à des gens honnêtes, non suspects ; en temps et lieu convenables ; pourquoi parler et comment ? Par utilité ou nécessité, et à propos, en pesant, en comptant et en mesurant ses paroles ; pour quelles affaires, enfin : est-ce au sujet du corps ou de l'âme ? La tempérance dirige et gouverne nos actions, notre conduite et tous les mouvements de nos membres, afin que, selon la recommandation de l'apôtre saint Paul, « tout se fasse chez vous avec ordre et bienséance » (Ire aux Cor., ch. 14, v. 40).

3. Ce qui doit nous conduire à la véritable tempérance, c'est l'ordonnance, toute pleine de sagesse, du Dieu « qui a tout réglé et disposé avec poids, nombre et mesure » (Sagesse, ch. 11, v. 20), et c'est d'après cette même disposition que toutes nos actions, nos mœurs et notre vie doivent être mesurées, comptées et pesées, au nom du Père auquel on attribue la mesure, par la puissance du Fils à qui c'est le nombre qui est attribué, en vertu de l'Esprit-Saint : on lui attribue la pondération.

À cette même vertu doit nous conduire l'exemple que nous en donne l'apôtre saint Paul quand il nous dit : « Ne scandalisez personne, ni les juifs, ni les Grecs, ni l'Église de Dieu. C'est ainsi que moi-même je m'efforce de complaire à tous, et ne cherche pas mon propre avantage, mais celui du plus grand nombre, afin que beaucoup soient sauvés » (Ire aux Cor., ch. 10, v. 32, 33). N'a-t-il pas été vraiment tempérant, lui qui, sans blesser personne, s'appliquait à plaire à tout le monde ?

4. Celui-là a la preuve de la véritable tempérance, qui se modère en tout : vêtement, nourriture, sommeil, bien-être physique et joies temporelles, et qui n'admet, en cela, que le strict nécessaire, sans aucune superfluité ni amour désordonné. Le vrai tempérant s'efforce de garder la mesure en toutes choses, excepté dans l'amour et la louange de Dieu et dans l'action de grâces, parce que « le Seigneur est grand, il est l'objet de toute louange » (Ps. 47, v. 2), aussi faut-il qu'il soit aimé et loué de toute manière, sans fin et sans mesure (2).

5. C'est un signe d'intempérance d'avoir une conduite tourmentée et de troubler et d'inquiéter ceux avec qui l'on demeure. L'intempérant fait tout autrement que les autres, il ne se conforme en rien à personne, il n'approuve que ce qui lui plaît, et c'est pour l'accomplir qu'il fait tous ses efforts : intolérable à tous, il ne peut se supporter soi-même. Saint Augustin dit à ce propos : « Vous en avez décidé de la sorte, Seigneur : tout sentiment désordonné est à soi-même son propre châtiment (3) », et il est une peine bien plus grande pour les autres. Ismaël fut un de ces hommes intempérants. « Il sera sauvage, est-il dit dans la Genèse (ch. 15, v. 12) ; il lèvera la main contre tous, et la main de tous sera contre lui. »


(1) Sermon 47e sur les Cantiques. P. L. t. 183, col. 1011, 1012.

(2) On connaît cette belle formule de Sévère de Milève : « La mesure d'aimer Dieu, c'est de l'aimer sans mesure. » Lettre de Sévère de Milève à saint Augustin. P. L. t. 33, col. 419.

(3) Livre Ier des Confessions, ch. 12. P. L. t. 32, col. 670.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Sam 5 Fév - 12:21

CHAPITRE XII

La Compassion


1 et 2. Compatir vraiment et parfaitement à l'égard de Dieu c'est être blessé au cœur d'une tristesse continuelle pour toutes les injures qu'il a reçues ou qu'on lui infligera dans sa personne ou dans ses amis (1). Toucher à ses amis, c'est comme si on le touchait lui-même à la prunelle de l'œil (Zacharie, ch. 2, v. 8 ). Tous les éléments ont souffert avec le Christ qui mourait sur la croix (Matt., ch. 28, v. 51-53).

On compatit véritablement à l'égard du prochain quand on partage sa souffrance, du fond de l'âme, pour ses afflictions spirituelles et corporelles, suivant l'exemple de saint Paul qui s'écriait : « Qui donc est faible sans que moi aussi je sois faible avec lui ? Qui vient à tomber sans qu'un feu me dévore ? » (IIe aux Cor., ch. 11, v. 29). La Glose commente ainsi ces paroles : « Qui est faible dans la foi ou dans une vertu quelconque sans que je sois faible aussi ? C’est-à-dire : est-ce que je ne m'en afflige pas comme pour moi-même ? Qui est scandalisé, à cause de quelque chagrin, sans que je brûle du feu de la compassion ? » (2)

Et à l'endroit de nos proches qui sont en purgatoire, la véritable compassion consiste à nous affliger grandement de ce qu'ils y endurent des peines rigoureuses, et principalement de ce qu'ils sont privés de la vision de Dieu et du bonheur qu'on en ressent ; et pendant tout le temps qu'ils y restent, ils ne peuvent louer Dieu parfaitement. Cette affliction et cette compassion nous poussent à prier Dieu avec ardeur et sans interruption, pour qu'il daigne les arracher à ces souffrances si dures et si cruelles.

3. La surabondante compassion du Christ pour nous doit nous conduire à la compassion véritable. N'est-ce pas lui, au dire de saint Augustin, qui est pressé d'absoudre le pécheur de ce qui fait le tourment de sa conscience, comme si la compassion pour ce malheureux l'affligeait plus que le pécheur ne souffre par compassion pour lui-même ? (3) Encore, le Christ n'a pas seulement compati à nos misères ; il portait nos maladies et il s'était chargé de nos douleurs (Isaïe, ch. 53, v. 4). La nature aussi, notre corps, nos membres nous prêchent cette compassion. « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (Ire aux Cor., ch. 12, v. 26).

De même, nous devons nous laisser attirer à la compassion par ses avantages. La compassion fortifie notre charité et elle nous fera régner avec le Christ, selon ce qui est écrit : « Ne manquez pas de consoler ceux qui pleurent, allez et venez avec ceux qui sont dans l'affliction, n'hésitez pas à visiter les malades, car votre charité en sera affermie (4). Et saint Paul disait à son disciple Timothée (IIe lettre, ch. 2, v. 12) : « Si nous souffrons, nous régnerons aussi avec le Christ. »

Elle est rare, la vertu de compassion. Notre-Seigneur s'en plaignait à l'avance : « J’ai attendu quelqu'un qui s'attristerait avec moi, mais en vain ; quelqu'un pour me consoler, et je n'ai trouvé personne » (Ps. 68, v. 21) (5).

4. On prouve que l'on a une véritable compassion quand on ne s'afflige pas seulement avec ses amis, mais encore quand on partage les souffrances de ses ennemis. Ainsi, Joseph pleura sur tous ses frères, sur chacun d'eux, eux qui l'avaient vendu pour trente deniers (6). David (IIe livre des Rois, ch. 1er, v. 12) fit un grand deuil à la mort de Saül, qui avait eu, cependant, plus d'une fois l'intention de le tuer ; et il ordonna même d'enseigner aux enfants d'Israël un chant funèbre sur Saül (v. 17, 18 ). Et quand mourut Absalon, qui avait voulu le détrôner, David le pleura, le visage voilé, en se lamentant : « Mon fils Absalon ! Absalon, mon fils ! Qui me donnerait de mourir à ta place ! Absalon, mon fils ! Mon fils Absalon ! (ch. 18, v. 33 ; ch. 19, v. 4). Job disait également : « Je versais des larmes sur celui qui était dans l'affliction, et mon cœur souffrait avec l'indigent » (Job, ch. 30, v. 25).

5. Voici les preuves d'une fausse compassion : proférer des paroles de sympathie et montrer un visage compatissant, tout en se réjouissant, au fond de l'âme, de l'affliction du prochain, ne pas adoucir la peine du prochain quand on le peut ; ne pas empêcher ceux qui l'affligent, mais plutôt exciter les autres, par geste, parole ou action, à lui faire de la peine et les y encourager.


(1) La compassion s'inspire de la charité. Parce que nous aimons Dieu, nous souffrons, nous, des offenses qu'il reçoit ; lui-même n'en peut souffrir. Dieu n'a pas besoin de nos consolations ; et Notre-Seigneur lui-même ne souffre plus : il a assez souffert durant sa vie mortelle. Nous prêtons, trop souvent, à l'Homme-Dieu, des sentiments qu'il n'a plus. Souffrir avec Dieu, c'est trop dire : c'est une manière humaine de parler ; tandis que la compassion vraie se réalise totalement à l'égard du prochain, elle fait que nous nous affligeons réellement avec celui qui souffre réellement aussi.

(2) Glose interlinéaire d'Anselme de Laon (voir 1ère note sur le chap. 4, p. 37). Ce qui rend difficile la traduction de ces commentaires, c'est que l'auteur ne les rapporte qu'incomplètement, probablement de mémoire, et il y ajoute un peu son explication à lui. Voici le passage tel qu'il est dans la sainte Bible (éditée à Douai, en 1617, tome 6, col. 443, 444) : « Qui est faible, dans la foi ou dans une vertu, sans que je sois faible moi aussi ? C'est comme s'il disait : J'en souffre pour lui autant que pour moi-même. Qui se scandalise du mal des tribulations, sans que je brûle du feu de la charité par laquelle j'y compatis ? »

(3) Livre de l'esprit et de l'âme, ch.6. P. L, t. 40, col. 784. Cet ouvrage n'est pas de saint Augustin. Et il s'agit non pas de Notre-Seigneur, spécialement, mais de Dieu auquel il tarde plus, dit l'auteur, de pardonner au pécheur qu'à celui-ci de recevoir son pardon. « En effet, Dieu se hâte d'absoudre le coupable du tourment de sa conscience ; on dirait que la pitié pour ce malheureux l'afflige plus que la pitié de soi-même ne fait souffrir le pécheur. »

(4) Ce texte de l'Ecclésiastique (ch. 7, v. 34, 35) a déjà servi à l'auteur pour démontrer que la compassion favorise et entretient la charité, fin du ch. 1er. En effet, la compassion procède de la charité, et, en même temps qu'elle l'entretient, elle manifeste sa vitalité.

(5) On se rappelle le reproche attristé que fit Notre-Seigneur à ses disciples, au jardin de Gethsémani : « Ainsi, vous n'avez pu veiller une heure avec moi » (Matt, ch. 26, v. 40).

(6) C'est le prix indiqué par l'auteur. D'après la Genèse, ch. 37, v. 28, Joseph fut vendu pour 20 pièces d'argent.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Lun 7 Fév - 16:00

CHAPITRE XIII

La Paix


1. La paix véritable avec Dieu existe lorsque les cinq sens, avec l'usage de tous les membres, et tous les actes intérieurs et extérieurs, sont réglés conformément à l'ordre de la raison ; lorsque, aussi, toutes les pensées, les affections, les vouloirs et les intentions, ainsi que toutes les œuvres extérieures, suivent l'ordination de la raison, et que cette raison se règle elle-même parfaitement selon la volonté de Dieu. Au contraire, chaque fois qu'il se fait quelque chose sans le consentement de la raison disposée comme elle doit l'être, aussitôt la paix de l'âme est troublée.

2. Il a vraiment la paix avec Dieu, – comme le dit la Glose (1), sur ce mot de l'épître aux Romains, ch. 5, v. 1 : « Justifiés par la foi, ayons la paix avec Dieu » – celui qui ne dispute pas contre les commandements de Dieu par les oppositions de sa volonté, celui qui exécute les ordres de son Seigneur et incline son libre arbitre aux préceptes divins. La vraie paix, en réalité, n'est-ce pas de s'entendre avec les bonnes œuvres et de faire la guerre aux vices ?

Celui-là garde la paix avec le prochain, qui, de tous ses efforts, veille à ne troubler personne, à dessein. Que l'on trouble, en effet, quelqu'un délibérément, on ne peut plus être, un instant, sans agitation ; car celui que l'on a troublé se venge si c'est possible ; s'il ne le peut pas, il est plein de dissimulation ; et, pendant ce temps, du trouble que l'on a causé, on porte toujours avec soi l'aiguillon et le remords de la conscience.

Cherchez-vous la paix véritable ? Ne considérez toujours que vous seul, laissez chacun à son jugement personnel (2) ; négligez tous les soucis qui ne durent qu'un temps, et reposez-vous en la seule contemplation de Dieu : là seulement se trouve la vraie paix. Croyez-en le témoignage de saint Augustin : « Vous nous avez faits pour vous, ô Seigneur, et notre cœur est inquiet jusqu'à ce qu'il se repose en vous (3). »

3. Un double avantage doit nous conduire à aimer la paix véritable, à savoir : sa douceur, et le repos de l'esprit, conséquence de la paix ; cette suavité est comme une partie et un commencement de la douceur et du repos éternels. Aimons aussi la paix, parce qu'elle prépare l'éternelle et continuelle habitation de Dieu dans notre âme : Dieu, à cause de sa grande douceur, prend place seulement dans les cœurs tranquilles et il s'y repose. N'a-t-il pas dit lui-même : « Dans la paix je dormirai et me reposerai » (Ps. 4, v. 9) (4). « Sa demeure est dans la paix, affirme de nouveau le Psalmiste (Ps. 75, v. 3). Et l'apôtre saint Paul atteste la même vérité : « Ayez la paix, et le Dieu de paix et d'amour sera avec vous » (II Cor., ch. 13, v. 11).

