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 Distinction entre matière et forme & entre puissance et acte

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JP B
Baptisé


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Age : 70
Localisation : Château-Renard du Loiret
Date d'inscription : 04/11/2010

MessageSujet: Distinction entre matière et forme & entre puissance et acte   Jeu 27 Jan - 11:31


PRINCIPES DE PHILOSOPHIE


L
ES VINGT-QUATRE THÈSES THOMISTES


par le R.P. Edouard HUGON, O.P.

MAÎTRE EN THÉOLOGIE, PROFESSEUR DE DOGME AU COLLÈGE PONTIFICAL "ANGÉLIQUE" DE ROME,
MEMBRE DE L'ACADÉMIE ROMAINE DE
ST THOMAS D'AQUIN.



EXTRAITS


DEUXIÈME PARTIE
LA COSMOLOGIE
Chapitre I : La matière et la forme .

THÈSE VIII.

[Le 27 juillet 1914, 24 jours avant sa mort, le Pape Saint Pie X approuva le décret de la Sacré Congrégation des études]
qui a écrit:
Creatura vero corporalis est quoad ipsam essentiam composita potentia et actu; quae potentia et actus ordinis essentiae materiae et formae nominibus designantur.
La créature corporelle est, quant à l'essence elle-même, composée de puissance et d'acte; cette puissance et cet acte dans l'ordre de l'essence sont désignés par les noms de matière et de forme.
(Cette doctrine revient constamment dans tous les ouvrage de saint Thomas. Qu'il suffise de citer ici De spiritualibus creaturis, a. 1.)

[…]

I. Le Problème.

Ici encore, le point de départ sont l'expérience et le sens commun, qui constatent dans les corps un dualisme et des antinomies. Les corps nous apparaissent passifs et inertes, et cependant ils déploient ces énergies et cette activité qui font la fécondité de la nature et la beauté de l'univers. Soumis à la multiplicité et à la division, ils conservent, d'autre part, une merveilleuse unité, que le fleuve des phénomènes et des changements ne réussit pas à détruire. Ils ont un élément générique, commun à tous les corps, et un élément spécifique ou typique, qui classe chacun d'eux dans une hiérarchie déterminée; un élément qui demeure sous toutes les successions de phénomènes et un élément qui disparaît ou se renouvelle incessamment. C'est ce que nous atteste la loi de la conservation de la matière et de l'énergie, dont la quantité reste invariable. Après le mélange ou la combinaison, le poids n'est pas modifié; la quantité du mouvement, qui semble se perdre, se retrouve équivalemment sous la forme de la chaleur. De là ces axiomes de la science moderne : "équivalent mécanique de la chaleur", et : "rien ne se crée, rien ne se perd (70). Et cependant la Chimie constate des variations dans les combinaisons, comme la Biologie dans les diverses phases de l'évolution vitale.
(70) : « La chimie moderne complète et précise ce principe, en nous montrant que la masse détruite est toujours égale à la masse créée. » P. Duhem, Le Mixte, p. 205.

Voilà le dualisme que proclame l'expérience quotidienne. La raison, pour l'expliquer, est amenée spontanément à conclure : il doit y avoir dans les corps deux principes essentiellement distincts :
  1. le principe de passivité, d'inertie, de multiplicité, de division, commun, générique, permanent sous le fleuve des modifications indéfinies ;
  2. le principe d'activité, d'unité, qui distingue, caractérise chaque corps, lui donne son type et son espèce. Le premier parce qu'il est passif et déterminable, est potentiel et matériel; le second, parce qu'il est actif et spécifique, est dynamique et formel.
Tout le problème de la constitution des corps se ramène à expliquer le rôle de ces deux éléments. Si l'on défend exclusivement le premier, on tombe dans les excès de l'atomisme ; la considération trop étroite du second conduit aux exagérations du dynamisme : la doctrine d'Aristote et de St Thomas, que la S. Congrégation nous propose comme norme sûre de direction, sauvegarde les deux éléments, non pas en les mettant sur le même pied d'égalité, mais en établissant entre eux les rapports fondamentaux de la puissance et de l'acte. Voilà le système scolastique de l'Hylémorphisme, c'est-à-dire de la matière première [*] et de la forme substantielle.
[*] : « matière première” » ou « matière prime” ».
Il faut remarquer que lorsqu’on parle, tel St Robert B
ELLARMIN, de “matière” du Pape, il s’agit :
  1. d’une analogie (pour comprendre ce que signifie ce terme, voir cette leçon du R.P. Hugon et ce commentaire de Monsieur Tailhades.) ;
  2. d’un composé d’une substance préexistante (la personne élue par la Cardinaux, qui possède déjà sa forme propre, son âme) avec une forme accidentelle ajoutée par Dieu (la forme du Pontificat).
C’est pourquoi on parle, dans un tel cas (substance préexistante), de « matière seconde” » et non de « matière prime” »
(Note de JP B.)

On peut le résumer [ce « système scolastique de l'Hylémorphisme »] en trois points :
  1. il y a dans les corps un principe substantiel matériel et un principe substantiel formel ;
  2. l'un et l'autre est une substance incomplète ;
  3. le principe matériel est par rapport au principe formel ce qu'est la puissance par rapport à l'acte auquel elle est essentiellement ordonnée.
De là dérivent des conséquences inéluctables : les corps ne sont pas des agrégats de plusieurs substances complètes, mais chaque composé de matière et de forme jouit de son unité substantielle ; les corps diffèrent entre eux substantiellement, comme une espèce diffère d'une autre ; il y a dans la nature des changements substantiels, c'est-à-dire des corruptions et des générations qui produisent des substances nouvelles dans l'univers.

Il n'est pas possible d'entrer ici dans l'examen détaillé des systèmes, ce qui demanderait un volume (71) ; arrêtons-nous à quelques considérations pour justifier le système thomiste, préféré par l'Eglise, et qui est, en définitive, la solution du sens commun.
(71) : On peut, pour cet examen, consulter spécialement Mgr Farges, Matière et Forme, et M. Nys, Cosmologie.


