Tradition Catholique (Sede Vacante)

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 Saint Augustin + contre les Ariens

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MessageSujet: Saint Augustin + contre les Ariens   Sam 26 Fév - 14:43

DOCTRINE DES HERETIQUES ARIENS


(354 + 430)



I. Notre-Seigneur Jésus-Christ est Dieu Fils unique, le Premier-né de toute la création;

II. Formé par la volonté de Dieu son Père avant tous les siècles.

III. Obéissant à la volonté et au commandement de ce même Père, il a, par sa propre puissance, donné l'être aux choses célestes et terrestres, visibles et invisibles, aux corps et aux esprits qui n'existaient en aucune manière.

IV. Avant qu'il eût fait l'univers, il était établi Dieu et Seigneur, Roi et Créateur de toutes les choses futures, dont il avait une prescience naturelle, et dans l'exécution desquelles il attendait toujours les ordres de son Père; c'est lui aussi qui, par là volonté et le commandement du Père, est descendu du ciel et est venu en ce monde, comme il le dit lui-même : « Car je ne suis point venu de moi-même, mais c'est lui qui m'a envoyé (Jean, VIII, 42) ».

V. Et parce que, parmi tous les degrés des êtres spirituels et raisonnables, l'homme paraissait en sa qualité d'être corporel et fragile, un peu abaissé au-dessous des anges (Ps. VIII, 6) ; de peur qu'il ne se regardât comme une chose sans prix et qu'il ne désespérât de son salut, le Seigneur Jésus, pour honorer son ouvrage, a daigné prendre un corps humain, et il a montré que l'homme n'est point une chose vile, mais précieuse, suivant cette parole de l'Ecriture : « L'homme est grand et précieux (Prov. XX, 6, suiv. les Sept) ». Et il a daigné ainsi rendre héritier de son Père, l'homme seul, comme son propre cohéritier, afin de compenser par cette supériorité d'honneur l'infériorité de la nature humaine.

VI. « Lorsque est venue la plénitude des temps», dit l'Apôtre, «Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme (Gal. IV, 4) ». Celui qui a pris une chair par la volonté du Père, est le même qui a, par la volonté et le commandement de ce même Père, vécu dans un corps, suivant ses propres paroles : « Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui m'a envoyé (Jean, VI, 38)». C'est lui encore qui, baptisé à l'âge de trente ans par la volonté du Père, manifesté par la voix et le témoignage de ce même Père (Luc, III, 21-23), prêchait l'Evangile du royaume des cieux par la même volonté et le même commandement, comme il le déclare : « Il faut que je prêche l'Evangile aux autres villes ; car c'est pour cela que j'ai été envoyé (Id. IV, 43) »; et ailleurs : « Il m'a prescrit lui-même ce que je dois dire, ou ce dont je dois parler (Jean, XII, 49) ». Et ainsi, par la volonté et le commandement du Père, il a marché à grands pas vers sa passion et sa mort, conformément à ces paroles : « Mon Père, que ce calice passe loin de moi ! toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que vous voulez (Matt. XXVI, 38) ». L'Apôtre nous assure pareillement « qu'il s'est fait obéissant au Père jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix (Philipp. II, 8 ) ».

VII. C'est lui encore qui, suspendu à la croix, laissa entre les mains des hommes, par la volonté et le commandement du Père, le corps humain qu'il avait reçu de la sainte Vierge Marie, et qui remit sa divinité entre les mains du Père, en disant : « Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains (Luc, XXIII, 46) ». Car Marie enfanta un corps qui devait mourir, mais Dieu immortel engendra un Fils immortel. La mort du Christ ne fut donc pas un amoindrissement de sa divinité, mais la déposition de son corps. Comme sa génération d'une Vierge ne fut point une corruption de sa divinité, mais bien l'action de prendre un corps; de même aussi dans sa mort, il n'y eut pour sa divinité aucune souffrance, aucune défaillance, mais une séparation d'avec sa chair. Car, si en déchirant un vêtement on fait tort à celui qui en est revêtu, ceux qui crucifièrent son corps outragèrent en même temps sa divinité.

VIII. Celui qui par la volonté et le commandement du Père accomplit fidèlement sa mission, est le même qui ressuscita, toujours par cette volonté et ce commandement, son propre corps d'entre les morts, et qui a été placé par son Père dans la gloire, avec ce même corps, comme un pasteur avec sa brebis, comme un prêtre avec son offrande, comme un roi avec sa pourpre, comme un Dieu avec son temple.

IX. Celui qui par la volonté du Père est descendu et remonté, est le même qui par cette volonté et ce commandement est assis à la droite de ce même Père, et qui entend ces paroles de sa bouche : « Asseyez-vous à ma droite, jusqu'à que je réduise vos ennemis à vous servir de marchepied (Ps. CIX, 1) ». Celui qui par la volonté et le commandement du Père est assis à sa droite, est Celui qui doit, toujours par la même volonté et le même commandement, venir à la consommation des siècles, comme l'Apôtre nous le crie en ces termes : « Et le Seigneur lui-même, dit-il, au commandement et à la voix de l'archange, et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel (I Thess. IV, 15) ». Celui qui doit venir par la volonté et le commandement du Père, est le même qui, par cette volonté et ce commandement, doit juger avec équité le monde entier, et rendre à chacun selon sa foi et ses oeuvres; ainsi qu'il le dit lui-même : « Le Père ne juge personne, mais il a remis tout jugement au Fils »; et encore : « Je juge suivant ce que j'entends; et mon jugement est conforme à la vérité, parce que je ne cherche point ma volonté, mais la volonté de Celui qui m'a envoyé (Jean, V, 22 , 30)». C'est pourquoi lorsqu'il juge, il donne le premier rang à la présence de son Père, et le second à sa propre dignité et à sa puissance divine : « Venez, dit-il, ô bénis de mon Père (Matt. XXV, 34) ». Le Fils est donc le juste juge; mais l'honneur et l'autorité de ses jugements naissent des lois souveraines du Père; et la dignité de juste juge appartient au Fils unique de Dieu, comme l'office d'avocat et de consolateur appartient au Saint-Esprit.

X. Ainsi donc. le Fils est engendré par le Père ; l'Esprit-Saint est fait par le Fils.

XI. Le Fils prêche le Père; le Saint-Esprit fait connaître le Fils.

XII. La première et principale oeuvre du Fils, c'est de faire connaître la gloire de Celui qui l'engendre; la première et principale oeuvre du Saint-Esprit, c'est de manifester aux âmes humaines la dignité du Christ.

XIII. Le Fils rend témoignage du Père; l'Esprit rend témoignage du Fils.

XIV. Le Fils est envoyé par le Père; l'Esprit est envoyé par le Fils.

XV. Le Fils est le ministre du Père; le Saint-Esprit est le ministre du Fils.

XVI. Le Fils reçoit les ordres du Père; le Saint-Esprit reçoit les ordres du Fils.

XVII. Le Fils est soumis au Père; le Saint-Esprit est soumis au Fils.

XVIII. Le Fils agit suivant les ordres du Père ; le Saint-Esprit parle suivant les commandements du Fils.

XIX. Le Fils adore et honore le Père; le Saint-Esprit adore et honore le Fils; voici en effet les paroles du Fils : « Père, je vous ai honoré sur la terre, j'ai consommé l'oeuvre que vous m'avez donnée (Jean, XVII, 4) » ; et parlant du Saint-Esprit : « Il m'honorera, dit-il, parce qu'il recevra de ce qui est à moi, et il vous l'annoncera (Id. XVI, 14) ».

XX. « Le Fils ne peut rien faire de lui-même (Id. V,19) », mais en toute chose il attend le signe de la volonté du Père. L'Esprit ne parle pas de lui- même, mais en toute chose il attend l'ordre du Fils : « Il ne parlera point de lui-même, dit-il, mais tout ce qu'il aura entendu, il le dira, et ce qui doit arriver il vous l'annoncera (Id. XVI, 13) ».

XXI. Le Fils prie le Père pour nous; l'Esprit demande au Fils pour nous.

XXII. Le Fils est l'image vivante et véritable, réelle et parfaite de toute la bonté, de toute la sagesse et de toute la puissance du Père ; l'Esprit est la manifestation de toute la sagesse et de toute la puissance du Fils.

XXIII. Le Fils n'est pas une partie ni une portion du Père, mais son Fils propre et bien aimé, parfait et accompli, et seul engendré. L'Esprit n'est pas une partie ni une portion du Fils, mais la première et principale oeuvre du Fils unique de Dieu avant toute autre chose absolument.

XXIV. Le Père est plus grand que son Fils; le Fils est incomparablement plus grand et meilleur que l'Esprit.

XXV. Le Père est Dieu et Seigneur à l'égard de son Fils; le Fils est Dieu et Seigneur à l'égard de l'Esprit.

XXVI. Le Père a engendré le Fils par sa volonté immuable et impassible; le Fils a fait l'Esprit par sa seule puissance, sans travail et sans fatigue.

XXVII. Le Fils, en tant que prêtre, adore son Dieu; en tant que Dieu et Créateur de toutes choses, il est adoré par tous les êtres; le Père seul n'adore personne, parce qu'il n'a ni supérieur, ni égal qui puisse être l'objet de ses adorations; il ne rend grâces à personne, parce qu'il n'a reçu de bienfait de personne; il a, par sa seule bonté, donné l'être à tout ce qui existe; lui-même n'a reçu l'existence de personne. Telle est donc la distinction de ces trois substances, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, telle est la différence entre ces trois êtres, Dieu non engendré, Dieu Fils unique, Esprit intercesseur : le Père est à la fois Dieu et Seigneur à l'égard de son Fils, et Dieu et Seigneur de tous les êtres qui, conformément à sa propre volonté, ont été faits par la puissance du Fils; le Fils est à la fois le ministre et le souverain Prêtre de son Père, et par la volonté de Celui-ci, Seigneur et Dieu de toutes ses propres couvres.

XXVIII. Et comme personne ne peut aller au Père sans l'intermédiaire du Fils, de même aussi personne ne peut sans le secours du Saint-Esprit adorer le Fils en vérité : c'est donc dans le Saint-Esprit que le Fils est adoré.

XXIX. Le Père est glorifié par le Fils.

XXX. L'oeuvre et l'application constante du Saint-Esprit sont de sanctifier, et de garder ceux qui sont déjà saints ; de sanctifier non-seulement les êtres raisonnables, comme quelques-uns le pensent, mais même plusieurs êtres privés de raison ; de rétablir dans leur ancien état ceux qui sont tombés par leur négligence; d'instruire les ignorants, d'avertir ceux qui sont oublieux ; de reprendre ceux qui pèchent, d'exhorter ceux qui sont paresseux à penser à leur salut et à y travailler avec soin ; de ramener dans la voie de la vérité ceux qui s'en écartent ; de guérir ceux qui sont malades ; de remédier aux faiblesses de la chair par l'ardente vivacité de l'esprit ; d'affermir dans l’amour de la piété et de la chasteté, et de répandre la lumière dans toutes les âmes ; mais surtout de donner à chacun la foi et la charité, à proportion de son zèle personnel et de ses soins diligents, suivant la sincérité et la simplicité de son esprit, suivant la mesure de sa foi et le mérite de sa conduite ; de distribuer la grâce conformément au besoin que nous en avons, et de placer chacun dans le genre d'occupation pour lequel sont ses goûts et ses aptitudes.

XXXI. Le Saint-Esprit est différent du Fils par sa nature et par sa position, par son rang et par ses inclinations, par sa dignité et par sa puissance, par ses facultés et par ses oeuvres comme le Fils lui-même par sa nature et par sa position, par son rang et par sa volonté, par sa dignité et par sa puissance divine, est Dieu seul engendré différent du Dieu non engendré.

XXXII. Il est donc impossible qu'ils ne soient qu'une seule et même personne, le Père et le Fils, celui qui engendre et celui qui prend naissance, celui qui rend témoignage et celui à qui ce témoignage est rendu, celui qui est plus grand et celui qui confesse cette supériorité, celui qui est placé à la droite où il se tient debout, et celui qui a conféré l'honneur de cette place, celui qui a été envoyé et celui qui a envoyé; il est impossible que cette unité et cette identité existent entre le disciple et celui qui l'enseigne, suivant les expressions mêmes de Jésus-Christ : « Je parle comme mon Père m'a enseigné (Jean, VIII, 28.) » ; entre celui qui ressemble et qui imite, et celui à qui il ressemble et qu'il imite ; entre celui qui prie et celui qui exauce ; entre celui qui rend grâces et celui qui bénit ; entre celui qui reçoit le commandement et celui qui le donne ; entre le ministre et celui qui ordonne; entre le suppliant et celui devant qui il est courbé ; entre le sujet et son supérieur ; entre le premier-né et celui qui est éternel ; entre le fils unique et celui qui n'est point engendré; entre le prêtre et Dieu.

XXXIII. De plus, Dieu qui est sans commencement, savait dans sa prescience qu'il deviendrait le père de son enfant, Dieu seul engendré ; mais jamais il n'a su dans sa prescience qu'il deviendrait lui-même Dieu, parce qu'il n'a pas été engendré, et que ni sa prescience ni sa science n'ont jamais commencé. — La prescience n'est pas différente de la science des choses futures. C'est en engendrant son Fils qu'il a tiré de ce Fils même le nom de Père ; et c'est aussi par les révélations de ce même Fils qu'il est connu de tous les chrétiens comme Dieu et Père du Dieu seul engendré, qu'il est manifesté comme plus grand que Celui qui est grand, comme meilleur que Celui qui est bon.

XXXIV. Les partisans de la consubstantialité disent que notre Sauveur a, par humilité, parlé en ces termes de la prescience du Père et de sa propre soumission ; tandis que nous chrétiens, nous croyons qu'il a parlé ainsi par suite des ordres du Père et de l'obéissance du Fils. C'est pourquoi nous disons et nous prouvons que ces hérétiques trouvent leur réfutation et une réponse accusatrice dans leurs propres paroles. En effet, si Notre-Seigneur s'est humilié, cette humilité même est la preuve de son obéissance ; et cette obéissance elle-même révèle une différence entre le supérieur qui domine et l'inférieur qui est au-dessous de lui, suivant ces paroles de l'Apôtre « Il s'est humilié et rendu obéissant au Père jusqu'à la mort (Philipp. II, 8 )». Or, son humilité est assurément véritable et non pas une fiction. Car en quel lieu, dans quel temps un sage s'humilie-t-il avec joie, s'il ne reconnaît un supérieur en grandeur et en perfection dans celui à qui il s'empresse de plaire par son humilité? « Pour moi, dit le Sauveur, je fais toujours ce qui lui plaît (Jean, VIII, 29)». Car, né une seule fois avant tous les siècles et par la volonté de Dieu, il agit en tout conformément à cette même volonté. Mais si, ce qu'à Dieu ne plaise, son humilité n'a été qu'une fiction ; si la vérité a menti, ce qui est impossible, où donc faudra-t-il désormais chercher la vérité ? Non, il n'y a ni mensonge ni variation dans Celui qui est la vérité même, dans Celui qui est venu précisément pour enseigner la vérité, et qui n'est pas un docteur d'ignorance, mais un maître de vérité, comme il l'a dit lui-même « N'appelez personne sur la terre votre maître, car le Christ est votre seul maître (Matt. XXIII, 10) ». Et s'ils prétendent qu'après s'être humilié sur la terre pour accomplir son incarnation , il parlait ainsi à cause des hommes, montrons-leur qu'il y a plus de poids encore et une force plus irrésistible dans les témoignages que l'Ecriture nous donne de la soumission du Fils, et qui sont tirés des faits rapportés dans l'Evangile. Il s'humiliait, disent-ils, sur la terre à cause des hommes ; il se conformait aux volontés de son Père avec un amour et des actions de grâces incomparables, non pas en qualité de Fils obéissant et soumis, mais parce que l'humilité de sa déférence est égale à la sublimité de sa puissance : mais alors, pourquoi a-t-il obéi à l'ordre qui lui fut donné avant son incarnation? Pourquoi, aujourd'hui qu'il est assis à la droite de Dieu, intercède-t-il pour nous (Rom. VIII, 34)? Pourquoi, lorsqu'il était ici-bas dans sa chair, promettait-il que dans le ciel il prierait le Père : « Et moi, je prierai mon Père et il vous donnera un autre avocat (Jean, XIV, l6)? Mais si, à cause de la dureté et de l'aveuglement de leur coeur, ils ne veulent pas encore conformer leur foi à tant de témoignages, s'ils osent prétendre que tout cela est l'effet de son humilité, pourquoi donc s'humilierait-il après la consommation des siècles, alors que son humilité ne sera plus nécessaire aux hommes, sinon parce qu'il se reconnaît soumis et obéissant par sa nature comme par sa volonté? Cependant après la consommation des siècles, lorsque tout lui aura été soumis (I Cor. IV, 28 ) — dès aujourd'hui, il est vrai, tout lui est soumis par nature , en qualité de créature soumise au Créateur; mais nous voyons que tout ne lui est pas soumis de volonté, à cause du libre arbitre; tandis qu'au jour du jugement, quand au nom de Jésus tout genou fléchira au ciel, sur la terre et dans les enfers, quand toute langue confessera que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père (Philip. II, 10, 11), tout lui sera à jamais soumis et de volonté et par nature; — lors donc que tout lui aura été ainsi soumis, lui-même persévérant dans cette soumission et cet amour qui furent toujours son partage, il sera encore soumis comme Fils, à Celui qui aura assujetti toutes choses à sa propre puissance. Pour ne pas ignorer ces vérités, il suffit d'être chrétien et de les entendre; car la foi vient par l'audition, et l'audition par la parole du Christ( Rom. X, 17).

Ainsi Dieu sera tout en tous, toujours seul monarque suprême et absolu, à qui soit gloire et honneur, louange et actions de grâces, par son Fils unique Notre-Seigneur et Sauveur, dans le Saint-Esprit, maintenant et dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Lun 28 Fév - 16:05

CONTRE LA DOCTRINE DES HERETIQUES ARIENS.

I. Je réponds dans cette controverse aux arguments précédents de ceux qui reconnaissent à la vérité, que Notre-Seigneur Jésus-Christ est Dieu, mais qui ne veulent pas reconnaître qu'il est Dieu véritable, un seul Dieu avec le Père; et qui nous introduisent ainsi deux dieux de natures diverses et inégales, un Dieu véritable et un autre qui ne l'est pas ; contrairement à cette parole de l'Ecriture : « Ecoute, Israël; le Seigneur ton Dieu est un Seigneur unique (Deut. VI, 4.) ». Car s'ils prétendent que cette parole doit s'entendre du Père, il s'ensuit que le Christ n'est point notre Seigneur et notre Dieu. S'ils veulent l'entendre du Fils, la conséquence sera la même à l'égard du Père. S'ils l'entendent de l'un et de l'autre, le Père et le Fils sont nécessairement notre Dieu et Seigneur unique. Et ainsi il ne faut attribuer à ces paroles de Jésus-Christ rapportées dans l'Evangile : Ut cognoscant te unum verum Deum, et quem misisti Jesum Christum (Jean, XVII, 3), d'autre sens que celui-ci: « Afin qu'ils reconnaissent que vous et Jésus-Christ envoyé par vous, êtes Dieu unique et véritable ». Car l'apôtre saint Jean a dit aussi du Christ : « Il est lui-même le Dieu véritable et la vie éternelle (Jean, V, 20) ».

II. De même quand ils disent que le Christ a été formé avant tous les siècles par la volonté de Dieu son Père, ils sont forcés d'avouer que le Fils est coéternel au Père. Car si le Père n'a pas toujours eu le Fils, il fut donc antérieurement à celui-ci un temps où le Père était seul et sans lui. Mais comment le Fils existait-il avant tous les siècles, si avant lui il fut un temps où le Père était sans lui? Le Fils est donc, sans aucun doute, coéternel au Père, s'il a existé lui-même avant tous les temps (car on ne peut pas entendre autrement ces paroles : «Au commencement était le Verbe », et ces autres : « Tout a été fait par lui (Jean, I, 1, 3) » ; le temps, en effet, ne peut pas exister sans quelque mouvement de la créature, et ainsi nous reconnaissons que le temps même a été fait par Celui par qui tout a été fait. Mais ils disent qu'il a été formé par la volonté du Père, afin précisément de ne pas dire qu'il est Dieu de Dieu, égal, engendré et coéternel. Nulle part cependant ils ne lisent que « le Fils a été formé par la volonté du Père avant tous les siècles ». Mais ils s'expriment ainsi afin que la volonté du Père, par laquelle ils prétendent qu'il a été formé, paraisse lui être antérieure. Et voici quelle est ordinairement leur manière de discuter : ils demandent si le Père a engendré le Fils volontairement ou contre sa volonté; si on répond qu'il l'a engendré volontairement, ils disent que la volonté du Père est donc antérieure. Il est tout à fait impossible de répondre qu'il l'a engendré contre sa volonté. Mais pour leur faire comprendre l'inanité de leurs paroles, il faut leur demander à eux-mêmes si Dieu le Père est Dieu volontairement ou contre sa volonté. Car ils n'oseront pas dire qu'il est Dieu malgré lui. Si donc ils répondent qu'il est Dieu volontairement, il faut de cette manière leur rendre visible l'ineptie de leur raisonnement, dont la conclusion peut être que la volonté de Dieu est antérieure à Dieu même : où trouver en effet un langage plus insensé ?

III. Ils disent ensuite que, « conformément à la volonté et au commandement du Père, il a, par sa propre puissance, donné l'être aux choses célestes et terrestres, aux choses visibles et invisibles, aux corps et aux esprits, lorsque rien n'existait encore ». Ici nous leur demandons si lui-même aussi a été fait par le Père, lorsque rien n'existait, c'est-à-dire s'il a été fait de rien ? S'ils n'osent répondre affirmativement, il est donc Dieu de Dieu, puisqu'il n'a pas été fait de rien par Dieu. Or, cette conclusion prouve l'unité et l'identité de nature entre le Père et le Fils. Car, si un homme, un animal, un oiseau, un poisson peuvent engendrer des êtres de même nature, Dieu a nécessairement aussi ce pouvoir. Mais s'ils osent se précipiter dans un nouvel abîme d'impiété, et dire que le Fils unique de Dieu même a été formé de rien par le Père ; qu'ils cherchent donc par qui le Père a fait de rien le Fils. Car le Fils n'a pu être fait par lui-même : autrement il aurait existé déjà avant d'être fait, afin d'être précisément celui par qui il serait fait lui-même. Et qu'avait-il donc besoin d'être fait, s'il existait déjà? ou comment a-t-il pu être fait afin d'exister, s'il existait déjà avant d'être fait? Mais si le Père l'a fait par quelque autre, quel peut être cet autre même, puisque tout a été fait par lui ? Si enfin le Père l'a fait sans intermédiaire, comment le Père a-t-il pu faire quelque chose sans intermédiaire, puisque tout a été fait par son Fils, c'est-à-dire par son Verbe ?

IV. « Avant qu'il eût fait l'univers », disent-ils, « il était établi Dieu et Seigneur, Roi et Créateur de toutes les choses futures, dont il avait une prescience naturelle, et dans l'exécution desquelles il attendait toujours les ordres de son Père; c'est lui aussi qui par la volonté et le commandement du Père est descendu du ciel et est venu en ce monde, comme il le dit lui-même : Car je ne suis point venu de moi-même, mais c'est lui qui m'a envoyé (Jean, VIII, 42) ». Je voudrais que nos adversaires disent s'ils établissent deux créateurs. S'ils n'osent pas tenir ce langage (car il n'y a qu'un seul Créateur, puisque toutes choses sont de lui et par lui et en lui (Rom. XI, 36) ; la Trinité elle-même est un Dieu unique, et il n'y a qu'un seul Dieu comme il n'y a qu'un seul Créateur), que signifient dans leur bouche ces paroles : Le Fils a créé toutes choses par l'ordre du Père, comme si le Père, sans rien créer lui-même, avait seulement ordonné que tout fût créé par le Fils ? Que ceux qui jugent selon la chair, cherchent par quelles autres paroles le Père a intimé cet ordre à son Verbe unique. Car, dans les inventions fantastiques de leur coeur, ils se créent comme deux personnages qui, bien que très-rapprochés l'un de l'autre, occupent cependant chacun une place spéciale, et dont l'un commande et l'autre obéit. Ils ne comprennent pas que cet ordre même, donné par le Père pour que tout fût fait, n'est pas distinct de la parole du Père, par laquelle tout a été fait.

Quant à la mission donnée au Fils par le Père, on ne peut pas la nier. Mais qu'ils considèrent, s'ils le peuvent, comment le Père a envoyé Celui avec qui il est venu lui-même. Car il n'a pas menti, Celui qui a dit : « Je ne suis point seul, parce que le Père est avec moi (Jean, XVI, 32) ». Au reste, qu'ils entendent cette mission comme il leur plaira; est-ce que la diversité de nature résulte nécessairement de ce que le Père envoie et de ce que le Fils est envoyé ? A moins peut-être que le pouvoir accordé à un homme d'envoyer un autre homme, son fils d'une seule et même nature, n'appartienne point à Dieu, parce que la séparation qui se forme entre l'homme envoyé et l'homme qui envoie, n'est plus possible quand il s'agit de Dieu. Mais le feu envoie son éclat, quoique cet éclat envoyé ne puisse pas être séparé du feu qui l'envoie : cependant comme il s'agit ici d'une créature visible, elle ne saurait être, sous tous ses rapports, pour parée à l'objet dont nous parlons. Car, lorsque le feu envoie son éclat, celui-ci s'étend à une distance où le feu ne s'étend pas; et par là même l'éclat du feu projeté par une lampe, s'il avait l'usage de la parole, ne pourrait pas, sur la muraille où il est parvenu sans le feu de la lampe, dire avec vérité : Le feu qui m'a envoyé est avec moi; tandis que le Fils envoyé par le Père a pu dire : « Mon Père est avec moi ». Cette mission donnée au Fils par le Père étant donc tout à fait au-dessus de la portée de nos discours, inaccessible même à toutes nos pensées, nos adversaires n'y découvrent aucune raison pour démontrer que le Fils est d'une nature différente et inférieure; d'autant plus que la mission donnée à un homme par un autre homme, ne démontre point par elle-même la différence de nature entre celui qui envoie et celui qui est envoyé.