Nous conserverons la paix véritable, comme le dit saint Jérôme sur l'épître aux Éphésiens (5), si les uns et les autres nous aimons actuellement ce que nous possédons en propre ; si nous supportons jusqu'à la moisson – elle aura lieu au dernier jour – l'ivraie, les péchés, que nous ne pourrions pas extirper sans dommage pour le bon grain ou avec l'espoir de sauver ceux qu'il faudrait corriger ; si nous avons l'intention d'omettre même des œuvres de perfection – celles qu'on peut indifféremment faire ou ne pas faire –, et cela pour ne pas scandaliser les faibles.

4. C'est une preuve de la véritable paix que d'éviter tout lieu, toute personne et action qui causeraient peut-être du trouble (6). Une autre marque certaine de la paix véritable, c'est de garder ses vœux et les commandements de Dieu, toujours et partout ; le psalmiste ne l'affirme-t-il pas : « Il y a une grande paix pour ceux qui aiment votre loi » (Ps. 118, v. 165). Enfin, un dernier signe d'une paix solide, c'est la soumission en toutes choses de la raison à l'esprit (7).

5. Au contraire, il n'a, manifestement, qu'une paix simulée, celui qui ne détruit pas toutes les causes de trouble, et ces causes habituellement, foisonnent toujours, à savoir : la volonté propre, l'indépendance de l'esprit, une conduite qui se fait remarquer, la recherche de ce qui plait ; il en est traité ailleurs (8 ). De même, elle n'est pas véritable, la paix que l'on a, grâce à autrui, et non pas vertu personnelle. Ainsi, certains hommes gardent la paix, aussi longtemps qu'ils ne sentent aucune contradiction : tout ce qui leur va, ils le trouvent partout. Mais arrive-t-il quelque chose dont ils n'aient pas l'initiative, ou qui leur plaise moins, voilà aussitôt perdue la paix de leur cœur. En vérité, la vertu de paix n'était pas en eux, mais bien plutôt chez les autres qui peuvent enlever, quand ils le veulent, une paix semblable (9). Aussi, ceux qui désirent la paix véritable ne doivent pas prêter attention aux actions ou aux paroles des autres, ni à leurs éloges ou à leurs dénigrements ; mais que toujours ils pensent à ce qui favorise la paix. De cette manière, la vertu de paix demeurera en eux réellement et à jamais.


(1) Pierre Lombard, P. L. t. 191, col. 1379.

(2) La paix – un des fruits de la charité –, ne peut faire tort à celle-ci, et sous prétexte de garder la paix, on ne doit pas se renfermer dans un égoïsme étroit et trop facile. La charité est large. C'est l'ingérence, sans raison, désordonnée et à tout propos, dans les affaires d'autrui, qui est ici condamnée. La charité intelligente s'intéresse au prochain d'une manière discrète et prudente. Si elle ne cherche pas ce qui est à elle, elle ne s'occupe pas non plus, inconsidérément, de ce qui regarde autrui.

(3) Ier livre des Confessions, ch. 1. P. L. t. 32, col. 661.

(4) L'application de ce verset à Dieu est audacieuse. Le P. Truillet, dans sa traduction, a omis ce passage difficile. Parce que le psalmiste se confie en Dieu, il affirme joyeusement : « En paix je me coucherai et m'endormirai aussitôt. » Comment attribuer cela à Dieu ? La phrase latine est assez équivoque. La voici, dans sa concision : Dieu n'habite que dans un cœur tranquille, et il s'y repose, lui-même l'atteste : « En paix, etc. ». Lui-même, se rapporte-t-il à Dieu ou au cœur tranquille (c'est-à-dire le psalmiste, qui est un cœur tranquille et qui affirmerait que Dieu demeure seulement dans une âme pacifiée) ? L'idée principale, c'est le repos de Dieu dans une âme paisible ; et non le repos de l'âme elle-même dans la paix. Ce chapitre contient plus d'une phrase difficile, au point de vue de la construction.

(5) Le texte porte : Ce que dit saint Jérôme sur l'épître aux Éphésiens, conserve la vraie paix, si, etc. On n'a pas retrouvé cette citation dans les livres de Commentaires de saint Jérôme sur l'épître aux Éphésiens, P. L. t. 26, col. 439 et suiv., mais bien dans la Glose de Pierre Lombard, P. L. t. 192, col. 196.

(6) Cela n'est pas toujours facile, et parfois, on ne peut éviter certaines causes de trouble. Dans ce cas, la prudence surnaturelle indique la conduite à tenir.

(7) L'esprit, ce mot peut désigner soit l'Esprit-Saint lui-même, soit ses dons qu'il communique à notre âme, à notre esprit. Que la raison se soumette à l'esprit, cela revient à dire qu'elle agit en esprit de foi, sous l'influence de la charité.

(8 ) L'auteur renvoie peut-être à un autre de ses ouvrages,

(9) La vertu est un principe intérieur d'action. Les difficultés d'ordre extérieur ne la créent pas ; elles manifestent sa réalité ou son absence. Il serait trop aisé de garder la paix, tant que rien ne vient la contrarier du dehors. Les tentations éprouvent et fortifient la vertu. Peut-on dire d'un soldat qu'il est victorieux, lorsqu'il n'a pris part à aucune bataille ? Les belles vertus de patience, de douceur, d'aménité de caractère, etc., que les autres nous font perdre facilement, en nous « exerçant », étaient-elles vraiment en nous ? Le prochain nous fournit fréquemment l'occasion de pratiquer la vertu ; mais une vertu qui dépend d'autrui n'est pas une vertu réelle.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Mar 8 Fév - 13:33

CHAPITRE XIV

La Miséricorde


1. La véritable miséricorde consiste à donner, à pardonner, et à donner encore par surcroît.

2. Aussi longtemps qu'il a lui-même quelques biens, le vrai miséricordieux procure aux indigents ce qui leur est nécessaire ; s'il ne le faisait pas, il n'aurait qu'une miséricorde incomplète, au témoignage de saint Jean Chrysostome : « Sans doute, vous avez donné une fois, mais ce n'est pas l'aumône, cela ! Vous n'avez rien accompli, si vous ne donnez pas tant que vous avez. Les vierges folles, elles aussi, avec leurs lampes, avaient de l'huile, mais elles n'en avaient pas assez » (1). Job pratiquait bien cette miséricorde : « Je n'ai pas refusé aux pauvres ce qu'ils demandaient, je n'ai point fait attendre les yeux de la veuve ; mon morceau de pain, je ne le mangeais pas seul, l'orphelin en avait sa part. La compassion a crû avec moi depuis mon enfance, et, avec moi, elle était sortie du sein de ma mère... Je ne laissais pas dehors l'étranger, ma porte était ouverte au voyageur » (Job, ch. 31, v. 16-19, 32).

Mais, dit saint Grégoire, celui qui donne son argent et qui ne pardonne pas, celui-là ne fait nullement miséricorde (2). Aussi le vrai miséricordieux, avant même qu'on l'en prie, pardonne toute injure, du fond du cœur et spontanément, sans vouloir se venger à l'avenir, directement ou par intermédiaire. Et il est même plus disposé à pardonner que l'offenseur à demander pardon, parce que le péché de celui-ci lui fait plus de peine que son propre chagrin provenant de l'injustice qu'il supporte. À Séméï qui lui jetait des pierres et qui le maudissait, David pardonna de grand cœur et sans en être prié, et il défendit aux ennemis de Séméï de le tuer, en disant : « Laissez-le, qu'il me maudisse, Dieu le lui a ordonné. Qui sait si le Seigneur ne regardera pas mon affliction et ne me rendra pas du bien pour la malédiction d'aujourd'hui ? (IIe liv. des Rois, ch. 16, v. 11 et 12). De la même manière, Joseph avait devancé la demande de ses frères, et en pleurant sur chacun d'eux, il leur avait pardonné (Gen., ch. 45, v. 15).

Même cela ne suffit pas à celui qui est vraiment miséricordieux. Il faut encore qu'il obtienne de Dieu, par ses prières, le pardon en faveur de ceux qui le traitent avec injustice. Moïse demanda grâce pour les juifs qui avaient voulu le lapider : « Seigneur, suppliait-il, pardonnez-leur ce péché ; sinon, effacez-moi du livre que vous avez écrit » (Exode, ch. 32, v. 32). Étienne fit de même pour ceux qui le lapidaient (Actes, ch. 7, v. 60), et le Seigneur Jésus obtint à ses bourreaux grâce et pardon. Ils avaient dit l'un et l'autre : « Pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font » (Luc, ch. 23, v. 34). C'était excuser ceux qui les maltraitaient de la pire façon ; cela revenait à dire : ils n'ont pas conscience, ils ne savent pas ce qu'ils font, donc on ne doit pas leur en faire un crime, mais leur pardonner avec clémence.

3. Dieu en lui-même est souverainement miséricordieux, et il aime sans mesure chez les autres la miséricorde. Notre-Seigneur n'a-t-il pas dit : « Allez apprendre ce que signifie cette parole : Je veux la miséricorde, et non le sacrifice » ? (Matt., ch. 9, v, 13). Cela doit nous exciter à aimer la miséricorde véritable.

Autre chose encore nous conduit à la miséricorde. Ce Dieu, dans son jugement, sera sans pitié pour les hommes impitoyables. L'apôtre saint Jacques nous l'affirme : « Le jugement sera sans miséricorde pour celui qui n'aura pas fait miséricorde » (ch. 2, v. 13). Les autres, au contraire, obtiendront du Seigneur miséricorde avec abondance. Il est écrit : « Celui qui a compassion du pauvre prête à Dieu » (Prov., ch. 19, v. 17), il recevra donc, avec intérêt et grand bénéfice, tout ce qu'il aura donné aux indigents.

Que fait la miséricorde ? Elle donne à chacun sa place selon ses mérites au regard de Dieu. « Toute miséricorde, est-il dit dans le livre de l'Ecclésiastique (ch. 16, v. 14), vaudra à chacun une récompense d'après le mérite de ses œuvres. »

4. On prouve que l'on est vraiment miséricordieux, lorsqu'on se retranche tout ce que l'on peut se retirer, tout en gardant la vie sauve, et qu'on travaille continuellement, au-delà même de ses forces, afin de pouvoir subvenir davantage à ceux qui sont dans le besoin.

5. Une preuve que l'on n'est pas vraiment miséricordieux, c'est lorsqu'on ne soulage pas, autant que l'on peut, la misère d'un chacun, et qu'on se contente de dire aux malheureux : « Allez en paix, chauffez-vous et rassasiez-vous », sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps. À quoi cela sert-il, en effet ? (Jacq., ch. 2, v. 16). Saint Jean Chrysostome dit à ce sujet : « Même si vous donniez de vos propres biens à vous, vous ne devriez pas en être si parcimonieux. Or, ce que vous donnez, ce sont les richesses du Bon Dieu : il vous les a confiées seulement ; pourquoi, dès lors, les gardez-vous d'une manière si tenace ? » (3)

Il n'est pas non plus vraiment miséricordieux, celui qui pardonne parce qu'il ne peut pas se venger, celui qui ne pardonne pas simplement par amour, mais parce qu'il sait bien que s'il ne pardonne pas le premier, Dieu ne lui pardonnera pas non plus : celui-là, enfin, qui prie pour ses ennemis, mais du bout des lèvres seulement, en se réjouissant, au fond, de leur malheur.


(1) Homélie 76 sur S. Jean. P. G. t. 59, col. 420.

(2) 22e livre des Morales. P. L. t. 76, col. 229.

(3) P. G. t. 59, col. 420.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Mer 9 Fév - 13:13

CHAPITRE XV

La Concorde


1 et 2. La véritable concorde avec Dieu consiste à s'unir à la volonté divine dans le bonheur comme dans l'adversité, et à se conformer, autant que possible, aux mœurs divines et aux exemples du Christ Jésus. « Que l'homme imite son Créateur, dit saint Jean Chrysostome, et qu'il fasse, lui aussi, œuvre divine, à la mesure de ses forces, rien de plus convenable (1). » Cette union des volontés, Notre-Seigneur la demandait pour nous, à sa dernière heure : « Père, comme vous êtes en moi, et moi en vous, qu'ils soient en nous, eux aussi » (Jean, ch. 17, v, 21).

La véritable concorde avec le prochain consiste à avoir, en toutes choses, les mêmes goûts que les autres, et les mêmes sentiments, en ce qui regarde Dieu. Il en était ainsi dans l'Église primitive : « La multitude des fidèles n'avait qu'un cœur et qu'une âme » (Actes, ch. 4, v. 32) pour le service de Dieu. C'est encore, – pour que nous en gagnions beaucoup –, nous conformer aux autres, dans la nourriture et la boisson, dans le sommeil, dans la manière de faire et dans les œuvres qui ne sont pas contraires à notre profession, ni à la loi de Dieu ou à la perfection. L'apôtre saint Paul dit de lui-même : « Je me suis rendu faible avec les faibles, pour gagner les faibles ; je me suis fait tout à tous, afin de les sauver tous » (Ire aux Cor., ch. 9, v. 22).

3. Ceci doit nous faire aimer la concorde : elle est une grande louange à Dieu, et elle lui plaît beaucoup. Il l'a dit lui-même par Salomon : « Trois choses me plaisent, et elles sont agréables au Seigneur et aux hommes : la concorde entre frères, l'amitié entre les proches, et la bonne entente du mari et de la femme » (Eccli., ch. 25, v. 1). Alors, hommes faibles et misérables, nous gardons ici-bas ce que les anges n'ont point voulu conserver au ciel !