II. Existence d'un principe matériel.

Tout d'abord l'expérience et le raisonnement découvrent dans tous les corps un principe substantiel matériel. L'activité des corps s'accomplit dans l'espace, se répand se propage par l'espace; de même que nous voyons les corps agir les uns sur les autres par leur contact, dans la mesure de leur contact, au point que toute leur action s'arrête s'ils cessent de se toucher de quelque manière, ou immédiatement ou médiatement. Or l'espace suppose l'extension, et pareillement le contact corporel requiert une surface étendue. Il faut donc conclure à l'existence d'un principe qui est la racine de l'étendue, et partant matériel, puisque matière et étendue sont des concepts inséparables. Ce principe est permanent, comme le prouve la loi des poids : quel que soit le changement intervenu, le poids est demeuré le même, ce qui suppose un principe aussi immuable avant qu'après la mutation. Et, comme la série des accidents, phénomènes, changements, mouvements, activités, ne peut pas reposer sur le vide, il faut dire encore que cet élément est substantiel, pour être le premier support de ce flux incessant.


III Existence d'un principe formel.

Mais ce principe matériel ne suffit pas : l'expérience et le raisonnement réclament un autre principe substantiel, formel et dynamique, pour expliquer l'unité, la fixité, l'activité des vivants. Est-il possible de ne pas reconnaître dans l'animal une force interne, qui maintient l'être tout entier, qui dirige toutes ses énergies vers une fin unique, pour sa conservation et sa perfection, et qui, malgré la multiplicité et la composition de l'élément matériel, produit les phénomènes d'une sensation simple et indivisible, comme la vision, l'appétition, en un mot toute la vie psychologique de l'animal ?
Que remarquons-nous aussi dans la plante ? Une tendance intérieure qui régit les diverses parties, les coordonne, le fait contribuer au bien de tout l'organisme. Le terme de cette activité demeure dans la plante elle-même; c'est la plante qui bénéficie de son travail; en agissant, elle évolue, se parfait, et le dernier terme de cette évolution devient sa parure et sa couronne. La matière, qui change constamment et qui au bout de quelque temps est renouvelée tout entière dans le même vivant, n'explique pas cette fixité et cette unité spécifique. A moins de nier la réalité de la vie ou la distinction réelle entre les corps vivants et les corps inanimés, il faut admettre un principe substantiel et spécifique, source de cette unité et que nous appellerons la forme substantielle.
Pour les corps inorganiques, l'évidence est moins complète. Toutefois, certains phénomènes constatés, surtout dans les cristaux, semblent confirmer la thèse thomiste. Le cristal est régi par une force mystérieuse qui groupe et ordonne les diverses molécules selon un type spécifique et invariable, de telle sorte que, si les angles du cristal viennent à être lésés, ou brisés, ils sont réparés infailliblement selon le même type constant. Cette énergie interne ne serait-elle pas le principe substantiel et formel d'Aristote et de saint Thomas ? Des savants de grande envergure n'ont pas craint de l'affirmer. « Ainsi, la cristallographie, écrivait l'illustre de Lapparent, donnerait raison à l'opinion philosophique exprimée dès le treizième siècle par le puissant génie de saint Thomas d'Aquin (72). »
(72) : A. de Lapparent, cours de minéralogie, p. 68.

D'une manière universelle et pour tous les corps, les propriétés irréductibles nous font conclure à deux principes irréductibles : les unes se rattachant à la quantité et révèlent l'existence du principe substantiel formel. Ici encore, la science peut prêter la main à la scolastique. « Nous voici donc obligé de recevoir en notre Physique autre chose que les éléments purement quantitatifs dont traite le géomètre, d'admettre que la matière a des qualités ; au risque de nous entendre reprocher le retour aux vertus occultes, nous sommes contraints de regarder comme une qualité première et irréductible ce par quoi un corps est chaud ou éclairé, ou électrisé, ou aimanté ; en un mot, renonçant aux tentatives sans cesse renouvelées depuis Descartes, il nous faut rattacher nos théories aux notions les plus essentielles de la Physique péripatéticienne (73). »
(73) : P. Duhem, Evolution de la mécanique, pp. 197-198.



IV. Ce qui est définitivement acquis.

Présentée sous cette forme générale, que la Sacrée Congrégation fait sienne, et sans descendre aux applications qui ne sont pas l'essence du système, la doctrine thomiste peut être appelée certaine, comme une conclusion du sens commun. Les données essentielles sont définitivement acquises et inébranlables :
  1. il faut dans les corps, outre la matière, la quantité, le mouvement, reconnaître un principe formel et dynamique et des qualités permanentes ;
  2. la matière est indestructible : rien ne se perd ;
  3. la forme n'est pas tirée du néant, mais du sujet potentiel qui la contenait et qui la reçoit : rien ne se crée [de soi-même. – Précision, comme toutes celles entre crochets, de JP B.].
La Sacrée Congrégation ne parle pas des mutations substantielles ; mais la doctrine est indiscutable au moins pour le composé humain et pour les animaux, car tout le monde constate une différence essentielle entre un vivant et un cadavre. On peut aussi l'appeler certaine par rapport au monde végétal : les phénomènes qui font naître et mourir la plante, qui produisent le chêne gigantesque et le réduisent un jour en poussière sont bien des changements qui atteignent la substance même. Partout où il y a passage de vie à mort, comme de mort à vie, il y a mutation substantielle.
La preuve n'est pas si décisive pour les corps inorganiques; mais les propriétés irréductibles que la science constate dans le nouveau composé nous autorisent à conclure qu'ici encore un changement substantiel est intervenu.
Le système aristotélicien et thomiste est la meilleure explication de nos dogmes catholiques sur l'union de l'âme avec le corps, la nature humaine du Christ, la présence réelle dans l'Eucharistie et la transsubstantiation (74) ; car tout cela suppose matière, forme, union substantielle et changement substantiel.
(74) : C'est pour expliquer la réalité et l'unité de la nature humaine dans le Christ que le concile de Vienne (1311) définit que l'âme intellectuelle est véritablement, par elle-même, et essentiellement, la forme du corps humain. Le Fils de Dieu a pris les deux parties de notre nature unies ensembles, de telle sorte que restant vrai Dieu, il est devenu vrai homme. Cf. Denzinger, 480, 481.