Mais on peut encore entendre ceci dans un autre sens. Cette mission serait attribuée au Fils de la part du Père, précisément parce que le Fils, et non point le Père, est apparu aux hommes revêtu d'une chair. En effet, qui est envoyé là où il est ? et en quel lieu ne se trouve pas la sagesse de Dieu, c'est-à-dire le Christ, puisqu'il est écrit « qu'elle atteint d'une extrémité à l'autre avec force, et qu'elle dispose tout avec douceur ? » Si donc le Fils même est en tous lieux, comment pouvait-il être envoyé là où il n'était pas, si ce n'est en apparaissant sous une forme qu'il n'avait pas encore eue? Cependant nous lisons aussi que le Saint-Esprit a été envoyé, quoique assurément il ne se soit point uni hypostatiquement à la nature humaine. Et il a été envoyé, non-seulement par le Fils, ainsi qu'il est écrit : « Lorsque je m'en serai allé, je vous l'enverrai (Jean, XVI, 7) » ; mais encore par le Père, suivant cette autre parole : « Celui que mon Père enverra en mon nom (Id. XIV, 26) » : ce qui montre que le Saint-Esprit n'a pas été envoyé par le Père sans le Fils, ni par le Fils sans le Père, mais par tous deux ensemble ; car les oeuvres de la Trinité sont inséparables. Le Père seul, dans l'Écriture, n'est pas envoyé, parce que seul il n'a pas de principe de qui il soit engendré ou dont il procède. Et conséquemment cette absence exclusive de mission attribuée au Père ne vient point d'une différence de nature qui n'existe pas dans la Trinité, mais de sa qualité même de principe : comme l'éclat ou la chaleur n'envoie point le feu, tandis que le feu envoie et l'éclat et la chaleur. Mais ces deux objets sont loin d'être semblables, et, parmi les créatures spirituelles ou corporelles, on n'en trouve aucune qui puisse être justement comparée avec cette Trinité, qui est Dieu même.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Mar 1 Mar - 18:05

V. Ils disent encore: Et parce que, parmi tous les degrés des êtres spirituels et raisonnables, l'homme paraissait en sa qualité d'être corporel et fragile, un peu abaissé au-dessous des anges (Ps. VIII, 6) ; de peur qu'il ne se a regardât comme une chose sans prix et qu'il ne désespérât de son salut, le Seigneur Jésus, pour honorer son ouvrage, a daigné prendre un corps humain, et il a montré que l'homme n'est point une chose vile, mais précieuse, suivant cette parole de l'Écriture: L'homme est grand et précieux (Prov. XX, 6, suivant les Septante).

Et il a daigné ainsi rendre héritier de son Père, l'homme seul comme son propre cohéritier, afin de compenser par cette supériorité d'honneur a l'infériorité de la nature humaine ».

Ils veulent, par ces paroles, faire entendre que le Christ a pris un corps sans prendre une âme humaine. C'est précisément l'hérésie des Apollinaristes; et nous voyons que ceux-là aussi, c'est-à-dire les Ariens, dans leurs discussions, admettent non-seulement qu'il y a dans la Trinité des natures différentes, mais encore que le Christ n'a point une âme humaine : au reste, la suite de cette controverse le prouvera d'une manière plus évidente encore. Pour le moment, voici notre réponse aux paroles que nous venons de citer, et qui leur appartiennent : Qu'ils remarquent de nouveau que l'épître aux Hébreux applique au Christ ce passage de l'Écriture : « Vous l'avez abaissé un peu au-dessous des anges (Hébr. II, 7) » ; et ils comprendront que ces autres paroles : « Mon Père est plus grand que moi (Jean, XIV, 28) », n'établissent point une distinction et une inégalité de nature entre le Père et le Fils, mais plutôt, que le Fils, prenant la nature d'esclave avec ces faiblesses qui l'ont assujetti aux souffrances et à la mort, est devenu inférieur aux anges mêmes.

Ils ajoutent : « Lorsque est venue la plénitude des temps, dit l'Apôtre, Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme (Galat. IV, 4). Celui qui a pris une chair par la volonté du Père, est le même qui a, par la volonté et le commandement de ce même Père, vécu dans un corps, suivant ses propres paroles : Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m'a envoyé (Jean, VI, 38). C'est lui encore qui, baptisé à l'âge de trente ans par la volonté du Père, manifesté par la voix et le témoignage de ce même Père (Luc, III, 21-23), prêchait l'Évangile du royaume des cieux par la même volonté et le même commandement, comme il le déclare : Il faut que je prêche l'Évangile aux autres villes; car c'est pour cela que j'ai été envoyé (Id. IV, 43) ; et ailleurs : Il m'a prescrit lui-même ce que je dois dire, ou ce dont je dois parler (Jean, XII, 49). Et ainsi par la volonté et le commandement du Père il a marché à grands pas vers sa passion et sa mort, conformément à ces paroles : Mon Père, que ce calice passe loin de moi ! toutefois non pas ce que je veux, mais ce que vous voulez (Matt. XXVI, 39). L'Apôtre nous assure pareillement, qu'il s'est fait obéissant au Père jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix (Philipp. II, 8 ) ». Que s'efforcent-ils de persuader par ces témoignages des saintes Écritures, sinon qu'il y a différence de nature entre le Père et le Fils, par la raison que ces textes nous montrent le Fils obéissant au Père? Cependant ils ne raisonneraient certes pas ainsi à l'égard des hommes car quand un fils obéit à son Père, homme comme lui, leur nature n'est pas différente pour cela.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Mer 2 Mar - 14:47

VI. Du reste, ces paroles mêmes de Jésus-Christ : «Je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé (Jean, VI, 38 ) », se rapportent à un fait particulier.

Le premier homme, Adam, dont l'Apôtre dit : « Le péché est entré dans le monde par un seul homme et la mort par le péché, et ainsi la mort a passé dans tous les hommes par celui en qui tous ont péché », le premier homme, dis-je, en faisant sa volonté, et non pas la volonté de celui par qui il avait été fait, rendit coupable et digne de châtiment le genre humain tout entier, sa race flétrie. C'est pourquoi celui qui devait être notre libérateur, a par une raison contraire fait non pas sa volonté, mais la volonté de celui par qui il a été envoyé.

Ici, en effet, l'expression : sa volonté, doit être entendue dans le sens d'une volonté personnelle opposée à la volonté divine. Car,lorsque nous obéissons à Dieu et que, à raison de cette obéissance, on dit que nous faisons la volonté de Dieu, nous n'agissons pas en cela contre notre volonté, mais bien volontairement; et par là même, si nous agissons volontairement, comment est-il vrai que nous ne faisons pas notre volonté, sinon parce que ces mots : notre volonté, lorsque l'Ecriture les emploie, désignent une volonté personnelle opposée à la volonté de Dieu?

Cette volonté a existé dans le premier homme, elle n'a pas existé en Jésus-Christ, et c'est pour cela que nous avons reçu la mort dans le premier et la vie dans le second. Car on peut sans exagération appliquer ces expressions de vie et de mort à la nature humaine; dont la désobéissance a fait naître en elle-même cette volonté personnelle opposée à la volonté de Dieu.

Du reste, quant à la divinité du Fils, la volonté du Père et la sienne ne sont qu'une seule et même volonté; et elles ne peuvent en aucune manière être différentes, la nature de la Trinité étant immuable dans toute son étendue. Mais le Médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme (I Tim. II, 5), pour ne pas faire cette volonté propre, opposée à Dieu, n'était pas seulement homme, il était Dieu et homme. Et par ce privilège admirable et unique, la nature humaine pouvait être en lui exempte de toute espèce de péché. Il s'exprime donc ainsi: « Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m'a envoyé », parce que étant descendu du ciel, c'est-à-dire étant à la fois Dieu et homme, son obéissance devait être parfaite et absolument exempte de toute faute de la part de l'homme qui était en lui. Ainsi il montre qu'il y a unité de personne entre les deux natures, entre la nature de Dieu et la nature de l'homme; car s'il établissait ici deux personnes, il n'y aurait plus une trinité, mais bien une quaternité.

Il y a donc en Jésus-Christ deux substances et une seule personne, et c'est pour cela que ces paroles : « Je suis descendu du ciel », se rapportent à la suprême excellence de Dieu, tandis que celles-ci : « Non pour faire ma volonté », ajoutées à cause d'Adam, qui a fait sa volonté, se rapportent à l'obéissance de l'homme. Et bien que le Christ soit à l'un et l'autre, c'est-à-dire Dieu et homme, néanmoins son obéissance, qui est opposée à la désobéissance du premier homme, est pour lui un sujet de louanges en tant qu'il est homme. De là ces paroles de l'Apôtre : « Car, de même que par la désobéissance d'un seul homme, beaucoup ont été constitués pécheurs; de même aussi, par l'obéissance d'un seul, beaucoup seront constitués justes (Rom. V, 19) ».

Cependant cette expression: « D'un homme », n'exclut pas, dans la pensée de saint Paul, Dieu qui a pris la nature humaine; par la raison que, comme je l'ai dit, et comme ou ne saurait trop le répéter, il y a unité de personne. Car le Fils de Dieu par nature avant tous les temps et le Fils de l'homme, qui lui a été uni dans le temps par une faveur gratuite, ne sont qu'un seul Christ : et celui-ci n'a pas été uni de telle sorte que son union fût postérieure à sa création, mais il a été créé par cette union même. Et ainsi, comme on ne doit voir qu'une seule personne dans l'une et l'autre nature, on dit que le Fils de l'homme est descendu des cieux, quoiqu'il soit sorti du sein d'une vierge qui vivait sur la terre; on dit pareillement que le Fils de Dieu a été crucifié et enseveli, quoiqu'il ait subi cette double épreuve non pas dans sa divinité même par laquelle il est Fils unique coéternel au Père, mais dans la faiblesse de sa nature humaine. Car il a dit lui-même que le Fils de l'homme est descendu du ciel, ainsi que nous le lisons en saint Jean: « Personne n'est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme qui est dans le ciel (Jean, III, 13) », Nous confessons tous aussi dans le symbole que le Fils unique de Dieu a été crucifié et enseveli.

C'est pour cela que l'Apôtre dit aussi : « S'ils l'avaient connu, jamais ils n'auraient crucifié le Seigneur de la gloire (I Cor. II, 8 ) ». Ailleurs le bienheureux Apôtre nous montre cette unité de la personne de Jésus-Christ Notre-Seigneur, subsistant dans l'une et l'autre nature, c’est-à-dire dans la nature divine et dans la nature humaine, de telle sorte qu'elles se communiquent mutuellement leur nom même, la nature divine à la nature humaine et la nature humaine à la nature divine. Voulant, par l'exemple du Christ, nous exhorter à une humilité miséricordieuse : « Ayez en vous, dit-il, les sentiments qu'avait en lui Jésus-Christ, lequel étant de la nature de Dieu, n'a pas cru que ce fût une usurpation de se faire égal à Dieu; mais il s'est anéanti lui-même, prenant la nature d'esclave, étant devenu semblable aux hommes et étant regardé comme un homme par les dehors. Il s'est humilié lui-même, s'étant fait obéissant jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix (Philipp. II, 5-8 ) ».

Le nom de Christ lui vient de ces paroles prophétiques : « Dieu, votre Dieu vous a oint de l'huile de l'allégresse avant ceux qui y participent avec vous (Ps. XLIV, 8 ) » ; et conséquemment si « prenant la nature d'esclave il a été regardé comme un homme par sa forme extérieure », laquelle assurément a commencé dans le temps, cela se rapporte à la nature humaine qu'il a revêtue; et cependant c'est précisément de ce même Christ qu'il a été dit : « Lorsqu'il était de la nature de Dieu », c'est-à-dire lorsque étant de la nature de Dieu, avant d'avoir pris la nature d'esclave, il n'était pas encore Fils de l'homme, mais Fils de Dieu, égal au Père, non par usurpation, mais par nature. Car il devait son élévation non point à l'usurpation, mais à sa naissance; et c'est pourquoi il n'y avait rien en elle que de véritable. Il n'était donc pas encore le Christ, mais il a commencé à l'être lorsqu'il s'est anéanti lui-même, non en perdant la nature de Dieu, mais en prenant la nature d'esclave. Cependant, si nous demandons quel est celui « qui, étant de la nature de Dieu n'a point cru que ce fût une usurpation de se faire égal à Dieu », l'Apôtre nous répondra : « C'est Jésus-Christ ». Et ainsi sa divinité a reçu ce nom de son humanité. De même si nous demandons quel est celui « qui s'est fait obéissant jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix », on nous répondra avec une justesse parfaite : C'est celui « qui, étant de la nature de Dieu, n'a pas cru que ce fût une usurpation de se faire égal à Dieu » ; et conséquemment son humanité a reçu aussi ce nom de sa divinité. Et cependant il se révèle toujours comme un seul et même Christ, géant d'une double substance; dans l'une obéissant, dans l'autre égal à Dieu; Fils de l'homme par la première, Fils de Dieu par la seconde; il peut dire en un sens: « Le Père est plus grand que moi (Jean, XIV, 28 ) » ; et en un autre sens : « Mon Père et moi ne sommes qu'un ( Id. X, 30) »; en un sens il ne fait pas sa volonté, mais la volonté de celui par qui il a été envoyé; et dans un autre sens, « comme le Père réveille les morts et les rend à la vie, ainsi le Fils donne la vie à ceux à qui il veut (Id. V, 21) ».

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Jeu 3 Mar - 15:43

VII. Ils poursuivent en ces termes : « C'est lui encore qui, suspendu à la croix, laissa entre les mains des hommes, par la volonté et le commandement du Père, le corps humain qu'il avait reçu de la sainte Vierge Marie, et qui remit sa divinité entre les mains du Père en disant : Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains ( Luc, XXIII, 46.).

Car Marie enfanta un corps qui devait mourir, mais Dieu immortel engendra un Fils immortel. La mort du Christ ne fut donc pas un amoindrissement de sa divinité, mais la déposition de son corps. Comme sa génération d'une Vierge ne fut point une corruption de sa divinité, mais bien l'action de prendre un corps ; de même aussi dans sa mort il n'y eut pour sa divinité aucune souffrance, aucune défaillance, mais une séparation d'avec sa chair.

Car, si en déchirant un vêtement on fait tort à celui qui le porte, ceux qui crucifièrent son corps, outragèrent en même temps sa divinité ». Ainsi, ces expressions qui leur appartiennent le montrent clairement : ils nient que l'âme humaine elle-même appartienne à l'unité de la personne du Christ; ils reconnaissent seulement en lui son corps et sa divinité. En effet, ces paroles qu'il prononça, lorsqu'il était suspendu au bois « Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains », ils prétendent qu'on doit les entendre en ce sens qu'il remit à son Père sa divinité même, et non pas son esprit humain, c'est-à-dire son âme.

Dans la discussion même qui précède et où ils ont prétendu montrer que le Christ a fait non pas sa volonté, mais la volonté de son Père, pensant que par cette raison même il est d'une nature inférieure et différente, ils ont rappelé avec raison ces paroles qui sont de lui : « Mon Père, que ce calice passe loin de moi; toutefois non pas ce que je veux, mais ce que vous voulez » ; mais ils n'ont pas voulu citer ces autres qui sont également de lui: « Mon âme est triste jusqu'à la mort (Matt. XXVI, 39, 38.) ». Qu'ils nous permettent donc de leur rappeler les suivantes : « Mon âme est triste jusqu'à la mort ; j'ai le pouvoir de déposer mon âme (Jean, X, 18) ; personne n'a une plus grande charité que celui qui donne son âme pour ses amis (Id. XV, 13) » ; et ces autres où les Apôtres ont vu une prophétie qui regarde le Christ « Vous ne laisserez point mon âme aux enfers (Ps. XV, 10; Act. II, 31; XIII, 35)».

Au lieu de se raidir contre ces témoignages et d'autres semblables des saintes Ecritures, qu'ils reconnaissent que le Christ a réuni au Verbe seul engendré, non-seulement un corps, mais aussi une âme humaine, pour former une seule personne qui est le Christ, Verbe et homme, mais homme composé d'un corps et d'une âme ; et qu'ainsi le Christ est à la fois Verbe, âme et corps. Et conséquemment la double substance qui est en lui, c'est-à-dire la substance divine et la substance humaine doivent être entendues en ce sens que la seconde soit composée d'un corps et d'une âme.

Ils hésiteront peut-être encore devant ce texte: « Le Verbe s'est fait chair », dans lequel il n'est fait aucune mention de l'âme.

Mais qu'ils comprennent bien que la chair est mise ici pour l'homme, la partie désignant le tout par une forme de langage pareille à celle-ci : « Toute chair viendra à vous », et à cette autre « Nulle chair ne sera justifiée par les oeuvres de la loi ». Car l'Apôtre s'exprimant plus clairement dit en un autre endroit : « Personne ne sera justifié par la loi (Galat. III, 11) » ; et ailleurs encore: « L'homme n'est point justifié par les oeuvres de la loi (Galat. II, 10.) ». Ainsi ces mots: « Toute chair », ont dans la pensée de l'Apôtre le même sens que ceux-ci : « Tout homme ». D'où il suit que les autres : « Le Verbe s'est fait chair », ont aussi le même sens que: Le Verbe s'est fait homme.

Mais alors même qu'ils ne veulent pas voir en Jésus-Christ homme, autre chose que son corps humain, car assurément ils ne nieront pas qu'il soit homme, puisqu'il est dit de lui en termes très-clairs : « Jésus-Christ homme, seul médiateur entre Dieu et les hommes ( I Tim. II, 5. ) », j'admire comment ils prétendent ne pas reconnaître avec nous que ces paroles : « Le Père est plus grand que moi », ont pu être prononcées à raison de cette nature humaine, quelle qu'elle soit, et non point à raison de cette autre nature dont il a été dit : « Le Père et moi nous sommes un ».

Quelle que soit en effet la grandeur d'un homme, souffrirait-on qu'il s'exprimât ainsi : Dieu et moi nous sommes un ? Qui lui ferait un reproche de dire au contraire : Dieu est plus grand que moi ? C'est ainsi que le bienheureux apôtre Jean écrivait: « Dieu est plus grand que notre coeur (I Jean, III, 20) ».

VIII. « Celui, disent-ils, qui par la volonté et le commandement du Père accomplit fidèlement sa mission, est le même qui ressuscita, toujours par cette volonté et ce commandement, son propre corps d'entre les morts; « et qui a été placé par son Père dans la gloire avec ce même corps, comme un pasteur avec sa brebis, comme un prêtre avec son offrande, comme un roi avec sa pourpre, comme un Dieu avec son temple ». Il faut demander à ceux qui tiennent ce langage, quelle brebis le pasteur a ramenée à son Père. Car si c'est une chair sans âme qu'il lui a ramenée, cette brebis est-elle autre chose qu'une poussière inerte, incapable même de rendre aucune action de grâces ? De quoi en effet peut être capable un corps sans âme?

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Ven 4 Mar - 14:29

IX. Ils poursuivent en disant : « Celui qui, par la volonté du Père, est descendu et remonté, est le même qui, par cette volonté et ce commandement, s'est assis à la droite de ce même Père et qui a entendu ces paroles de sa bouche : Asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce que je réduise vos ennemis à vous servir de marchepied (Ps. CIX, 1).

Celui qui, par la volonté du Père, s'est assis à sa droite, est celui qui doit, toujours par la même volonté et le même commandement, venir à la consommation des siècles, comme l'Apôtre nous le crie en ces termes : Et le Seigneur lui-même, dit-il, au commandement et à la voix de l'archange, et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel (I Thess. IV, 15).

Celui qui doit venir par la volonté et le commandement du Père, est le même qui, par cette volonté et ce commandement, doit juger avec équité le monde entier, et rendre à chacun selon sa foi et ses oeuvres, ainsi qu'il le dit lui-même : Le Père ne juge personne, mais il a remis tout jugement au Fils; et encore : Je juge suivant ce que j'entends; et mon jugement est conforme à la vérité, parce que je ne cherche point «ma volonté, mais la volonté de Celui qui a m'a envoyé (Jean, V, 22, 30) .

C'est pourquoi, lorsqu'il juge, il donne le premier rang à la présence de son Père, et le second à sa propre dignité et à sa puissance divine : Venez, dit-il, les bénis de mon Père (Matt. XXV, 34). Le Fils est donc le juste juge; mais l'honneur et l'autorité de ses jugements naissent des lois souveraines du Père; et la dignité de juste juge appartient au Fils unique de Dieu, comme l'office d'avocat et de consolateur appartient au Saint-Esprit ».

Les réponses que nous avons données plus haut, conservent encore toute leur force contre ces paroles. Le Fils, il est vrai, obéit à la volonté et au commandement du Père. Mais parmi les hommes eux-mêmes, cette obéissance ne prouve aucune différence, aucune inégalité de nature entre le Père qui commande et le Fils qui obéit. Cependant il y a plus encore. Le Christ n'est pas seulement Dieu, égal au Père par sa nature divine; il est aussi homme, et le Père est plus grand que cette nature humaine dont il est non-seulement le Père, mais le Seigneur même. De là cette parole d'un prophète : « Le Seigneur m'a dit : Vous êtes mon Fils (Ps. II, 7) ». Ici en effet, on voit une substance inférieure que le Père surpasse en grandeur, une nature d'esclave dont il est le Seigneur.

Or, cette nature humaine qu'il a prise sans perdre sa nature divine, afin de devenir semblable aux hommes et d'être reconnu comme homme par ses apparences extérieures (Philipp. II, 6, 7), cette nature humaine apparaîtra aussi au jugement où le Christ jugera les vivants et les morts.

C'est pour cela qu'il est dit du Père : « Il ne jugera personne, mais il a remis tout jugement au Fils (Jean, V, 22) ». Et les impies, dont il a été dit : « Ils verront celui qu'ils ont percé (Zach. XII, 10; Jean, XIX, 37)», ces impies verront en effet dans le Christ prêt à les juger alors, la nature du Fils de l'homme; mais certes ils ne verront pas dans ce même Christ la nature divine qui le rend égal au Père. Le prophète Isaïe l'a déclaré d'avance : « Que l'impie disparaisse, afin qu'il ne voie point la splendeur du Seigneur (Is. XXVI, 10) ». C'est aussi le sens de ces paroles : « Bienheureux ceux qui ont le coeur pur, parce qu'ils verront Dieu (Matt. V, 8.)».

Enfin, le Christ le déclare lui-même en termes très-clairs, lorsqu'il dit que le Père « lui a donné le pouvoir de juger, parce qu'il est Fils de l'homme (Jean, V, 27) ». Ce n'est donc point parce qu'il est Fils de Dieu : car en cette qualité il possède avec le Père, de toute éternité, une seule et même puissance ; c'est parce qu'il est Fils de l'homme, et il a commencé à l'être dans le temps, précisément afin que cette puissance lui fût donnée aussi dans le temps. Cependant, si l'on s'exprime ainsi, ce n'est pas qu'il ne se soit point donné lui-même, ou en d'autres termes, que la nature divine qui est en lui, n'ait point donné cette puissance à la nature humaine qui lui appartient également; loin de nous cette croyance.

Car le Père ne saurait faire quoi que ce soit, sinon par son Fils unique, conjointement avec le Saint-Esprit lui-même, puisque les opérations de la Trinité sont inséparables. Conséquemment, si le Père a donné cette puissance au Fils parce qu'il est Fils de l'homme, il la lui a donnée réellement par le Fils même, parce qu'il est Fils de Dieu. Car tout a été fait par lui et rien n'a été fait sans lui. Cependant par honneur et par convenance, il attribue au Père ce qu'il fait aussi lui-même en tant que Dieu, parce qu'il est Dieu engendré du Père. Car le Fils est Dieu engendré de Dieu, tandis que le Père est Dieu pareillement, mais non engendré de Dieu.

« Il a entendu, disent-ils, ces paroles de la bouche du Père : Asseyez-vous à ma droite, et c'est pour cela qu'il s'est assis à la droite du Père » : comme s'il eût agi en cela uniquement par l'ordre de son Père, et non point aussi par sa propre puissance.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Sam 5 Mar - 15:15

D'abord si l'on n'entend point ces paroles dans un sens spirituel, le Père sera donc à la gauche du Fils. Or, la droite du Père est-elle autre chose que cette félicité éternelle, ineffable où est parvenu le Fils de l'homme lui-même, lorsque son corps a été élevé à l'état d'immortalité?