Le souci qu'avait le Christ Jésus de mettre de la concorde entre Dieu et les hommes doit aussi nous la faire aimer ; de même, il établissait la concorde entre ses disciples, lorsqu'ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand (Marc, ch. 9, v. 33) et lorsqu'ils s'indignaient contre les deux frères Jacques et Jean, parce qu'ils voulaient s'asseoir, l'un à la droite du Christ, et l'autre à sa gauche (Matt., ch. 20, v. 24). En tout cela, Jésus les mettait d'accord.

4. Un signe de la concorde véritable avec Dieu, c'est le témoignage de la conscience qu'on n'est pas engagé dans des péchés graves. « Je ne me sens coupable de rien », disait saint Paul (Ire aux Cor., ch. 4, v. 4). Et Job : « Ma conscience ne me reproche rien en ma vie » (ch. 27, v. 6). Un autre signe, c'est le désir ardent de progresser pendant toute sa vie, en tous biens, d'après les dispositions de Dieu.

Vous avez la preuve d'une vraie concorde avec le prochain, si vous vous conduisez, à l'égard de tout le monde, tellement bien que personne ne se plaigne de vous ni ne puisse dire du mal à votre sujet. Ainsi les parents de Jean-Baptiste « étaient, tous les deux, justes devant Dieu, ils marchaient dans tous les commandements et ordonnances du Seigneur (voilà pour la concorde avec Dieu), et (c'est la concorde avec le prochain) ils vivaient d'une manière irréprochable » (Luc, ch. 1, v. 6). De même l'Écriture rend à Judith le témoignage de cette double concorde : « Elle était en grande estime auprès de tous, parce qu'elle craignait beaucoup le Seigneur, et personne ne disait d'elle une parole de blâme » (Judith, ch. 8, v. 8 ).

5. L'homme qui n'examine pas attentivement sa conscience montre bien que l'accord entre Dieu et lui-même n'est pas véritable. À agir de la sorte, il croit, dans sa conscience erronée, qu'il plaît à Dieu, alors qu'il lui déplaît en réalité. Lorsque les dispositions de Dieu à l'égard des créatures, ou les mœurs divines, les exemples et les œuvres saintes du Christ Jésus déplaisent à l'homme, c'est une autre preuve de discorde entre l'homme et Dieu. Il est écrit : « Vous déplaisez à Dieu, lorsque Dieu ne vous plaît pas. »

La concorde avec votre prochain n'est pas réelle, si sa conduite et ses bonnes œuvres vous déplaisent intérieurement, alors que vous lui adressez parfois, des paroles de louange. Et c'est une preuve de discorde que vous préfériez toujours votre manière de voir ; que vous vous efforciez de ramener toujours les autres à votre sentiment, sans vous proposer jamais d'unir votre volonté à celle des autres.


(1) 38e homélie sur S. Matthieu. P.G. t 56, col. 842. Ces homélies, au nombre de 54, appelées : « Ouvrage incomplet », pour les distinguer de 91 homélies authentiques de S. Jean Chrysostome, sont d'un auteur arien du 5e ou du 6e siècle.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Jeu 10 Fév - 15:02

CHAPITRE XVI

La Constance


1. Il y a la constance véritable et parfaite, lorsque rien ne peut détourner l'homme de la perfection, ni le bonheur, ni l'adversité. – Tel était Job : « Jusqu'à mon dernier soupir, je ne m'écarterai pas de mon innocence et je n'abandonnerai pas ma sanctification que j'ai entreprise » (Job, ch. 2s7, v. 5 et 6 –. Rien non plus, ni les menaces ni les flatteries ne l'amèneraient à transgresser ses vœux ou les commandements. Ainsi les sept frères (on en parle au IIe livre des Macchabées, ch. 7, v. 4 et suiv.) auxquels on avait coupé la langue, la peau de la tête, avec les extrémités des pieds et des mains, et qu'on brûlait vifs dans des chaudières bouillantes, furent constants à observer la loi du Seigneur. Et Eléazar aima mieux mourir plutôt que de faire semblant de manger des viandes défendues (ch. 6, v. 23).

2. Il a la constance véritable, celui qui ne cesse jamais de louer Dieu (1), selon cette parole du Psalmiste : « Je veux bénir le Seigneur en tout temps, sa louange sera toujours dans ma bouche » (Ps. 33, v. 2), et il brûle toujours du désir ardent de progresser. « Personne n'est tellement parfait et saint parmi nous, affirme le pape saint Léon le Grand, qu'il ne puisse être plus saint et plus parfait encore », et « on s'expose au danger de reculer dès qu'on abandonne le désir d'avancer » (2).

3. Nous devons être poussés à la véritable constance par celle des martyrs, et spécialement des vierges, qui, dans la faiblesse de leur sexe, ont mérité par la constance une gloire éternelle. Mais ce qui doit nous exciter davantage à la constance, c'est l'obstination des juifs et des hérétiques, et l'audacieuse persévérance des méchants dans leur malice ; les uns et les autres n'ont, cependant, en retour de leur perfidie et de leur opiniâtreté dans le mal, que le remords accablant de la conscience en ce monde, et dans l'autre ils ne peuvent s'attendre, pour l'âme et pour le corps, qu'aux châtiments les plus terribles.

4. Une preuve de la véritable constance, c'est de ne point se relâcher en tout ce qui plaît à Dieu, malgré les menaces de mort ou la perte des richesses. Par exemple, Tobie n'hésita pas à continuer d'ensevelir les morts, contre la défense du roi Sennachérib, qui lui avait enlevé tous ses biens et avait même ordonné de le faire mourir (Tobie, ch. 1, v, 22). Daniel, non plus, ne cessait de prier (Dan., ch. 6, v. 10). Et les apôtres, après la résurrection du Christ, ne manquèrent pas de prêcher le nom de Jésus, malgré les supplices et la menace de mort : « Jugez vous-mêmes, disaient saint Pierre et saint Jean à ceux qui s'opposaient à leur prédication, jugez s'il est juste devant Dieu de vous obéir plutôt qu'à Dieu » (Actes, ch. 4, v. 19). « On doit obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes », déclaraient saint Pierre et les autres apôtres (ch. 5, v. 29).

5. S'écarter du chemin de la justice à cause de la faveur des hommes ou pour un gain quelconque, c'est une preuve d'inconstance. Ainsi Balaam, pour l'amitié de Balac et ses présents, consentit à maudire le peuple d'Israël, contre l'ordre du Seigneur (Nombres, ch. 22, v. 17 et 18 ). Ou encore, ce jeune homme, par crainte de perdre ses richesses, s'éloigna, tout triste, du Seigneur Jésus qui lui conseillait la perfection... parce qu'il avait de grands biens, et il les aimait (Matt., ch. 19, v. 22). Les apôtres, pour éviter la mort, abandonnèrent leur cher Seigneur, et prirent tous la fuite (ch. 26, v. 56). An contraire, Mathathias, plein de mépris pour les honneurs et les présents que lui promettaient les envoyés du roi Antiochus, laissa tout ce qu'il possédait et s'enfuit dans les montagnes, afin d'observer la loi du Seigneur. Rien ne put le détourner de la voie droite, ni le désir de garder ses amis, ni la peur de perdre ses richesses (1er livre des Machabées, ch. 2. v. 28 ). Et saint Étienne, la mort le trouva constamment juste : les yeux fixés au ciel, accablé par les jets de pierres, il demeura ferme dans le Christ (Actes, ch. 7, v. 55). Saint Paul aussi avait la vertu de constance, lui qui s'écriait : « Pour moi, je suis prêt non seulement à porter des chaînes, mais encore à mourir à Jérusalem, pour le nom du Seigneur Jésus » (ch. 21, v. 13).


(1) L'auteur signale la prière de louange comme une source de la constance, peut-être par souci de justifier le texte du psalmiste. Mais on se rend compte aussi que la constance à louer Dieu amène facilement la constance à ne pas l'offenser. Comment dire à Dieu qu'il fait bien toutes choses, et ne pas s'exciter, par là même, à garder sa loi fidèlement ?

(2) 2e Sermon de Carême. P. L. t. 54, col. 264.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Ven 11 Fév - 14:09

CHAPITRE XVII

La Libéralité


1 et 2. Il y a libéralité véritable et parfaite, lorsque quelqu'un distribue à tous les pauvres des aumônes d'argent, autant qu'il le peut et joyeusement. C'est une libéralité plus grande de communiquer volontiers, à tous ceux qui en ont besoin et qui les demandent, les biens spirituels, par la confession ou la prédication, par des conseils et par l'enseignement. Être à la disposition de ceux qui désirent ces biens, cela ne suffit pas à la libéralité ; elle en fait part aussi, à temps et à contretemps, selon le conseil de saint Paul (2e lettre à Tim., ch. 4, v. 2), à ceux qui ne les désirent nullement et qui ne se soucient point de s'instruire ou d'entendre prêcher. Quant à ceux qu'elle ne peut forcer, ou qui sont incapables d'apprendre, elle leur donne aussi devant Dieu ses prières, ses larmes et ses gémissements. Cela même n'est pas assez ; celui qui donne largement s'exténue à étudier, à méditer et à faire continuellement de bonnes œuvres pour le salut du prochain.

3. Le désir de ressembler à Dieu doit nous entraîner à cette largesse. Dieu ne donne-t-il pas, d'une manière continue, des biens temporels et spirituels, à tous, même à ceux qui ne les demandent pas ? Et, par-dessus tout cela, ne donne-t-il pas la chair et le sang de son Fils très cher Jésus-Christ ? Mais c'est peu de faire des dons ; en chacun de ses dons Dieu se donne lui-même sans mesure.

Ce qui rehausse les largesses divines, c'est que Dieu ne les refuse à personne, si ennemi qu'on soit de lui-même. Plus d'une fois, le jour et la nuit, il distribue largement ses dons à chacun, si gravement qu'on doive l'offenser. Ce qui témoigne encore en faveur de sa libéralité, c'est que, chaque fois qu'il trouve une disposition à recevoir, aussitôt il ne peut se retenir de répandre ses dons spirituels ; et cependant, il sait, dans sa sagesse, que celui qui les reçoit les perdra bientôt peut-être, qu'il enlèvera à ses dons toute leur noblesse et leur pureté, que même il se servira des dons de Dieu pour attaquer Dieu !

Ceci doit nous exciter également à la libéralité : ce que nous donnons ne nous appartient pas ; et l'on dit en commun proverbe qu'on peut se tailler de larges courroies dans les peaux étrangères. « Il ne faut pas que vous soyez si avare même de votre propre bien, disait saint Jean Chrysostome ; or, ce sont les richesses du Bon Dieu qui vous sont confiées ; pourquoi, dès lors, y tenez-nous si fortement ? » (1)

4. Une preuve de la véritable libéralité, c'est de donner ses biens aux pauvres, avec joie, sans considérer leur mérite, gratuitement et sans attendre de compensation. De cette manière généreuse, le Seigneur Jésus s'est donné soi-même et tout ce qu'il avait : il n'y a pas de plus grande perfection. C'est trop peu de donner ses biens ; on s'expose, on s'offre même à la mort, si c'est nécessaire, pour sauver son prochain. Saint Jean nous l'enseigne : « À ceci, nous avons connu l'amour de Dieu : c'est qu'il a donné sa vie pour nous. Nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères (Ire lettre de S. Jean, ch. 3, v. 16). Les supérieurs y sont plus obligés que les autres.

Saint Paul avait cette générosité, lui qui disait aux Corinthiens (IIe lettre, ch. 12, v. 16) : « Pour moi, bien volontiers, je dépenserai et je me dépenserai moi-même tout entier pour vos âmes », et : « chaque jour, je m'expose à la mort pour vous, mes frères » (Ire lettre, ch. 15, v. 31).

L'homme vraiment libéral, tout ce qu'il a, tout ce qu'il est et tout ce qu'il peut, il le donne au Seigneur, sans espoir de retour, afin d'accroître éternellement les divines louanges ; il le donne à chacun des Anges et des Saints ; en transports de joie perpétuels, à chacun des pécheurs, pour leur conversion, à tous les justes pour qu'ils conservent leur perfection et s'y affermissent, à chaque âme du purgatoire, en adoucissement de sa peine et pour l'abréger.

5. C'est un signe de fausse libéralité quand on donne pour recevoir des louanges, ou parce qu'on a peur de passer pour inférieur à ceux qui donnent généreusement, ou simplement lorsqu'on donne pour être délivré des réclamations des mendiants. Dans ce cas, on perd, avec les biens donnés, tout le mérite.

De même, il n'est pas vraiment libéral, celui qui donne par force ou pour un avantage quelconque, soit à cause de la grâce qu'il espère en ce monde et la gloire qu'il attend dans l'autre, soit parce qu'il redoute le juge qui a prescrit de donner, et qui ne laissera pas impunie la transgression de son commandement.


(1) Cette parole de S. Jean Chrysostome a déjà été rapportée au chapitre de la Miséricorde.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Sam 12 Fév - 13:22

CHAPITRE XVIII

La Vérité


1. Il y a exacte vérité, lorsque tout vraiment concorde en l'homme, sa pensée, sa parole et son action, de telle sorte que ses sentiments intimes, il les profère de bouche et les réalise dans ses œuvres, suivant en cela l'exemple de l'apôtre saint Paul qui invitait les Philippiens à faire comme lui : « Frères, soyez mes imitateurs et remarquez aussi, pour les imiter, ceux qui se conduisent selon le modèle que vous avez en moi », c'est-à-dire, d'après la Glose : comme moi-même je crois, j'enseigne et je vis, faites de la même manière, vous aussi (1).