Nous aurons à rappeler plus loin certains documents ecclésiastiques à propos de l'âme humaine; mais nous voulons citer un nouveau témoignage du savant P. Duhem : « Peu à peu cependant, et par le fait même de ce développement, les hypothèses mécanistes se heurtent de toutes parts à des obstacles de plus en plus difficiles à surmonter. Alors la faveur des physiciens se détache des systèmes atomistiques, cartésiens ou newtoniens, pour revenir à des méthodes analogues à celles que prônait Aristote. La Physique actuelle tend à reprendre une forme péripatéticienne (75). »
(75) : P. Duhem, Le Mixte, p. 200. - Pour une étude plus complète, voir Nys, Cosmologie ; Farges, Matière et Forme, etc., et notre Cursus Philos. Thomist., t. II, Tract. II.


R.P. Édouard HUGON


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Jean-Paul BONTEMPS
 
Pour la plus grande gloire de Dieu et l’honneur de Notre-Dame, par le triomphe de notre Mère la Sainte Église Catholique, Une et Apostolique, laquelle est traditionnelle (telle qu'avant le conciliabule vaticandeux) et non moderniste.
 
« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)


Dernière édition par JP B le Sam 2 Juin - 11:20, édité 2 fois (Raison : Modification du titre : ajout de "& entre puissance et acte" ; ajout d'une parenthèse de précision pour le mot "analogie".)
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JP B
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MessageSujet: Re: Distinction entre matière et forme & entre puissance et acte   Jeu 27 Jan - 16:32

St Robert BELLARMIN S.J. (De Romano Pontifice livre 2, chapitre 30, rappelé de multiples fois un peu partout)
a écrit:
[…] lorsque les cardinaux créent le Pontife, ils n'exerce pas leur autorité sur le Pontife lui-même, puisqu'il n'existe pas encore, mais sur la matière, c'est-à-dire sur la personne, qu'ils disposent en quelque sorte par l'élection, pour qu'elle reçoive de Dieu la forme du Pontificat […]
Very Happy

Tout le monde se souvient comment, quand nous parlions de la distinction "matérialiter / formaliter", nous étions (et sommes souvent toujours) l'objet de la risée ridicule des ignares... No !

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MessageSujet: Re: Distinction entre matière et forme & entre puissance et acte   Mar 27 Déc - 15:28

Voir

  1. ici,

  2. ,

  3. ce message

    et, pour être complet,

  4. celui-ci.

(Ces messages sont les uns à la suite des autres.)

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MessageSujet: Re: Distinction entre matière et forme & entre puissance et acte   Mer 16 Mai - 15:41

Nous avons vu, au tout début du premier message de ce fil, que la THÈSE VIII des 24 thèses thomistes approuvées par le Pape Saint Pie X au travers du décret de la Sacré Congrégation des études, énonce « Creatura vero corporalis est quoad ipsam essentiam composita potentia et actu; quae potentia et actus ordinis essentiae materiae et formae nominibus designantur. » (La créature corporelle est, quant à l'essence elle-même, composée de puissance et d'acte ; cette puissance et cet acte dans l'ordre de l'essence sont désignés par les noms de matière et de forme.)

Il convient peut-être d’approfondir ces notions, et cette distinction, de PUISSANCE et d’ACTE.
C’est ce que nous ferons ci-dessous.

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« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)
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MessageSujet: Re: Distinction entre matière et forme & entre puissance et acte   Mer 16 Mai - 16:03


PRINCIPES DE PHILOSOPHIE


L
ES VINGT-QUATRE THÈSES THOMISTES


par le R.P. Edouard HUGON, O.P.

MAÎTRE EN THÉOLOGIE, PROFESSEUR DE DOGME AU COLLÈGE PONTIFICAL "ANGÉLIQUE" DE ROME,
MEMBRE DE L'ACADÉMIE ROMAINE DE
ST THOMAS D'AQUIN.



EXTRAITS


PREMIERE PARTIE
L'ONTOLOGIE
CHAPITRE IER : LA PUISSANCE ET L'ACTE.

THÈSE I.

« Potentia et actus ita dividunt ens, ut quidquid est vel sit actus purus, vel ex potentia et actu tamqam primis atque intrinsecis principiis necessario coalescat. »
La puissance et l'acte divisent l'être de telle sorte que tout ce qui est ou bien soit acte pur, ou bien soit composé nécessairement de puissance et d'acte comme principes premiers et intrinsèques.
(Cette proposition est contenue ouvertement dans les œuvres de St Thomas, non seulement dans la Somme, où il est dit : « Cum potentia et actus dividant omne ens et omne genus entis », I P., q. 77, a. 1, mais encore dans Metaphys., lib. VII, lect. I ; lib. IX, lect. I, lect. IX.)


Ces notions sont les plus universelles de la philosophie, et elles se fondent sur l'expérience et le sens commun.

Parmi les choses que nous atteste le sens commun, il en est qui peuvent être et ne sont pas encore, et il en est qui sont déjà. Ce qui peut être est en puissance, ce qui est déjà est en acte : l'enfant d'un jour est philosophe en puissance, l'écrivain qui vient de publier un traité de métaphysique est philosophe en acte ; le marbre peut devenir une belle vierge, il est statue en puissance ; le ciseau de l'artiste en a tiré le chef d'œuvre, le marbre est statue en acte ; le candidat au mandat législatif est député en puissance, l'élu est député en acte.