Car si, au lieu de nous arrêter à des formes corporelles qui n'existent pas en Dieu, si avec autant de sagesse que de vérité nous entendons la main de Dieu le Père dans le sens de la puissance qui exécute, nous l'entendrons par là même du Fils unique par qui tout a été fait, et dont le prophète Isaïe dit aussi : « Le bras du Seigneur, à qui a-t-il été révélé ( Is. LIII, 1.) ? »

Mais comment le Fils entend-il le Père ? Comment plusieurs paroles sont-elles dites par le Père à sa Parole unique? comment parle-t-il transitoirement à celui qui est sa parole permanente ? comment dit-il quelque chose dans le temps à celui qui lui est coéternel et en qui se trouvait déjà tout ce qu'il dit suivant l'opportunité de chaque temps? Qui osera chercher la solution de ces problèmes? Qui pourra la trouver?

Et cependant : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite (Ps. CIX, 1.) » ; et par cela seul qu'il l'a dit, il a été fait ainsi. Lors donc que le Verbe s'est fait chair, cette incarnation même existait déjà dans le Verbe. Et parce qu'elle existait déjà en lui d'une manière véritable avant qu'il eût pris une chair, elle a été accomplie d'une manière réelle lorsqu'il a pris cette chair; parce qu'elle existait déjà dans le Verbe avant tous les temps, elle a été accomplie en son temps dans une chair. C'est dans cette chair que celui qui était descendu du ciel sans s'en éloigner, est monté au ciel; c'est dans cette chair que le bras du Père est assis à la droite du Père; dans cette chair enfin qu'il descendra pour le jugement « au commandement, à la voix de l'archange et au son de la trompette de Dieu (I Thess. IV, 15.) ».

Ils prétendent que la puissance du Fils paraît ici moins grande, parce qu'il est dit qu'il descendra « au commandement ». Mais il faut leur demander quel est ce commandement. Si c'est le commandement du Père, il faut leur demander de nouveau par quelles paroles momentanées le Père commande à sa Parole éternelle de descendre du ciel. Car ce commandement même de Dieu, qui aura lieu en son temps, existait déjà avant tous les temps dans ce même Verbe de Dieu. Et si le Fils de Dieu est descendu du ciel en tant qu'il est Fils de l'homme, c'est donc par lui-même en tant qu'il est Verbe, que l'ordre lui sera donné de descendre du ciel. Car si le Père ne commande point par lui, il ne commandera donc point par son Verbe : ou bien il y aura un autre Verbe par qui il commandera à son Verbe unique. Et j'admire comment, celui-ci sera unique, dès lors qu'il en existera un autre.

Le Père, il est vrai, a quelquefois adressé au Fils des paroles momentanées, quand par exemple cette voix sortit de la nuée: « Vous êtes mon Fils bien-aimé » ; non pas cependant afin que le Fils unique reçut par elles de nouvelles connaissances, mais plutôt ceux à qui il était nécessaire d'entendre ces paroles. Et par là même le bruit de ces paroles transitoires adressées au Fils, n'a point été fait sans le Fils: autrement toutes choses n'auraient pas été faites par lui. D'ailleurs, est-ce qu'un bruit et des paroles semblables, lorsqu'il lui sera commandé de descendre du ciel, seront nécessaires pour faire connaître au Fils la volonté du Père? Loin de nous une telle croyance.

Mais quel que soit le genre de paroles qui devront être adressées au Fils, le Père ne fera rien si ce n'est par ce même Fils. — Au Fils, disons-nous, en tant qu'il est Fils de l'homme, créé avant toutes les créatures, par lui-même, en tant qu'il est Fils de Dieu, par qui le Père fait toutes choses. — Mais s'ils prétendent que ces paroles: « Au commandement, à la voix d'un archange», doivent s'entendre réellement du commandement d'un archange, comme les expressions mêmes semblent l'indiquer, que leur reste-t-il encore à dire, sinon que le Fils seul engendré est inférieur aux anges mêmes, puisque l'Ecriture nous le montre obéissant à leurs ordres, et celui qui reçoit un ordre étant suivant eux, inférieur à celui qui le donne? Bien que ces paroles de l'Ecriture: « Au commandement, à la voix d'un archange », puissent être entendues en un autre sens, et que cette voix même d'un archange puisse être regardée comme émanée d'un commandement de Dieu ; en d'autres termes, l'ange qui doit être regardé comme la trompette de Dieu, recevrait du Seigneur l'ordre de faire retentir sa voix à l'oreille des créatures inférieures, autant qu'il leur sera nécessaire de l'entendre, quand le Fils de Dieu descendra du ciel. Car c'est précisément de cette trompette qu'il est dit en un autre endroit : « Il sonnera de la trompette, et les morts ressusciteront délivrés de la corruption (1. I Cor. XV, 52.) ».

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Lun 7 Mar - 14:45

Ainsi le Fils a dit : « Je juge comme j'entends », soit par un acte de soumission humaine et en sa qualité de Fils de l'homme ; soit suivant cette nature immuable et simple, qui appartient au Fils, de telle sorte cependant qu'il la reçoit du Père.

Dans cette nature il n'y a aucune distinction entre ces trois choses entendre, voir, exister; celle-ci se confond avec les deux premières. D'où il suit que le Fils reçoit l'action d'entendre et de voir, de celui-là même dont il reçoit l'être. Et ces paroles qu'il a dites ailleurs : « Le Fils ne peut rien faire de lui-même; sinon ce qu'il voit que le Père fait », sont beaucoup plus difficiles à comprendre que celles de ce texte cité par eux : « Je juge comme j'entends ».

En effet, puisque « le Fils ne peut rien faire de lui-même, sinon ce qu'il voit que le Père fait » ; comment pourra-t-il juger, sans avoir vu le Père jugeant lui-même? Mais le Père ne juge personne; il a remis au contraire tout jugement au Fils. Le Fils juge donc après avoir reçu du Père non pas quelques jugements, mais tout jugement; et cependant il ne voit point le Père rendant des jugements, puisque celui-ci ne juge personne.

Comment donc le Fils qui juge sans avoir vu le Père jugeant « ne peut-il rien faire de lui-même, sinon ce qu'il voit que le Père fait ? » Car Jésus-Christ ne dit point : « Le Fils ne peut rien faire de lui-même, sinon ce qu'il a entendu lui être commandé par le Père ; mais « sinon ce qu'il a vu être fait par le Père ».

Qu'ils appliquent sur ce sujet leur esprit, leurs pensées, leurs réflexions; et dans cette application, s'il est possible, qu'ils se dépouillent, pour ainsi dire, de leur corps; au lieu de s'efforcer dans leurs pensées charnelles d'établir des séparations et des distinctions de substances dans la nature unique et identique de la Trinité, et d'y introduire divers degrés de puissances subordonnées les unes aux autres. Il a été dit, en effet, que le Fils ne fait rien de lui-même, par la raison qu'il ne reçoit pas son être de lui-même; et conséquemment tout ce qu'il fait, il voit le Père qui le fait aussi, parce qu'il voit qu'il reçoit la puissance de le faire précisément de celui dont il voit qu'il reçoit son existence même.

Et en disant qu'il ne peut pas, il ne révèle en lui-même aucune absence de perfection, mais seulement la permanence de sa génération dans le sein du Père; et il est aussi glorieux pour le Tout-Puissant de ne pouvoir subir de changement, qu'il lui est glorieux de ne pouvoir mourir. Le Fils pourrait faire ce qu'il n'eût point vu être fait par le Père, s'il pouvait faire ce que le Père ne fait point par lui : c'est-à-dire s'il pouvait pécher et contredire sa nature immuablement bonne, engendrée par le Père. Mais s'il ne le peut pas, ce n'est point par imperfection c'est à cause de sa puissance même.

Car les œuvres du Père ne sont pas distinctes des œuvres du Fils ; non pas que le Fils soit une seule et même personne avec le Père, mais parce que toutes les œuvres que le Fils accomplit, le Père les accomplit aussi par lui; et réciproquement, le Père ne fait rien, sinon par son Fils qui les fait en même temps que lui. « Car tout ce que le Père fait, le Fils le fait d'une manière semblable ». Ces paroles aussi sont de l'Evangile, et conséquemment elles sont sorties de la bouche même du Fils.

Les œuvres du Fils et les œuvres du Père ne sont donc pas différentes, mais tout à fait identiques : Haec eadem ; elles sont faites par le Fils, non pas d'une manière différente, mais « d'une manière semblable ». Si donc les œuvres du Fils sont tout à fait identiques avec celles du Père, et non pas seulement semblables, quoique réellement distinctes; en quel sens le Fils fait-il ces oeuvres « d'une manière semblable », si ce n'est avec une facilité, avec une puissance absolument semblable? Car, si ces œuvres identiques sont, à la vérité, faites par tous deux, mais avec plus de facilité et de puissance par l'un que par l'autre, le Fils alors ne les fait plus « d'une manière semblable ».

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Mar 8 Mar - 14:13

Or, puisqu'elles sont à la fois identiques et faites d'une manière semblable, manifestement les œuvres du Fils ne sont pas autres que les œuvres du Père, et il n'y a aucune différence entre la puissance de l'un et la puissance de l'autre dans leurs opérations.

Et certes, ils n'agissent pas sans le Saint-Esprit; car celui-ci étant l'Esprit du Père et du Fils, il ne saurait en aucune manière être exclu des opérations que tous deux accomplissent. Ainsi, les oeuvres des trois personnes en général, aussi bien que les oeuvres de chacune, sont faites par toutes trois d'une manière identique, et aussi admirable qu'elle est incontestablement divine. Les oeuvres des trois personnes sont le ciel, la terre et toutes les créatures. Car il est dit du Fils, que « tout a été fait par lui » ; et qui oserait exclure le Saint-Esprit de la formation de quelque créature que ce soit, quand on voit qu'il est l'auteur des dons accordés aux saints, et dont il est écrit: « Tous ces dons, c'est un seul et même Esprit qui les opère, les distribuant diversement à chacun comme il veut (I Cor. XII, 11) » .

Enfin, si le Christ est le Seigneur de toutes choses ( Id. VIII, 6), s'il est au-dessus de toutes choses, Dieu béni dans tous les siècles (Rom. IX, 5) ; quel est, parmi tous les êtres, celui dont on puisse nier qu'il soit aussi l'oeuvre du Saint-Esprit, lequel a formé le Christ lui-même dans le sein d'une Vierge ? Car, après avoir dit à l'ange qui lui annonçait qu'elle deviendrait mère : « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme? » cette Vierge reçut cette réponse : « Le Saint-Esprit surviendra en vous (Luc, I, 34, 35) ». On appelle oeuvres de l'un ou l'autre en particulier, celles qui sont révélées comme appartenant à une seule des trois personnes. Ainsi, le Fils seul est né d'une Vierge (Matt. I, 20-25); cette voix qui sortit de la nuée : « Vous êtes mon Fils bien-aimé », appartient à la personne du Père seul; enfin, le Saint-Esprit seul apparut sous une forme corporelle, comme une colombe (Id. III, 16, 17).

Cependant, et cette chair du Fils seul, et cette voix du Père seul, et cette forme du Saint-Esprit seul, sont des oeuvres de la Trinité tout entière; non point que chacune des trois personnes soit, sans les autres, impuissante à accomplir ce qu'elle fait; mais les opérations sont indivisibles là où il y a non-seulement égalité, mais encore confusion de nature, de telle sorte que, bien qu'ils soient trois, et que chacun des trois en particulier soit Dieu, ils ne sont pas cependant trois dieux.

Car le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu, et le Fils n'est pas le même que le Père, le Saint-Esprit n'est pas le même que le Père ou le Fils; mais le Père est toujours Père, le Fils est toujours Fils, et l'Esprit de tous deux, sans être jamais le Père ou le Fils ni du premier, ni du second, est toujours l'Esprit de l'un et de l'autre. Et cependant, la Trinité tout entière n'est qu'un seul Dieu.

Ainsi, quand nous disons que ce n'est point le Père ni le Saint-Esprit, mais le Fils qui a marché sur les eaux, personne ne peut le nier. Car au Fils seul appartiennent cette chair et ces pieds qui furent placés sur les eaux et qui marchèrent sur les flots. Mais, à Dieu ne plaise que nous croyions que le Fils ait agi en cela sans le Père, puisqu'il dit de toutes ses oeuvres en général : « Le Père, demeurant en moi, fait ces oeuvres (Jean, XIV, 10.) » ; ou sans le Saint-Esprit; car c'était pareillement une oeuvre du Fils, de chasser les démons; la langue qui commandait aux démons de s'enfuir, était une partie de cette chair qui appartenait au Fils seul, et néanmoins il disait : « Je chasse les démons par l'Esprit-Saint (Matt. XII, 28) ».

De même, quel autre que le Fils seul est ressuscité ? Car celui-là seul pouvait mourir, qui avait un corps; et cependant, le Père ne demeura point étranger à cette oeuvre même de la résurrection du Fils seul, puisqu'il est écrit du Père « qu'il a ressuscité Jésus-Christ d'entre les morts (Galat. I, 1)».

Peut-être le Fils ne s'est-il pas ressuscité lui-même ? Mais alors, que signifient ces paroles qui sont de lui : « Détruisez ce temple, et je le relèverai en trois jours (Jean, II, 19)? » Pourquoi dit-il ailleurs qu'il a le pouvoir de déposer et de reprendre ensuite son âme (Id. X, 18.)? Enfin, qui serait assez insensé pour croire que le Saint Esprit n'a point coopéré à la résurrection de l'humanité de Jésus-Christ, après qu'il a opéré lui-même la formation de cette humanité ?

Il y a dans l'homme quelque chose de semblable, quoiqu'on ne puisse établir ici aucune comparaison avec cette Trinité divine dont les perfections sont infinies : car, d'un côté, c'est Dieu même, et de l'autre, c'est une créature. Cependant, cette créature même a quelque chose où l'on peut reconnaître jusqu'à un certain point ce que nous disons de la nature ineffable de Dieu. En effet, ce n'est pas sans motif qu'il a été dit, non pas, faisons l'homme à votre image, comme si le Père eût parlé au Fils; ni : A mon image; mais : « Faisons l'homme à notre image (Gen. I, 26) »; ce qui s'entend avec raison des personnes de la Trinité même. Considérons donc dans l'âme humaine ces trois choses : la mémoire, l'intelligence et la volonté: toutes trois agissent dans tout ce que nous faisons.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Mer 9 Mar - 15:09

Et lorsque chacune d'elles est réglée conformément au bien et à la vérité, toutes nos actions sont bonnes et justes; c'est-à-dire, lorsque notre mémoire n'est pas trompée par un oubli, notre intelligence par une erreur, ou notre volonté par une chose injuste.

C'est ainsi, en effet, que nous sommes réformés à l'image de Dieu. Toutes nos actions donc sont faites par ces trois facultés; nous n'agissons jamais sans que toutes trois agissent à la fois. De plus, lorsque c'est l'une de ces facultés en particulier qui nous fait parler, elles s'unissent toutes pour faire cette action, qui appartient à l'une d'elles en particulier. Car, lorsque la mémoire seule nous dicte un discours que nous prononçons, la mémoire n'agit pas seule; mais l'intelligence et la volonté y apportent leur concours, quoiqu'il appartienne à la mémoire seule.

Il est aisé de comprendre qu'il en est de même des deux autres. Car, lorsque l'intelligence parle d'elle-même, elle ne le fait jamais sans la mémoire et sans la volonté; et toutes les fois que la volonté dit ou écrit quelque chose d'elle-même, la mémoire et l'intelligence agissent aussi avec elle. Quant au degré de ressemblance et en même temps de non-ressemblance entre ces trois facultés et l'immuable Trinité divine, il faudrait de longs discours pour éclaircir parfaitement ce sujet. J'ai cru devoir rappeler seulement ce qui précède, afin de prendre mes arguments jusque dans les créatures. Qu'ils comprennent donc, s'ils en sont capables, la distance qui existe entre une absurdité et ce que nous disons du Père, du Fils et du Saint-Esprit, savoir: que tous trois concourent inséparablement à accomplir non-seulement les oeuvres qui appartiennent à tous en général, mais même celles qui appartiennent à chacun en particulier.

Le Fils donc juge comme il entend, soit parce qu'il est Fils de l'homme, soit parce qu'il ne reçoit point l'être de lui-même, étant le Verbe du Père. Car il reçoit du Père sa nature même de Verbe, comme nous-mêmes nous recevons d'une personne quelconque les paroles que nous entendons. Et l'on peut dire que le Père a donné au Fils le Verbe, c'est-à-dire qu'il lui a donné d'être le Verbe, comme on dit qu'il a donné au Fils la vie, c'est-à-dire qu'il lui a donné d'être la vie, suivant ces paroles du Fils même : « Comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils d'avoir en lui-même la vie (Jean, V, 26.) », de telle sorte cependant que le Fils soit non pas différent de la vie qui est en lui, mais absolument et identiquement le même que cette vie : de même que entre le Père et la vie qui est en lui, il n'y a absolument aucune différence; seulement le Fils n'a point donné cette vie au Père, parce qu'il n'a point engendré le Père; tandis qu'elle a été donnée au Fils par le Père, lorsque celui-ci a engendré le Fils qui est la vie, comme le Père lui-même est aussi la vie.

Cependant le Père a engendré le Verbe sans être Verbe lui-même. Car, quand nous parlons de la vie, elle peut n'avoir d'autre principe qu'elle-même : telle est, par exemple, la vie du Père, ou, pour parler plus énergiquement, telle est la vie qui est le Père même et qui ne reçoit l'existence d'aucun autre ; mais lorsqu'il s'agit du Verbe, il est absolument impossible de ne pas entendre le Verbe de quelqu'un, et précisément de celui-là même qui en est l'auteur.

Conséquemment si le Fils est Dieu de Dieu, la lumière de la lumière, la vie de la vie, on ne peut pas dire de même qu'il est le Verbe du Verbe, parce que lui seul est Verbe; et comme c'est le propre du Père d'engendrer le Verbe, c'est aussi le propre du Fils d'être précisément ce Verbe. Ainsi donc il juge comme il entend, parce que le Verbe ayant été engendré précisément pour être lui-même la vérité, il ne peut juger que conformément à la vérité.

« Et certes son jugement est juste; car il ne cherche point sa volonté, mais la volonté de Celui qui l'a envoyé ( Id. 30.) ». Il voulait par ces paroles appeler notre attention sur cet homme qui, en cherchant sa propre volonté et non pas la volonté de celui par qui il avait été fait, ne se jugea point lui-même avec justice, mais au contraire subit un juste jugement. Car en faisant sa propre volonté, non pas la volonté de Dieu, il ne crut pas qu'il mourrait pour cela; mais ce jugement de sa part ne fut pas juste et son action fut suivie de la mort, parce que Dieu est juste. Cependant si le Fils de Dieu juge sans chercher sa propre volonté (car il est aussi Fils de l'homme), ce n'est pas qu'en qualité de juge il ne possède aucune volonté (le plus insensé des hommes oserait-il le dire?); mais sa volonté ne lui est pas tellement propre à lui-même, qu'elle soit distincte de la volonté du Père.

Si nos adversaires y réfléchissaient bien, ils n'établiraient pas dans la Trinité, par une pensée toute charnelle, des degrés inégaux pour chacune de ses puissances et pour chacun de ses principes d'opérations; ils ne la représenteraient point comme semblable à trois hommes de trois dignités inégales et différentes, le Père comme souverain, le Fils comme juge, et le Saint-Esprit comme avocat. Ils prétendent que les lois pour ainsi dire souveraines suivant lesquelles le Fils juge, appartiennent au Père; et suivant eux c'est à ces mêmes lois que le Fils, lorsqu'il juge, emprunte sa gloire et son autorité. Quant à l'intercession bienveillante et aux consolations du Saint-Esprit, elles appartiennent, ajoutent-ils, à la dignité du juge, c'est-à-dire du Fils unique de Dieu: comme si la dignité du juge consistait autant dans cette intercession, que la dignité du souverain consiste à envoyer un juge dont les jugements seront conformes à ses lois suprêmes.

Et cependant, malgré cette manière de penser toute charnelle, ils ne peuvent pas encore démontrer dans les trois personnes divines cette diversité de natures, qui est le grand sujet de discussion entre eux et nous. Car lorsqu'ils empruntent cette comparaison aux moeurs des hommes, sans sortir de l'ordre des faits humains qui sont parfaitement à la portée de leurs esprits (car l'homme animal ne perçoit pas ce qui est de l'Esprit de Dieu (I Cor. II, 14.) ), nous apprennent-ils autre chose sinon que le souverain, le juge et l'avocat sont tous des hommes?

D'où il suit que le juge, quoique inférieur au souverain en puissance, est aussi véritablement homme que celui-ci. De même l'avocat n'est pas moins homme que le juge, quoique par son ministère le premier semble être soumis au second.

Conséquemment, alors même qu'ils regardent la puissance du Père, celle du Fils et celle du Saint-Esprit, comme inégales entre elles, ils doivent reconnaître du moins l'égalité de nature dans les trois personnes. Pourquoi donc supposent- ils la condition de celles-ci pire même que celle des hommes? Car dans l'ordre des choses humaines il peut arriver que celui qui a été juge devienne souverain; mais quand il s'agit de la Trinité, nos adversaires ne daignent pas même accorder ce privilège au Fils unique du Souverain.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Jeu 10 Mar - 14:28

De plus, si par suite peut-être de quelque formule du droit ou des coutumes humaines, ils craignent au suprême degré d'être accusés du crime de lèse-majesté contre le Fils lui-même, il me semble qu'ils devraient assurément accorder à celui qui est avocat, de parvenir un jour au pouvoir judiciaire. Mais ils n'y consentent pas même. Et ainsi la condition des membres de cette trinité est (ce qu'à Dieu ne plaise), plus triste encore que celle des membres du genre humain, sujets à la mort.

Or, la sainte Ecriture, qui ne mesure point ces divines opérations par des degrés différents de puissances, mais par les degrés d'ineffabilité qui se trouvent dans les oeuvres, l'Ecriture, dis-je, reconnaît aussi le juge lui-même comme notre avocat. L'apôtre saint Jean dit en effet : « Si quelqu'un pèche, nous avons pour avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste (I Jean, II, 1.) ».

C'est aussi le sens de ces paroles du Sauveur lui-même : « Je prierai le Père, et il vous donnera un autre avocat (Jean, XIV, 16.) » ; car le Saint-Esprit ne serait pas un autre avocat, si le Fils n'avait pas déjà cette qualité. Mais pour montrer que les oeuvres de son Père et les siennes propres sont inséparables, il dit : « Lorsque je m'en serai allé, je vous l'enverrai (Id. XVI, 7.) » ; quoique ailleurs il dise: « Celui que mon Père enverra en mon nom »; preuve manifeste que le Saint-Esprit fut envoyé à la fois par le Père et par le Fils.

Isaïe montre pareillement que le Père et l'Esprit Saint ont envoyé le Fils. N'est-ce pas le Fils en effet qui, annonçant à l'avance son propre avènement, s'exprime ainsi par la bouche de ce Prophète : « Écoutez-moi, Jacob, et vous, Israël, que j'appellerai à moi: Je suis le premier, et je suis pour l'éternité; c'est ma main qui a donné à la terre ses fondements, c'est ma droite qui a donné aux cieux leur appui; je les appellerai et ils paraîtront tous ensemble ; tous s'assembleront et ils entendront : qui leur a prédit ces choses? Par amour pour vous j'ai exécuté votre volonté sur Babylone, afin de détruire la race des Chaldéens. J'ai parlé; je l'ai appelé; je l'ai amené et j'ai rendu ses voies prospères. Approchez-vous de moi, et écoutez ceci; car dès le commencement je n'ai point parlée, secret: j'étais présent lorsque ces choses ont été accomplies, et maintenant j'ai été envoyé par le Seigneur et par son Esprit (Isa. XLVIII, 12-16.) ? » Quoi de plus clair ? Celui qui a donné à la terre ses fondements et aux cieux leur appui, voici que lui-même il se dit envoyé par le Saint-Esprit. On reconnaît dans ces paroles le Fils unique par qui toutes choses ont été faites. D'autre part, tandis que nos adversaires attribuent l'office de consolateur au Saint-Esprit, comme à une personne placée au dernier rang dans la Trinité, l'Apôtre donne au consolateur le nom de Dieu même. Nous lisons en effet dans l'épître de saint Paul aux Corinthiens: « Celui qui console les humbles, Dieu nous a consolé par la présence de Tite (II Cor. VII, 6.) ». Donc celui qui console les saints est Dieu.

Car les humbles, ce sont précisément les saints, suivant ces paroles des trois hommes dans la fournaise « Saints et humbles de coeur, bénissez le Seigneur ( Dan. III, 87.)». Ainsi le Saint-Esprit qui console les humbles est Dieu. Et par là même ou bien nos adversaires doivent avouer que le Saint-Esprit est Dieu, ce qu'ils ne veulent pas avouer; ou bien s'ils prétendent que ces paroles de l'Apôtre s'appliquent au Père ou au Fils, ils doivent cesser de séparer de l'un et de l'autre la personne du Saint-Esprit pour lui attribuer l'office particulier de consolateur.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Ven 11 Mar - 15:11

Mais en s'efforçant de prouver que le Saint-Esprit est inférieur au Fils, par la raison qu'il est avocat auprès du Fils considéré comme juge, ils le placent nécessairement et par un aveuglement incompréhensible, dans un rang inférieur même aux hommes saints à qui le Seigneur adressait ces paroles : « Vous serez assis sur douze sièges, jugeant les douze tribus d'Israël (Matt. XIX, 28.) ».

Qu'ils nous disent donc quel sera alors l'office du Saint-Esprit : sera-t-il juge avec le Fils, ou seulement avocat près de ces juges humains eux-mêmes ?