2. Il est véridique, celui qui garde, sans y rien changer, toutes ses promesses à Dieu et aux hommes, et qui tient sa parole une fois donnée, à moins qu'un changement ne s'impose par prudence salutaire : « Si vous avez promis ce qui est mal, manquez à votre parole, dit saint Isidore (2) ; et si votre vœu n'est pas honnête, changez de décision. » Dieu lui-même semble avoir changé d'avis quelquefois, par exemple dans le cas d'Ézéchias et pour les habitants de Ninive. De sa part, Isaïe avait annoncé à Ézéchias qu'il mourrait, et cependant le Seigneur lui accorda encore quinze années de vie, à cause de ses larmes (Isaïe, ch. 38, v. 5). À Ninive, Dieu fit prêcher par Jonas qu'elle serait détruite dans quarante jours, mais il la laissa subsister, parce que le roi et son peuple s'humilièrent dans la pénitence (Jonas, ch. 3, v. 4 et 10) (3).

3. Le Christ est Vérité, et la vérité, en soi, est toujours aimable : cela doit nous encourager à l'aimer. Si, parfois, la vérité est pesante et insupportable à certains, cela ne provient pas de la vérité elle-même, mais de leur mauvaise volonté : ils en accompliraient volontiers les intentions perverses, s'ils n'avaient pas, contre eux, la vérité. Ainsi, la vérité est agréable aux chastes et aux humbles, elle qui prêche la chasteté et l'humilité, et elle a en horreur les péchés opposés à ces vertus, parce qu'elle contredit absolument les orgueilleux et les impudiques affermis dans leurs vices.

La vérité, – nouvelle raison de l'aimer – est plus forte que tout (on le prouve dans le livre d'Esdras) (4), et elle est immuable, selon ces paroles du Seigneur Jésus : « Le ciel et la terre passeraient plus facilement qu'un seul trait de la Loi périsse » (Luc, ch. 16, v. 17). « Je vous le dis en vérité, jusqu'à ce que passent le ciel et la terre, un seul iota ou un seul trait de la Loi ne passera pas, que tout ne soit accompli » (Matt., ch. 5, v. 18 ).

4. Ne pas omettre de dire la vérité, pour son utilité propre ou au bénéfice d'autrui, et malgré la perte des richesses ou de la vie elle-même ; ne pas dissimuler la vérité ni la cacher aux autres ; ne jamais faire de mensonge intentionnellement et se proposer de ne rien dire de faux ; et, à moins que cela ne s'impose, ne jamais reprendre sa parole (à l'exemple de Balaam qui disait : « Même si Balac me donnait plein sa maison d'argent et d'or, je ne pourrais changer quelque chose à la parole de mon Dieu, ni dire plus ou moins que ce qu'il m'a ordonné ») (Nombres, ch. 22, v. 18 ), voilà autant de signes de la vérité. Jérémie, Michée, Daniel et les autres prophètes, aucun motif ne fut assez fort pour les faire dévier, tant soit peu, de la vérité, dans leurs actions ou dans leurs paroles.

5. Une marque de fausseté, c'est d'avoir quelque chose sur les lèvres et autre chose dans le cœur, et de manquer facilement à sa parole, sans raison, d'utilité ou de nécessité. « Il n'est pas le seul à trahir la vérité, dit saint Jean Chrysostome (5), celui qui, en la transgressant, dit ouvertement le faux à la place du vrai ; on est encore traître à la vérité, si on ne la publie pas ou si on ne la défend pas hardiment, elle que l'on doit proclamer et défendre en toute franchise et liberté. Le prêtre n'est-il pas obligé de prêcher librement la vérité qu'il a entendue de Dieu ? De même, la vérité que les prêtres lui disent reconnue dans les Écritures, le laïc doit fidèlement la défendre ; s'il ne le fait pas, il trahit la vérité. »


(1) C'est la glose interlinéaire qui commente ainsi le verset 17 du 3e chapitre de la Lettre aux Philippiens. L'auteur s'arrête après « je vis ». J'ai complété la citation. On peut la trouver au tome 6 de la Bible de Douai, col. 598.

(2) 2e Livre des Synonymes, chap. du Mensonge. P. L, t.83, col. 858.

(3) Dieu ne change pas de volonté, il n'a aucune raison de changer. Le changement n'est pas en lui, il fut dans la volonté d'Ézéchias et des Ninivites. La prophétie de Jonas était conditionnelle. Dire que Dieu a changé d'avis, parce qu'il n'a point réalisé ses menaces, c'est parler de lui à la manière humaine, comme s'il s'agissait d'un juge qui revient sur sa décision. Les véritables décrets de Dieu sont immuables.

(4) 3e livre d'Esdras, ch. 3, v. 12, et ch. 4, v.33 à 41. Ce livre, on le sait, n'est pas considéré comme inspiré, et le texte : « la vérité est supérieure à tout », n'a aucune valeur scripturaire.

(5) 25e Homélie sur S. Matt. P. G., t. 56, col. 762 (ces homélies ne sont pas de S. Jean Chrysostome, voir p. 91, note 1).

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Lun 14 Fév - 14:44

CHAPITRE XIX

La Douceur


1. La douceur véritable ou la bonté consiste à ne point s'aigrir à cause des injustices ou de mauvais traitements infligés, et à ne pas manifester ses peines intérieures : on est alors « comme un homme qui n'entend pas et dans la bouche duquel il n'y a point de réplique » (Ps. 38, v. 15), et on ressemble au Christ Jésus qui « n'ouvrit pas la bouche, semblable à l'agneau qu'on mène à la tuerie, et à la brebis muette devant ceux qui la tondent » (Isaïe, ch. 53, v. 7).

2. « L'homme doux, d'après la Glose (1), c'est celui qui ne se laisse pas atteindre par la dureté de cœur ou l'amertume : sa foi simple, au contraire, lui apprend à supporter toute injustice. Ni la rancune, ni la colère n'ont de prise sur lui, mais il supporte tout avec égalité d'âme. Notre-Seigneur a enseigné la douceur, parce que c'est une grande vertu ; il n'aurait pas agi de la sorte si la douceur n'avait pas été la voie de la souveraine perfection. « Faites-vous mes disciples, dit-il, parce que je suis doux et humble de cœur » (Matt., ch. 11, v. 29). L'homme doux ne pousse pas à la colère ; il ne s'irrite pas soi-même ; il ne fait pas de tort, et il ne pense pas à nuire ; l'homme doux, c'est celui qui commande à ses passions mauvaises. »

3. La béatitude promise par le Christ : « Bienheureux les doux, parce qu'ils posséderont la terre » (Matt., ch. 5, v. 4), doit nous exciter, à aimer la douceur. « La terre dont il s'agit, c'est, je crois, celle que désigne le Psalmiste en ces termes : « Vous êtes mon refuge, ô Seigneur, mon partage dans la terre des vivants » (Ps. 141, v. 6) ; oui, bienheureux les doux, ils posséderont la terre, et on ne pourra les en expulser » (S. Augustin) (2). Le Psalmiste en parle encore : « Les doux recevront la terre en héritage, et ils goûteront les délices d'une paix profonde » (Ps. 36, v. 11). « Dieu donnera la grâce aux doux » (Prov., ch. 3, v. 34) et la gloire ; « qu'ils l'entendent donc, et qu'ils s'en réjouissent » (Ps. 33, v. 3).

4. On fait preuve d'une véritable douceur, lorsqu'on ne murmure pas intérieurement dans l'affliction, lorsqu'à des paroles mordantes, on ne répond pas par la pareille ; on ne fait pas non plus paraître sa peine, ni aucune amertume, et l'on garde toujours, pour l'Hôte Divin, une âme tranquille.

5. C'est une preuve de fausse mansuétude d'avoir des paroles agréables et doucereuses, et de montrer un visage gracieux, tandis qu'on conserve au fond de l'âme une violente amertume.


(1) Glose interlinéaire, sur S. Matt., ch. 5, v. 4 (Bible de Douai, t. 5, col. 95, 96), traduite selon la rédaction de cette Bible. Le texte de l'auteur en diffère un peu. Voici une variante : « si cette vertu n'était pas la seule (una). (Douai : via) d'une perfection souveraine ».

(2) Commentaire du Sermon sur la Montagne, livre 1, chap. 2. P.L. t. 34, col. 1232.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Mar 15 Fév - 13:55

CHAPITRE XX

La Foi


1. La foi vraie consiste à croire que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont un seul vrai Dieu, et qu'en ces trois personnes il n'y a qu'une indivisible nature divine, une gloire égale et une coéternelle majesté. Chacune des trois personnes est incréée, infinie, éternelle, souverainement bonne, sage, toute-puissante, Dieu et Seigneur. Il n'y a cependant pas trois incréés, infinis, éternels, bons, sages, tout-puissants, ni trois dieux, ni trois seigneurs ; mais un seul incréé, infini, éternel, bon, sage, tout-puissant ; un seul Dieu et Seigneur. En ces trois personnes, aucune n'est avant ou après une autre : elles sont coéternelles ; aucune n'est plus grande ni plus petite : elles sont égales en tout et par tout ; elle diffèrent seulement par leurs propriétés : le Père n'est pas engendré, il ne tient son origine de personne ; le Fils est engendré du Père, lumière de lumière, Dieu vrai de vrai Dieu ; l'Esprit-Saint n'est pas créé, il n'est pas engendré non plus : mais il procède également du Père et du Fils.

La vraie foi nous ordonne également de croire que Notre-Seigneur Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme, né du Père, éternellement, selon sa divinité, né d'une mère, dans le temps, selon l’humanité. Il est, en tout, égal à son Père, selon la divinité. Il a pris une âme, du néant, et sa chair, du sang très pur de la Bienheureuse Vierge Marie. Impassible et immortel selon sa nature divine, il est selon l'humanité, sujet à la souffrance et à la mort.

2. De même, celui qui a la foi véritable, c'est fermement qu'il croit et sans aucun doute tous les articles de foi, les sept qui concernent la Divinité de Jésus-Christ et les sept qui ont rapport à son humanité (1).

3. Pour nous exciter à croire, nous avons la foi des anciens croyants : Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, etc. ; même de ceux qui n'étaient pas de la race des croyants, mais du pays des infidèles : Job, Rahab la femme de mauvaise vie (Josué, ch. 2 ; ch. 6, v. 22 et 23 ; épitre aux Hébreux, ch. 11 v. 31), et d'autres encore. C'est par la foi que tous les ancêtres ont été agréables à Dieu, et sans elle plaire à Dieu est impossible (Hébr., ch. 11, v. 6).

De plus, il y a les avantages de la foi : la vraie foi est toute-puissante, elle obtient tout ; Notre-Seigneur Jésus-Christ nous l'a attesté : « Tout est possible à celui qui croit » (Marc, ch. 9, v. 22) ; « Tout ce que vous demanderez dans la prière, croyez que vous l'obtiendrez et cela s'accomplira » (ch. 11, v. 24) ; « En vérité, si quelqu'un dit à cette montagne : Ôte-toi de là pour te jeter dans la mer, et s'il ne doute pas dans son cœur, mais s'il croit que ce qu'il dit arrivera, cela se réalisera » (v. 23). Ainsi, à la prière d'Alexandre (2), les Monts-Caspiens se réunirent en une seule masse (3).

4. Une preuve de la vraie foi, c'est l'exercice fréquent des œuvres vertueuses, car de même que le corps n'a plus de vie sans l'âme, ainsi « la foi sans les œuvres est morte » (Jacq., ch. 2, v. 17).

5. Ne pas croire à l'Écriture universellement, mais penser que tout arrive par hasard ou suivant le cours de la nature, et non conformément à la Providence de Dieu, c'est une preuve qu'on n'a pas la foi véritable. De même, selon saint Jean Chrysostome, « celui-là ne croit pas vraiment que Dieu existe, qui fait secrètement, sous le regard de Dieu, ce qu'il a peur de faire publiquement en présence des hommes » (4). Et d'après saint Jérôme, « celui qui craint de mourir dans l'état où il a l'audace de vivre, n'est pas un vrai chrétien ».

Hélas ! Il y a eu beaucoup d'hérésies autrefois (5). Saint Jérôme (6) dit à ce propos : « Nous autres, nous reconnaissons que nous sommes libres, tout en affirmant qu'il nous faut toujours le secours de Dieu. Ils sont tous dans l'erreur, et ceux qui, avec le manichéen, prétendent que l'homme ne peut pas éviter le péché et ceux qui assurent, avec Jovinien, que le péché est impossible à l'homme. Voici, au contraire, ce que nous disons, nous : l'homme a toujours la faculté de pécher, et il est aussi toujours en son pouvoir de ne pas pécher. »


(1) Où trouver ces sept vérités concernant la divinité et l'humanité de Notre-Seigneur ? Peut-être dans la longue énumération précédente des mystères de la foi ? On en compterait bien sept, qui regardent la divinité de Jésus, mais quatre seulement proposent à notre croyance la réalité de son humanité. Il semble plus, probable que cela fasse allusion à une profession de foi, une sorte de symbole populaire, comme il y en avait au Moyen-âge, qui résumait en deux groupes de sept formules brèves le mystère de l'incarnation. Le P. Truillet supprime la difficulté et son intérêt, il traduit simplement : « le vrai fidèle croit fermement tous les articles de ce grand mystère (dans le texte, il y a : tous les articles de foi), et ceux qui regardent la divinité et ceux qui regardent l'humanité sainte de Jésus-Christ » (p. 148 ) (édition du P. Berthier, p. 122).

(2) Pourquoi aller chercher cet exemple chez des païens ? (Nous avons un fait qui se rapproche davantage de la parole évangélique, dans la légende de S. Grégoire le Thaumaturge : sa prière fit déplacer une montagne qui empêchait de bâtir une église.) Sans doute, pour renforcer son argument, l'auteur paraît sous-entendre : « à plus forte raison, Dieu exaucera-t-il les prières des croyants ».