Ainsi la puissance et l'acte se définissent par leurs rapports mutuels : la puissance est comme une capacité, une ébauche, un commencement, l'acte est le complément ; la puissance est ce qui demande à être perfectionné, l'acte est la perfection ou ce qui la donne.

Aristote définit la puissance : le principe d'agir ou de recevoir. (Cf. Aristot. II, III, VII, VIII Physic. et IX Metaphys. ; St Thom., Comment. in Aristot., loc cit.) Le principe désigne non pas une simple possibilité ou une pure non-répugnance à exister, mais une capacité réelle (*) dans un sujet réel. La simple possibilité est appelée puissance logique ou objective[/i] ; la capacité réelle est une puissance subjective [c'est-à-dire du sujet]. Le feu est un principe d'agir, en causant la chaleur ; l'eau est un principe de recevoir, puisqu'elle prend la chaleur du feu. La puissance d'agir est active, la puissance de recevoir est passive. L'une et l'autre est réelle et principe de l'acte : la première est le principe dont l'acte émane ; la seconde, le principe dans lequel l'acte est reçu. La seconde est imparfaite, parce que recevoir suppose que l'on manque ; la première est, en soi, perfection, parce que, pour agir, il faut avoir déjà l'acte que l'on donne. De là cet axiome de St Thomas : Dans la mesure où l'on est en acte et parfait, on est principe actif ; unumquodque secundum quod est actu et perfectum, secundum hoc est principium activum alicujus. (S. Thom., I. P., q. 25, a. 1.) La seconde est donc seulement puissance, la première est déjà un acte dont dérive l'opération ou l'effet ; c'est pourquoi la seconde répugne à Dieu, mais non pas la première.
(* : Les soulignés en italiques sont d’origine ; ceux en gras ou/et d’un trait (hormis les titres) sont de JP B. Cette précision ne sera pas répétée. Cette note est de JP B ; toutes les autre, sauf précision contraire, sont d’origine.)

C'est de la dernière qu'il est principalement question dans la thèse présente.

Celui qui reçoit manquait d'une perfection, il a passé d'un état à un autre en l'acquérant : il a donc changé. D'où il suit que la puissance est le principe du changement, de la mutation ou du mouvement, car changer c'est se mouvoir d'un état à un autre. Et, puisque le sujet ne saurait jamais se donner ce qu'il n'a pas, il doit recevoir cette mutation d'un autre qui, pour le faire passer à une condition nouvelle, doit être en acte lui-même, et partant distinct de celui qu'il meut.
(De là cette définition de la puissance active donnée par Aristote : Principium mutationis ab ALIO, in quantum est ALIUD, le principe de la mutation par un autre, en tant qu'il est autre. IV Physic. cf. S. Thom., in h. I.)

On voit donc que l'idée de puissance suggère celle de mobile, et l'idée d'acte comporte celle de moteur.
(Cf. Mgr A. Farges : Théorie fondamentale de l'acte et de la puissance, du moteur et du mobile.)

Et c'est précisément la réalité du mouvement qui nous convainc que la puissance et l'acte ne sont pas de simples vues de l'esprit. Dans l'antiquité, l'école d'Elée nia la réalité de la puissance passive ; à notre époque, les partisans de F. Herbart et les idéalistes exagérés semblent la confondre avec la pure possibilité. Les faits les plus tangibles donnent aux uns et aux autres un éclatant démenti. La nature entière est le théâtre du mouvement, les merveilles de la mécanique moderne, les progrès de l'industrie humaine proclament, avec la réalité du mouvement, la réalité de la puissance et de l'acte. L'oxygène et l'hydrogène, avant d'être unis, n'étaient pas l'eau, et l'eau n'a pas été tirée du néant : ils étaient donc l'eau en puissance réelle ; la graine n'était pas la plante et cependant la plante est sortie réellement de la graine ; l'embryon n'était pas l'enfant, l'enfant n'était pas le héros qui vient de gagner la bataille, et pourtant il y a eu passage réel d'un état à un autre. Il y avait donc capacité ou puissance réelle d'évoluer ainsi ; Il a fallu également une énergie, une activité, en un mot, un acte, pour réaliser le passage. Dès lors, nier la réalité de la puissance et de l'acte, c'est nier la réalité de la vie, du progrès dans l'humanité, nier l'expérience, se nier soi-même, nier l'univers et le sens commun.
(Pour une étude plus complète, on pourra consulter le livre cité de Mgr Farges et le grand ouvrage du P. Kleutgen, La Philosophie scolastique, t. 1, c. 1, a. 3.)

Nous sommes ainsi amenés peu à peu à comprendre la porté de l'axiome qui est la première thèse approuvée par la Sacrée Congrégation : « La puissance et l'acte divisent l'être de telle sorte que tout ce qui est ou bien soit acte pur, ou bien soit composé nécessairement de puissance et d'acte comme principes premiers et intrinsèques. »

L'acte pur veut dire celui qui n'est nullement mélangé avec la puissance. Or, l'acte peut être mélangé de deux manières. Ou bien parce qu'il est reçu dans une puissance, comme l'âme dans le corps, la volonté dans l'âme, la vertu dans la volonté ; ou bien parce qu'il reçoit un acte ultérieur ; ainsi l'essence angélique n'est pas reçue dans un corps, mais elle reçoit l'être, elle reçoit des facultés, elle reçoit des opérations ; et, précisément, parce qu'elle reçoit ou peut recevoir, elle est en puissance à ces perfections qu'elle attend comme sa couronne. L'acte pur et donc celui qui n'est point reçu et, donc, qui n'a point de limitation par en bas, et qui ne peut rien recevoir, et, donc, n'a point de limitation par en haut. (L'acte pur est appelé, à juste titre, par les scolastiques, actus irreceptus et irreceptivus, l'acte inreçu et irrecevable. Cf. notre Cursus Phylosophiae Thomisticae, t. V, p. 41 et ss.) Il ne saurait donc ni perdre ni acquérir, il ne comporte ni parties, ni divisions, ni changement. Parce qu'il est acte, il est perfection ; parce qu'il est pur, il exclut tout élément étranger, il est tout entier lui-même et tout entier immuable et parfait. Son nom est celui que prononce tout âme naturellement chrétienne : c'est le Dieu béni dans tous les siècles.