Loin d'un coeur fidèle cette pensée abominable, que le Saint-Esprit soit un avocat inférieur à ces juges, puisque ceux-ci, pour être juges, doivent être remplis de ce même Esprit suivant lequel il faut qu'ils vivent pour devenir spirituels. Car, dit l'Apôtre, « l'homme spirituel juge toutes choses (I Cor. II, 15.) ».

Comment donc celui qui les fait juges est-il inférieur au juge suprême, puisque c'est lui qui les fait à la fois membres de ce juge et son propre temple? Car après avoir dit: « Vos corps sont les membres du Christ », l'Apôtre ajoute pareillement « Vos corps sont le temple du Saint-Esprit qui est en vous ( I Cor. VI, 15, 19.) ». De plus si, dans une des pages les plus claires de la sainte Ecriture, ils lisaient que le roi Salomon, par l'ordre de Dieu, éleva au Saint-Esprit un temple de bois et de pierres, ils ne pourraient plus douter qu'il soit Dieu.

Car en lui bâtissant ce temple, le peuple de Dieu lui rendait légitimement et dans sa plus haute expression le culte religieux appelé culte de latrie ; et cependant le Seigneur a dit « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu ne sera viras que lui seul », latreuseis. Et ils osent nier qu'il soit Dieu, celui dont le temple est formé non pas de pierres et de bois, mais des membres mêmes du Christ ! Car ils soumettent le Saint-Esprit à la puissance du Christ, quoique les membres de ce même Christ soient son temple, comme ils soumettent le Fils lui-même aux lois souveraines de Dieu, quoiqu'il soit la parole de Dieu et que la parole d'un souverain ne soit en aucune manière soumise aux lois, étant elle-même l'origine des lois (Voir la Conférence avec Maximin, II. 14. ).

X. Au reste, ceux dont les doctrines sont venues jusqu'à moi et auxquels je réponds, n'osent pas dire que celui qui a été engendré, a été aussi fait: mais établissant une distinction entre ces deux choses, ils disent que le Fils a été engendré par le Père, et que le Saint-Esprit au contraire a été fait par le Fils. Cependant ils ne lisent cela nulle part dans les saintes Ecritures, puisque le Fils dit lui-même que le Saint-Esprit procède du Père.

XI. « Le Fils, disent-ils, prêche le Père; le Saint-Esprit annonce le Fils ». Comme si le Fils n'avait pas annoncé la venue du Saint-Esprit; ou bien que le Père n'eût pas aussi prêché le Fils en ces termes : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisances : écoutez-le (Matt. XVII, 5.) ».

XII. Par là même non-seulement le Fils « révèle la gloire du Père», mais le Père aussi « révèle » la gloire du Fils; non-seulement « le Saint-Esprit manifeste la dignité du Fils », mais le Fils aussi « manifeste la dignité » du Saint-Esprit.

XIII. Et conséquemment, comme « le Fils rend témoignage au Père, et le Saint-Esprit au Fils », de même aussi le Père « rend témoignage » au Fils, et le Fils au Saint-Esprit.

XIV. « Le Saint-Esprit a été envoyé » par le Père et « par le Fils » ; et « le Fils a été envoyé par le Père » et par le Saint-Esprit.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Sam 12 Mar - 13:37

XV. « Le Fils, disent-ils, est le ministre du Père; le Saint-Esprit est le ministre du Fils ». Ils ne remarquent pas que de cette manière ils mettent les Apôtres au-dessus du Saint-Esprit. Car puisque ceux-ci se disent ministres de Dieu, nos adversaires assurément ne nieront pas qu'ils ne soient ministres de Dieu le Père lui-même. Car ils sont ministres de celui au nom, de qui ils ont donné le baptême, c'est-à-dire du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Conséquemment, suivant le langage inepte de nos adversaires, les ministres de la Trinité seront au-dessus du Saint-Esprit, celui-ci étant inférieur au Fils précisément parce qu'il est le ministre du Fils seul.

XVI. « Le Fils, disent-ils, reçoit les ordres du Père; le Saint-Esprit reçoit les ordres du Fils ». Ils ne lisent cela dans aucune page des livres saints : il est écrit, à la vérité, que le Fils est obéissant, suivant sa nature d'esclave par laquelle il est inférieur au Père; mais non pas suivant sa nature divine par laquelle il est une seule et même chose avec le Père.

XVII. Ainsi on lit dans les saintes Ecritures que « le Fils est soumis au Père ». Mais il s'agit alors de sa nature d'esclave, par laquelle il était soumis même à ses parents humains, suivant ces paroles de I'Evangile : « Et il descendit avec eux et il vint à Nazareth ; et il leur était soumis (Luc, II, 51.) ». Mais le texte sacré ne porte nulle part que le Saint-Esprit soit soumis au Fils.

XVIII. C'est pourquoi ce que le Père commande, le Fils l'exécute à raison de sa nature d'esclave ; et ce que le Père accomplit, le Fils l'accomplit aussi à raison de sa nature divine. Aussi Jésus-Christ ne dit pas : Tout ce que le Père commande, le Fils le fait; mais il dit

« Tout ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement ». Or, s'ils prétendent que le Saint-Esprit dit ce que le Fils lui commande de dire, précisément parce qu'il est écrit : « Il recevra de ce qui est à moi, et il vous l'annoncera (Id. XVI, 14.) » ; pourquoi le Fils ne dit-il pas de même ce que le Saint-Esprit lui commande de dire, puisque l'Apôtre dit aussi : « Ce qui est en Dieu, personne ne le connaît, sinon l'Esprit de Dieu (I Cor. II, 11.) » ; et que Jésus-Christ déclare que ces paroles de l'Ecriture ont eu en lui-même leur accomplissement : « L'Esprit du Seigneur est sur moi ; c'est pourquoi il m'a consacré par son onction pour évangéliser les pauvres (Luc, IV, 18, 21.)? »

En effet, s'il a été ton sacré pour évangéliser les pauvres, parce que l'Esprit du Seigneur était sur lui, qu'est-ce donc qu'il annonçait aux pauvres, sinon ce que l'Esprit du Seigneur, dont il était rempli, lui inspirait? Car il est écrit aussi. de lui, qu'il est rempli du Saint-Esprit (Id. Rom. III, 10.).

XIX. « Le Fils, disent-ils, adore et honore le Père; le Saint-Esprit adore et honore le Fils ». Il n'est pas nécessaire de vouloir ici rechercher scrupuleusement la différence qu'il y a entre honorer et adorer: l'un et l'autre se disent du Fils par rapport à sa nature d'esclave. Mais qu'ils nous apprennent donc, s'ils le peuvent, en quel endroit ils ont lu que le Fils est adoré par le Saint-Esprit. Car les textes qu'ils mettent en avant pour s'efforcer de le prouver, savoir : « Mon Père, je vous ai honoré sur la terre, j'ai accompli l'oeuvre que vous m'avez donnée » ; et cet autre qui regarde le Saint-Esprit : « Il m'honorera parce qu'il recevra de ce qui est à moi et vous l'annoncera », ces textes ne se rapportent pas au sujet dont il s'agit.

En effet, l'action d'adorer renferme nécessairement celle d'honorer; mais celle-ci ne renferme pas toujours la première. Suivant l'Apôtre, les frères se préviennent et se rendent honneur les uns aux autres (Jean, XVII, 4, 5.), et cependant ils ne s'adorent pas mutuellement. Autrement, c'est-à-dire si l'action d'honorer et celle d'adorer sont identiques, que nos adversaires veuillent bien dire aussi que le Père adore le Fils et qu'en l'adorant à obéit à cet ordre du Fils même : « Honorez-moi (suite) ». Quant à ces paroles relatives au Saint-Esprit: « Il recevra du mien », Jésus Christ lui-même a tranché la difficulté. Afin qu'on ne crût pas que le Saint-Esprit est du Fils comme le Fils lui-même est du Père et qu'il y a entre eux différents degrés, tandis que l'un et l'autre sont du Père, le premier par voie de génération, le second par voie de procession (deux choses extrêmement difficiles à distinguer avec précision dans une nature si sublime); afin, dis-je, qu'on ne crût pas cela, il ajoute aussitôt : « Tout ce que possède mon Père est à moi; c'est pourquoi j'ai dit qu'il recevra de ce qui est à moi (Jean, XVI, 14, 15.) ». Sans aucun doute il voulait faire entendre par là que le Saint-Esprit reçoit aussi du Père et qu'il reçoit du Fils, précisément parce que tout ce qui est au Père, appartient au Fils. Or, il n'établit en cela aucune diversité de natures, mais bien l'unité de principes.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Lun 14 Mar - 11:58

XX. Si donc le Saint-Esprit ne parle point de lui-même, c'est parce qu'il ne reçoit pas l'être de lui-même, mais du Père dont il procède : de même que le Fils ne peut rien faire de lui-même, parce qu'il n'a pas non plus en lui le principe de son être, ainsi que nous l'avons déjà démontré plus haut ; non pas toutefois que le Fils attende en toutes choses le signe de la volonté du Père ; car il ne dit pas qu'il ne fait rien de lui-même, si ce n'est ce qu'il voit lui être commandé par le Père; mais si ce n'est ce qu'il voit que le Père fait aussi, conformément à ce que nous avons déjà démontré.

Quant à ces paroles : « Que le Saint-Esprit attend en toutes choses le précepte du Christ », nos adversaires qui les ont prononcées, ne peuvent les lire nulle part. Car après avoir dit : « Il ne parlera point de lui-même », Jésus-Christ n'a pas ajouté : Il dira ce qu'il aura entendu de moi ; mais bien : « Il dira les choses qu'il aura entendues (Id. XVI, 13.) » : expressions dont le sens a été clairement exposé dans cette définition donnée par le Seigneur et que j'ai rappelée tout à l'heure : « Tout ce que possède le Père est à moi ; c'est pourquoi j'ai dit qu'il recevra du mien ».

Or, sans aucun doute, celui de qui il reçoit, est aussi le principe des paroles qu'il prononce; celui dont il procède, est aussi celui de qui il entend. Car il connaît le Verbe de Dieu parce qu'il procède du même principe d'où naît le Verbe, et ainsi il est également l'Esprit du Père et l'Esprit du Verbe.

Et qu'on ne dise pas que cette expression : « Il recevra », désigne un temps futur, comme s'il n'avait pas encore. En effet, on se sert indifféremment des trois sortes de temps, quoique l'on sache très-bien que l'éternité exclut toute succession de temps. Car il a reçu, puisqu'il a procédé du Père ; il reçoit, puisqu'il procède du Père ; il recevra, puisqu'il ne cessera jamais de procéder du Père; c'est ainsi que Dieu est, a été et sera, quoiqu'il n'ait pas eu, quoiqu'il ne doive jamais avoir de commencement ni de fin temporelle.

XXI. « Le Fils, disent-ils, invoque pour nous le Père ; le Saint-Esprit demande pour nous au Fils ». Ils lisent à la vérité que le Fils demande au Père, ainsi que nous l'avons rappelé nous-même dans les raisonnements précédents : mais qu'ils trouvent de même un seul mot qui les autorise à dire que le Saint-Esprit demande au Fils.

Il est vrai que l'Apôtre dit: « Nous ne savons ce que nous devons demander dans la prière ; mais l'Esprit lui-même demande avec des gémissements inénarrables. Et celui qui scrute les coeurs sait ce que désire l'Esprit ; car c'est selon Dieu qu'il demande pour les saints (Rom. VIII, 26, 27.)» ; mais de quelque manière qu'ils entendent ces paroles (et il est pour eux de la plus grande importance de les entendre comme elles doivent être entendues), il n'est pas dit : Le Saint-Esprit demande au Christ, ou bien, il demande au Fils; mais il est dit que le « Saint-Esprit demande », parce qu'il nous porte à demander.

C'est ainsi que Dieu dit ailleurs : « Je sais maintenant (Gen. XXII, 12.) », comme s'il avait ignoré jusque-là, et cependant cette expression ne signifie pas autre chose que ceci : J'ai fait en sorte que vous connaissiez. L'Apôtre dit aussi dans le même sens : « Mais maintenant connaissant Dieu, ou plutôt étant connus de Dieu (Gal. IV, 9.) » ; de peur qu'ils ne s'attribuassent à eux-mêmes le mérite de la connaissance qu'ils avaient de Dieu. Il parle donc ainsi : « Etant connus de Dieu », pour leur faire entendre que Dieu leur a donné par sa grâce la connaissance qu'ils ont de lui-même.

C'est encore suivant cette manière de parler qu'il a été dit : « Et ne contristez point le Saint-Esprit de Dieu (Eph. IV, 30.)»: c'est-à-dire, ne nous contristez point, nous qui sommes par un mouvement du Saint-Esprit, contristés à votre sujet. Car ils étaient contristés par l'effet de la charité que le Saint-Esprit répandait dans leurs coeurs (Rom. V, 5.), et ainsi il les rendait lui-même tristes au sujet des maux de leurs frères.

Enfin le même Apôtre dit : « Vous avez reçu l'Esprit d'adoption des fils, dans lequel nous crions : « Abba, (Père) (Id. VIII, 15.) » ; et ailleurs, exprimant la même pensée : « Dieu, dit-il, a envoyé dans vos coeurs l'Esprit de son Fils, criant: Abba, Père (Gal. IV, 6.) ! » Comment dit-il en un endroit : « L'Esprit dans lequel nous crions », et en un autre endroit : « L'Esprit qui crie », sinon parce que cette dernière expression signifie l'Esprit qui nous fait crier ?

Cependant si nous voulons entendre comme eux cette expression, non pas en ce sens qu'il nous fait crier, mais en ce sens qu'il crie lui-même, dès lors qu'il dit : « Abba, Père », il n'adresse donc pas sa demande au Fils, mais au Père. Car ils n'oseront pas dire que le Saint-Esprit est le Fils du Christ, puisque pour ne pas prononcer ce mot ils ont mieux aimé dire qu'il n'a pas été engendré, mais qu'il a été fait par le Fils. Ainsi donc, par nous-mêmes nous ne savons pas ce que nous devons demander, mais l'Esprit lui-même demande, c'est-à-dire nous fait demander les choses qui sont selon Dieu : et tant qu'il ne le fait point, nos prières ne sont inspirées que par des pensées mondaines, par le désir de satisfaire la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et la soif des honneurs temporels : trois choses qui ne viennent pas du Père, mais du monde (Jean, II, 18.).

Plusieurs cependant pensent que ces paroles : « L'Esprit lui-même demande avec des gémissements », doivent être entendues de l'esprit de l'homme.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Mar 15 Mar - 13:26

XXII. Ils disent que le Fils est l'image vivante et véritable, personnelle et tout à fait digne, de toute la bonté, de toute la sagesse et de toute la puissance du Père. Cependant l'apôtre saint Paul ne dit pas qu'il est l'image de la puissance et de la sagesse de Dieu ; mais il dit qu'il est Dieu même, « la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu ».

Donc par là même que le Fils est l'image du Père, il est aussi la puissance et la sagesse du Père. Or, cette image pleine et parfaite, qui n'a pas été faite de rien par lui, mais qui est engendrée de lui, cette image n'est en rien inférieure à celui qu'elle représente : car le Fils seul engendré est l'image souveraine du Père, c’est-à-dire tellement semblable qu'il n'y a en elle aucun trait non ressemblant. Et néanmoins ils n'ont pas osé dire que le Saint-Esprit est l'image du Fils, mais ils ont employé le mot de manifestation. Pour le même motif, ils ont dit qu'il a été, non pas engendré, mais fait par lui ; ce qu'ils ne peuvent lire dans aucune page des saintes Ecritures.

XXIII. Qui donc, parmi les catholiques, dit que le Fils est une partie du Père, ou que le Saint-Esprit est une partie du Fils ?

Nos adversaires ont cru devoir nier cette proposition, comme si elle était l'objet d'une discussion quelconque entre eux et nous. Cependant nous disons qu'il y a dans la Trinité une seule; et même nature ; nous ne disons pas que aucune des trois personnes soit une partie d'une autre personne. Mais après avoir nié que le Fils soit une partie du Père, ils ajoutent que cependant il est proprement, et pleinement et parfaitement Fils unique et bien-aimé.

C'est pourquoi il faut leur demander si les enfants que Dieu adopte par sa libre volonté et qu'il engendre par la parole de vérité, sont, eux aussi, proprement, pleinement et parfaitement les enfants bien-aimés de Dieu, quand ils sont parvenus à une perfection telle qu'il ne leur soit plus possible d'être plus parfaits?

S'ils répondent affirmativement, le Fils, dès lors, ne sera plus seul engendré, puisqu'il aura un grand nombre d'égaux; il ne sera plus que le premier engendré. S'ils répondent négativement, comment faut-il entendre alors cette plénitude et cette perfection, si ce n'est en ce sens que le Fils soit tout à fait égal à celui qui l'engendre, sans aucun trait de non-ressemblance ; et pour m'exprimer plus brièvement et avec plus de clarté, en a sens que l'un soit Fils par nature, et les autres, fils par grâce, le premier possédant la plénitude de la divinité, tandis que les autres ne possèdent qu'une participation de cette même divinité, quoique le Verbe en s'unissant à notre humanité et « en se faisant chair (Jean, I, 14.) » sans perdre sa nature de Verbe égal au Père, ait obéi en cela non pas à une exigence de sa nature, mais à une volonté libre?

Ensuite, puisqu'ils prétendent que le Saint-Esprit est, non pas engendré, mais la première et la principale oeuvre du Fils en comparaison de nous les autres êtres, qu'ils nous disent donc, si ces fils que « le Père engendre de sa libre volonté par la parole de vérité », ne doivent pas être supérieurs au Saint-Esprit ! Comment, en effet, pourraient-ils ne pas l'avouer, puisque sans aucun doute il vaut mieux être l'enfant de Dieu que d'être l'oeuvre du Fils?

Qu'ils réfléchissent à cela, et pour mettre fin à leurs blasphèmes insensés et impies, qu'ils reconnaissent qu'il n'y a dans la sainte Trinité aucune personne qui ait été créée d'une manière quelconque ou faite par Dieu, si ce n'est le Fils en tant qu'il s'est fait homme sans cesser d'être Dieu; mais que chacune des trois personnes est Dieu véritable, suprême et immuable.

XXIV. A Dieu ne plaise en effet que, conformément à leur opinion, le Père soit plus grand que le Fils, en tant que celui-ci est son Verbe, seul engendré par lui; il l'est seulement en tant qu'il est le Verbe fait chair. Mais qu'y a-t-il en cela d'étonnant, puisque dans cette même chair il est devenu inférieur aux anges eux-mêmes? Aussi à Dieu ne plaise que, suivant leurs blasphèmes, le Fils soit incomparablement plus grand et plus parfait que le Saint-Esprit; et, ce qu'on ne peut croire sans une extrême folie, que les membres du plus grand soient le temple du plus petit !

XXV. Le Père est, à la vérité, « Dieu et Seigneur à l'égard de son Fils » : parce qu'il y a dans celui-ci la nature d'esclave que le Prophète avait annoncée en ces termes: « Le Seigneur m'a dit : Tu es mon Fils (Ps. II, 7.) ». Et dans ce même livre prophétique, le même Fils dit aussi à son Père: « Vous êtes mon Dieu dès le sein de ma mère (Ps. XXI, 11.) ».

Et en effet, dès le sein de sa mère où il a pris la nature humaine, le Père est son Dieu; de même qu'il est son Père parce qu'il l'a engendré non-seulement avant qu'il fût dans le sein de sa mère, mais avant tous les siècles et de toute éternité. Mais où donc ont-ils entendu, même en rêve, que le Fils fût, dans la sainte Ecriture, appelé Dieu et Seigneur de l'Esprit-Saint?

XXVI. « Le Père, disent-ils, a engendré le Fils, par sa volonté immuable et impassible le Fils, sans travail ni fatigue et par sa seule puissance, a fait l'Esprit ». O éloge vraiment sublime du Fils et du Saint-Esprit ! Comme si le Père avait agi malgré lui, et qu'il fût sorti de son état d'immobilité et d'impassibilité, quand il nous a engendrés volontairement par la parole de vérité : ou bien comme si le Fils n'avait pas créé le ciel et la terre sans travail et sans fatigue?

Il faut donc, suivant eux, placer ces dernières oeuvres au même rang que le Fils ou le Saint-Esprit; ou bien s'il n'est en aucune manière possible d'établir cette égalité , pourquoi avoir parlé d'une chose que personne ne met en question, savoir que le Père, lorsqu'il engendre, et le Fils dans ce qu'il fait, agissent l'un et l'autre sans douleur aucune et sans fatigue?

De plus, qu'ils considèrent bien dans quel sens ils disent que le Fils a fait le Saint-Esprit par sa propre puissance seule. D'après le sens même des paroles, ils sont forcés de reconnaître que le Fils a fait quelque chose qu'il n'a point vu être fait par le Père. Si, au contraire, il leur plaît de dire que le Père aussi a fait le Saint-Esprit, dès lors le Fils ne l'a donc point fait par sa propre puissance seule.

Si enfin le Père avait auparavant fait un autre Esprit-Saint, afin que le Fils pût faire celui qu'il a fait ( le Fils ne pouvant rien faire sinon ce qu'il a vu être fait par le Père), en quel sens donc le Fils fait-il pareillement , non pas d'autres oeuvres semblables, mais identiquement toutes les mêmes oeuvres que fait le Père?

Qu'ils prennent la peine d'y réfléchir, et sans aucun doute ils reconnaîtront la confusion qui règne dans tous ces systèmes appuyés sur leurs raisonnements charnels.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Mer 16 Mar - 14:03

XXVII. Il est incontestable que le Père a donné l'être à tout ce qui existe, sans l'avoir reçu lui-même de qui que ce soit; mais il n'a donné à personne de lui être égal à lui-même, si ce n'est au Fils qui est né de lui, et au Saint-Esprit qui procède de lui.

Si donc il en est ainsi, la différence qu'ils prétendent introduire dans la Trinité n'existe pas; il n'y a dans la Trinité qu'une seule et même nature, qu'une seule et même puissance : « Afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père », suivant les expressions de Jésus-Christ lui-même (Jean, V, 19, 23.). Et ceux qui veulent vivre dans la piété , doivent adorer le Seigneur leur Dieu et ne servir que lui seul, comme il a été commandé autrefois à nos pères par une loi de Dieu.

Mais pour qu'il nous soit possible de rendre exclusivement à notre Seigneur et Dieu le culte qui est dû à la divinité (car il s'agit ici du culte même appelé en grec latreia, et cette expression se trouve précisément dans le texte « Vous ne servirez que lui seul (Deut. VI, 13.) »), il faut de toute nécessité, que le Seigneur notre Dieu soit lui-même la Trinité tout entière. Autrement, suivant que ces paroles : « Vous ne servirez que lui seul », s'appliqueraient au Père et au Fils, nous ne pourrions plus rendre au Fils ou au Père le culte appelé culte de latrie et que les esclaves ne doivent pas à ceux qui sont leurs maîtres selon la chair, mais que tous les hommes doivent exclusivement à leur Seigneur et Dieu.

De plus, si avec des éléments matériels nous bâtissions un temple au Saint-Esprit, qui hésiterait à croire que nous lui rendons un culte de latrie, c'est-à-dire le culte dont je parle en ce moment ? Comment donc pouvons-nous ne pas lui rendre un culte de latrie, puisque sans lui bâtir un temple, nous sommes nous-mêmes son temple? Ou bien comment lui-même peut-il ne pas être notre Dieu, puisque l'Apôtre dit de lui : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? » et un peu après: « Glorifiez donc Dieu dans votre corps (I Cor. VI, 19, 20.) ? » Ainsi, suivant l'Apôtre, nos corps sont en nous le temple du Saint-Esprit. Conséquemment si d'une part nous rendons à la fois au Père, au Fils et au Saint-Esprit le culte appelé culte de latrie; si d'autre part nous lisons dans la loi de Dieu le précepte de ne rendre ce culte à nul autre absolument qu'à notre Seigneur et Dieu, il est donc hors de doute que la Trinité est elle-même notre seul et unique Seigneur et Dieu, à qui la piété nous fait un devoir de rendre ce culte, en même temps qu'elle nous défend de le rendre à tout autre.

XXVIII. « Comme personne, disent-ils, ne peut aller au Père sans l'intermédiaire du Fils; de même aussi personne ne peut, sans le secours du Saint-Esprit, adorer le Fils en vérité » : comme si du reste quelqu'un pouvait venir au Fils sans le Père, tandis que Jésus-Christ dit lui-même : « Personne ne vient à moi si le Père qui m'a envoyé ne l'attire (Jean, VI, 44.) » ; ou bien comme s'il nous était possible de parvenir au Saint-Esprit sans le Père et le Fils qui nous le donnent par leur grâce.

En effet, venir à eux, qu'est-ce autre chose que les voir habiter en nous? Ils ne viennent pas eux-mêmes à nous d'une autre manière, puisque Dieu étant partout, il ne saurait être contenu dans aucun espace matériellement limité. Le Sauveur dit de son Père et de lui-même : « Nous viendrons à lui et nous établirons en lui notre demeure » ; il dit pareillement du Saint-Esprit: « Si je ne m'en vais, l'avocat ne viendra pas à vous (Id. XIV, 23; XVI, 7.) ». Que signifient donc ces paroles : « Comme personne ne peut aller au Père sans l'intermédiaire du Fils ; de même aussi personne ne peut, sans le Saint-Esprit, adorer le Fils en vérité? » et celles-ci qu'ils ajoutent ensuite: « Donc c'est dans le Saint-Esprit que le Fils est adoré? » Est-ce que ces paroles révèlent cette différence de natures dont il est question entre eux et nous? Si personne ne peut, sans le Saint-Esprit, adorer le Fils en vérité; si d'autre part c'est dans le Saint-Esprit qu'on adore le Fils, il est donc incontestable que le Saint-Esprit, lui aussi, est la vérité; puisque, suivant leurs propres expressions, le Fils est adoré en vérité lorsqu'il est adoré dans le Saint-Esprit.