(3) Le P. Truillet a omis cette dernière phrase. Voici l'épisode tel qu'il est raconté dans l'Histoire Scolastique de Pierre Comestor, (au livre d'Esther, ch. 5) : « Lorsque Alexandre arriva aux Monts Caspiens (qui séparent l'Arménie de la Médie), les juifs des dix tribus captives lui envoyèrent une délégation. Un décret leur défendait de sortir ; et ils faisaient demander à Alexandre la faculté de retourner chez eux. Celui-ci s'informa du motif de leur captivité, et il apprit qu'ils avaient manqué de fidélité au Dieu d'Israël en offrant des sacrifices à des veaux d'or, et que des prophètes avaient prédit qu'ils ne reviendraient pas de l'exil. Là-dessus, le roi Alexandre leur répondit qu'on les enfermerait d'une façon plus étroite encore. Et pendant qu'on bouchait les défilés avec de grandes constructions enduites de bitume, il se rendait bien compte que le travail des hommes n'y pourrait suffire, et il demanda au Dieu d'Israël d'achever l'ouvrage. Alors, les pics des montagnes se rapprochèrent, et il n'y eut plus de passage en cet endroit. Évidemment, Dieu ne voulait pas la sortie des Juifs... Mais, comme le dit Josèphe, « si c'est pour un infidèle que Dieu a accompli un si grand prodige, que ne fera-t-il pas pour ses fidèles ? » (P. L., t. 198, col. 1498.)

L'histoire scolastique, œuvre de Pierre de Troyes, plus tard chancelier de l'Église de Paris, mort en 1178 ? (on l'appelle Pierre Comestor, à cause de son grand zèle à s'instruire : il « dévorait » les livres), fut longtemps le seul manuel d'Histoire Sainte en usage dans les écoles.

L'auteur du Paradis de l'âme amène en exemple, sans explication, la prière d'Alexandre. Il la supposait connue de ses lecteurs. Ceux-ci avaient sans doute appris la chose dans l'Histoire de Pierre Comestor.

(4) Le P. Berthier (p. 124, note 1) indiquait comme référence l'homélie sur le psaume 13. On n'y retrouve pas le passage en question. (Cette homélie n'est pas de saint Jean Chrysostome. P. G. t. 55, col. 550-558 )

(5) L'auteur ne se soucie pas autrement de rattacher ce paragraphe aux développements qui précèdent. Il doit s'agir, dans la première citation de saint Jérôme (qu'on n'a pas retrouvée), non de l'état de péché en général, mais du péché d'hérésie (péché contre la foi). La liaison est si peu apparente que le P. Truillet a cru bien faire d'y suppléer de cette façon : « De l'infidélité sont nées toutes les hérésies, celles surtout qui ont nié le libre arbitre. Oui, nous proclamons que l'homme est libre, mais qu'il a toujours besoin du secours de Dieu », etc., p. 150 (éd. du P. Berthier, p. 124).

(6) Le P. Berthier (p. 124, note 2) indique cette référence : 3e livre contre les Pélagiens. On n'y a pas retrouvé le texte cité. On peut donc croire que l'auteur reproduit plutôt la pensée que les termes mêmes de saint Jérôme. Il ne cite pas ; il résume. P. L., t. 23, col. 500 ; col. 573 (à moins que la référence ne soit pas exacte).

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Mer 16 Fév - 14:12

CHAPITRE XXI

L’Espérance


1. L'espérance parfaite et véritable, c'est l'attente certaine du bonheur futur ; cette attente provient de la grâce de Dieu et de nos mérites précédents ; et il faut ces deux causes à l'espérance, car la grâce de Dieu ne se conserve que par nos mérites, et les mérites seuls, sans la grâce, ne sauvent personne. Sans les mérites, l'espérance n'est plus l'espérance, elle est présomption.

2. Il a la véritable espérance, celui qui, malgré le fréquent exercice des bonnes œuvres, se confie en la seule bonté surabondante de Dieu et en la divine libéralité, mais nullement en ses mérites : sait-il seulement si ses bonnes actions sont agréables à Dieu ? puisque « toutes nos justices sont pareilles à un vêtement souillé » (Isaïe, ch. 64, v.6).

Celui-là possède l'espérance véritable, qui offre à Dieu le juste sacrifice, selon cette parole du Psalmiste : « Offrez des sacrifices de justice, et espérez dans le Seigneur » (Ps.4, v. 6). Ce juste sacrifice, c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même. Fils unique de Dieu, à l'autel de la croix, il s'offrit à Dieu son Père, pour les péchés du monde entier, rançon infiniment supérieure à la dette. Pour racheter tout le genre humain, dit saint Ambroise (1), une seule goutte d'un sang si précieux aurait suffi ; mais il l'a répandu abondamment afin de nous montrer la plénitude de son amour. Et c'est en son sacrifice que se trouve toute notre espérance avec notre salut, selon la doctrine de saint Bernard : « J'ai commis de grands péchés ; ma conscience en est troublée, mais pas totalement, parce que je me souviens des blessures de mon Seigneur. N'a-t-il pas été « blessé à cause de nos crimes ? » (Isaïe, ch. 53, v. 5). Y a-t-il quelque chose de si mortel que la mort du Christ ne puisse détruire ? (2) Que ce remède si puissant et si efficace me vienne donc à la pensée, et aucune maladie désormais, si grave soit-elle, ne pourra m'effrayer. Évidemment, il avait tort, celui qui s'écriait : « Mon crime est trop grand pour que j'en obtienne le pardon » (Gen., ch. 4, v. 13)... Aussi, ce qui me manque de mon propre fond, c'est en toute confiance que je vais le prendre au cœur même de mon Seigneur, parce qu'il s'ouvre par miséricorde, et les ouvertures par où il se répand ne font pas défaut : il a eu les pieds et les mains percés et le côté ouvert par la lance ; grâce à ces blessures, il m'est donc possible maintenant de « sucer le miel du rocher et l'huile qui sort de la pierre la plus dure » (Deutéronome, ch. 32, v, 13), c'est-à-dire, je puis « goûter et voir combien le Seigneur est suave » (Ps. 33, v. 9)... Les clous dévoilent son secret, et le clou qui le transperce me permet de voir la volonté de mon Seigneur. Et qu'est-ce que je vois à travers ? Mais les clous, mais les blessures, tout cela crie et proclame que Dieu est dans le Christ « pour se réconcilier le monde » (IIe lettre aux Cor., ch. 5, v. 19)... Il nous livre les secrets de son cœur par les blessures de son corps. Ce grand signe sacré de la miséricorde se manifeste à nos yeux ; et il se révèle « l'intime de la miséricorde de notre Dieu par quoi le soleil levant nous a visités d'en-haut » (Luc., ch. 1, v. 78 ). N'est-ce pas son cœur que ses blessures mettent à découvert ? Et y a-t-il moyen, ô Seigneur, de faire paraître plus lumineusement ceci : que vous êtes doux et suave, et d'une immense, miséricorde ? Personne, en effet, n'a une plus grande pitié que celui qui donne sa vie pour des condamnés à mort. Aussi, mon mérite, c'est la miséricorde de mon Seigneur. »

Sa miséricorde, le Seigneur nous l'a manifestée de beaucoup de manières : par ses jeûnes et ses veilles, par ses prières, ses sueurs, ses fatigues et ses larmes ; il a été aussi flagellé ; il a souffert, il a été crucifié, pour suppléer de la sorte à tout ce qui nous manque.

3. Ce qui doit nous porter à l'espérance de la béatitude, c'est l'amour vraiment supérieur du Christ Jésus. N'est-ce pas cet amour qui l'a poussé et comme contraint de mériter notre salut au prix de tant de souffrances ? Et ce salut une fois assuré, pour que nous n'allions pas le perdre, il a mis le plus grand soin à nous donner des Anges protecteurs, les Écritures pour notre instruction, avec ses propres exemples, et les exemples de ses saints, pour nous montrer le chemin ; enfin il nous a donné son corps et son sang qui nous fortifient.

4. II prouve qu'il a la véritable espérance, celui qui résiste au mal virilement, et qui s'affermit dans le bien ; celui-là aussi qui entreprend, en homme de cœur, des œuvres difficiles, et qui y persévère avec courage. Il est écrit : « Ayez bon courage et que votre cœur s'affermisse, vous tous qui espérez dans le Seigneur » (Ps. 30, v. 25).

5. C'est la preuve d'une espérance fausse que de transgresser ses vœux ou les commandements de Dieu, de n'avoir pas le souci de s'amender conformément à l'Écriture, de trop présumer, sans mérites, de la bonté de Dieu. Une espérance semblable est vaine. « L'espérance de l'impie, c'est comme un flocon de laine emporté par le vent, ou une écume légère que disperse la tempête, comme la fumée qu'un souffle dissipe, et le souvenir de l'hôte d'un jour qui passe » (Sagesse, ch. 5, v. 14).


(1) Le P. Berthier (note 3, p. 126) donne la référence suivante : Commentaire de saint Ambroise sur le Ps. 35, préface. On y voit ceci : « C'est un or excellent que le sang du Christ, riche pour nous racheter, il coule abondamment pour laver tous les péchés » (P. L. t. 14, col. 953). Au chapitre 26 (Le zèle des âmes) l'auteur exprime de nouveau la même pensée – : une goutte du sang du Fils de Dieu aurait suffi pour racheter tout le genre humain– qu'il attribue encore à saint Ambroise.

Le P. Robert, dans Aurifodina Universalis (t. 7, p. 55) ou Mine d'or universelle des Sciences Divines et Humaines (éd. de l'abbé Rouquette en 1867, qui reproduit celle de 1680), attribue ce texte à saint Bonaventure, 6e sermon sur le 1er dimanche de l'Avent. On ne trouve pas ce sermon au t. 9 des Œuvres Complètes de saint Bonaventure (éd. de Quaracchi), il n'est donc pas authentique ; dans l'édition de Peltier, Paris, 1868, t. 13, p. 13, l'auteur de ce sermon donne le même texte : « une seule goutte de sang, etc. », en l'attribuant à saint Bernard.

Le P. Robert fait du Paradis de l'âme un titre général dont le traité des Vertus est la première partie. Quelle était la seconde partie ? ?

(2) J'ai eu recours au texte de saint Bernard tel qu'il est reproduit dans Migne (P. L, t. 183, col. 1072). À la place de : détruire (solvere), l'auteur a une autre leçon intéressante (salvare) : y a-t-il quelque chose de si mortel dont la mort du Christ ne puisse guérir (ou sauver) ? Les deux leçons peuvent se soutenir. Laquelle est de saint Bernard ? ?

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Jeu 17 Fév - 14:36

CHAPITRE XXII

La Crainte


1 et 2. La crainte juste, c'est le souci d'observer, dans notre foi et dans notre conduite, les commandements de Dieu ; c'est de même une certaine inquiétude de cœur, qui nous préserve de l'usage illicite de nos membres, de nos sens et de nos affections, de peur que notre âme ne se sépare totalement de son Dieu, ou ne s'éloigne, tant soit peu, de sa familiarité. Cette crainte du cœur nous empêche également de chercher un plaisir, si minime qu'il soit, dans la nourriture, dans la boisson, dans le sommeil, ou dans une créature quelconque, et de nous refroidir ainsi de notre ferveur (1). C'est la crainte de l'épouse pour son époux qu'elle ne veut blesser en aucune manière, ni par ses mouvements, ni par sa démarche, ni dans ses actions ou ses paroles : elle encourrait, en cela, son déplaisir ; elle redoute également de lui être moins agréable pour une faute, même légère. Cette juste crainte nous pousse à nous abstenir, non seulement des péchés graves, mais encore des péchés véniels, parce que l'habitude des péchés véniels nous fait perdre la tranquillité de l'âme et la familiarité avec Dieu ; elle nous fait aussi négliger des grâces diverses.

3. De nombreux avantages doivent nous exciter à la bonne crainte. C'est elle le commencement de la sagesse : « La crainte du Seigneur est le commencement de la Sagesse » (Ps. 110, v. 10) ; elle est le commencement de la justice : « Celui qui n'a pas la crainte ne pourra être justifié » (Eccli., ch. 1, v. 28 ). Elle est aussi le sceau et le couronnement de toutes les grâces et de toutes les vertus : « La crainte du Seigneur surpasse toutes choses (Eccli., ch. 25, v. 11). Mais là où elle n'est pas, toute grâce disparaît subitement et la conscience devient mauvaise. « Si vous ne vous attachez pas fortement à la crainte de Dieu, votre maison sera bientôt détruite » (Eccli., ch. 27, v. 3).

Saint Bernard nous parle d'une autre utilité de la crainte de Dieu : « En vérité, il n'est rien de plus efficace pour mériter la grâce, pour la garder ou la recouvrer, que de se tenir constamment devant Dieu, non pas avec orgueil, mais dans la crainte. « Heureux l'homme qui craint toujours » (Prov., ch. 28, v. 14). La grâce vous sourit-elle, craignez. Craignez, lorsqu'elle s'en va ; craignez lorsqu'elle revient ; c'est cela : être toujours dans la crainte... Vous avez la grâce, craignez que vos œuvres ne soient pas dignes d'elle... Elle vous est enlevée, craignez : votre chute est toute proche... Mais si, encore par bonté, la grâce vous est rendue, c'est alors qu'il faut craindre davantage une rechute : « Vous voilà guéri, ne péchez plus, de peur qu'il ne vous arrive quelque chose de pire » (Jean, ch. 5, v. 14) (2).