En dehors de Dieu, tout être est mélangé, parce qu'il est muable, capable de perdre et d'acquérir : il y a donc en lui l'élément potentiel, qui est précisément le terme ou la perfection dont l'autre a besoin. La puissance et l'acte sont ainsi les premiers et nécessaires principes dont tout être muable est constitué : impossible d'en concevoir d'autres qui soient plus universels et plus intimes au sujet. Ils sont donc appelés très justement : primis atque intrinsecis principiis, les principes premiers et intrinsèques.

Telle est la première grande division de l'être : la puissance est comme le genre, le principe déterminable ; l'acte est comme la différence, le principe déterminant.

Saint Thomas ajoute que la puissance et l'acte divisent tout genre d'être : omne ens et omne genus entis (Tout être et tout genre d'être. S. Thom., I. P., q. 77, a. 1.), c'est-à-dire que cette composition de puissance et d'acte est commune à toutes les catégories, à la substance comme à l'accident, de telle sorte que l'être substantiel est composé nécessairement de puissance substantielle et d'acte substantiel, et l'être accidentel est composé nécessairement de puissance accidentelle et d'acte accidentel. La puissance étant l'ébauche et le commencement, l'acte le terme et le complément, tous les deux doivent s'adapter, s'ajuster, se mesurer, s'unir étroitement, pour former un seul tout. Il est clair qu'il n'y aurait pas d'adaptation s'ils étaient dans un ordre différent : une puissance substantielle ne saurait être complétée que par un acte digne d'elle, c'est-à-dire substantiel ; et il est manifeste, d'autre part, qu'une puissance purement accidentelle ne saurait porter un acte substantiel : l'hypothèse se détruit d'elle-même.

Telle est la portée de l'axiome thomiste : Potentia et actus sunt in eodem genere (la puissance et l'acte sont dans le même genre). Les applications en sont innombrables : ainsi, la matière première, puissance substantielle, est complétée par la forme, qui est un acte substantiel ; nos facultés, puissance accidentelles, sont complétées par les actes accidentels, qui sont les opérations. Ce principe nous fournit donc l'argument décisif pour démontrer la distinction réelle entre l'âme et ses facultés : puisque l'acte (c'est-à-dire notre opération) est accidentel, la puissance dont il procède immédiatement ne saurait être substantielle. Il faut dès lors conclure que la substance créée n'opère point directement et immédiatement par elle-même, mais par des accidents ou des facultés réellement distinctes d'elle. Nous reviendrons sur cette question à propos de la thèse XVII, mais il fallait signaler dès maintenant cette application, qui fait voir déjà la richesse du premier axiome.
(Nous exposons toutes ces théories dans notre Cursus Phylosophiae Thomisticae, t. III, p. 208 et ss. ; t. V, p. 43 et ss. ; t. VI, p. 158 et ss.)

La seconde thèse va le préciser, en rappelant que l'acte est par lui-même illimité et infini et que la limite et la multiplicité viennent de la puissance.

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Jean-Paul BONTEMPS
 
Pour la plus grande gloire de Dieu et l’honneur de Notre-Dame, par le triomphe de notre Mère la Sainte Église Catholique, Une et Apostolique, laquelle est traditionnelle (telle qu'avant le conciliabule vaticandeux) et non moderniste.
 
« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)
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MessageSujet: Re: Distinction entre matière et forme & entre puissance et acte   Mer 16 Mai - 16:46


THÈSE II.

« Actus, utpote perfectio, non limitatur nisi per potentiam quae est capacitas perfectionis. Proinde in quo ordine actus est purus, in eodem non nisi illimitatus et unicus existit; ubi vero est finitus ac multiplex, in veram incidit cum potentia compostionem. »
L'acte, parce qu'il est perfection, n'est limité que par la puissance, qui est une capacité de perfection. Par conséquent, dans l'ordre où l'acte est pur, il ne peut être qu'illimité et unique ; là où il est fini et multiple, il rentre en véritable composition avec la puissance.
(Voici quelques-uns des passages où saint Thomas enseigne clairement cette doctrine : I Cont. Gent., c. 43 ; I Sent. Dist. 43, q. 2 ; Somme, I P. Q. 7, aa 1 et 2.)

Les explications données au sujet de la première thèse suffisent à faire comprendre celle-ci. L'acte de lui-même, ne dit que perfection ; la limite, au contraire, est imperfection, lacune, privation. Dans l'ordre donc où l'être est acte, il est perfection, et par conséquent sans limites et sans lacune. S'il est borné, cela ne provient pas de lui-même, car la perfection ne saurait engendrer l'imperfection ; cela provient d'un autre, qui est la cause de la limite, parce qu'il n'est pas la perfection, mais une simple capacité de perfection, c'est-à-dire la puissance. Quand l'être est acte tout entier ou acte pur, il est tout entier perfection, et partant sans lacune, sans borne, illimité et infini.