Cependant le Fils dit lui-même : « Je suis la vérité (Jean, XIV, 8.) ». Donc il est aussi adoré, en lui-même, lorsqu'il est adoré en vérité. Et conséquemment le Fils est adoré à la fois en lui-même et dans le Saint-Esprit. D'autre part, qui serait assez impie pour refuser au Père ce même privilège ? Comment pourrions-nous ne pas adorer aussi en lui, puisque c'est en lui que nous avons l'être, le mouvement et la vie? Ainsi nous disons nous-mêmes que le Fils est adoré dans le Saint-Esprit ; mais en quel endroit pourraient-ils lire que le Fils est adoré par le Saint-Esprit?

XXIX. « Le Père est glorifié par le Fils », personne ne prétend le nier. Mais qui oserait dire que le Fils n'est pas lui-même glorifié par le Père ? N'est-ce pas au Père que le Fils adresse ces paroles: « Glorifiez-moi», aussi bien que celles-ci : « Je vous ai glorifié (Id. XII, 28; XVII, 5, 4.) ? » Du reste, glorifier, honorer, louer sont trois mots différents, mais ils désignent une seule et même chose exprimée en Grec par doxadzein la diversité des expressions latines est née de la diversité des traducteurs.

XXX. « L'oeuvre et l'application constantes du Saint-Esprit, disent-ils, est de rendre saints et de garder ceux qui le sont déjà; de sanctifier non-seulement les créatures raisonnables, comme quelques-uns le pensent, mais aussi plusieurs êtres privés de raison; de rappeler à leur ancien état ceux qui sont tombés par leur propre négligence ; d'instruire les ignorants, d'avertir ceux qui sont oublieux, de reprendre ceux qui commettent le péché ; d'exhorter ceux qui sont paresseux à penser à leur salut et à y travailler avec soin; de ramener dans la voie de la vérité ceux qui s'en écartent; de guérir ceux qui sont malades; de remédier aux faiblesses de la chair par l'ardente vivacité de l'esprit; d'affermir dans l'amour de la piété et de la chasteté, et de répandre la lumière dans toutes les âmes; mais surtout de donner à chacun la foi et la charité, à proportion de son zèle personnel et de ses soins diligents, suivant la sincérité et la simplicité de son esprit, suivant la mesure de sa foi et le mérite de sa conduite; de distribuer la grâce conformément au besoin que nous en avons, et de placer chacun dans le genre d'occupations pour lequel sont ses goûts et ses aptitudes ».

Le Saint-Esprit accomplit à la vérité toutes ces oeuvres; mais à Dieu ne plaise qu'il les accomplisse sans le Fils ! Et qui donc s'écarterait de la voie de la vérité, jusqu'à nier que les saints soient gardés par Jésus-Christ, que par lui ceux qui sont tombés soient replacés dans leur ancien état, les ignorants instruits, ceux qui sont oublieux avertis, les pécheurs réprimandés, les paresseux excités au travail, ceux qui s'égarent ramenés dans la voie de la vérité, les malades guéris, les aveugles éclairés?

Et il en est de même de toutes les oeuvres que nos adversaires ont cru devoir attribuer au Saint-Esprit comme si elles étaient accomplies par lui seul. Car, pour ne pas faire ici une trop longue énumération, comment nieront-ils que les saints soient instruits par Jésus-Christ, puisqu'il leur dit lui-même : « Ne souffrez point qu'on vous appelle maîtres; car vous n'avez qu'un seul maître, Jésus-Christ (Matt. XXIII, 8.) ? » Comment nieront-ils que les aveugles soient éclairés par Jésus-Christ, quand ils lisent dans l'Ecriture, que Jésus-Christ « était la lumière véritable qui éclaire tout homme (Jean, I, 9.) ? » Le Saint-Esprit donc ne sanctifie personne sans Jésus-Christ, de même que sans lui il n'instruit ou n'éclaire personne. Quant à ces paroles que Dieu a dites par la bouche d'un prophète : « Afin qu'ils sachent que c'est moi-même qui les sanctifie (Exod. XXXI, 13.) », à laquelle des trois personnes divines prétendent-ils les attribuer? S'ils prétendent qu'elles ont été dites par le Père, pourquoi donc nient-ils toute communauté d'opérations entre le Père et le Saint-Esprit, puisque d'autre part ils croient que la sanctification des justes appartient au Saint-Esprit comme son oeuvre propre et inséparable?

S'ils attribuent ces paroles au Fils, ils ne doivent pas du moins séparer des oeuvres de ce même Fils, les oeuvres de l'Esprit sanctificateur. Enfin, s'ils aiment mieux les attribuer au Saint-Esprit, pourquoi donc refusent-ils de reconnaître sa divinité, puisqu'il dit lui-même par la bouche du Prophète: «Afin qu'ils sachent que c'est moi-même qui les sanctifie ». Mais si les meilleurs interprètes enseignent que la Trinité elle-même a prononcé cette parole par la bouche du Prophète, on ne peut plus douter que le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne soient un seul Dieu : c'est de lui, par lui et en lui que sont toutes choses ; à lui soit la gloire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il (Rom. XI, 36.) !

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Jeu 17 Mar - 15:42

XXXI. Cependant, quoique nous reconnaissions que les oeuvres attribuées par eux au Saint-Esprit, lui appartiennent réellement, la conclusion qu'ils tirent de là n'en est pas moins fausse : « Le Saint-Esprit », disent-ils, « est différent du Fils par sa nature et sa position, par son rang et ses inclinations, par sa dignité et sa puissance, par ses facultés et par ses oeuvres ».

Car il n'y a aucune différence entre les diverses natures humaines, et cependant leurs oeuvres peuvent être séparées entre elles, ce qui n'est pas possible à l'égard des oeuvres de la sainte Trinité. Quant à cette position, ce rang et ces inclinations que l'on rencontre dans les créatures par suite de leur inégalité et de leur faiblesse, ils n'existent pas dans cette Trinité dont les trois personnes sont à la fois coéternelles, égales et impassibles.

Mais comment la dignité, la puissance et la force ne seraient-elles pas égales dans chacune de ces trois personnes, puisqu'elles accomplissent les mêmes oeuvres et de la même manière? Nos adversaires, il est vrai, disent que les opérations des trois personnes sont différentes entre elles ; mais nous avons prouvé que cette assertion est tout à fait fausse.

XXXII. Ils ajoutent dans le même discours : « Impossible qu'il y ait unité et identité entre le Père et le Fils, entre celui qui engendre et celui qui naît; entre celui à qui on rend témoignage et celui qui rend ce témoignage; entre celui qui est plus grand et celui qui reconnaît cette supériorité ; entre celui qui est assis à la droite ou qui se tient debout, et celui qui cède l'honneur de la préséance ; entré celui qui est envoyé et celui qui a envoyé ; on ne peut pas être à la fois disciple et docteur, comme Notre-Seigneur l'a déclaré lui-même en ces termes : Je parle comme mon Père m'a enseigné (Jean, VIII, 28.) ; impossible d'être à la fois celui qui ressemble et qui imite et celui à qui on ressemble et que l'on imite ; celui qui prie et celui qui exauce; celui qui rend grâces et celui qui bénit ; celui qui reçoit le commandement et celui qui donne le commandement; celui qui exécute et celui qui ordonne; celui qui supplie et celui qui protège; on ne peut pas être l'inférieur et le supérieur; le fils unique et celui qui n'est pas engendré; on ne peut pas être prêtre et Dieu ».

Ces paroles, entendues dans un certain sens, sont très-vraies; mais que nos adversaires, en parlant ainsi, s'attaquent aux Sabelliens et non pas aux Catholiques. Car les Sabelliens disent qu'il y a unité et identité entre le Fils et le Père ; nous, au contraire, nous disons que le Père qui engendre et le Fils qui est engendré sont deux personnes, mais non pas deux natures distinctes et différentes. Le Père et le Fils ne sont donc pas une seule et même personne, mais un seul et même être.

Il est vrai que le Père est plus grand; mais ici il ne s'agit pas de la nature de celui qui engendre comparée à la nature de celui qui est engendré; il s'agit de la nature humaine comparée à la nature divine : en tant qu'il a revêtu la nature humaine, le Fils est assis ou il se tient debout à la droite du Père, il prie, il rend grâces, il est prêtre, il est ministre, il est suppliant, il est sujet; mais en tant qu'il possède la nature divine, par laquelle il est égal au Père, le Fils est seul engendré et coéternel à celui qui l'engendre.

Et quoiqu' « il soit le premier-né de toute créature, puisque toutes choses ont été créées en lui », quoiqu'il ait été engendré avant la création de tout le reste, il est cependant éternel comme le Père et il n'a pas commencé dans le temps. Car nous disons avec raison que le Père est antérieur à toutes les choses qu'il a créées, bien qu'il n'ait pas été engendré. La priorité en effet n'est jamais si rigoureuse que dans celui avant qui il n'y a absolument rien. Or, de même que rien n'existe avant le Père, de même aussi rien n'existe non plus avant le Fils, seul engendré et conséquemment coéternel au Père.

Car, quoique le Père ait engendré et que le Fils ait été engendré; le Père ne possède pas pour cela une antériorité temporelle. S'il y a entre le Père qui engendre et le Fils qui est engendré, une différence quelconque de temps, dès lors il y a eu un temps avant le Fils, et conséquemment ce même Fils n'est plus « le premier-né de toute créature puisque le temps est lui-même une créature; toutes choses n'ont donc pas été faites par lui », si le temps a existé avant lui. Mais « tout a été créé par lui (Coloss. I, 15, 16.) », et par là même aucun temps n'a existé avant lui.

Conséquemment, comme le feu et l'éclat qui est par le feu engendré et répandu de toutes parts, commencent à exister simultanément, sans que celui qui engendre précède celui qui est engendré; de même aussi le Père qui est Dieu, et le Fils qui est Dieu de Dieu, commencent à exister simultanément, parce qu'ils sont également exempts de tout commencement temporel, et que celui qui engendre ne précède point celui qui est engendré. Comme le feu qui engendre et l'éclat qui est engendré datent du même instant; de même aussi Dieu le Père qui engendre, et Dieu le Fils qui est engendré, sont coéternels.

Mais parce que celui-ci reçoit l'être du premier, et non pas réciproquement, le Fils, par là même, reçoit le commandement du Père, puisqu'il est lui-même ce commandement du Père; et le Père enseigne le Fils, puisque celui-ci est lui-même la doctrine du Père.

Car le Fils reçoit la vie du Père, parce qu'il est lui-même la vie aussi bien que le Père; et il est tellement semblable au Père, qu'il ne diffère absolument en rien de lui. De plus, puisque le Père et le Fils se rendent l'un à l'autre un témoignage mutuel, je ne vois pas comment nos adversaires peuvent représenter l'un des deux comme rendant témoignage et l'autre comme celui à qui ce témoignage est rendu.

Le Père ne dit-il pas « Celui-ci est mon Fils bien-aimé (Matt. III, 17.)? » Le Fils ne dit-il pas aussi : « Mon Père, qui m'a envoyé, rend témoignage de moi (Jean, VIII, 18.)?» Pourquoi donc établir entre eux une distinction telle qu'on donne le nom de Père à celui à qui ce témoignage est rendu, et le nom de Fils à celui qui rend ce témoignage ? Pourquoi porter l'ineptie jusqu'à ce point? Pourquoi se boucher les oreilles et fermer les yeux avec une telle opiniâtreté? Quant à la mission donnée par le Père et reçue par le Fils, nous en avons suffisamment et surabondamment traité dans les chapitres précédents de cette controverse.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Ven 18 Mar - 14:22

XXXIII. Certes, jamais « le Père n'a su, dans sa prescience, qu'il deviendrait le Père de Dieu, son Fils unique », comme nos adversaires le prétendent dans leur impiété portée jusqu'au délire.

Il n'a jamais commencé à être Père, par la raison que son Fils lui-même lui est coéternel, et qu'il a engendré avant tous les temps celui par qui il a créé les temps eux-mêmes. Et comme il n'a pas su à l'avance que lui-même il deviendrait Dieu, il n'a pas su non plus à l'avance qu'il deviendrait Père, parce qu'il a toujours été avec le Fils « La grandeur et la bonté du Père ne surpassent point la grandeur et la bonté du Fils » ; car ce n'est pas au Père seulement, mais à la Trinité tout entière qu'il a été dit « Vous êtes Dieu seul grand (Ps. LXXXV, 10.) ».

C'est aussi avec raison que l'on applique, non pas au Père seulement, mais à la Trinité tout entière cette parole du même Fils: « Nul n'est bon que Dieu seul (Marc, X, 18.) », lorsqu'il fut appelé bon maître par quelqu'un qui ne connaissait pas encore sa divinité comme s'il eût dit : Si vous m'appelez bon, vous devez comprendre que je suis Dieu ; reconnaissez ma divinité; car nul n'est bon que Dieu seul. La Trinité donc est ce Dieu unique, seul grand et seul bon, auquel, uniquement et à l'exclusion de tout autre, conformément aux préceptes de sa loi, nous rendons le culte appelé culte de latrie.

XXXIV. A Dieu ne plaise que nous disions que c'est par humilité, et non pas en toute vérité, que le Fils prononce quelquefois des paroles par lesquelles il se soumet au Père, et proclame celui-ci plus grand que lui. Nous savons, en effet, que dans le Fils, la nature d'esclave n'est pas feinte et simulée, mais véritable: or, c'est précisément à raison de cette qualité d'homme, et en même temps parce qu'il reçoit du Père sa nature divine, sans que le Père reçoive de lui la sienne, c'est, dis-je, pour cette double raison qu'il dit toutes ces choses, dont nos adversaires s'autorisent pour croire et pour enseigner que la nature du Père et la nature du Fils sont différentes l'une de l'autre.

Et, au même moment qu'ils se précipitent dans cet abîme d'impiété, ils nous appellent (homousiani) partisans de la consubstantialité, comme pour nous infliger la honte d'un nom nouveau. Telle est, en effet, l'antiquité de la vérité catholique, que tous les hérétiques lui imposent des noms différents, précisément quand ils reçoivent eux-mêmes des noms particuliers, qui entrent dans le langage commun.

Ainsi, parmi les hérétiques, les Ariens et les Eunomiens seuls nous donnent le nom de partisans de la consubstantialité, et cela, parce que nous nous servons du mot grec homousios, pour défendre contre leur erreur le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et établir que ces trois personnes ont une seule et même substance, ou, pour parler plus énergiquement, une seule et même essence, appelée en grec ousia : ce qui est encore plus clairement exprimé dans ces mots, une seule et même nature. Et cependant, si quelqu'un de ceux qui nous appellent partisans de la consubstantialité, disait que son propre fils n'est pas de la même nature que lui-même, mais qu'il est d'une nature différente, ce fils aimerait mieux être déshérité par lui que de voir cette opinion admise.

Quelle est donc l’impiété qui les aveugle à ce point ? Ils reconnaissent que le Fils de Dieu est réellement son Fils unique, engendré par lui, et ils ne veulent pas reconnaître qu'il est de la même nature que le Père ! Ils lui attribuent, au contraire, une nature différente; inégale, non ressemblante en plusieurs choses et de plusieurs manières, comme s'il n'était pas né de Dieu, mais qu'il eût été par lui créé de rien, et que par là même il fût une créature véritable, Fils par grâce et non point par nature!

Ainsi, ceux qui nous appellent partisans de la consubstantialité, comme pour nous couvrir de la flétrissure d'un nom nouveau, ne voient pas qu'ils sont eux-mêmes insensés, lorsqu'ils suivent de tels sentiments.

Mais quand ils reconnaissent que le Fils est né avant tous les siècles, ne sont-ils pas en contradiction avec eux-mêmes, puisque d'une part ils disent qu'il est né avant tous les siècles, et que d'autre part, ils mettent un certain temps avant sa naissance, comme si un temps, quel qu'il soit, n'était pas nécessairement un siècle ou une partie de siècle?

Saint Paul dit à la vérité que le Fils sera soumis au Père même dans le siècle futur «Alors, dit-il, il sera lui-même soumis à celui qui lui a soumis toutes choses (I Cor. XV, 28.) ». Mais qu'y a-t-il en cela d'étonnant, puisque le Fils doit conserver cette nature humaine, qui est à tout jamais inférieure au Père?

Plusieurs, cependant, ont cru devoir entendre cette soumission future du Fils, d'un changement de la nature humaine elle-même, en la substance divine, comme si une chose était soumise à une autre, par cela seul qu'elle est changée et transformée en cette autre. Mais, pour exprimer notre manière de voir à ce sujet, nous pensons que l'Apôtre a dit que le Fils serait même alors soumis au Père, précisément afin que personne ne crût que l'esprit et le corps humains devaient être détruits en Jésus-Christ par une transformation quelconque : « Afin que Dieu soit tout », non-seulement dans la nature humaine de Jésus-Christ, mais « en tous », c'est-à-dire afin que la nature divine suffise à nous donner la vie et à combler de biens l'immensité de nos désirs.

Car Dieu sera tout en tous, lorsque nous commencerons à ne vouloir posséder absolument rien autre chose que lui. Il sera tout en nous, quand nous serons tellement remplis de lui que rien ne nous manquera plus.

Je ne vois pas ce qui porte nos adversaires à croire que « le Fils ait obéi aux ordres qui lui étaient donnés, avant qu'il se fût incarné ». A-t-il reçu l'ordre de prendre une chair, et, par là même qu'il accomplissait en cela une mission, doit-il être regardé comme ayant en même temps exécuté un ordre ? Qu'ils lisent donc de nouveau ce qui a été discuté plus haut; qu'ils cherchent, qu'ils trouvent, s'ils le peuvent, par quelle autre parole le Père a commandé à sa Parole unique, et comment la dignité du Verbe éternel a pu permettre à celui-ci de se soumettre à cette parole et à ce commandement temporel. Qu'ils comprennent donc enfin que ce n'est point par le commandement du Père, comme s'il eût relevé d'une autre puissance que la sienne, mais que c'est « lui-même, qui s'est anéanti, prenant la nature d'esclave ». Il est vrai « qu'il s'est humilié lui-même, en se rendant obéissant jusqu'à la mort (Philipp. II, 7, 8.) » ; mais assurément, il avait alors accompli son incarnation.

Je crois avoir répondu à tout ce que renferme le discours des Ariens, qui nous a été envoyé par quelques frères, afin que nous y répondions. Nous avons cru devoir le transcrire en tête de notre présente controverse, afin que ceux qui nous lisent et qui désirent se rendre compte de la complète exactitude de notre réponse, puissent en prendre connaissance par eux-mêmes. On doit donc lire d'abord ce discours, et ensuite notre réponse. Nous n'avons pas toujours interposé le texte même de ce discours, afin de ne pas donner trop d'étendue, dans notre réfutation, à notre oeuvre, que nous terminons enfin ici.


http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/polemiques/ariens/cdoctar.htm

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Sam 19 Mar - 15:53

CONFÉRENCE De saint Augustin avec Maximin, évêque Arien.



I. Augustin et Maximin s'étant rendus en un même lieu devant une assemblée nombreuse de clercs et de laïques, Maximin prit la parole : Je ne suis point venu dans cette cité, dit-il, pour établir une dispute avec votre religion; mais je suis venu par l'ordre du comte Ségisvult dans le dessein de faire la paix. Dans une conférence que le prêtre Eraclius a eue avec moi et qui a été commencée avec des intentions amicales de part et d'autre, je lui ai répondu comme j'ai pu, après avoir été cependant provoqué par lui à cette conférence; mais il s'est enflammé jusqu'à prononcer votre nom comme un défi porté contre moi. Et puisque votre religion a bien voulu s'imposer ce sacrifice, si vous m'interrogez, je vous répondrai autant qu'il me sera possible de le faire.

Si vos paroles sont fondées en raison, il faut de toute nécessité que je me range à votre avis. Si vous nous citez des passages des divines Ecritures, qui sont notre propriété commune à tous, nous devons nécessairement les entendre ; mais quant aux paroles étrangères à l'Ecriture, elles ne sont en aucun cas reçues par nous; car du reste le Seigneur lui-même nous donne un avertissement à cet égard, lorsqu'il dit : « Ils me rendent un culte vain, enseignant des commandements et des préceptes humains (1. Matt. xv, 9.) ».

II. Augustin. Si je voulais répondre à tout ce dont vous parlez, je paraîtrais, moi aussi, avoir pour but de ne point en venir à la question. Afin donc de traiter à l'instant le sujet dont il s'agit, dites-moi quelle est votre foi touchant le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Maximin. Si vous me demandez quelle est ma foi, je tiens celle qui a été non-seulement exposée à Rimini par trois cent trente évêques, mais qui est appuyée sur l'autorité de la signature de ces mêmes évêques.

III. Aug. Je l'ai dit déjà, et puisque vous n'avez pas voulu répondre, je le répète : Dites quelle est votre foi touchant le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Max. Comment, après la réponse que je viens de vous faire, pouvez-vous me reprocher de ne vous avoir point répondu?

IV. Aug. Voici pourquoi je vous ai dit que vous n'avez point voulu me répondre : tandis que je cherchais à savoir par vous-même quelle est votre foi touchant le Père, le Fils et le Saint-Esprit, comme je désire encore le savoir en ce moment, au lieu de me dire quelle est votre foi, vous avez nommé le concile de Rimini. Je veux connaître votre foi, votre croyance, vos sentiments touchant le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Si vous le voulez bien, je désire l'apprendre de votre bouche. Ne me renvoyez pas, je vous prie, à des écrits qui n'existent plus, ou bien que nous n'avons pas entre les mains, ou enfin dont l'autorité n'en est pas une pour moi. Dites ce que vous croyez touchant le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Lun 21 Mar - 14:11

Max. Ce n'est point pour éluder votre question, que j'ai fait intervenir le décret du concile de Rimini, mais pour montrer l'autorité des Pères qui nous ont transmis, suivant les divines Ecritures, la foi qu'ils ont puisée dans ces mêmes Ecritures.

Mais puisque cela ne vous est pas agréable, et que « l'on croit de coeur pour être justifié, en même temps que la confession de bouche est nécessaire au salut (Rom. X, 10.) » : car nous sommes préparés et tout disposés à répondre à quiconque nous demande raison de notre foi et de notre espérance (I Pierre, III, 15.); puisque d'ailleurs le Seigneur Jésus dit lui-même : « Celui qui me confessera devant les hommes, moi aussi je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux; et celui qui m'aura renié devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux (Matt. X, 32, 33.) » : craignant, dis-je, ce péril, quoique je n'ignore pas les lois de l'empire, mais instruit en même temps de la loi du Sauveur qui nous a donné cet avertissement : « Ne craignez point, dit-il, ceux qui tuent le corps, mais qui ne peuvent tuer l'âme ( Id. 28.) » ; par tous ces motifs, je réponds en termes clairs et positifs : Je crois qu'il n'y a qu'un seul Dieu le Père, lequel n'a reçu la vie de personne; je crois qu'il n'y a qu'un seul Fils, lequel a reçu du Père son existence, sa nature et sa vie; je crois qu'il n'y a qu'un seul Saint-Esprit paraclet, lequel illumine et sanctifie nos âmes. Et j'affirme cela d'après les divines Ecritures. Si vous me l'ordonnez, je vais vous en donner les témoignages : si votre religion me trouve répréhensible en quelque point, je vous donnerai une réponse sur tout ce qui me paraîtra être l'objet précis de votre critique.

V. Aug. J'admire comment vous attribuez au Saint-Esprit exclusivement le privilège de nous illuminer; comme si le Christ, lui aussi, n'accomplissait pas cet office. C'est pourquoi je désire tout d'abord savoir de votre bouche, quels sont vos sentiments à cet égard.

Max. Pour nous, nous reconnaissons un seul Dieu le Père, créateur de toutes choses, et de qui procède, par des degrés divers, toute illumination. Car enfin, l'apôtre saint Paul, aux Actes des Apôtres, rend de lui-même ce témoignage : « Dieu, dit-il, nous l'a ordonné en ces termes » ; et entre autres paroles de la bouche même de Dieu: « Je vous ai établi pour être la lumière des nations (Act. XIII, 47.) ». Si l'Apôtre, en sa qualité de docteur, a été établi pour être la lumière des nations, à combien plus forte raison doit-il en être de même du Saint-Esprit, qui illuminait l'Apôtre, et par qui ce même Apôtre parlait, suivant ses propres expressions, dans l'épître aux Corinthiens: «Personne ne peut dire Seigneur Jésus, si ce n'est par le Saint-Esprit (II Cor. XII, 3.) ! » Oui assurément, il appartient au Saint-Esprit d'illuminer, puisqu'il a illuminé l'Apôtre. Mais c'est un privilège qu'il a reçu du Christ, suivant le témoignage même de celui-ci, qui parle en ces termes dans l'Evangile : « J'ai beaucoup de choses à vous dire; mais vous n'avez pas assez de force pour les entendre en ce moment: quand cet Esprit de vérité sera venu, il vous dirigera dans la voie de la vérité pleine et entière. Car il ne parlera point de lui-même, mais il dira tout ce qu'il aura entendu, et il vous annoncera ce qui doit arriver. C'est lui qui me glorifiera, parce qu'il recevra de ce qui est à moi, et il vous l'annoncera (Jean, XVI, 12.14.) ». Donc le Saint-Esprit a reçu du Christ, suivant le témoignage du Christ même. D'autre part, il est certain que le Christ a fait lui-même cet aveu : « Ma doctrine n'est pas de moi, mais de mon Père qui m'a envoyé (Jean, VII, 16.) » ; et encore : « Je dis ce que j'ai vu et entendu en mon Père ( Jean, VIII, 38.) ». Ainsi, quand le Christ nous éclaire dans ses enseignements, cette illumination appartient au Père, qui a envoyé le Fils pour cette fin; quand l'Esprit-Saint nous éclaire, cette illumination remonte au Créateur, qui est la source de toute bonté; à la vérité, c'est par un don du Saint-Esprit que le bienheureux Apôtre et même tous les saints éclairent ceux qui croient; mais cette illumination remonte exclusivement au Créateur. Et c'est pour cette raison que le Prophète disait : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut; qui pourrai-je craindre (Ps. XXVI, 1.)? »

VI. Aug. Je ne nie point qu'il appartienne au Saint-Esprit d'éclairer; mais le Christ éclaire-t-il par lui-même ? Le Père éclaire-t-il par lui-même ? Ou bien l'un et l'autre éclairent-ils seulement par le Saint-Esprit? Voilà ce que je vous ai demandé en peu de mots; voilà ce que je vous demande.