La chute lamentable des Anges doit aussi nous engager à craindre. « Voici, les serviteurs de Dieu ne sont pas stables, et il trouve des fautes dans ses anges : combien plus ceux qui habitent des maisons de boue, qui ont leurs fondements dans la poussière, et qui seront réduits en poudre, comme par la teigne ! » (Job, ch. 4, v. 18 et 19). De même, la chute, depuis le commencement du monde, de ceux qui avaient d'abord vécu saintement : Adam, Samson, Salomon..., tous les apôtres. Et, de nos jours (3), hélas ! la chute de saints personnages ! c'était prédit : « Il en tombera mille à votre côté – il s'agit de ceux qui devraient s'asseoir à côté du juge, au jour du jugement–, et dix mille à votre droite (Ps, 90, v. 7) – ceux qui devraient prendre place à droite du Christ. »

La Glose dit à ce propos : « Plusieurs pensent qu'ils jugeront les autres, et beaucoup plus encore espèrent être placés à droite parmi les élus ; mais ils se trompent, parce qu'ils présument d'eux-mêmes, ils n'ont point leurs racines fixées en haut, et ils seront déçus dans leurs espérances (4). »

Les exemples des saints qui craignaient Dieu nous excitent aussi à le craindre. « J'ai craint le Seigneur, affirmait Job, ch. 31, v. 23, comme on redoute les flots qui se soulèvent. Et sur ce verset de Job : « Je descendrai tout entier au plus profond de l'enfer » (ch. 17, v, 16), la Glose (5) fait cette réflexion : Voyez un peu : quel est celui d'entre nous qui serait sûr de son repos, lorsqu'il en est tout inquiet celui-là même que le juge approuve ? (6) Et saint Jérôme parlait ainsi de lui-même : « Chaque fois que je pense au jour du jugement, je frémis de tous mes membres » (7). Alors que de si grands saints sont tout tremblants, que ferons-nous donc, nous autres malheureux ?

4. Une marque d'une juste crainte, c'est d'être tellement attentif à tout ce qui a trait à Dieu qu'on ne néglige, nulle part et jamais, rien de ce que l'on peut faire, et qu'on mette, dans toutes ses actions, le plus de ferveur possible. « Celui qui craint Dieu ne néglige rien » (Eccli., ch. 7, v. 18 ) ; « et il fera tout bien » (Eccli., ch. 15, v. 1).

5. Celui qui fait le bien ou qui renonce au mal, non pas à cause de Dieu, mais par peur de perdre sa vie ou sa fortune, – ou, pour ne pas les perdre, laisse là le bien et fait le mal–, celui-là prouve que sa crainte est inique. Notre-Seigneur nous défend d'avoir une crainte semblable : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps » (Matt., ch. 10, v. 28 ). « Qui êtes-vous donc pour avoir peur d'un homme mortel ? » (Isaïe, ch. 51, v. 12). Et le Seigneur demande à ces timides : « Où sont vos dieux, en qui vous mettiez votre confiance ? » (Deutéronome, ch. 32, v. 37).

(1) La crainte se rattache à la vertu de tempérance. Elle ne doit pas dégénérer en scrupule, ni créer un état psychologique irréel et violent. Nous voulons nos actions tout entières, telles qu'elles sont. Nous ne pouvons pas séparer notre activité normalement exercée dans tous les domaines, du plaisir, plus ou moins élevé, qui l'accompagne forcément, et qui nous donne la conscience de vivre. Notre intention se porte sur l'action entière. Quand celle-ci est morale, c'est-à-dire conforme à la règle raisonnable et divine, il n'y a pas lieu de rejeter le plaisir qu'on en ressent. Cette doctrine n'a rien perdu de sa vérité libératrice, malgré les désordres du péché originel et de la sensibilité, qui, trop souvent, donnent la prépondérance au plaisir comme unique mobile de l'action.

(2) Saint Bernard, Sermon 54 sur les Cantiques. P. L. t. 183, col. 1042, 1043.

(3) Hélas, aujourd'hui, des hommes très saints succombent (la phrase latine fait image : « Et, heu, hodie viri sanctissimi prosternuntur », on voit ces pauvres gens tomber tout de leur long, et s'abattre misérablement). C'est la seule allusion de l'auteur à un événement contemporain. On ne peut rien en tirer pour la date de composition de son ouvrage. De tout temps, il y a eu des scandales, des chutes retentissantes.

(4) Glose de Pierre Lombard, au v. 7 du Ps. 90 ; P. L. t. 191, col. 851.

(5) La glose ordinaire, P. L. t 113, col. 804-805. Le texte de Migne est un peu différent de celui que donne l'auteur.

(6) Allusion aux louanges que Dieu, dans le livre de Job, adresse souvent à celui qu'il appelle « son serviteur Job » (par ex., ch. 2, v. 3).

(7) Les éditions des Œuvres du Bx Albert le Grand, de Lyon (1651) et de Paris (1898) indiquent comme référence la lettre de saint Jérôme à Chromatius. Cette pensée ne se trouve pas dans la lettre 7e à Chromatius. P. L. t. 23, col. 338-341.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Ven 18 Fév - 14:29

CHAPITRE XXIII

La Joie


1. La véritable allégresse ou la joie consiste à trouver notre charme et notre consolation en ce que Dieu possède, s'il est vrai que tout ce qui peut nous réjouir se trouve en lui : la puissance, la sagesse, la bonté, la libéralité, la beauté, la miséricorde, la justice, la vérité, la noblesse, la sainteté, la douceur, la fidélité, l'amour, l'humilité, et autres perfections de ce genre. Tout cela est à l'infini et éternel en Dieu (1).

2. Celui-là a la vraie joie qui fait toutes ses actions avec une conscience sincère, qui ne transgresse jamais, sciemment, ses vœux ou les commandements, et qui veut toujours progresser et se conformer aux exemples de Jésus-Christ et à ses mœurs divines. L'apôtre saint Paul se réjouissait d'une telle conscience et s'en glorifiait : « Ce qui fait notre gloire, c'est le témoignage de notre conscience que nous nous sommes conduits dans le monde, et particulièrement envers vous, avec simplicité et sincérité devant Dieu, non pas avec une sagesse charnelle, mais avec la grâce de Dieu » (IIe lett. aux Cor., ch. 1, v. 12).

3. Que Dieu, infiniment bon, se soit uni, entre toutes les créatures, la seule créature humaine, au point qu'on puisse dire vraiment que Dieu est homme et que l'homme est Dieu, et tout ce que Dieu a par nature, l'homme le possède par grâce, cela ne doit-il pas provoquer en notre âme une joie véritable ? « Dieu ne s'est pas uni aux Anges, mais au sang d'Abraham » (Épître aux Hébreux, ch. 2, v. 16). « N'est-ce pas quelque chose de grand et de merveilleux, s'écrie saint Jean Chrysostome, que notre chair soit assise, au ciel, bien haut, et que les Anges et les Archanges l'adorent ! » (2)

Autre motif de joie : Dieu nous a rendus certains du bonheur éternel, bonheur garanti par les promesses de la loi et des prophètes et par son propre serment : « le serment qu'il fit à Abraham, notre père » (Luc, ch. 1, v. 73), bonheur assuré par le don spécial des Évangélistes, par le témoignage des Apôtres, par le don de l'Esprit-Saint au baptême, – l'Esprit est le gage de notre héritage – par les arrhes, c'est-à-dire l'avant-goût de ce bonheur, dans la dévotion et [le sentiment de] la douceur de Dieu, par le Christ, le Fils unique de Dieu, qui est notre otage. Saint Paul (aux Philipp., ch. 4, v. 4) nous exhorte à cette double joie. « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur (à, cause de l'union de Dieu avec notre nature) ; je vous le dis encore, réjouissez-vous (à cause de la certitude du bonheur éternel) » (3).

4. C'est une preuve de la vraie joie, et un bon motif, pour quelqu'un, de se réjouir vraiment, que d'avoir l'assurance, par inspiration intérieure, de la rémission de ses péchés qui avaient si gravement offensé Dieu et les créatures et avaient fait perdre, au pécheur lui-même, avec toutes les grâces reçues, le droit d'en recevoir encore à l'avenir. Marie-Madeleine a eu cette certitude lorsque Notre-Seigneur lui dit : « Beaucoup de péchés lui seront remis parce qu'elle a beaucoup aimé » (Luc, ch. 7, v. 47) (4). Saint François aussi : il lui fut révélé que ses fautes, jusqu'à la plus petite partie, lui étaient tout à fait remises (5).

Une autre marque de joie et une nouvelle raison de se réjouir, c'est l'assurance intérieure que l'on est fils de Dieu et héritier du royaume céleste. L'Esprit-Saint nous donne cette assurance : « Il rend lui-même témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Si nous sommes fils, nous sommes aussi héritiers, héritiers de Dieu, cohéritiers du Christ » (Rom., ch. 8, v. 16 et 17). L'apôtre saint Paul avait cette certitude : « J'ai l'assurance que ni la mort, ni la vie... ni aucune créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu en Jésus-Christ » (Rom., ch. 8, v. 38 et 39) (6).

5. La joie est fausse lorsqu'on trouve son plaisir en ce qui passe : biens temporels, amitiés sensibles, avantages physiques, joies de ce monde ; cette joie nous enlace dans la tristesse. En effet, comme tout cela passe, la joie s'en va aussi, et la tristesse vient ensuite. Et si cette tristesse ne se retire du cœur, la joie véritable n'y entrera jamais : l'une et l'autre ne peuvent être ensemble, tels l'eau et le feu, qui s'excluent mutuellement.

Vous avez aussi parfois une joie toute naturelle à penser aux perfections de Dieu, à en parler ou à en entendre parler, ou à lire un traité de ses perfections, vous avez même de la joie à désirer le royaume du ciel (tous, en effet, nous désirons instinctivement le bonheur), mais cette joie purement naturelle est vaine, et il est difficile de reconnaître si on a affaire à une joie qui vient de la grâce et de Dieu, ou si ce n'est qu'une joie naturelle (7). Il serait heureux celui qui pourrait dire avec Isaïe : « Je me réjouirai dans le Seigneur (mon créateur) et mon cœur sera ravi d'allégresse en mon Dieu (rédempteur), parce qu'il m'a couvert du vêtement du salut » (ch. 61 ; v. 10).


(1) On se souvient que l'auteur, au premier chapitre, a déjà signalé ces mêmes perfections divines comme l'objet de la charité. Il y a avantage à rapprocher ces deux chapitres, puisque la joie n'est pas, à proprement parler, une vertu, mais un acte de la vertu de charité. Celui qui aime Dieu se réjouit de ce que Dieu, son ami, possède toutes les perfections.

(2) L'auteur ne cite pas textuellement, il reproduit plutôt la pensée de saint Jean Chrysostome : 3e homélie sur l'épître aux Éphésiens, P. G. t. 62, col. 25 : « Que Dieu ait fait asseoir le Christ au-dessus de toute principauté... c'est vraiment grand et admirable »... ; col. 27 : « les anges, les archanges, et toutes ces puissances le craignent et le révèrent ».

(3) De quelle certitude s'agit-il ? Elle est absolue du côté de Dieu. Dieu veut notre bonheur éternel, et son Fils, notre Rédempteur, nous l'a mérité. Mais notre salut, à nous, est soumis à l'épreuve ; l'auteur lui-même le disait au chapitre de l'Espérance : « Nous ne savons pas si nos bonnes œuvres plaisent à Dieu », comme nous ne sommes jamais absolument sûrs d'être en état de grâce : Cette incertitude nous maintient dans l'humilité. « Travaillez à votre salut, disait saint Paul aux Philippiens) ch. 2, v. 12, avec crainte et tremblement. »

(4) La certitude de Marie-Madeleine ne procède donc pas d'une inspiration interne, mais de la parole du Christ. Certains saints, évidemment, ont bénéficié d'une lumière intérieure qui leur révélait l'état de leur âme et la rémission de leurs péchés. Mais Notre-Seigneur y a pourvu, pour tous, d'une manière générale, par le sacrement de Pénitence. L'absolution est le signe sensible de la grâce rendue et de l'amitié de Dieu recouvrée.

(5) Voir : Légende de saint François dans les œuvres complètes de saint Bonaventure (Quaracchi, 1898, tome 8, 1ère légende, ch. 3, p. 511, n. 6) : « certificatus est de remissione plenaria omnium delictorum », il eut la certitude de la rémission plénière de tous ses péchés. – La Petite Légende, p. 567 (3e leçon) ajoute : « usque videlicet ad quadrantem novissimum », c'est-à-dire jusqu'au dernier quart (la quatrième partie d'une pièce de monnaie), nous dirions : jusqu'au dernier centime (S. Matth., ch. 5, v. 26... jusqu'à la dernière obole). Voici maintenant le texte de l'auteur qui semble annoncer une citation : « Et B. Franciscus (hanc certitudinem habuit) de quo dicitur : quadrans quoque novissimus culparum sibi penitus dimitti revelatur. » (Voir Préface, p. 1).

(6) Ce témoignage de l'Esprit-Saint – sa parole intérieure – rassure le chrétien et lui donne une certitude – qui laisse entières les obscurités de la foi – certitude personnelle, incommunicable, qui n'a de valeur que pour celui qui en est favorisé, mais qui lui suffit amplement pour mener jusqu'au bout le bon combat.

(7) Ce paragraphe de la fausse joie corrige un peu le précédent. La joie du bien divin qu'il y a en nous (la grâce) n'est pas complète ici-bas, elle s'accompagne d'une certaine tristesse, puisque cette vie divine, il reste toujours possible que nous la perdions. La joie du Bien divin en soi est plus parfaite : nous nous réjouissons de ce que Dieu est Dieu, de ce qu'il a toutes les perfections, et de ce que personne ne peut lui ravir, ni diminuer en rien, essentiellement, le bonheur infini qu'il ressent en lui-même et de lui-même.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Sam 19 Fév - 15:56

CHAPITRE XXIV

La Tristesse


1 et 2. La tristesse véritable, c'est une douleur du cœur, causée par toutes les offenses que Dieu a reçues, sans motif, de ses créatures, depuis que le monde existe, et qu'il recevra, jusqu'à la fin, aussi bien des religieux que des séculiers. Cette douleur devrait faire verser, à tous ceux qui aiment Dieu, des larmes de sang !