Or, dès qu'il est infini, il est nécessairement unique. En effet, s'il y avait deux infinis réellement distincts, il devrait y avoir dans l'un quelque réalité qui ne serait pas dans l'autre et en vertu de laquelle ils se distingueraient entre eux. Cette réalité qui les différencieraient serait, évidemment, une perfection. Dès lors, l'un d'eux porterait une perfection qui manquerait à l'autre. Mais manquer d'une perfection, c'est manquer de la plénitude de l'être, c'est dépendre de la limite, être arrêté par une borne, être soumis à la puissance, ne plus rester acte pur et parfait. Ainsi, l'hypothèse même de l'acte pur est détruite s'il cesse d'être illimité et unique. (Cf. Saint Thomas, I P., q. 11, a. 3.) L'axiome est donc rigoureux et évident : « In quo ordine actus est purus, in eodem non nisi illimitatus et unicus existit ; dans l'ordre où l'acte est pur, il ne peut être qu'illimité et unique. »

De même que la limite vient de la puissance, qui est, de sa nature, imperfection et restriction, la multiplicité ne peut venir que de l'élément potentiel. Du fait qu'une imperfection est multipliée, elle est divisée, et, par conséquent, bornée ; elle n'est plus tout entière perfection, elle n'est plus indépendante, elle est reçue dans un sujet qui la restreint. Dès lors, il ne saurait y avoir multiplication des actes, des perfections ou des formes que dans la mesure où sont multipliés les sujets qui les reçoivent : ainsi, notre humanité resterait unique s'il n'y avait pas des sujets ou des individus humains pour la multiplier. (On comprend ainsi la portée de cette parole de Saint Thomas : « La forme, quelle qu'elle soit, si on la prend abstraite, en soi, ou rationnellement, est unique dans une espèce unique. » De spiritualibus creaturis. A. 8.) Mais ses sujets sont précisément la capacité réceptive que nous avons appelée puissance.

Partout donc où nous trouvons le fini et le multiple, nous trouvons un acte qui est reçu, nous trouvons une capacité qui le restreint, le divise en le communiquant ; en un mot, nous trouvons la composition réelle de la puissance et de l'acte. Et voilà comment la seconde partie de l'axiome apparaît aussi évidente que la première : « Ubi vero est finitus ac multiplex, in veram incidit cum potentia compostionem. Là où l'acte est fini et multiple, il rentre en véritable composition avec la puissance. »

L'expérience quotidienne nous montre partout autour de nous, la multiplicité et le fini (voir note d’origine ci-dessous) ; et de ces réalités tangibles nous montons, comme des effets à la cause, du mouvement au Moteur immobile, du fini à l'Infini, du multiple à l'Un, que nous appelons Dieu.
(Pour connaître le fini point n'est besoin d'avoir la notion de l'infini, il nous suffit de voir les êtres tels qu'ils sont réellement autour de nous ; or l'expérience nous fait tout de suite découvrir en eux des imperfections, des lacunes, des limites. De tout cela nous tirons infailliblement la notion du fini. Cf. notre Cursus Philos. Thomist., t. IV, p. 75, et ss; 115, ss, et t. V, p. 186 et ss.)

[…]

(Pour une étude plus complète de la Puissance et de l'Acte, on pourra consulter : Mgr Farges, Théorie fondamentale de l'acte et de la puissance, du moteur et du mobile ; Domet de Vorges, L'Acte et la Puissance, dans les Annales de philosophie chrétienne, août 1886 ; Card. Mercier, Ontologie ; Kauffman, Etude de la cause finale dans Aristote, traduction du P. Deiber, O.P. ; Baudin, L'acte et la puissance dans Aristote, Revue Thomiste, 1899, 1900 ; P. Gardeil, O.P., art. Acte dans le Dict. Théol. Cathol. ; notre Cursus Phylosophiae Thomisticae, t. V, p. 29-50.)


R.P. Édouard HUGON


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MessageSujet: Re: Distinction entre matière et forme & entre puissance et acte   Mer 16 Mai - 17:59



Les XXIV thèses et les erreurs contemporaines
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par TAILHADES


Deux erreurs également fausses sont réfutées par ces deux premières thèses. La première, que soutint Parménide (504-450 av. JC) reprise par le juif Spinoza (1632-1677), consiste à dire que seul l'être en acte existe, le mouvement et le changement sont des illusions. L'erreur se résume ainsi : Si un être arrive à l'existence, il provient ou de l'être ou du néant, il n'y a pas de milieu ; or il ne peut provenir de l'être, comme la statue ne peut provenir de la statue qui est déjà ; il ne peut non plus provenir du néant, car du néant rien ne se fait. Par conséquent, « L'être est, le non-être n'est pas, on ne sortira pas de cette pensée »** dit Parménide. Ce qui n'est pas vu c'est bien évidemment l'autre co-principe de l'être, l'être en puissance, qui est la possibilité que possède l'être d'exister autrement qu'il n'est actuellement.
** : Ne dirait-on pas l’argumentation d’un certain Gérard ?… – Note de JP B. (Les notes numérotées sont d’origine.)

La deuxième erreur consiste à dire que c'est l'être lui-même qui n'existe pas, seul le mouvement serait réel. Défendront ce système, parmi les anciens, Héraclite (540-480 av. JC), et de nos jours les pères du marxisme-léninisme comme Hégel (1770-1831) et Lénine (1870-1924) juif par sa mère ; mais aussi Bergson (1859-1941), également juif, qui, à cause d'un vocabulaire spiritualiste, contribuera à engendrer la génération de chrétiens de gauche qui a abruti notre XXe siècle avec le soutien indéfectible quoique occulte d'autres comme Sertilanges22. Notons en passant à titre d'exemple, que le Dr Alexis Carrel dont la réputation est grande dans les milieux anticoncilaires (ou supposés tels), n'avait d'autre philosophie que celle de Bergson – d'où les gigantesques lacunes et erreurs grossières dont sont parsemé ses ouvrages.
22 : Signalons, pour illustrer ce fait, l'anecdote suivante. Dans un vieux volume que nous possédons du commentaire de la Somme du P. Pègues, dans une page où celui-ci faisait une réflexion sur l'évolutionnisme de Bergson, l'ecclésiastique ancien propriétaire de l'ouvrage écrivait dans la marge sans se démonter le moins du monde : « Pègues est absurde, il n'a rien compris à Bergson. L'évolution de Bergson est une évolution où il y a création et non une évolution qui crée. » Et où donc notre bergsonien va-t-il chercher ce mensonge évident ? « C'est Bergson qui l'a dit au P. Sertilanges ». Or, de deux choses l'une : soit Bergson a raconté à Sertilanges le contraire absolu de ce qu'on lit dans L'évolution créatrice, et il n'était pas difficile à Sertilanges de s'en rendre compte, soit, plus probablement quand on connaît le personnage, celui-ci a créé de toutes pièces une fable qui, en tout état de cause, ne peut rien changer à ce qu'a réellement écrit Bergson, et que le P. Pègues, comme tout un chacun qui sait lire, avait parfaitement compris.