Max. Je crois que votre religion n'est pas sans connaître ces paroles du bienheureux apôtre saint Paul : « Lorsque est apparue la bonté et l'humanité de notre Sauveur Dieu, ce n'est point par les oeuvres de justice que nous avons faites, mais, selon sa miséricorde, c'est par le baptême de régénération et de « renouvellement de l'Esprit-Saint, qu'il nous a sauvés; de l'Esprit-Saint, dis-je, qu'il a répandu sur nous abondamment par Jésus-Christ, notre Sauveur (Tit. III, 4-6.) ». Guidé par ces paroles, je dis et je professe que le Saint-Esprit éclaire par le Fils, comme il vient d'être dit: « Le Saint-Esprit qu'il a répandu en nous abondamment, par Jésus-Christ notre Sauveur ». Telle est ma réponse, car soit que Paul éclaire, cette illumination remonte au créateur Dieu le Père; soit que le Saint-Esprit éclaire, cette illumination remonte au même créateur; soit enfin que le Christ éclaire, cette illumination remonte toujours à la même source. Et ainsi instruit à l'école du Christ, je poursuis en citant les paroles de ce même Christ. « Mes brebis entendent ma voix, et a elles me suivent; et je leur donne la vie éternelle, et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main. Ce qui m'a été donné par mon Père est plus grand que toutes choses, et nul ne peut le ravir de la main de mon Père ». Et il dit encore : « Mon Père et moi nous sommes une seule chose (Jean, X, 27-30.) ». Ainsi, pour défendre les brebis et pour les éclairer, le Père et le Fils ne sont qu'un, dans une concorde et une identité complète de sentiments, conformément à ce principe que vous avez entendu: « Personne ne peut ravir de ma main les brebis que le Père m'a données » ; il est pareillement impossible de les ravir de la main du Père.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Mar 22 Mar - 14:35

VII. Aug. Vous dites des choses indubitables, mais qui sont étrangères au sujet. Vous n'avez point répondu à la question que je vous ai posée, et cependant vous avez dit bien des paroles. Si, laissant de côté le sujet dont il s'agit entre nous, vous prétendez citer l'Evangile tout entier, combien de jours y suffiront, combien de temps cela n'exigera-t-il pas? Dites-moi en deux mots, puisque je vous ai adressé cette question, si le Christ éclaire par lui-même, ou bien s'il éclaire seulement par le Saint-Esprit. Non-seulement vous n'avez point voulu répondre à cette question, mais si j'ai bien compris ce que j'ai entendu, vous avez dit plutôt que le Saint-Esprit éclaire par le Christ.

Max. Il n'est pas conforme aux principes de la religion, surtout quand notre discours a pour objet Dieu lui-même, de prononcer des paroles calomnieuses. Je vous ai fait une réponse, et si ce que j'ai dit ne suffit pas, j'ajouterai les preuves de cette vérité, que le Saint-Esprit a été répandu par Jésus-Christ dans tous ceux qui croient. Nous lisons en effet ces paroles du bienheureux Pierre dans les Actes des Apôtres : « Dieu a ressuscité ce même Jésus; nous en sommes tous témoins. Elevé donc par la droite de Dieu, et après avoir reçu de son Père la promesse du Saint-Esprit, il a répandu cet Esprit que vous voyez vous-mêmes et que vous entendez en ce moment (Act. II, 32, 33.)». Or, j'ai dit que le Saint-Esprit a reçu du Christ tout ce qu'il nous communique. Recourez aux témoignages rapportés plus haut, et vous le reconnaîtrez.

VIII. Aug. En voulant vous efforcer de prouver ce que moi-même je reconnais, vous consumez en des choses inutiles un temps nécessaire à d'autres sujets. Je suis loin de nier que le Saint-Esprit ait été répandu par le Christ sur ceux qui croient; et c'est vainement que vous avez voulu, par des témoignages qui ont absorbé un temps considérable, prouver ce que je confesse moi-même. Voici ce que j'ai dit, ce que je vous ai demandé, et ce que je vous répète : le Christ éclaire-t-il par le Saint-Esprit, ou bien le Saint-Esprit éclaire-t-il par le Christ? Car vous avez dit plus haut que le Saint-Esprit éclaire par le Fils. S'il ne vous en souvient point, qu'on lise vos paroles dans les Actes, afin que l'on sache que nous avons ordonné d'en faire la lecture, et je prouverai que vous avez dit ce que je vous demande.

Max. Cette preuve en effet eût été nécessaire, si vous n'aviez réussi à vous apaiser vous-même. Car vous avez enfin trouvé dans les témoignages que j'ai apportés, ou dans les raisonnements que j'ai faits, le moyen d'en venir là. Cette question étant donc terminée, veuillez en proposer une autre qui demande une réponse de ma part. Car vous venez d'avouer qu'il vous a été donné satisfaction suffisante par rapport à celle qui précède.

IX. Aug. Avez-vous dit que le Saint-Esprit éclaire par le Christ, ou bien ne l'avez-vous pas dit ? Je vous prie de vouloir bien me répondre en quelques mots : l'avez-vous dit, ne l'avez-vous pas dit, oui ou non ?

Max. Conformément aux enseignements du Christ, j'ai fait cette profession de foi par rapport au Saint-Esprit : soit qu'il éclaire, soit qu'il enseigne, il a reçu du Christ l'un et l'autre pouvoir; dans tout ce qu'il fait sans exception, il exerce les pouvoirs qu'il a reçus du Dieu seul engendré. Si les témoignages que j'ai cités ne suffisent pas, j'en ajouterai d'autres.


X. Aug. Afin qu'il ne dise pas que nous l'accusons faussement, qu'on lise les paroles qu'il à prononcées tout à l'heure.

Le secrétaire Antoine lut ce passage : Je dis et je professe que le Saint-Esprit éclaire par le fils, comme il vient d'être dit: « Il a répandu en nous avec abondance le Saint-Esprit par « Jésus-Christ notre Sauveur ». Cette lecture terminée,

Max. répondit : Comme on le voit, c'est bien plutôt vous-même qui cherchez par des retards volontaires, à nous empêcher de revenir à la question principale et qui prétendez par vos raisonnements nous retenir la journée entière sur le même sujet. Car nous vous lisons, nous, que le Saint-Esprit a été répandu par le Fils, et nous avons cité le témoignage non-seulement du bienheureux Paul, mais encore de Pierre, le premier des Apôtres. Nous avons dit pareillement que le Saint-Esprit reçoit du Christ, en nous appuyant sur ce témoignage cité plus haut : « Il me glorifiera, parce qu'il recevra de ce qui « est à moi, et il vous l'annoncera». Et puisque j'y suis de nouveau obligé, je répète ce que j'ai déjà dit, savoir que le Saint-Esprit, soit qu'il éclaire, soit qu'il enseigne, soit qu'il distribue ses faveurs, exerce en tout cela des pouvoirs qu'il a reçus du Christ ; car « toutes choses ont été faites » par le Christ, « et rien n'a été fait sans lui (Jean, I, 3. ) ». Le Christ dit qu'il a reçu lui-même de son Père tous ces dons, qu'il vit à cause de lui, et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père (Philipp. II, 11.). « Le Christ est le chef de tout homme ; l'homme est le chef de la femme ; Dieu est le chef du Christ (I Cor. XI, 3.) ». Le Saint-Esprit est soumis au Fils ; et le Fils est soumis au Père,comme un Fils bien-aimé, très-obéissant et d'une perfection pareille à la perfection de celui qui l'a engendré. Car le Père n'a pas engendré un Fils qui lui soit opposé; il a engendré au contraire un Fils qui a pu s'écrier et dire avec vérité : « Je fais toujours ce qui plaît à mon Père (Jean, VIII, 29.) ».

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Mer 23 Mar - 14:11

XI. Aug. Si le Christ éclaire parle Saint-Esprit ; et si en même temps le Saint-Esprit éclaire par le Christ, la puissance de l'un est donc égale à la puissance de l'autre. Lisez-moi quelque part que le Saint-Esprit est soumis au Fils, comme vous l'avez dit il y a un instant. Vous rappelez cette parole du Seigneur à l'égard du Saint-Esprit : « Il recevra de ce qui est à moi » ; mais cette parole a été dite en ce sens que le Saint-Esprit a reçu du Père, et que tout ce qui appartient au Père appartient aussi et sans aucun doute au Fils. C'est pour cela que le Christ, après avoir prononcé ces mots, ajouta : « J'ai dit : Il recevra de ce qui est à moi, parce que tout ce « qui appartient à mon Père, m'appartient à moi-même (Jean, XV, 14, 15.) ». Répondez donc à mon interrogation, et prouvez par des témoignages de l'Écriture, que le Saint-Esprit est soumis au Christ. Car nous lisons au contraire ces paroles du Christ lui-même: « L'Esprit du Seigneur est sur moi ; c'est pourquoi il m'a consacré pour évangéliser les pauvres (Luc, XV,18.) ». S'il dit lui-même que le Saint-Esprit est sur lui, comment pouvez-vous dire que ce même Esprit lui est soumis? Cependant le Christ ne dit pas que le Saint-Esprit est sur lui, en ce sens qu'il soit au-dessus du Verbe de Dieu, lequel est Dieu lui-même ; mais en ce sens qu'il est au-dessus de l'humanité prise par le Verbe quand il s'est fait chair. Car ces paroles écrites par saint Jean : « Le Verbe s'est fait chair (Jean, I, 14.) », ne signifient pas autre chose que ceci . Le Verbe s'est fait homme. De même quand Isaïe dit : « Toute chair verra le salut de Dieu (Isa. XL, 5.)», il veut dire précisément, tout homme. Enfin, quand saint Paul écrit aux Romains : « Nulle chair ne sera justifiée par la loi (Rom. III, 20. ) » », il faut entendre, nul homme. C'est donc parce que « le Verbe s'est fait chair », et parce qu'il «s'est anéanti lui-même en prenant la forme d'esclave», c'est à raison même de sa nature d'esclave, que le Christ a dit: « L'Esprit du Seigneur est sur moi » ; car leur puissance est égale, leur nature est unique ainsi que leur divinité. Et quoique nous adorions une Trinité, parce que le Père n'est pas le Fils, le Fils n'est pas le Père, le Saint-Esprit n'est ni le Père ni le Fils ; nous adorons cependant un Dieu unique, parce que l'union sublime et ineffable de la Trinité nous révèle elle-même un seul Dieu, un seul Seigneur. De là cette parole: « Écoute, ô Israël; le Seigneur ton Dieu est un Seigneur unique (Deut. VI, 4.) ». Pourquoi voulez-vous nous donner deux dieux et deux seigneurs? Vous dites que le Père est Seigneur, que le Père est Dieu; vous accordez les mêmes titres au Christ. je vous demande alors si tous deux ne font cependant qu'un. Vous me répondez: Ce sont deux dieux. Il ne vous reste plus qu'à leur élever des temples et à fabriquer leurs idoles.

Max. La calomnie n'est jamais nécessaire contre ceux qui inventent une religion. Vous m'avez demandé de vous citer des témoignages et d'appuyer ainsi sur l'Ecriture ma profession de foi : puis, vous-même vous déclarez reconnaître trois personnes semblables et égales, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Ensuite, après avoir ainsi professé l'égalité des trois personnes, par une évolution nouvelle, vous citez un témoignage des divines Ecritures, qui se rapporte non pas à cette égalité, mais à l'unité du Dieu tout-puissant, à qui seul est attribuée la création de toutes choses. Cependant, puisque vous êtes le plus avancé en âge, et que votre autorité est supérieure à la mienne, expliquez, prouvez d'abord par des témoignages de l'Ecriture qu'il y a trois personnes égales, toutes-puissantes, incréées, invisibles, immenses : et alors enfin nous serons obligés de nous conformer à ces témoignages. Supposé que vous ne puissiez appuyer vos raisonnements sur les divines Ecritures, l'obligation subsistera encore pour moi de produire des témoignages, même aussi multipliés que vous le désirerez, relativement à tout ce que j'ai avancé ci-dessus, savoir Que le Père ne reçoit la vie de personne; que le Fils a reçu la vie du Père, car j'ai fait cette profession; enfin ce que j'ai dit par rapport au Saint-Esprit.

XII. Aug. Je vous ai demandé de vouloir bien dire par quel texte de l'Ecriture vous pourriez prouver que le Saint-Esprit est soumis au Christ, et vous ne l'avez-point dit : je réponds néanmoins aux questions que vous m'avez posées. Nous ne disons point qu'il y a trois tout-puissants, par la même raison que nous ne disons pas qu'il y a trois dieux. Si l'on nous interroge sur l'une des trois personnes en particulier, et qu'on nous demande si le Père est Dieu, nous répondons : Il est Dieu; et si l'on nous fait la même question par rapport au Fils, par rapport au Saint-Esprit, nous répondons de la même manière. Mais quand on nous demande par rapport aux trois personnes en général, si elles sont trois dieux, nous nous rapportons à cette parole des divines Ecritures : « Ecoute, ô Israël : le Seigneur ton Dieu est un Seigneur unique » ; et cette prescription divine nous révèle clairement que cette même Trinité est un seul Dieu. De même si l'on nous interroge par rapport à l'une des trois personnes en particulier, et qu'on nous demande : Le Père est-il tout-puissant ? nous répondons : Il est tout-puissant; nous faisons la même réponse : relativement au Fils, et nous reconnaissons que le Saint-Esprit lui-même est tout-puissant. Et cependant nous ne disons pas qu'il y a trois tout-puissants, comme nous ne disons pas qu'il y a trois dieux : et comme, dans le premier cas, les trois personnes ensemble ne font qu'un seul Dieu, de même aussi dans le second elles ne sont toutes trois qu'un seul tout-puissant; et le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont un Dieu unique et invisible. C'est donc sans motif que vous nous croyez enveloppés dans une contradiction numérique, tandis que la puissance de la divinité est au-dessus même de la nature des membres. Et quand les âmes d'une multitude d'hommes, après avoir reçu le Saint-Esprit, après avoir été en quelque sorte fondues ensemble sous le souffle brûlant de la charité, quand ces âmes sont devenues cette âme unique dont parle l'Apôtre : « Ils n'avaient qu'un coeur et qu'une âme ( Act. IV, 32.) » ; quand la charité du Saint-Esprit a fait un seul cœur de tous ces coeurs, de tous ces milliers de coeurs; quand le Saint-Esprit appelle une seule âme toutes ces âmes qu'il a lui-même réduites à cette unité : ne pouvons-nous pas avec bien plus de raison appeler un seul Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, qui sont éternellement et inséparablement unis entre eux par les liens d'une charité ineffable ?

Max. Mais par ces paroles mêmes vous exprimez cette ressemblance et cette égalité que vous n'avez pu cependant établir sur des témoignages de l'Ecriture : ce qui vous a fait passer à un autre sujet. Pour nous, nous savons d'une foi certaine et qui exclut toute hésitation, que tous les croyants n'avaient qu'un cœur et qu'une âme. Et cela, loin de porter préjudice à notre religion, est en parfaite harmonie avec elle. Car assurément, si tous les croyants n'avaient qu'un cœur et qu'une âme, pourquoi ne pourrait-on pas dire que le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont qu'un par l'accord mutuel et l'harmonie parfaite, par la charité et l'union intime de sentiments qui règnent entre eux? Le Fils a-t-il jamais fait quelque chose qui ait déplu au Père ? Le Père a-t-il donné des ordres auxquels le Fils ne se soit pas soumis? ou bien le Saint-Esprit a-t-il transmis des commandements opposés à la volonté du Christ ou à celle du Père? Il est d'ailleurs prouvé par cette parole du Sauveur : « Mon Père et moi nous sommes un (Jean, X, 30.) », que le Père et le Fils ne font qu'un par la conformité de leurs pensées et de leurs sentiments. Mais, comme le Christ l'a déclaré lui-même, le Père est le Père, sans avoir été jamais le Fils ; le Fils est le Fils, et éternellement il demeure le Fils, le Saint-Esprit enfin est le Saint-Esprit. Par rapport au Saint-Esprit et au sujet du Saint-Esprit, nous professons ce qu'il est réellement et ce que nous lisons de lui : Il est si grand et si parfait, que les anges eux-mêmes brûlent du désir de le contempler ( I Pierre, I, 12. ). Ce même Esprit-Saint est si grand qu'il est capable de recevoir à la fois les supplications des hommes de toutes les parties de l'univers, et d'être leur fidèle avocat. Et je cite comme témoin de cette vérité le bienheureux Paul qui dit : « Nous ne savons ce que nous devons demander dans nos prières; mais l'Esprit lui-même demande pour nous avec des gémissements inénarrables (Rom. VIII, 26.) ». Je crois ce que je lis, savoir « que le Saint-Esprit demande avec des gémissements inénarrables ». Et ainsi, instruit à l'école de saint Paul, je dis que le Saint-Esprit est soumis entant qu'il demande pour nous en gémissant. Mais je professe l'unité de Dieu, et non pas que trois sont un; Dieu est un, au-dessus de toute comparaison, immense, infini, sans commencement, invisible; il a reçu et il reçoit les prières du Fils lui-même; près de lui enfin le Saint-Esprit remplit l'office d'avocat. Le Fils, dis-je, prie le Père; en effet, bien que ce soit votre habitude d'appliquer à sa nature corporelle tous ces témoignages que nous avons lus dans le saint Evangile, notre devoir est de montrer par une étude approfondie des divines Ecritures, que maintenant encore le Fils assis à la droite du Père intercède pour nous. Et voilà pourquoi j'ai dit : Il a prié et il prie; car il est certain qu'il intercède pour nous maintenant, suivant cette parole de l'Apôtre : « Qui accusera les élus de Dieu? Sera-ce le Dieu qui les justifie? Quel est celui qui les condamnerait? Serait-ce le Christ qui est mort, bien plus, qui est ressuscité, qui est à la droite de Dieu, et qui intercède même pour nous (Id. 33, 34.) ? » Le Christ se trouvant encore au milieu de ses disciples, leur promit de remplir plus tard l'office de suppliant : « Si vous m'aimez, dit-il, observez mes commandements ; et moi je prierai mon Père, et il vous donnera un autre avocat, afin que cet avocat soit avec vous éternellement; il vous donnera l'Esprit de vérité que ce monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît pas; mais vous, vous l’avez vu, et vous le connaissez, parce qu'il demeure au milieu de vous et qu'il est en vous (Jean, XIV, 15-17.) ». Si ces témoignages suffisent, m'arrête; s'ils ne suffisent pas, j'en ajoute autant que vous l'exigerez.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Jeu 24 Mar - 16:35

XIII. Aug. Rien ne vous oblige à nous donner les preuves des vérités que nous confessons nous-mêmes; et comme je l'ai dit plus haut, en agissant ainsi vous ne réussissez qu'à perdre un temps très-précieux. Nous savons que le Fils de Dieu est le Fils de Dieu; nous savons qu'il n'a point reçu l'être de lui-même; mais qu'il a été engendré par le Père. Nous savons que le Père au contraire n'a pas été engendré, qu'il n'a reçu l'être et la vie de personne: tandis que le Fils a reçu la vie du Père, non pas cependant en ce sens que pour recevoir la vie, il ait dû, à une époque quelconque, être sans vie. Car le Père a donné la vie au Fils, précisément en engendrant la vie, c'est-à-dire en engendrant le Fils qui est la vie. Quant à l'égalité entre le Père et le Fils, elle nous est révélée dans ces paroles du Christ : « Comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils d'avoir aussi en lui-même la vie (Id. V, 26.) ». Le Père a la vie en lui-même; le Fils a en lui-même une vie égale à la vie du Père; cependant le Fils n'a point reçu la vie de lui-même, parce qu'il n'est point né de lui-même, étant né du Père. Le Père a donné la vie au Fils en l'engendrant, non pas en ce sens que celui-ci existait déjà, mais sans vie, lorsque la vie lui fut donnée; nous mêmes, lorsque nous avons été privés de la vie par le péché, nous la recevons ensuite par une indulgence et une faveur gratuite; mais il n'en est pas ainsi du Fils : il a reçu la vie du Père, précisément parce qu'il est né du Père pour être lui-même la vie. Pour la même raison vous n'avez pu dire que le Saint-Esprit est soumis au Fils, si ce n'est en ce sens qu'il intercède pour nous avec des gémissements. Vous vous représentez cette sainteté si parfaite continuellement gémissante, sans aucune trêve à ses gémissements. O condition éternellement malheureuse ! Comprenez le sens de ces mots, et le blasphème ne souillera point vos lèvres. L'Apôtre dit que « le Saint-Esprit intercède avec des gémissements », pour nous donner à entendre que le Saint-Esprit nous fait intercéder nous-mêmes avec des gémissements. Car il habite en nous, et en répandant la charité dans nos coeurs, il nous fait intercéder avec des gémissements. Enfin l'Apôtre dit en un endroit que « le Saint-Esprit crie : Abba, Père (Galat. IV, 6.) » ; et en un autre endroit il dit que « nous crions par le Saint-Esprit : Abba, Père (Rom. VIII, 15.) » : Ce premier texte : « Le Saint-Esprit crie : Abba, Père », est expliqué par le second : « Nous crions par le Saint-Esprit. » D'où il suit que ces mots : « Il crie », n'ont d'autre sens que celui-ci : « Il nous fait crier ». Donnons un exemple de cette manière de parler. Dieu ne connaissait-il pas dans sa prescience toutes les choses futures ? Personne ne serait assez insensé pour le nier. L'Apôtre cependant s'exprime ainsi : « Maintenant que vous connaissez Dieu, ou plutôt que vous êtes connus de Dieu (Galat. IV, 9. ) » . Si Dieu a commencé à les connaître seulement à l'époque présente, il ne les connaissait donc pas, il ne les avait point choisis, il ne les avait point prédestinés avant la création du monde. Mais saint Paul dit aux Galates : « Maintenant que vous connaissez Dieu, ou plutôt que vous êtes connus de Dieu », pour leur faire entendre que Dieu leur avait donné la connaissance de lui-même. « Vous connaissez Dieu »; qu'est-ce à dire : « Vous connaissez Dieu ? » Ne vous attribuez pas ce mérite, n'en tirez point vanité; car « vous êtes connus de Dieu ». Qu'est-ce à dire : « Vous êtes connus de Dieu ? » Dieu vous a donné la connaissance de lui-même; il vous a donné de le connaître. Il en est de même de cette parole du Seigneur : « Je sais maintenant », quand il dit à Abraham : « Je sais maintenant que vous craignez le Seigneur (Gen. XXII, 12.) ». Au moment où ce patriarche prend son fils pour l'offrir en holocauste, Dieu lui dit : « Je sais maintenant ». Est-ce donc là toute la prescience divine? Dieu a-t-il commencé à le savoir quand il a dit: « Je sais maintenant ? » Evidemment ces paroles: « Je sais maintenant », signifient c'est maintenant que je te fais savoir. Ainsi donc si vous aviez acquis, dans l'étude des divines Ecritures, la connaissance de ces manières de parler, quand il est dit du Saint-Esprit qu'il intercède avec des gémissements, vous ne le supposeriez pas réduit à la triste condition de gémir véritablement. Car toujours gémir, est-ce autre chose que toujours être dans l'affliction ? Si nous gémissons, nous, c'est précisément parce que l'affliction pèse sur nous. Ah ! rendons grâces au Saint-Esprit, dont il est dit qu'il gémit, parce qu'il nous fait gémir nous-mêmes par l'amour des biens éternels; il est dit de lui qu'il pousse des cris, parce qu'il nous fait crier nous-mêmes; il est dit : « Ou plutôt, vous êtes connus de Dieu », parce que ce même Esprit nous donne la connaissance de Dieu; comme il fut dit à Abraham . «Je sais maintenant », parce que Dieu lui donnait cette connaissance.