Une autre part de la vraie tristesse, c'est que, trop souvent, l'homme succombe à la tentation sans résistance. Ainsi, dès qu'il voit ou entend, dans la nature animée, quelque chose qui se rapporte à l'impureté, aussitôt son âme est souillée par des pensées, des plaisirs, des sentiments impurs. Reçoit-il, par l'un de ses sens, ce qui peut exciter en lui la vaine gloire, l'envie, la colère, la rancune, le dénigrement, l'avarice, la légèreté, l'amitié sensible ou un péché quelconque, aussitôt, sans combat, le voilà précipité dans un de ces péchés : s'en relèvera-t-il jamais ? Et si, avec la grâce de Dieu, il se relève, il n'est pas certain qu'il rentrera en possession de la grâce qu'il avait auparavant et dans la même mesure. De nous-mêmes, nous pouvons tomber, nous ne pouvons jamais nous relever par nous-mêmes. Dieu sait bien que « nous ne sommes que chair, un souffle qui s'en va et ne revient plus » (Ps 77. v. 39).

Encore une autre part de la véritable tristesse : Que de grâces provenant de la bonté paternelle de Dieu sont réduites à néant, parce qu'elles ne retournent pas à leur source, selon les desseins de Dieu, avec un intérêt considérable ! Cela, toutes les créatures seraient impuissantes à le regretter dignement.

3. Pour nous exciter à la véritable tristesse, nous avons les saints exemples de la vie de Jésus dont l'âme fut triste depuis le commencement de sa vie jusqu'à sa mort (1). Et lui-même proclame bienheureux les affligés : « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés » (Matt., ch. 5, v. 5). C'est seulement par la tristesse qu'on peut trouver la joie, dit une glose sur l'épître de saint Jacques (2).

Ce qui doit encore nous pousser à la tristesse, c'est son utilité. La vraie tristesse est plus utile que la vraie joie : « Il vaut mieux aller à la maison de deuil qu'à la maison de festin » (Ecclé., ch. 7, v.2).

Souvent, en effet, la tristesse nous humilie, tandis que la joie nous exalte. Et, conséquence plus malheureuse, il arrive parfois, après la joie et la dévotion spirituelles, que nous sommes, ce jour-là, moins retenus et moins circonspects dans nos actions que si ces joies nous avaient été refusées. Autre avantage de la tristesse : « Alors que les prières et le reste des bonnes œuvres agissent sur Dieu à la manière d'une onction caressante, les larmes, fruit de la tristesse, lui font violence et sont comme une piqûre, d'après saint Bernard (3). »

4. C'est une preuve que la tristesse est véritable, si la douleur allège l'âme au lieu de l'abattre, et si, bien loin de vouloir en être débarrassée, l'âme désire toujours une plus grande tristesse. Au contraire, c'est une tristesse inique, celle qui décourage l'âme et celle dont on s'efforce de se libérer aussitôt. Il est écrit à son sujet : « Un esprit accablé dessèche la mœlle des vertus » (Prov., ch. 17, v. 22). « La colère de l'homme (elle provient de la tristesse) ne fait pas la tristesse selon Dieu » (Jacq., ch. 1, v. 20) (4).

Il prouve qu'il a la vraie tristesse, celui qui refuse à ses sens tout ce qui est délicat et recherché, et qui n'entend, ne voit, ne touche rien de ce qui peut apporter à sa tristesse un adoucissement. Il évite de même les lieux et les personnes capables de diminuer sa peine intérieure. Il n'ignore pas, en effet, que c'est une voie sûre de définir sa vie dans la vraie tristesse, selon cette parole de l'Ecclésiaste, ch. 8, v. 5 : « Le cœur du sage se trouve là où il y a de la tristesse, et le cœur des insensés, là où règne la joie. »

5. Sans prêter attention aux dispositions souverainement sages de Dieu, se désespérer à cause de perte des biens temporels ou se mettre à la torture (5) à cause du malheur ou de la mort de ses amis, ou pour une infirmité physique ou une réprimande, c'est un signe d'une tristesse mal fondée. Une tristesse semblable n'apporte aucune grâce, et elle met, pour ainsi dire, l'âme en pièces. « Comme la teigne nuit aux vêtements et le ver au bois, ainsi la tristesse ravage le cœur de l'homme » (Prov., ch. 25, v. 20). « Le chagrin de l'âme jette l'esprit dans un profond abattement » (ch. 15, v. 10).


(1) Notre-Seigneur avait, dès le premier instant, la volonté de nous racheter. Il savait ce que lui coûterait notre rédemption. Il acceptait de mourir pour nous, il voulait déjà sa passion. Alors, on peut dire que l'âme de Jésus fut triste depuis le commencement de sa vie, parce qu'il avait toujours sa passion et sa mort comme présentes, acceptées par sa volonté pleinement délibérée, mais singulièrement contraires à sa sensibilité qui s'en effrayait, et la tristesse envahissait son âme, parce qu'il le voulait bien. Mais il ne faut pas oublier que l'âme humaine de Notre-Seigneur jouissait aussi, depuis le premier instant, de la vision bienheureuse de Dieu... On peut encore faire remarquer que les Évangélistes ont signalé en Notre-Seigneur certains sentiments de compassion et de tristesse : Jésus, contristé de l'aveuglement des Pharisiens (Marc, ch. 3, v. 5) et de leur incrédulité, quand ils demandent un signe du ciel (ch. 8, v. 12) ; il pleure sur Jérusalem (Luc, ch. 19, v. 41), mais il se réjouit aussi dans sa prière d'action de grâces, acte de charité parfaite et de joie divine : « Je vous bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre » (Matt., ch. 11, v. 25).

(2) C'est la première fois que l'auteur cite « une certaine glose » (quaedam glossa).

(3) Le P. Berthier (p. 144) indique en note, comme référence, la Vigne Mystique, ch. 33 (cet opuscule n'est pas de S. Bernard, mais probablement de S. Bonaventure, - voir p. 41, note 1). À ce chapitre, P. L. t. 184, col. 708-709, on parle bien des larmes, mais des larmes du Christ : Jésus a pleuré à cause de nous, et nous n'en serions pas émus jusqu'aux larmes ! On n'y trouve pas la pensée reproduite par l'auteur, et qui est aussi attribuée (note de l'édition du P. Jammy, Lyon, 1651) à saint Jérôme et à saint Augustin.

(4) D'après la Vulgate : « la colère de l'homme n'opère pas la justice de Dieu ».

(5) Ce mot désigne une affliction excessive, car il est naturel de s'affliger quand on a perdu quelque chose que l'on aimait. Notre-Seigneur, dans sa parabole, ne semble pas blâmer « la femme qui ayant dix drachmes, si elle en perd une..., cherche avec soin jusqu'à ce qu'elle l'ait retrouvée » (Luc, ch. 15, v.8 ), et se réjouit ensuite avec ses amies et ses voisines. Cette douleur est trop humaine pour qu'on puisse s'en défendre. Mais elle est mauvaise, si elle nous trouble tellement qu'elle, nous empêche de « considérer les ordres de la sage providence de Dieu » pour nous y soumettre et accepter, avec résignation, le malheur et les épreuves qui cachent une grâce de Dieu et nous rapprochent davantage de lui.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Lun 21 Fév - 17:51

CHAPITRE XXV

La Reconnaissance


1. La véritable et parfaite reconnaissance consiste à exalter l'excellence des dons de Dieu dans l'âme, avec tout le respect intérieur qui lui est dû et en se méprisant soi-même. C'est de cette manière que David vantait le don des commandements de Dieu : « Vos commandements, je les aime plus que l'or, plus que les pierres précieuses » (Ps. 118, v. 127). Et Salomon faisait l'éloge du don de la Sagesse : « Elle vaut mieux que tout ce qu'il y a de plus précieux, et rien de ce que l'on peut souhaiter ne lui est comparable » (Prov., ch., 8, v. 11).

2. Il a la reconnaissance véritable, celui qui se sent indigne de tous les dons de Dieu ; et plus on se croit indigne des bienfaits de Dieu, plus on ressent cette indignité, plus aussi se développe la gratitude de l'âme. « Pour tout ce que vous nous avez donné, ô Christ, vous ne nous demandez qu'une chose : notre salut ; ce salut lui-même, c'est vous qui nous l'accordez, et vous remerciez ceux qui le reçoivent » (S. Jean Chrysostome) (1).

Ce qui doit nous conduire à la véritable gratitude, c'est la considération attentive de Celui qui donne : il est tout-puissant, très noble et très aimant, le plus fidèle aussi, il est excessivement bon, en tout heureux et parfait. C'est, de même, la grandeur des dons. Aucun don venant de Dieu, qu'il soit fait au corps ou à l'âme, aucun don n'est si petit qu'il ne renferme, pour ainsi dire, ce Dieu, infini avec la toute-puissance divine. On doit apprécier aussi les sentiments de celui qui donne : Dieu ne se donne pas à demi, ou de mauvaise grâce, pour être débarrassé de nous ; mais il se donne, parce qu'il le désire ardemment, de toute sa bonté et de tout son amour. L'utilité des dons, voilà ce qu'il faut encore évaluer. Chacun de ses dons, Dieu nous les accorde pour que nous le connaissions, pour que nous l'aimions et que nous jouissions de lui, et pour qu'il nous rende heureux. Examinons aussi ce qui le pousse à nous faire ses dons : ce n'est pas la crainte d'un mal ni l'espérance d'un bien ; ce n'est pas quelque vertu qui soit nôtre, c'est sa bonté immense et éternelle. Il faut également penser à notre indignité : nous ne sommes pas même dignes de vivre, nous n'avons pas mérité d'être des vers parmi les autres créatures ; et à l'utilité de la reconnaissance : c'est la gratitude, en effet, qui ouvre les sources de la miséricorde et pousse Dieu à se répandre ; « l’ingratitude, au contraire, dessèche les sources de la divine bonté, la rosée de la miséricorde et les flots de la grâce (2) ». Vraiment oui, une âme devient d'autant plus capable de recevoir la grâce que sa reconnaissance est plus grande ; et Dieu aussi, qui est souverainement prodigue, se sent poussé davantage à donner libéralement.

4. Recevoir, avec respect, chacun de ces grands bienfaits de Dieu, l'en remercier de tout cœur, et s'efforcer de garder intactes les grâces provenant de son immense amour, voilà la preuve d'une véritable gratitude. Comment prétendre, en effet, que le don d'un ami vous est agréable, si vous le recevez avec indifférence et si, volontairement et tout de suite, vous le laissez se gâter et se perdre ?

Nous avons besoin d'être reconnaissants, non seulement de ce qui nous console, mais encore de ce qui nous afflige, car l'un et l'autre, Dieu nous le donne du même amour et par égale bonté. Voilà pourquoi Tobie s'écriait : « Je vous bénis, Seigneur, Dieu d'Israël, parce que c'est vous qui m'avez châtié et c'est vous qui m'avez guéri » (ch. 11, v. 17). En effet, il y a égalité de grâce et de gloire, quand Dieu nous donne des consolations, ou lorsqu'il permet que des tribulations nous arrivent. Il y a même plus de grâce dans le second cas, et plus d'utilité ; ainsi en fut-il pour Job. « Nous recevons de Dieu le bien, confessait-il, pourquoi n'en recevrions-nous pas le mal aussi ? » (ch. 2, v. 10). C'est comme s'il disait : Nous devons accepter l'un et l'autre avec reconnaissance.

5. C'est une preuve d'ingratitude que de fermer son cœur par mauvais vouloir, par colère, par légèreté, par les plaisirs, ou par amitié sensuelle : toutes choses qui empêchent de recevoir les dons spirituels ; ou encore de ne pas se soucier de conserver les grâces reçues ni d'accroître les grâces données ; de ne pas s'appliquer à s'en servir, selon la volonté de Dieu, pour l'utilité commune ; ou enfin (et cela arrive fréquemment, hélas !), de ne pas cesser d'attaquer ce Dieu avec les bienfaits qu'on en a reçus, et dans son corps et dans son , âme, et dans les puissances de cette âme. Alors vraiment on mérite de tout perdre, puisque l'on use de ces dons contre celui qui les accorde libéralement.


(1) Le P. Berthier (p. 147) donne la référence suivante : Homélie sur le psaume 113. Saint Jean Chrysostome, à cet endroit (P. G. t. 55, col. 309), dit simplement ; que Dieu est plus soucieux du salut des hommes, que de sa propre gloire (Voir Préface, p. 4).

(2) S. Bernard, Sermon 51 sur les Cantiques. P. L. t. 183, col. 1027.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Mar 22 Fév - 14:52

CHAPITRE XXVI

Le Zèle des âmes



1 et 2. Le zèle des âmes est véritable et parfait lorsque l'on travaille pour le salut des âmes, dans de saintes méditations, par des désirs fervents, par des larmes, des prières, des jeûnes et des veilles, par la prédication et les confessions (1), par des conseils, par l'enseignement et d'autres bonnes œuvres. C'est une grâce immense, décrite en ces termes par le Vénérable Bède : « Peut-il y avoir une grâce plus élevée, et une manière de vivre plus agréable à Dieu que la grâce et la vie de ceux qui s'appliquent et s'exercent, quotidiennement, à ramener les autres à la grâce de leur Créateur, et à augmenter les joies de la patrie céleste par l'acquisition renouvelée d'âmes fidèles ? » « Au regard du Dieu tout-puissant, dit saint Grégoire (2), il n'est pas de sacrifice supérieur au zèle des âmes. » Et cela, parce que l'image de la Trinité est imprimée dans nos âmes.