La “philosophie” de Bergson était ainsi résumée par son auteur : « Le philosophe, faisant table rase de tout ce qui n'est qu'un symbole imaginatif, voit le monde matériel se résoudre en un simple flux, une continuité d'écoulement, un devenir… » (L'évolution créatrice). Pur délire imaginatif, le système de Bergson n'est qu'un alignement de mots, une vaste et creuse métaphore, comme l'écrivait le R.P. Pègues 23. Bergson est héritier de Descartes (dont nous reparlerons plus loin), qui avait réduit l'être à l'étendue, simple accident de la quantité. Ainsi, déjà réduit par Descartes à un simple accident d'accident (la quantité est un accident de l'être corporel), l'être substantiel se restreint au temps, à la durée, avec Bergson. En effet, le temps est la mesure du mouvement, lui-même mesure de l'étendue, elle-même accident de la quantité qui n'est qu'un accident de l'être corporel. Aussi, en réduisant l'être substantiel en « une continuité d'écoulement, un devenir » Bergson en fait en quelque sorte un accident à la puissance-2.
23 : Commentaire littéral de la Somme Théologique de St Thomas, t. III, p. 319.

La pseudo-philosophie de Bergson n'est donc qu'un verbiage creux qui hélas, eut le triste don de plaire à une phalange d'ecclésiastiques qui la préféraient, et de beaucoup, à la vérité « dépassée et simpliste » de St Thomas. Et pour ceux qui y résistèrent, survint Maritain qui, de nos jours encore (à Écône notamment) distille de manière occulte les erreurs de Bergson “reformulées”. « Si jamais on tachait d'isoler et de libérer le bergsonisme d'intention, écrivait Maritain pour “faire passer la couleuvre”, il semble que passant à l'acte il irait délivrer et ordonner ses puissances dans la grande sagesse de St Thomas » 24, résume le programme de ce soi-disant philosophe thomiste.
24 : In Philosophie bergsonnienne.

L'importance de ces deux premières thèses est capitale et leur assimilation est absolument nécessaire pour comprendre la philosophie enseignée par St Thomas. Toutes les autres notions d'ontologie en dépendent (de ontos en grec, qui signifie l'être ; l'ontologie est l'étude de l'être en lui-même, de l'être en tant qu'être). L'essence et l'existence, la substance et les accidents, la matière et la forme, que nous verrons dans les sept thèses suivantes, dépendent de ces deux notions et sont pour chaque couple de principes l'un la puissance l'autre l'acte : l'essence est la puissance dont l'existence est l'acte ; la substance est la puissance dont les accidents sont les actes ; la matière est la puissance dont la forme est l'acte. On verra également que la faculté est la puissance dont l'opération est l'acte, etc..

D'où l'importance de bien comprendre également que la puissance et l'acte sont deux co-principes d'être réellement distincts, absolument irréductibles l'un à l'autre. Et c'est là, la première et la principale raison qui distingue le Créateur des créatures : Dieu est acte pur, la créature est nécessairement composée de puissance et d'acte. Voilà qui ruine le panthéisme, Dieu ne peut en aucun cas être l'âme du monde, ni la nature être une émergence ou une partie de Dieu. La nature est créée, c'est-à-dire sortie du néant par la puissance active infinie de Dieu.

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MessageSujet: Re: Distinction entre matière et forme & entre puissance et acte   Jeu 17 Mai - 21:53

Il y a plusieurs façon d’être panthéiste :
  • L’une consiste à dire que tout (l’univers) est Dieu Lui-même ;

  • l’autre à dire, comme Spinoza, que tout est en Dieu.

Les deux sont également fausses :
La première, tous les Catholiques le comprennent aisément.
La seconde est plus spécieuse en raison de sa présentation plus captieuse, plus attrayante pour les catholiques, et, pour ce motif, elle est plus dangereuse.

Si avec le “spinozisme”, comme il est dit dans cette citation, « Dieu étant l'Un, unifie toutes choses et tout être en Lui » ;
si, puisque « La substance divine est une […] tout est un : le monde et Dieu, l'étendue et la pensée, la volonté et l'intelligence, l'âme et le corps... sont un » quoiqu’on dise qu’ils ne sont « pas identique » ;
si « il n'y a qu'une seule substance, Dieu » ;
alors l’Univers ne jouit pas d’une existence contingente mais, comme Dieu, l’Univers jouit de l’existence même de Dieu : de l’existence nécessaire ! Dieu n’est plus, seul, l’Être même, l’être transcendant : il comprend tout, et, de ce fait, tout participe pleinement à son existence même…

Quoiqu’on en proteste, il y a alors identité entre l’Univers et Dieu ; l’Univers EST Dieu ; il n’y a plus de mouvement car, alors, avec cette “philosophie”, l’Univers est acte pur et il n’y a plus rien en puissance en lui puisqu’il est en acte en Dieu !…

La prétendue différence entre le panthéisme ordinaire et le “spinozisme” n’est qu’un sophisme : elle n’est qu’apparente et ne réside, non pas dans une différence substantielle et spécifique, mais dans l’accident qui fait que, comme il a été dit plus, la seconde voie (le “spinozisme”) est plus dangereux pour les Catholiques.