Max. Vous montrez clairement combien vous méritez vous-même les reproches que vous nous adressez. Il est certain, en effet, et la sainte Ecriture nous en avertit, que les longs discours ne sont point exempts de péché, et que la sagesse consiste à être sobre de paroles ( Prov. X, 19.). Cependant, quand il s'agit des témoignages des divines Ecritures, lors même qu'on en citerait pendant un jour entier, cette abondance de paroles ne devrait pas être regardée comme réellement excessive: si, au contraire, grâce aux ressources de la littérature, ou à la fécondité naturelle de son esprit, quelqu'un débite un discours préparé avec art, mais étranger à la sainte Ecriture, ses paroles sont alors oiseuses et superflues. Pour moi, il me suffit de vous avoir amené à reconnaître, publiquement que le Père est le Père, parce qu'il n'a pas été engendré, parce qu'il n'a reçu la vie de personne; que le Fils a reçu la vie du Père, et que le Saint-Esprit est le Saint-Esprit. Cependant, quand vous dites qu'il n'y a qu'un seul Dieu, vous auriez parfaitement raison, si en même temps que vous confessez l'unité de Dieu, vous ne donniez, par une contradiction manifeste avec vous-même, le nom de Dieu unique au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Nous adorons, nous, un Dieu unique, lequel n'a été ni engendré, ni formé, invisible, et qui n'est point descendu jusqu'à la corruption humaine, jusqu'à prendre un corps mortel. Quant au Fils, il est, suivant l'Apôtre, non pas un petit, mais un grand Dieu : « Attendant, dit saint Paul, la bienheureuse espérance et l'avènement de la gloire du grand Dieu, notre Sauveur Jésus-Christ (Tit II, 13.) ». Or, ce grand Dieu, Jésus-Christ, dit en saint Jean : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu (Jean, XX, 17.) » ; et ainsi il établit, en s'abaissant lui-même, l'unité de Dieu. Celui-là donc est Dieu unique, comme le déclarent les textes rapportés plus haut, qui est adoré par le Christ et par le Saint-Esprit, et qui reçoit les respects et les hommages de toutes les créatures; c'est en ce sens que nous le déclarons un : non pas cependant que cette unité de Dieu résulte de l'union ou de la confusion du Fils avec le Père, ni même du Saint-Esprit avec le Fils ou avec le Père. Celui-là seul, au contraire, est Dieu unique et parfait qui, suivant ses propres paroles, n'a reçu la vie de personne, et qui a donné au Fils d'avoir, à son exemple, la vie en lui-même; nous les reconnaissons seulement unis par la charité et par l'accord de leurs sentiments. Mais, comme nous l'avons déjà démontré plus haut, le Sauveur lui-même nous déclare que le Père est différent et tout à fait distinct du Fils, quand il dit : « Si je rends témoignage de moi-même, mon témoignage n'est point véritable ; il y en a un autre qui rend témoignage de moi ». Et afin que personne n'eût la pensée téméraire d'entendre par ces mots: « un autre », saint Jean-Baptiste, ou même l'apôtre saint Pierre ou saint Paul, le même Sauveur continue en ces termes : « Vous avez envoyé vers Jean, et il a rendu témoignage à la vérité. Pour moi, ce n'est pas d'un homme que je reçois témoignage; mais je dis ceci afin que vous soyez sauvés». « Il était », dit-il encore, « la lampe qui brûle et qui éclaire ; et un moment vous avez voulu vous réjouir à sa lumière. Mais moi, j'ai un témoignage plus grand que celui de Jean. Les oeuvres que mon Père m'a données à accomplir, ces oeuvres mêmes que je fais, rendent de moi le témoignage que le Père m'a envoyé. Et le Père qui m'a envoyé, rend lui-même témoignage de moi (Id. V, 31-37.) ». Qui serait assez insensé pour ne pas comprendre que le Père, qui a rendu témoignage, est différent du Fils qui l'a reçu? Car c'est assurément le Père qui a dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisances; écoutez-le (Matt. XVII, 15.) ». En lisant ce mot « bien-aimé », je crois que c'est le Père qui aime, et le Fils qui est aimé. Quand on me dit que le Christ est Fils unique, je ne doute pas qu'il soit seul engendré par un seul. Quand Paul s'écrie que le Christ est le premier-né ; « qu'il est l'image du Dieu invisible, le premier-né d'entre toutes les créatures », je professe alors, conformément aux paroles mêmes des saintes Ecritures, que le Fils est premier-né, et qu'il a réellement pris naissance. Saint Paul ajoute : « C'est par lui que toutes choses ont été créées, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre ; les choses visibles et les choses invisibles, les Trônes, les Dominations, les Principautés, les Puissances ; toutes choses qui ont été faites par lui et créées en lui; et lui-même est avant tous, et tout subsiste en lui (Coloss. I, 15-17. ) » : voilà bien le Fils de Dieu, Dieu fils unique puisqu'il est avant tous. D'ailleurs il dit lui-même : « Je dis ce que j'ai vu en mon Père (Jean, VIII, 38.) ». Enfin ce même Fils (quoique selon vous ces paroles s'appliquent à sa nature corporelle), ce même Fils s'exprime en ces termes dans le saint Evangile : « Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je m'en vais à mon Père ; parce que mon Père est plus grand que moi (Id. XIV, 28.) ». En même temps que nous lisons ces paroles, nous croyons et nous professons, suivant les enseignements de l'Apôtre, que tout est soumis au Christ comme à un grand Dieu. Mais ce grand Dieu, qui doit cette qualité au Père qui l'a engendré, a confessé positivement, comme ses propres paroles l'attestent, que le Père est plus grand que lui; et par là il a établi que le Père est un Dieu unique, dans le sein duquel habite le Fils, suivant le récit pompeux de saint Jean l'Evangéliste. Entendez aussi ce même évangéliste dire et proclamer, relativement à l'invisibilité du Dieu tout-puissant, que « jamais personne n'a vu Dieu; le Fils unique qui est dans le sein du Père, est celui qui l'a fait connaître (Id. I, 18.) ». Instruit à cette école, saint Paul dit et proclame à son tour: « Le bienheureux et seul puissant, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs; qui seul possède l'immortalité, et habite une lumière inaccessible; qu'aucun homme n'a vu, ni ne peut voir; à qui soit honneur et. puissance à jamais. Ainsi soit-il (I Tim. VI, 15, 16.) ». Ailleurs, il dit dans le même sens: « A Dieu, seul sage, gloire éternelle par Jésus-Christ. Ainsi soit-il (Rom. XVI, 27.) ». Ainsi nous professons, nous, l'unité de Dieu, parce qu'il n'y a qu'un seul Dieu, élevé au-dessus de toutes choses, lequel n'a été ni engendré, ni formé, comme nous l'avons établi. Si vous ne croyez pas que le Fils est né, malgré le témoignage de saint Paul, qui le proclame le premier-né de toute créature; croyez du moins au témoignage du Fils lui-même qui, à cette question de Pilate : « Vous êtes donc roi ? » répondit : « C'est pour cela que je suis né (Jean, XVIII, 37.) ». Je lis qu'il est né, et je professe ce que je lis; je lis qu'il est premier-né, et je me range à ce sentiment; je lis qu'il est Fils unique, et, dussé-je être attaché au chevalet, je ne tiendrai point un autre langage : je professe ce que les saintes Ecritures nous enseignent. Mais vous qui proclamez l'unité du Père et du Fils, donnez au Père le nom de seul engendré, le nom de premier-né, attribuez au Fils ce qui appartient au Père, dites que le Fils n'a pas été engendré, qu'il n'est point né, dites que jamais personne ne l'a vu, que personne même ne peut le voir. Attribuez ensuite au Saint-Esprit ce que l'Ecriture attribue au Père, dans les textes cités plus haut, pour montrer que le Saint-Esprit est égal au Père. Parlez, je vous prie, rangez-moi parmi vos disciples. Dissertez sur le Fils, démontrez qu'il n'est point né, qu'il n'a pas eu de commencement. S'il est égal, il est semblable; s'il est semblable, par là même il n'est point né; s'il n'a pas de naissance, il s'ensuit qu'il n'a été vu par aucun homme. Donnez vos témoignages, éclairez-moi, enseignez-moi, et vous me compterez parmi vos disciples.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Ven 25 Mar - 14:22

XIV. Aug. Vous avez dit que vous adorez un seul Dieu, autant que j'ai pu le remarquer dans votre discours : conséquemment ou bien vous n'adorez pas le Christ, ou bien vous adorez non pas un Dieu unique, mais deux dieux. Vous avez dit aussi relativement au Père qu'il n'est point descendu jusqu'à la corruption humaine, jusqu'à notre chair mortelle. Vous ne savez peut-être pas que le mot corruption renferme toujours l'idée de quelque souillure; et quand vous avez voulu faire entendre que le Christ est descendu jusqu'à la corruption humaine, vous avez déclaré par là même que le Christ a été souillé par le corps humain dont il s'est revêtu. Moi au contraire, ou plutôt la foi catholique que je possède avec l'Eglise du Christ, dit qu'en Notre-Seigneur Jésus-Christ le Verbe et la chair ont été unis sans que le Verbe subît aucune atteinte de la corruption de la nature et de la chair humaines. Il est venu en effet pour purifier, non point pour se souiller lui-même. Ainsi il a pris une âme humaine et une chair humaine, mais en dehors de toute atteinte de corruption; il a même voulu sauver en lui-même l'un et l'autre, c'est-à-dire l'âme et la chair humaines. Mais puisque vous ne voulez pas, ce me semble, admettre qu'il soit véritablement invisible, considérez, je vous prie, que le Christ a été visible seulement en tant que revêtu de notre chair et de notre humanité. Car en tant qu'il est le Verbe, Dieu en Dieu, il est, lui aussi, invisible. Si le Christ est la sagesse de Dieu et si la sagesse humaine est invisible, comment la sagesse de Dieu pourrait-elle être visible? Ainsi, relativement à cette nature par laquelle il est égal au Père, il est pareillement Dieu, pareillement tout-puissant, pareillement invisible, pareillement immortel.

Vous avez dit aussi, autant que j'ai pu le remarquer, que cette parole de l'Apôtre : « Lequel seul possède l'immortalité ( I Tim. VI, I6.) », doit être entendue de telle sorte qu'elle soit regardée comme s'appliquant au Père exclusivement. Voulez-vous donc que le Verbe de Dieu soit mortel? Suivant vous, la sagesse de Dieu n'est pas immortelle. Ne comprenez-vous pas que le Fils n'aurait pu, en aucune manière, subir la mort, s'il n'avait pris notre chair mortelle? Enfin, c'est la chair qui est morte en lui, et non point lui qui est mort en tant qu'il est Dieu, en tant qu'il possède la divinité par laquelle il est égal au Père. En effet, il a parlé aux hommes en ces termes : «Ne craignez point ceux qui tuent le corps, et qui après cela ne peuvent plus rien faire (Luc, XII, 4.) » ; il a parlé ainsi, dis-je, parce que l'âme ne saurait mourir : et le Verbe de Dieu peut mourir? et la sagesse de Dieu est sujette à la mort? et ce même Fils unique aurait pu mourir avant d'avoir pris un corps? Au reste, après son incarnation par laquelle il s'est fait homme, il a reconnu tantôt son égalité : « Mon Père et moi, dit-il, nous sommes un (Jean, X, 30.) »; et tantôt son infériorité en tant qu'il est «le Verbe fait chair et qu'il a habité parmi nous (Id. I, 19.) ». « Il n'a point cru que ce fût une usurpation de se faire égal à Dieu ». Il l'était par nature, non par usurpation; il n'a point pris injustement ce titre, il le possédait par droit de naissance. Et néanmoins « il s'est anéanti en prenant la nature d'esclave ». Vous avez vu son égalité, commencez maintenant à reconnaître son infériorité, « prenant la nature d'esclave, devenu semblable aux hommes, et revêtu extérieurement de la forme d'homme (Philipp. II, 6, 7. ) ».Voilà sa nature par laquelle il est inférieur au Père : ne confondez pas l'économie de son incarnation avec sa divinité, qui demeure sans jamais mourir, et ne vous égarez point dans des paroles que vous aimez singulièrement à citer, mais que vous ne daignez pas méditer sérieusement. Je professe que le Fils est né, comme vous déclarez vous-même que le Père est sans naissance. Mais quoique l'un soit né et que l'autre ne soit point né, ils ne sont pas pour cela de nature et de substance diverses. En effet, celui qui est né, est Fils par là même; s'il est Fils, il est Fils véritable, parce qu'il est seul engendré. Il est vrai que nous aussi nous sommes appelés fils: mais sommes-nous tous autant de fils uniques? Ce n'est pas ainsi qu'il est Fils unique: il est Fils par nature, tandis que nous sommes fils par grâce; étant Fils unique né du Père, il est absolument le même que le Père quant à la nature, quant à la substance. Prétendre qu'il est d'une nature différente, précisément parce qu'il est né, c'est nier qu'il soit fils véritable. Nous avons au contraire le témoignage de l'Ecriture : « Afin que nous soyons en son Fils véritable Jésus-Christ; c'est lui-même qui est le vrai Dieu et la vie éternelle (I Jean, V, 20.) ». Pourquoi est-il « le vrai Dieu?» parce qu'il est le vrai Fils de Dieu. En effet, il a été donné aux animaux d'engendrer exclusivement des êtres semblables à eux-mêmes; et tandis qu'un homme engendre un homme, qu'un chien engendre un chien, Dieu n'engendrerait pas un Dieu? Si donc le Fils est de la même substance, pourquoi le déclarez-vous inférieur? Serait-ce peut-être parce que, quand un père humain engendre un fils, bien que ce soit alors un homme qui engendre un homme, celui qui est engendré est cependant inférieur à celui qui l'engendre? Dans ce cas, nous n'avons qu'à attendre que le Christ grandisse, comme nous voyons grandir les hommes engendrés par d'autres hommes. Si au contraire le Christ, depuis sa naissance, qui ne s'est pas accomplie dans le temps, mais dans l'éternité, si le Christ est constamment le même, et que néanmoins il soit inférieur au Père, sa condition est donc pire que celle des hommes; car un homme du moins peut grandir et parvenir un jour à l'âge et à la force de son père, tandis que le Christ n'aura jamais ce pouvoir : comment dès lors est-il véritablement fils? Mais en réalité nous reconnaissons tellement au Fils la qualité de grand Dieu, que nous le déclarons égal au Père. Ainsi, c'est bien vainement que vous avez voulu nous prouver, par des témoignages de l'Ecriture et par de longues paroles, ce que nous professons hautement. Quand le Christ disait : « Mon Dieu et votre Dieu (Jean, XX, 17.) », il pensait à la nature humaine dont il était revêtu. Au reste, quant à ces paroles de saint Jean : «Au commencement était le Verbe, et le Verbe était Dieu (Id. I, 1. ) », ces paroles ne signifient point que le Père est Dieu d'un autre Dieu, mais bien qu'il est Dieu du Christ en tant que le Christ s'est fait homme. C'est pour cela que le Christ dit lui-même dans les psaumes, en quel sens Dieu est son Père : « Dès le sein de ma mère vous êtes mon Dieu (Ps. XXI, 11.) ». En disant qu'il est son Dieu dès le sein de sa mère, il montre que le Père est Dieu à l'égard du Fils, en ce sens que celui-ci est homme et, comme tel, inférieur au Père. Voilà pourquoi il dit en saint Jean: « Mon Dieu et votre Dieu». De là aussi cette soumission que nous ne devons pas nous étonner de lui voir rendre, comme homme, au Père, puisque suivant l'Ecriture, il était soumis même à ses parents (Luc, II, 51.) et que cette même Ecriture dit de lui: « Vous l'avez abaissé un peu au-dessous des anges (Ps. VIII, 6.)».

Je voudrais aussi, pour notre instruction, entendre de votre bouche quelques paroles de l'Ecriture attestant que le Père est adoré par le Saint-Esprit. J'apprends par les paroles du Fils, bien que vous n'en apportiez aucun témoignage, que celui-ci comme homme adore Dieu : vous ne me lisez, je le répète, aucun texte à cet égard, mais on admet cela facilement, dès lors qu'il s'agit uniquement de son humanité. Cependant je réclame de vous expressément la lecture d'un texte établissant que le Père est adoré par le Saint-Esprit, ou du moins rappelez-nous un témoignage divin à cet égard ; il est possible qu'il en existe, mais ils m'échappent ; dès que vous en aurez trouvé quelqu'un, je vous dirai dans ma réponse en quel sens il doit être entendu, comme je l'ai fait, relativement aux gémissements du Saint-Esprit, à l'aide d'une forme de langage usitée dans l'Ecriture. Vous dites encore que le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont point, par cette union ineffable, un seul Dieu : voulez-vous savoir jusqu'où va cette union ? Certes, il est manifeste, non point d'après nos propres paroles, mais d'après le langage de l'Ecriture, que l'esprit de l'homme et l'Esprit du Seigneur sont tout à fait différents: De là ces mots de saint Paul : « Le Seigneur est Esprit (II Cor. III, 17.) », c'est-à-dire, il n'a point de corps; et cependant l'Apôtre dit : « Celui qui s'unit à une prostituée, devient un même corps avec elle ; mais celui qui s'unit au Seigneur est un seul esprit avec lui ( I Cor. VI, 16, 17.) ». Ainsi cette union d'esprit de natures différentes (l'esprit de l'homme et l'Esprit de Dieu étant différents l'un de l'autre), cette union, dis-je, forme un seul Esprit ; et vous ne voulez pas que le Fils soit tellement uni au Père, qu'il ne soit avec lui qu'un seul Dieu ? Il faut en dire autant du Saint-Esprit, qui est Dieu. Car du reste si le Saint-Esprit n'était pas Dieu, certainement il ne pourrait pas nous avoir nous-mêmes pour temples. Or, il est écrit en saint Paul: « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous (I Cor. III, 16.) ? » et encore : « Ne savez-vous pas que vos corps sont en vous un temple intérieur du Saint-Esprit, que vous avez reçu de Dieu (Id. VI, 19. ) ? » Est-ce que, si nous élevions à un ange d'une sainteté et d'une perfection éminentes, un temple de bois et de pierres, nous ne serions pas frappés d'anathème par la vérité de Jésus-Christ et par l'Eglise de Dieu, et cela parce que nous rendrions à une créature un culte qui n'est dû qu'à un seul Dieu ? Si donc nous serions coupables de sacrilège en bâtissant un temple à une créature quelconque, comment n'est-il pas véritablement Dieu, celui à qui nous ne bâtissons point de temple, mais dont nous sommes nous-mêmes les temples ? Quant à ces paroles de Jésus-Christ : « Comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils d'avoir en lui-même la vie (Jean, V, 26.) », je vous ai dit plus haut ce qu'elles signifient. Mais puisque vous prétendez que c'est l'accord mutuel et la charité qui produisent l'unité du Père et du Fils, quand vous m'aurez prouvé par l'Ecriture qu'il y a unité entre des natures différentes, je songerai alors quelle réponse je dois vous faire. Nous lisons bien : « Celui qui plante et celui qui arrose sont une seule chose ( I Cor. III, 8.) » ; mais tous deux étaient des hommes ; leurs natures étaient les mêmes et non point différentes. Nous lisons aussi ces paroles de Jésus-Christ lui-même : « Afin qu'ils sont une seule chose, comme nous sommes nous-mêmes une seule chose (Jean, XVII, 11.) ». Il ne dit point : Afin qu'eux-mêmes et nous nous ne soyons qu'une seule chose ; mais il dit: « Afin qu'ils ne soient qu'une seule chose », dans leur nature et leur substance propre, unis en quelque sorte et comme fondus ensemble dans une égalité et un accord parfaits ; de même que le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont qu'une seule chose à raison de leur nature indivisible et identique. Il y a en effet une grande différence entre ces mots unum sunt (ne sont qu'une seule chose) et ceux-ci ; unus est (est un). Les premiers désignent une substance unique, lors même que le mot chose n'est pas exprimé. Les seconds, appliqués à deux substances différentes, éveillent nécessairement l'idée d'une personne unique. Par exemple, l'âme et le corps sont des substances différentes, et cependant elles ne font qu'un seul homme : de même l'esprit de l'homme et l'Esprit de Dieu sont des substances différentes, et cependant quand l'homme « s'unit au Seigneur, il devient un seul esprit avec lui (I Cor. VI, 17.) » ; saint Paul dit : « Un seul esprit », il ne dit point: Ils ne sont qu'une seule chose. Ces dernières expressions désignent toujours une substance unique, bien que vous prétendiez le contraire et qu'en même temps vous ayez la témérité d'affirmer que vous reconnaissez le Christ comme vrai Fils de Dieu. De plus, le Père n'est pas plus grand parce qu'il rend témoignage du Fils; car les Prophètes aussi ont rendu témoignage au Fils. A la vérité, celui qui rend témoignage et celui à qui il est rendu, sont distincts l'un de l'autre, parce que le Père est le Père, et que le Fils est le Fils ; mais non point parce que le Père et le Fils ne sont ni une seule chose ni un seul Dieu, quand ils sont (et ils le sont toujours) unis ensemble de l'union la plus étroite et la plus intime. Vous dites aussi que la différence entre le Père et le Fils vient de ce que le Père aime, tandis que le Fils est aimé ; comme si vous pouviez nier que le Fils aime le Père. Si donc ils s'aiment tous deux d'un amour réciproque, pourquoi niez-vous qu'ils soient d'une seule nature ?

J'ai dit, relativement au Père, qu'il a été appelé plus grand que le Fils, à cause de la nature d'esclave dont celui-ci s'est revêtu, j'en dis autant encore de son invisibilité : le Fils a été appelé visible à raison de cette même nature d'esclave. Du reste, par rapport à la nature divine elle-même, soit du Père, soit du Fils, soit du Saint-Esprit, elle est absolument invisible. Et quand la divinité, se manifestait à nos pères, elle révélait son invisibilité par lés créatures mêmes qui lui servaient d'intermédiaires. Car par sa propre nature elle est tellement invisible, que Moïse lui-même, avec qui le Seigneur parlait face à face, disait : « Si j'ai trouvé grâce devant vous, montrez-vous à moi vous-même en toute évidence (Exod. XXXIII, 11 , 13.) ». Il voulait voir Dieu comme on le voit des yeux du cœur, suivant ces paroles : « Bienheureux ceux qui ont le coeur pur, parce qu'ils verront Dieu (Matt. V, 8.) ». Celui à qui il disait : « Montrez-vous à moi vous-même en toute évidence », il voulait le voir de la même manière que l'on voit aussi les perfections invisibles de Dieu, par les choses qui ont été faites. Car, dit l'Apôtre, « ses perfections invisibles, devenues compréhensibles par les choses qui ont été faites, sont rendues visibles aussi bien que sa puissance éternelle et sa divinité (Rom. I, 20.) ». Ainsi les perfections invisibles de Dieu se laissent voir à ceux qui en ont l'intelligence, et cependant elles sont appelées invisibles. Et après que tout a été fait par le Christ (Jean, I, 3.), les choses visibles et les choses invisibles, nous pourrions croire qu'il est lui-même visible ? Vous dites pareillement qu'on doit entendre du Père seul ces paroles de l'Apôtre: « A Dieu seul sage (Rom. XVI, 27.) ». Donc le Père seul est un Dieu sage, et la sagesse de Dieu, c'est-à-dire le Christ, que l'Apôtre désigne en ces termes : « Le Christ, la puissance de Dieu, et la sagesse de Dieu ( I Cor. I, 24.) », cette sagesse elle-même n'est point sage ! Il ne vous reste plus qu'à déclarer (et votre témérité n'en sera point effrayée), il ne vous reste plus qu'à déclarer insensée la sagesse de Dieu. Vous dites aussi que le Père n'a point été fait, comme si le Fils, par qui toutes choses ont été faites, avait été fait lui-même. Sachez donc que le Fils a été fait, mais seulement par rapport à sa nature d'esclave. Car par rapport à sa nature divine, non-seulement il n'a pas été fait, mais c'est par lui que toutes choses ont été faites. S'il eût été fait lui-même, toutes choses n'auraient point été faites par lui, mais seulement celles qui ne sont point lui. Ainsi, je ne dis pas que le Fils n'a point été engendré ; je dis au contraire que le Père a engendré et que le Fils a été engendré. Mais en même temps le Père a engendré un Fils identique à lui-même : autrement, c'est-à-dire si le Fils n'était pas absolument le même que le Père, il ne serait point Fils véritable; comme nous avons établi ci-dessus, par rapport à la génération des êtres animés, que les enfants véritables sont d'une nature identique à celle de leurs parents. Mais pourquoi demandez-vous que je vous montre le Saint-Esprit égal au Père, comme si vous aviez montré vous-même le Père plus grand que le Saint-Esprit, ainsi que vous avez pu le faire par rapport au Fils, à raison de sa nature d'esclave ? Nous savons que le Père a été proclamé plus grand que le Fils, parce que celui-ci était revêtu de la nature d'esclave ; aujourd'hui même il possède encore la nature humaine qu'il a élevée dans les cieux; c'est pour cela qu'il a été dit de lui, que maintenant encore « il intercède pour nous (Rom. VIII, 34.) ». Et cette même nature immortelle subsistera éternellement dans son royaume; de là ces paroles : « Alors le Fils lui-même sera soumis à celui qui lui a soumis toutes choses (I Cor. XV, 28.) ». Mais pour le Saint-Esprit qui ne s'est uni hypostatiquement aucune créature, bien qu'il ait daigné, lui aussi, se montrer visiblement par l'intermédiaire des créatures, tantôt en forme de colombe, tantôt en forme de langues de feu, jamais il n'a été dit que le Père fût plus grand que lui ; jamais il n'a été dit que le Saint-Esprit eût adoré le Père, ni qu'il fût inférieur au Père. Vous dites enfin; « Si le Fils était égal, il serait nécessairement semblable » : c'est-à-dire que, le Fils ayant été engendré, il ne vous paraît point semblable au Père, qui ne l'a pas été. Vous pourriez dire de même que ces êtres engendrés par Adam n'étaient point des hommes, parce que Adam lui-même avait été non pas engendré, mais créé par Dieu. Si au contraire Adam a pu exister sans avoir été engendré, et si en même temps il a pu engendrer des êtres tout à fait semblables à lui-même, comment prétendez-vous que Dieu n'a pu engendrer un Dieu égal à lui-même? Je crois avoir répondu à toutes vos questions. Mais si vous ne voulez pas être mon disciple, épargnez-moi du moins la longueur de vos discours.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Sam 26 Mar - 13:51

XV. Max. Vous parlez comme un homme qui s'appuie sur le secours des princes, nullement suivant la crainte de Dieu. J'ai eu la patience de vous écouter pendant de longues heures, vous vous êtes expliqué comme il vous a plu. Avec le secours de Dieu nous répondrons à tout. Car notre force ne réside point dans des paroles purement humaines, mais dans le témoignage des divines Ecritures. Seulement si nous avons eu la patience d'écouter vos explications, ayez la même patience à notre égard, afin que nous répondions à chacun de vos raisonnements, comme vous avez vous-même répondu aux nôtres autant qu'il vous a plu.