3. Ce qui doit nous conduire au zèle des âmes, c'est l'exemple de Jésus-Christ. Pendant toute sa vie, Notre-Seigneur a eu une soif si ardente de la conversion des pécheurs et de la perfection des justes, que, pour recouvrer les âmes vendues (au démon), il a offert chacun de ses membres à une peine spéciale, et il s'est offert lui-même à la mort la plus ignominieuse. Il avait tellement le souci de réconcilier les hommes qu'il s'occupait fort peu de ce que cela lui coûtait, pourvu qu'il gagnât ces pauvres égarés (selon S. Bernard) (3).

Qu'elle est donc grande, la dignité de nos âmes, et quel zèle de Dieu pour les âmes ! Afin de les racheter, le Fils de Dieu offrit à son Père tout son sang précieux, alors qu'une-seule goutte d'un sang si précieux aurait suffi (comme le dit saint Ambroise) pour racheter le genre humain tout entier, et alors, surtout, que son bonheur ne pouvait s'en accroître en rien, ni diminuer. Cette noblesse des âmes, Dieu le connaissait dans sa sagesse, mais nous ne la connaissons pas, nous. « Hélas ! gémissait saint Bernard, comme nous prêtons peu d'attention à la noblesse de l'âme ! C'est elle qui fait vivre le corps, et son absence montre bien ce que sa présence apportait à celui-ci. L'âme, Dieu l'estime à ce point qu'il a donné, pour elle, son Fils unique ; et le démon l'apprécie tellement qu'il donnerait, pour une âme, le monde entier (4). »

4. Une preuve de la véritable ferveur, c'est de ne pas se soucier de son corps, ni de sa vie, afin de gagner un plus grand nombre d'âmes au Christ. David avait ce zèle, lorsqu'il disait : « Qui m'accordera de mourir pour toi, ô mon fils Absalon ? » (IIe livre des Rois, ch. 18, v. 33) (5). Et saint Paul, également : « Pour moi, je dépenserai volontiers, et je me dépenserai moi-même pour vos âmes » (IIe aux Cor., ch. 12, v. 15), « Chaque jour, je suis exposé à la mort, aussi vrai, mes frères, que vous êtes ma gloire » (Ier, ch. 15, v. 31). Saint Dominique aussi avait ce zèle, lui qui voulut se vendre pour racheter un chrétien captif chez les Maures ; il eut de nouveau l'intention de se vendre pour un autre qui restait chez les hérétiques parce qu'ils lui donnaient de quoi vivre ; mais Dieu, dans sa sagesse, veillait à sa liberté pour le salut d'une multitude d'âmes.

5. Un signe de la fausse ferveur, c'est d'être soucieux des œuvres spirituelles bien plus pour ce qui en revient : présents, honoraires, que pour les âmes elles-mêmes. Tel n'est pas le démon, figuré parle roi de Sodome qui disait à Abraham : « Donne-moi les âmes ; le reste, prends-le pour toi » (Gen., ch. 14, v. 21) (6). Et celui qui travaille pour l'amitié des hommes ou leurs faveurs, plutôt qu'à les sanctifier et les perfectionner, celui-là prouve que sa ferveur est fausse ; il ne peut pas dire avec l'apôtre saint Paul : « Ce n'est pas vos biens que je cherche, c'est vous-mêmes » (IIe lett. aux Cor., ch. 12, v. 14).

Il faut remarquer ceci : partout où deux motifs, – soit, par exemple, Dieu et une autre raison– nous poussent à une œuvre quelconque, il est difficile de reconnaître lequel nous meut davantage. Ainsi quelqu'un est excité à entendre les confessions ou à faire une autre œuvre spirituelle ; ce qui le pousse, c'est le salut des âmes et l'espérance de certains honoraires, ou la faveur, le désir de plaire ou le plaisir d'agir à son gré ou quelque autre plaisir. Alors, on ne discerne pas facilement lequel de ces motifs impressionne davantage l'esprit de celui qui s’adonne à ces œuvres.

Voici pourtant une preuve évidente que l'un de ces différents motifs agit plus que Dieu ou le zèle des âmes, c'est lorsqu'on entend plus volontiers les riches, les nobles, ceux qui ont pour eux jeunesse et beauté, de préférence aux pauvres, aux gens du peuple, aux vieillards et aux infirmes ; lorsqu'on aime se trouver plus souvent et plus longtemps avec les premiers qu'avec les seconds, et probablement avec moins de fruit. Ces braves gens n'ont-ils pas la conscience aussi bonne que les autres, et meilleure quelquefois ? Ils obéissent aux conseils, autant, sinon plus, que ceux-là, ils s'appliquent à la perfection et ils plaisent à Dieu autant et plus que les autres. « Mes frères, disait saint Jacques, Dieu n'a-t-il pas choisi les pauvres en ce monde, pour être riches dans la foi et héritiers du royaume qu'il a promis à ceux qui l'aiment ? Et vous, vous faites affront au pauvre » (Jacq., ch. 2, v. 5) lorsque vous ne vous souciez pas de lui. C'est en lui cependant que l'on honore spécialement le Christ, ainsi qu'on le dit dans une homélie sur cette parole de saint Pierre : « Rendez honneur à tous » (Ire lettre, ch. 2, v. 17).

Une autre preuve évidente d'un faux zèle, c'est de chercher dans nos actions, au lieu de la part qui nous revient, celle qui est réservée à Dieu (7). Pour les œuvres, en effet, qui supposent, avec le travail, une consolation : ainsi la prédication, la confession, la prélature et autres choses de ce genre, nous sommes toujours prêts, malgré le péril qu'elles comportent. Au contraire, lorsqu'il s'agit d'œuvres pénibles et sans consolation : jeûnes, veilles, disciplines, etc., et qui sont cependant sans danger, nous nous en abstenons autant que possible.


(1) Ce chapitre s'adresse directement aux prêtres ; il ne sera cependant pas inutile aux simples fidèles qui se convaincront davantage de la nécessité de demander à Dieu, pour leurs pasteurs, la grâce du saint zèle des âmes, du zèle véritable et désintéressé ; et pour eux-mêmes la grâce de la pureté d'intention, sans laquelle on perd, si facilement, une partie du mérite de ses bonnes actions. Il ne suffit pas de faire le bien, dira l'auteur au chapitre 30, il faut encore le bien faire, c'est-à-dire par charité, pour accomplir la volonté de Dieu aimé par-dessus tout, et non avec des sentiments mêlés d'amour-propre, comme si on demandait, avant chacune de ses actions : Que m'en reviendra-t-il ?... Peu importe, pourvu que Dieu en soit mieux aimé et plus glorifié.

(2) Ier livre d'homélies sur Ézéchiel, Hom. 13. P. L. t. 76, col. 932.

(3) Saint Bernard, au 22e Sermon sur les Cantiques, P. L, t. 183, col. 881 (référence indiquée par le P. Berthier, p. 152, note 2), dit seulement : « Que devait-il faire pour vous qu'il n'ait point fait ? Il a éclairé l'aveugle, il a rendu libre le prisonnier, il a ramené celui qui s'égare, il a réconcilié le coupable. »

(4) Le 3e chapitre des Méditations sur la nature de l'homme (opuscule qui n'est pas de saint Bernard) est consacré à la dignité de l'âme humaine (P. L. t. 184, col. 489-492) ; on n'y trouve pas la pensée que l'auteur attribue à saint Bernard.

(5) L'auteur prête à David des sentiments qu'il n'avait pas, semble-t-il, en cette circonstance. C'est sa douleur de père qui s'exprime ainsi : « Que ne suis-je mort à ta place, ô mon fils ? »

(6) Ce texte, on le sait, n'a pas le sens que lui donne l'auteur. Le mot « âme », principe de la vie, désigne la personne vivante : « Donne-moi les personnes, prends pour toi les biens. »

(7) Si nous cherchons plus la part de Dieu que la nôtre, il semble que ce soit le signe du vrai zèle. Mais l'auteur donne à la part de Dieu un sens spécial : c'est l'honneur, la consolation, le côté spirituel de l'œuvre ; notre part, c'est la fatigue, c'est la peine et la charge, le côté matériel de l'œuvre qui pèse à notre nature en même temps qu'il lui déplaît.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Mer 23 Fév - 14:48

CHAPITRE XXVII

La Liberté


1. La liberté véritable consiste à n'être pas retenu par les liens du péché qui vraiment nous enserre et nous rend esclave : « Le méchant est pris dans ses propres iniquités, il est saisi par les liens de son péché » (Prov., ch. 5, v. 22). « Tout homme qui commet le péché est esclave du péché » (Jean, ch. 8, v. 34). Ce n'est pas être libre que de pécher, ce n'est pas non plus une partie de la liberté, comme le dit saint Anselme (1) ; c'est, au contraire, la pire espèce de servitude ; et, seul, le secours du Fils de Dieu nous en délivre : « Vous serez vraiment libres si le Fils de Dieu vous affranchit » (Jean, ch. 8, v. 36).

2. Il est vraiment libre, celui que rien ne captive, ni le désir des richesses, ni la gloire ou la faveur des hommes, ni le désir de plaire aux autres ou la peur de leur déplaire, ni l'amitié sensible, ni la crainte servile, ni la jouissance des joies passagères.

3. Pour nous exciter à l'amour de la liberté véritable, considérons la providence de Dieu qui veut que nous soyons libres. Dieu a donné à l'homme le libre arbitre ; par là surtout, il le faisait semblable à lui-même, puisque rien ne peut forcer la liberté de l'homme, pas plus que Dieu ne peut être contraint par personne. Ainsi donc, Dieu a donné à l'homme la liberté : « Au commencement, il a créé l'homme et il l'a laissé dans la main de son conseil... il a mis devant vous l'eau et le feu ; du côté que vous voudrez, vous pouvez étendre la main. L'homme a devant lui la vie et la mort, le bien et le mal, on lui donnera ce qu'il aura choisi » (Eccli., ch. 15, v. 14, 16 et 17).

Celui-là, sans aucun doute, s'achemine vers la vraie liberté, qui s'oblige à observer inviolablement, avec ses vœux, les commandements de Dieu et les conseils, et qui préserve des plaisirs ses sens et son esprit ; de même, celui qui ne s'accorde aucune satisfaction défendue, et qui aime de tout cœur le joug de l'obéissance et fait tous ses efforts pour plaire à son Dieu. Et plus on s'applique à tout cela, plus rapidement on acquiert la véritable liberté et on s'y enracine plus fortement. Au contraire, à suivre en ce monde sa volonté, sans contrainte, en tout et autant qu'on le peut, on est enlacé dans les nombreux filets du diable, et alors qu'on est plus libre, semble-t-il, on est plus fortement et plus sûrement retenu captif et esclave du démon.

4. Une preuve de la vraie liberté, c'est de ne pas désirer ce qui rend l'âme moins bien disposée à la familiarité avec Dieu ou ce qui l'en éloigne, ainsi : la charge de supérieur, trop de préoccupations vis-à-vis de l'extérieur, trop de soucis du bien-être physique, la dissipation de l'esprit et l'occupation à différentes affaires qui dispersent l'âme, l'examen téméraire de la vie des autres et de leur conscience, le fait d'excuser ou de diminuer ses propres défauts, et de manifester ou d'aggraver les fautes du prochain.

Un autre signe de la liberté, c'est l'assurance intime que la faute et la peine du péché sont entièrement remises (2). Cette assurance vient de la ferveur du cœur. Il arrive, parfois, que cette ardeur brûle intérieurement – comme un feu dans une fournaise – et l'homme, tout à l'heure froid et languissant, elle le rend tout enflammé dans la prière. Une telle ferveur consume entièrement la tache et la peine du péché, de même que le feu brûle la rouille du fer.

5. Il a la preuve qu'il est captif et esclave, celui qui n'aime pas le joug de l'obéissance, ni les corrections charitables et fraternelles ; celui qui ne pense qu'à se venger, celui qu'émeuvent les louanges ou la faveur des hommes, celui qui continue de vaquer, sciemment, à ce que Dieu et sa conscience ou la volonté de ses supérieurs lui défendent, celui-là, enfin, qui trouve plaisir à échanger des cadeaux ou des lettres sentimentales. Un sage disait à ce propos : « On vend sa liberté à recevoir des présents. » Et Job : « Le feu dévorera la tente de ceux qui reçoivent volontiers des présents » (ch. 15, v. 34) ; ce n'est pas le feu de l'amour véritable, et cette affection fausse a pour conséquence les liens de la servitude. Et Salomon : « Celui qui fait des présents obtiendra victoire.et honneur, mais il ravit l'âme à ceux qui les reçoivent » (Prov., ch. 22, v. 9). Tout cela enlève à l'homme sa liberté et le réduit à une misérable servitude. Comment pourrait-il servir Dieu librement, si tout cela l'embarrasse ?


(1) Dialogue sur le libre arbitre, ch. 1er. P. L. t. 158, col. 490.

(2) Il ne faut pas exagérer la valeur de cette assurance intime ; elle ne nous conduit pas à une certitude. Le témoignage d'une conscience qui ne nous reproche rien de grave est un des signes d'après lesquels nous pouvons seulement conjecturer que nous sommes en état de grâce.

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MessageSujet: Re: Saint Albert le Grand + Le paradis de l'âme   Aujourd'hui à 8:54

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