Spinoza, en réalité, est un parfait panthéiste.

Le panthéisme ordinaire remonte, avec le stoïcisme en particulier, à la Grèce antique ; le “spinozisme” fut inventé dans l’époque moderne par nos «frères aînés», à qui Spinoza appartient*, pour combattre le catholicisme.

* « Issu d'une famille juive marrane portugaise ayant fui l'Inquisition » (Wikipédia), il en est un parfait exemple, se prenant pour le centre du monde comme le montre la citation rapportée par Luernos : « Spinoza n'attend pas d'amour de Dieu, il n'attend rien, il vit », il est ainsi Dieu lui-même !…

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MessageSujet: Re: Distinction entre matière et forme & entre puissance et acte   Ven 25 Mai - 17:45

On peut voir, avec l’exposition donnée ici de la 3e thèse des XXIV thèses thomistes, sur la distinction entre l’essence et l’existence, combien est fausse cette citation attribuée au “spinozisme”, « Dieu étant l'Un, unifie toutes choses et tout être en Lui […] La substance divine est une […] tout est un : le monde et Dieu, l'étendue et la pensée, la volonté et l'intelligence, l'âme et le corps... sont un […] il n'y a qu'une seule substance, Dieu », contredite par ces lignes du R.P. Édouard HUGON :
Citation :

[…]

Cette thèse [la 3e : « C'est pourquoi dans la raison absolue de l'être lui-même, Dieu seul subsiste, seul entièrement simple ; toutes les autres choses qui participent à l'être ont une nature qui restreint l'être, et sont constituées d'essence et d'existence comme principes réellement distincts. »] n'est qu'une application de la doctrine déjà établie sur la puissance et l'acte. Une fois admis que Dieu est l'acte pur, il est manifeste qu'il est tout entier perfection, tout entier être, la plénitude de la perfection de l'être, et donc l'Etre subsistant. Il n'est restreint par aucune limite, sans quoi il serait soumis à la puissance ; il n'a pas d'égal, sans quoi il manquerait d'une perfection que porterait cet égal, et dès lors il est absolument unique ; entièrement simple, puisqu'il est pur de tout mélange et de toute composition. La première partie de la thèse, qui se rapporte à Dieu, est suffisamment démontrée. La créature, au contraire, précisément parce qu'elle est composée de puissance et d'acte, n'est pas tout entière être ou perfection : l'être est chez elle restreint et mesuré, du fait qu'il n'est pas subsistant, mais reçu dans un sujet qui le divise et l'amoindrit. […]
  1. en Dieu nulle place pour la distinction réelle, par cela même qu'il est l'Acte pur ;
  2. dans les créatures, il y a manifestement distinction réelle entre l'essence à l'état idéal et abstrait et l'essence concrète actuelle ;
  3. il y a pour le moins une distinction de raison entre l'essence actuelle et l'existence.

[…] "Pour quiconque connaît l'histoire de la métaphysique, écrivait le cardinal Lorenzelli (Lettre du cardinal Lorenzelli au P. Del Prado, O.P., Revue Thomiste, 1912, p. 66 ss), au moins depuis Aristote jusqu'à Séverin Boèce, depuis Avicenne jusqu'à saint Thomas, surtout pour quiconque a lu et compris la Somme Théologique, cette thèse est précisément le principe fondamental de toute la vraie science touchant Dieu et les créatures, l'ordre naturel et surnaturel, telle que nous l'a enseignée le Docteur Angélique...
"Or donc toute la première partie de la Somme traite, comme on le sait, de Dieu, Un et Trine, de la création, des anges, de l'âme, de l'homme tout entier et du monde. Plus que toutes les autres parties, elle est bâtie, comme sur un principe premier qui lui sert de fondement, sur la vérité de l'identité entre l'essence et l'existence en Dieu, de la distinction réelle entre l'essence et l'existence dans tous les êtres subsistants autres que Dieu. C'est que cette réelle distinction et cette réelle identité servent de soutien et de base première à tous les autres principes moins universels ; ils donnent à toutes les conclusions qui en découlent une inébranlable fermeté. Donc, en combattant ou simplement en omettant ce premier et universel principe, ce n'est pas une opinion qu'on écarte, ce n'est pas une simple conclusion qu'on abandonne : on sort tout à fait de l'école de saint Thomas."

[…] Voilà bien notre présente thèse : parce que Dieu est la simplicité absolue ou l'acte pur, en lui l'essence et l'existence n'admettent qu'une distinction de raison ; parce que les créatures sont toutes composées de puissance et d'acte, en elles, l'essence et l'existence différent réellement.

[…] "Tous les négateurs de la distinction réelle entre l'essence et l'existence commencent par poser comme principe indiscutable que l'essence réelle d'un être n'est réelle que par son existence. Evidemment il faut conclure à l'identité de l'existence et de l'essence. Mais, au lieu de partir de cette assertion comme d'un axiome indubitable, ils devraient la prouver ; et ils n'y songent point ; toutes leurs arguties se réduisent donc à une vaste pétition de principe." (Cyrille Labeyrie, Dogme et Métaphysique, pp. 178-179.)

(Souligné en gras ou/et d'un trait par JP B.)

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MessageSujet: Re: Distinction entre matière et forme & entre puissance et acte   Mer 20 Juin - 3:11

Toujours contre le “spinozisme”, voir la note* à propos de cette phrase du R.P. Hugon : « L'hypothèse qu'elle serait [l'âme humaine] une parcelle de la substance divine répugne à la spiritualité de l'âme et fait injure à la simplicité de Dieu. »

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MessageSujet: Re: Distinction entre matière et forme & entre puissance et acte   Aujourd'hui à 20:21

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