XVI. Pour nous, nous adorons le Christ comme Dieu de toute créature; car il reçoit les adorations et les hommages non-seulement du genre humain, mais même de toutes les puissances célestes. Entendez le bienheureux Paul qui s'écrie : « Ayez en vous les sentiments qu'avait en lui Jésus-Christ ; lequel étant dans la nature de Dieu n'a pas cru que ce fût une usurpation de se faire égal à Dieu; mais qui s'est anéanti lui-même, prenant la nature d'esclave, étant devenu semblable aux hommes et se montrant avec les formes extérieures de l'humanité. Il s'est humilié lui-même, s'étant rendu obéissant jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix. C'est pourquoi Dieu l'a exalté et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom ». Sans doute vous avez jugé à propos dans votre discours de passer ces paroles sous silence, sachant bien qu'elles sont contraires à votre profession de foi et que cette lecture vous condamnerait. Car après avoir dit que « Dieu lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom », l'Apôtre déclare que tout genou fléchit devant le Christ : « Afin », ajoute-t-il aussitôt, « qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers; et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père (Philipp. II, 5-11.) ». Dans ces paroles : « Afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers », dans ces paroles, dis-je, sont comprises toutes les créatures. Rien dans le ciel, qui ne fléchisse le genou devant le Christ; tout ce qui est resté sur la terre, tout ce qui existe dans les enfers, tout absolument fléchit le genou devant le Christ. Et c'est le Père qui lui a donné ce privilège. Les lecteurs sont en état de prouver si, en raisonnant ainsi, je m'appuie sur mon autorité propre, ou, comme vous m'en accusez, sur la facile abondance de mes paroles, ou bien au contraire si mes réponses sont fondées sur le témoignage des divines Ecritures.

XVII. Vous dites que le Saint-Esprit est égal au Fils. Montrez-nous des textes de l'Écriture attestant que le Saint-Esprit est adoré, que tout genou fléchit devant lui au ciel, sur la terre et dans les enfers. Pour nous, nous avons appris que Dieu le Père doit être adoré, de la bouche du bienheureux apôtre Paul : « C'est pourquoi, dit-il, je fléchis les genoux devant le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de qui toute paternité tire son nom au ciel et sur la terre (Ephés. III, 14, 15.) ». Nous adorons le Père, sur le témoignage des saintes Ecritures ; instruits également par ces mêmes divines Ecritures, nous rendons nos hommages et nos adorations au Christ Dieu. S'il est dit quelque part que le Saint-Esprit doit être adoré, si le Père ou le Fils lui a rendu ce témoignage, si lui-même s'est attribué ce privilège, lisez cela dans les divines Ecritures, quand nous aurons fini de parler.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Lun 28 Mar - 13:14

XVIII. Le même Apôtre, après avoir dit que le Christ est à la droite de Dieu, qu'il intercède pour nous (Rom. VIII, 34.), continue la même pensée en un autre endroit : « Recherchez, dit-il, les choses d'en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu (Coloss. III, 1.) ». Dans son épître aux Hébreux il dit encore : « Après avoir opéré la purification des péchés, il s'est assis au plus haut des cieux à la droite de la suprême grandeur (Hébr. I, 3.) ». Le Saint-Esprit lui-même avait fait longtemps avant, et par la bouche d'un prophète, une prédiction conçue en ces termes : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite ». Enfin, le Fils a fait, dans l'Evangile, une déclaration expresse à cet égard (Ps. CIX, 1; Matt. XXII, 44.). Et ensuite, au prince qui lui adressait cette adjuration : « Dites-nous si vous êtes le Christ, Fils du Dieu béni », il répondit : « Je le suis », ou du moins : « Vous le dites » ; puis il ajouta : « Un jour vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la puissance de Dieu ( Marc, XIV, 61, 62; Matt. XXVI, 63, 64.) ».

XIX. Nous rendons de justes honneurs au Saint-Esprit comme docteur, comme guide, comme illuminateur, comme sanctificateur; nous offrons nos hommages au Christ comme créateur ; nous adorons avec une piété sincère le Père comme principe de toutes choses, et en tout lieu et devant toutes sortes de personnes nous le proclamons principe unique. Au reste, ces calomnies sont des inspirations de votre science philosophique. Je ne pense pas que vous ayez lu ces paroles de l'Apôtre : « Le Christ, qui assurément n'était point pécheur, a été de par la volonté de Dieu rendu péché pour l'amour de nous, afin qu'en lui nous devinssions justice de Dieu (II Cor. V, 21. )». Peut-être aussi n'avez-vous pas connaissance de ces paroles de l'Écriture : « Maudit soit quiconque est pendu au bois »; paroles que le bienheureux apôtre Paul a interprétées ainsi dans son épître aux Galates : « Il est devenu malédiction pour nous, afin que la bénédiction fût accomplie sur les Gentils (Deut. XXI, 23; Galat. III, 13. ) ». Vous ignorez également ces autres paroles du même Apôtre : «Le premier homme, Adam, tiré de la terre, est terrestre; le second homme, le Seigneur, venu du ciel, est céleste (I Cor. XV, 47.) ». Ces dernières paroles prouvent que le Christ a pris réellement la nature humaine, comme vous l'avez expliqué vous-même; et voilà pourquoi nous disons qu'il est descendu jusqu'à la corruption terrestre. Nous n'ignorons pas en effet qu'il est écrit de lui : « Il n'a point commis de péché, et le mensonge n'a point été trouvé sur ses lèvres; quand il était maudit, il ne maudissait point; quand il recevait de mauvais traitements, il ne menaçait point; il s'abandonnait avec confiance à celui qui le jugeait avec justice (I Pierre, II, 22, 23.) ». Nous connaissons pareillement ces paroles de saint Jean-Baptiste : « Voici l'Agneau de Dieu, voici Celui qui ôte le péché du monde ( Jean, I, 29.) ». Point de difficulté à cet égard, puisque vous avez parlé vous-même en ce sens. Car nous ne devons pas pousser l'opiniâtreté jusqu'à refuser d'applaudir à ce que vous dites de bien. Votre langage a été parfaitement juste quand vous avez dit que le Christ est venu plutôt pour nous purifier de nos péchés et de nos iniquités; sans toutefois se souiller lui-même, comme vous l'avez dit encore. Car, par rapport à cette heureuse substance de sa divinité, qu'il possédait avant la création du monde, avant les siècles, avant les temps, avant les jours, les mois et les années, avant qu'aucun être existât ou seulement qu'il fût l'objet d'une pensée, il est certain, dis-je, que dans cette heureuse nature le Christ est Dieu, ni du Père.

XX. Quand il s'agit de Dieu, on ne doit employer que des comparaisons dignes. Ce qui, me déplaît, ce qui m'a causé une douleur profonde, c'est de vous avoir entendu dire qu'un homme engendre un homme, et qu'un chien engendre un chien : une comparaison si ignoble ne devait pas être employée à l'égard d'une si haute majesté.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Mar 29 Mar - 14:05

XXI. Mais qui donc ignore que Dieu a engendré un Dieu, que le Seigneur a engendré un Seigneur, que le Roi a engendré un Roi, que le Créateur a engendré un Créateur, que celui qui est bon, sage, clément, puissant, a engendré un fils bon, sage, clément, puissant ? Le Père engendrant le Fils n'a- fait aucune réserve frauduleuse. Il a engendré ce Fils infiniment bon, non point avec un sentiment de jalousie, mais parce qu'il est lui-même la source de toute bonté, comme toutes les créatures en rendent témoignage : car vous l'avez reconnu vous-même, et je vous en fais mes éloges sincères, quand vous avez dit, en citant un passage des divines Écritures : « Ses perfections invisibles, rendues compréhensible, depuis la création du monde, par les choses qui ont été faites, sont devenues visibles aussi bien que sa puissance éternelle et sa divinité (Rom. I, 20.) ».

XXII. J'ajoute maintenant, non point pour contredire votre discours dans ce qu'il a d'exact, mais pour y conformer mon sentiment, j'ajoute que les beautés infinies de la création font connaître dignement le créateur et le culte qui lui est dû. Je crois avoir déjà répondu à ce sujet. Et du reste, le bienheureux Paul a dit encore: « Le Christ a aboli, en l'attachant à la croix, la cédule même qui nous était contraire, et se dépouillant de sa chair, il a, avec une noble fierté, emmené les puissances et les principautés captives, triomphant d'elles en lui-même (Coloss. II, 14, 15.) ». Cependant supposé que, en ma qualité d'homme étranger à la connaissance des belles-lettres et à la science de la rhétorique, supposé que j'eusse commis quelque faute dans mon langage, vous auriez dû vous attacher uniquement au sens, et laisser passer inaperçue une faute de langage, au lieu de m'en faire un sujet de reproche. Mais à Dieu ne plaise, certes, que j'aie parlé ainsi ! Et sans aucun doute le Dieu seul engendré est le Dieu de toute la création, il est pur et sans tache, il est saint, il est à l'abri de tout péril, comme il est exempt de toute souillure. Aussi « celui qui n'honore point le Fils, n'honore point le Père qui l'a envoyé ( Jean, V, 23.)». Et l'évangéliste, après avoir déclaré que « le Verbe s'est fait chair, et qu'il a habité parmi nous », l'évangéliste ajoute : « Nous avons vu sa gloire comme la gloire qu'un fils unique reçoit de son Père; il était rempli de grâce et de vérité (Id. I, 14.)». Antérieurement à l'Evangile, l'Ancien Testament renfermait précisément sur ce sujet une prédiction ainsi conçue : « Il lavera sa robe dans le vin, et son manteau dans le jus de la vigne (Gen. XLIX, 11.)». Je crois ce que je lis, savoir que « le Verbe s'est fait chair, et qu'il a habité parmi nous». Je lis ensuite ces paroles du bienheureux Paul « Il transformera le corps de notre humilité, pour le rendre conforme à l'image de son corps glorieux (Philipp. III, 21. ) ». Je crois en effet que le Christ Dieu engendré par le Père, s'était bâti lui-même, avant tous les siècles, une maison parfaite, conformément à ces paroles de Salomon, que nous lisons au livre des Proverbes «La sagesse elle-même s'est bâti une demeure (Prov. IX, 1.)» ; et il a accepté cette maison pour son temple.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Mer 30 Mar - 14:31

XXIII. Vous avez expliqué vous-même en quel sens le Christ est visible, en quel sens il est invisible; et si je ne me trompe, il y a déjà longtemps que votre religion a connaissance de cette doctrine. Dans l'argumentation que vous venez de faire, vous avez tiré une comparaison de l'âme, et vous avez montré que nous avons une raison aussi pieuse que pleine de justesse pour croire et savoir que si l'âme humaine unie à un corps ne peut cependant être vue des yeux de ce corps; à plus forte raison le Créateur de l'âme ne saurait être vu de ces mêmes yeux corporels. Car si les anges sont invisibles par l'essence même de leur nature, combien plus doit l'être aussi le Créateur des anges qui a élevé à un état si sublime et si parfait les anges, les archanges, les trônes, les dominations, les principautés, les puissances, les chérubins, les séraphins! Nous lisons dans l'Evangile que le genre humain tout entier n'est, au jugement du Christ lui-même, que comme une seule brebis, en comparaison de cette multitude d'esprits célestes: « Laissant, dit-il, quatre-vingt-dix-neuf brebis sur les montagnes, il est venu chercher celle qui était égarée» ; et plus loin : « De même il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur faisant pénitence, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence (Luc, XV, 4, 7.)». Car assurément quels sont ceux qui n'ont pas besoin de pénitence, sinon ces puissances célestes qui n'ont rien de commun avec la nature humaine? Il faut donc concevoir la plus haute idée de la puissance du Fils unique de Dieu, et admirer en lui l'immensité de la toute-puissance de Dieu le Père, qui a engendré un Fils si grand et si parfait, si puissant et si sage, tel en un mot qu'il a pu créer ces puissances célestes si grandes elles-mêmes et si parfaites. Mais afin d'éviter toute abondance excessive de paroles, puisque vous avez daigné tout à l'heure nous attribuer aussi le titre de grand parleur ; et certes plût au ciel qu'il en fût ainsi et que nous pussions dire à notre tour : «Pour nous, nous sommes insensés à cause du Christ», et : «Nous sommes devenus comme les ordures de ce monde (I Cor. IV, 10, 13.) », et moins encore, s'il plaît à votre religion de nous juger indignes de ce partage même; nous savons, en effet, quel est celui qui a dit: « J'ai supporté durant tout le jour des railleries injurieuses à cause de vous (Ps. LXVIII, 8.) » ; c'est pour nous exciter à suivre cet exemple que saint Paul disait : « Soyez mes imitateurs comme je le suis moi-même du Christ (I Cor. IV, 16.)»; et saint Pierre ne dit-il pas aussi: « Le Christ a souffert pour vous, vous laissant son exemple, afin que vous marchiez sur ses traces (I Pierre, II, 21.) ? » afin d'éviter, dis-je, cette abondance de paroles, nous dirons que, suivant sa nature divine, le Fils est invisible non-seulement aux hommes, mais aux puissances célestes elles-mêmes. En effet, un archange peut, bien voir un ange; le regard de celui-ci peut bien atteindre nos âmes spirituelles et en pénétrer les profondeurs : ce regard et cette pénétration sont d'un être plus grand à des créatures moins grandes. Et, suivant cette parole du Sauveur, adressée autrefois à un homme qui se glorifiait d'être riche: « Insensé, cette nuit même on te redemande ton âme (Luc, XII, 20.) », c'est l'office d'un ange, de ramener l'âme en présence du Seigneur. Mais une âme ne peut voir un ange, ni le présenter. Elevez-vous au-dessus de cet ordre de créatures, et vous verrez que Dieu le Père est seul invisible; il n'a au-dessus de lui personne dont le regard embrasse et pénètre sa nature; son immensité n'a d'autre mesure que l'infini; la langue ne saurait le décrire, l'esprit ne saurait le concevoir; les hommes et avec eux toutes les puissances célestes réunies parlent de sa grandeur, suivant la mesure de leurs forces, mais ils ne la montrent pas telle qu'elle est. Quand toutes les formules de langage sont épuisées, on n'a pas encore dit le premier mot de lui. Le Fils seul peut lui rendre les honneurs, et lui offrir des louanges dignes de sa majesté, grâce aux dons infinis qu'il a reçus de son Père, antérieurement à la pensée même du monde. Quoique les quatre Evangiles attestent qu'il lui rend ainsi honneur, louange et gloire, je citerai cependant ici un texte qui résume ceux où il est dit que le Fils adore son Père dans le ciel; et je laisserai de côté ceux que vous avez coutume d'appliquer à sa nature corporelle. Saint Paul parle aux Hébreux en ces termes : « Le Christ, qui est le type de la vérité, n'est point entré dans des temples faits de main d'hommes; c'est dans le ciel même qu'il paraît aujourd'hui pour nous devant la face de Dieu (Hébr. IX, 24.) ». Sans aucun doute, il s'agit ici d'une époque postérieure au retour du Christ dans le ciel. Car le Christ avait prononcé du haut des cieux ces paroles : « Saul, Saul, pourquoi me persécutez-vous (Act. IX, 4.) ? » le Saint Esprit avait dit aussi : « Séparez-moi Barnabé et Paul pour l'oeuvre du ministère auquel je les ai appelés (Id. XIII, 2.)»; quand Paul ainsi appelé à l'apostolat écrivit: « Le Christ, qui est le type de la vérité, n'est pas entré dans des temples faits de main d'hommes; c'est dans le ciel même qu'il paraît aujourd'hui pour nous devant la face de Dieu ». Mais votre religion m'a donné occasion de répondre à cette question: Le Fils voit-il le Père? Or, nous lisons dans l'Evangile : « Personne n'a vu le Père, sinon celui qui est de Dieu; car celui-là a vu le Père (Jean, VI, 48. ) ». Il a donc vu le Père, mais il l'a vu tel que rien ne saurait le contenir. Le Père, au contraire, voit le Fils dans son propre sein ou il est renfermé, suivant ce témoignage déjà cité: « Jamais personne n'a vu Dieu; le Fils unique qui est dans le sein du Père, est celui qui l'a fait connaître (Jean, I, 18.) ». En effet, le Père voit le Fils comme son Fils; le Fils voit le Père comme son Père qui n'a de bornes que l'infini. Votre religiosité déclare que la sagesse humaine est invisible: or, il suffit, ce me semble, de citer cette parole d'Isaïe : «Est-ce que c'est peu de chose pour vous, de combattre avec des hommes? Et comment donc soutiendrez-vous un combat avec le Seigneur (Isa. VII, 13.) ? » Il est certain en effet que ce n'est pas peu de chose de combattre avec des hommes, parce que, quelle que soit la sagesse d'un mortel, il a toujours un plus sage qui le voit. D'ailleurs la sagesse d'un homme ne se voit-elle pas dans ses oeuvres ? ne se révèle-t-elle pas dans ses disciples ? Ainsi la sagesse humaine n'est point invisible, puisqu'on peut la découvrir, la voir et même la critiquer. Du reste, c'est une convenance et un devoir pour vous de mettre de la dignité dans vos comparaisons, par la raison que vous parlez de Dieu, dont la grandeur est infinie; car lors même qu'on emploierait à son égard les comparaisons les plus parfaites que l'esprit humain puisse concevoir, ou même celles que les divines Ecritures nous fournissent, jamais ces comparaisons ne seraient tout à fait dignes de celui qui est au-dessus de toute comparaison.

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Jeu 31 Mar - 13:57

XXIV. Pour moi, conformément aux témoignages déjà cités, je dis que le Père seul, et non point avec un deuxième et un troisième, est un Dieu unique. Si, au contraire, l'unité de la nature divine n'appartient pas à lui seul, il n'en possède donc qu'une partie. Cependant, je ne dis pas que le Dieu unique est un composé de parties; je dis au contraire que sa nature est une puissance non engendrée et tout à fait simple. Le Fils est lui-même aussi une puissance, mais engendrée avant tous les siècles; et sans aucun doute c'est de cette puissance du Fils que le bienheureux Apôtre disait: « Vous et mon esprit étant réunis, avec la puissance du Seigneur Jésus ( I Cor. V, 4. ) ». Car mes paroles et ma profession de foi sont conformes aux enseignements des saints Evangiles. Enfin le Saint-Esprit lui-même est une puissance d'une nature à lui particulière : le Seigneur en a donné un témoignage quand il a dit: « Pour vous, (il parlait à ses disciples) demeurez dans la ville de Jérusalem, jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la puissance d'en haut (Luc, XXIV, 49.) ».

XXV.Si vous déclarez que le Fils est invisible, précisément parce qu'il ne peut être contemplé par les yeux des hommes; pourquoi ne déclarez-vous pas également invisibles les puissances célestes qui, elles aussi, sont inaccessibles aux regards humains? Pour moi, j'ai mis en avant un témoignage de l'Écriture, sans aucune interprétation de ma façon, quand j'ai dit: « Le bienheureux et seul puissant, le Roi des rois, et le Seigneur des seigneurs ( I Tim. VI, 15.) ». Si j'ai cité l'Écriture textuellement, je n'ai pas dû recevoir de reproches; mais puisque vous approfondissez le sens des livres saints, je vais vous donner mes raisons.

XXVI. L'Apôtre dit en effet: «Le bienheureux et seul puissant, le Roi des rois ». Il dit que le Père est seul puissant, mais non pas en ce sens que le Fils ne soit point puissant. Entendez au contraire le témoignage rendu au Fils par le Saint-Esprit lui-même qui s'écrie : « Ouvrez vos portes, ô princes ; ouvrez-vous, portes éternelles, et le Roi de gloire entrera ». Puis le texte ajoute : « Quel est ce roi de gloire ? » Il répond : « Le Seigneur fort et puissant (Ps. XXIII, 7, 8. ) ». Comment ne serait-il pas puissant, celui dont toutes les créatures annoncent la puissance?

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MessageSujet: Re: Saint Augustin + contre les Ariens   Ven 1 Avr - 9:42

XXVII. Comment ne serait-il pas sage, celui dont le Saint-Esprit célébrait la sagesse en ces termes : « Combien vos oeuvres sont magnifiques, ô Seigneur ! Vous avez tout fait avec sagesse ( Ps. CIII, 24.)? » Car; puisque tout a été fait par le Christ, c'est à lui assurément que le Saint-Esprit adressait cette louange : « Vous avez tout fait avec sagesse ». Mais s'il en est ainsi, il faut donc chercher en quel sens le bienheureux Paul dit : « Le bienheureux et seul puissant ». Or, si je ne me trompe, saint Paul dit qu'il est seul puissant, par la raison que seul il possède une puissance tout à fait incomparable, suivant ces paroles d'un Prophète qui s'écriait, ravi d'admiration : « O Dieu, qui est semblable à vous (Ps. LXXXII, 2.) ? » Voulez-vous vous convaincre qu'il est seul puissant? Considérez le Fils, admirez la puissance du Fils, et vous comprendrez alors que celui-là seul est puissant, qui a engendré un Fils dont la puissance est si étendue. C'est par sa puissance infinie que le Père a engendré un Créateur puissant. C'est par la puissance qu'il a reçue du Père, comme il le déclare lui-même : « Toutes choses m'ont été données par mon Père (Matt. XI, 27.) », c'est par cette puissance, dis-je, que le Fils a, non point créé un Créateur, mais formé les créatures. Saint Paul admirait avec étonnement cette puissance de Dieu le Père, lorsqu'il le proclamait « bienheureux et seul puissant ». Car si l'homme a, lui aussi, la puissance et la sincérité en partage, suivant ce que l'Écriture dit de Job : « Cet homme adorait Dieu avec sincérité et justice », et suivant ces autres paroles renfermées dans la description du pays de Job : « Il était puissant et grand entre tous dans cette partie de l'Orient (Job, I, 1, 3.) », comment alors le Père est-il seul puissant ? Or, saint Paul emploie ces mots : le Père seul, en ce sens que personne ne peut lui être comparé et qu'à lui seul appartient une grandeur, une autorité,. une puissance aussi étendues. C'est de cette manière aussi que le bienheureux Apôtre Paul proclame le Père seul sage, en ces termes .. « A Dieu seul sage (Rom. XVI, 27.) ». Recherchons en effet en quel sens il est seul sage. Ce n'est pas en ce sens que le Christ ne soit point sage; car vous avez avancé, plus haut, que le Christ « est la Puissance de Dieu et la Sagesse de Dieu (I Cor. I, 24.) » ; nous avons nous-même prouvé par un texte de l'Écriture, qu'il a créé toutes choses par sa sagesse. Cependant le Père est véritablement seul sage. Nous croyons à l'Écriture et nous en vénérons les divines paroles elles-mêmes ; loin de nous le désir d'en passer une seule virgule ! nous redoutons cette menace contenue précisément dans ces livres sacrés : « Malheur à ceux qui y font des retranchements ou des augmentations (Deut. IV, 2.) » Voulez-vous donc savoir combien la sagesse du Père est immense? Tournez vos regards vers le Fils, vous verrez la sagesse du Père. C'est pour cette raison que le Christ disait lui-même : « Celui qui m'a vu, a vu aussi le Père (Jean, XIV, 9.) » ; c'est-à-dire, celui-là voit en moi la sagesse du Père et loue en moi sa puissance; il glorifie celui qui avant tous les siècles m'a engendré, moi si grand et si parfait, celui qui seul m'a engendré, moi son Fils unique, celui enfin qui est parfaitement un et auquel moi-même je ressemble en cela. Car le Père a engendré le Fils, sans chercher pour le former une matière préexistante, sans réclamer le secours de personne, mais comme il l'a entendu lui-même et par la puissance et la sagesse qui lui sont propres. Non pas, quoique vous nous en accusiez faussement, non pas que nous professions que le Fils ait été fait de rien, à l'exemple des autres créatures tirées du néant et comme l'une d'entre elles. Ecoutez à ce sujet ces paroles revêtues de l'autorité d'un concile : « Si quelqu'un dit que le Fils tire son origine du néant, et non point de Dieu le Père, qu'il soit anathème ».Telles furent, entre autres, les paroles de nos pères à Rimini. Si vous l'exigez, je citerai à l'instant des témoignages de l'Ecriture. Car le bienheureux apôtre Jean s'exprime ainsi : « Quiconque aime celui qui a engendré, aime aussi celui qui est né de lui (I Jean, V, 1. )».

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