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 Saint Thomas d'Aquin + Le péché originel

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MessageSujet: Saint Thomas d'Aquin + Le péché originel   Sam 12 Mar - 16:01

Somme contre les Gentils, de l'Incarnation.



50: COMMENT LE PÉCHÉ ORIGINEL SE TRANSMET DU PREMIER HOMME A SA DESCENDANCE

Nous venons donc de voir comment rien de ce qu'enseigne la Foi catholique sur l'Incarnation du Fils de Dieu n'était impossible. Il nous faut montrer maintenant quelle convenance il y avait à ce que le Fils de Dieu assumât la nature humaine.

Le fondement même de cette convenance, l'Apôtre semble le voir dans le péché originel, quand il écrit aux Romains: De même que par la désobéissance d'un seul homme, tous ont été constitués pécheurs, de même par l'obéissance d'un seul, tous seront constitués justes. Mais l'hérésie pélagienne niant l'existence du péché originel, nous allons montrer que tous les hommes naissent avec lui.

Voici d'abord le texte de la Genèse: Le Seigneur Dieu prit l'homme et le mit dans le jardin, et il lui donna cet ordre: mange de tous les arbres du jardin; mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Le jour où tu en mangeras, tu mourras de mort. Mais Adam n'étant pas mort le jour même où il mangea de ce fruit, il faut interpréter cette parole: Tu mourras de mort, dans le sens suivant: Tu seras voué à la nécessité de mourir. Condamnation vaine, si l'homme avait été voué à cette nécessité dès la création de sa nature.

On doit donc dire que la mort, - et la nécessité de mourir - c'est une peine infligée à l'homme pour son péché. Or une peine n'est infligée justement qu'en raison d'une faute. Il faut donc qu'une certaine faute se trouve réalisée en quiconque est le sujet de cette peine. Or tout homme est le sujet de cette peine, et ceci dès sa naissance; dès là qu'il naît, il naît voué à la nécessité de mourir; ainsi en voit-on mourir certains aussitôt leur naissance, du sein maternel portés au tombeau. C'est donc qu'il y a en eux du péché. Il ne peut s'agir de péché actuel, puisque ces enfants n'ont pas l'usage de leur libre-arbitre, nécessaire pour qu'on impute à l'homme son péché.

Il faut donc dire que le péché qui est en eux leur a été transmis par mode d'origine. C'est bien ce qui ressort, expressément, des paroles de l'Apôtre aux Romains: De même que par un seul homme le péché est entré dans ce monde, et par le péché la mort, ainsi la mort est passée dans tous les hommes parce que tous ont péché.

Or on ne peut pas dire que du fait d'un seul homme, le péché est entré dans le monde simplement par voie d'imitation. Le péché alors n'aurait atteint que ceux qui, en péchant, auraient imité le premier homme; la mort, qui est entrée dans le monde par le péché, n'atteindrait que ceux qui pèchent à l'imitation du premier homme.

Cette interprétation, l'Apôtre l'exclut, quand il ajoute: La mort a régné d'Adam à Moïse sur ceux-là même qui n'avaient pas péché par une transgression semblable à celle d'Adam. Quand l'Apôtre parle de l'entrée du péché dans le monde, par le fait d'un seul homme, il n'entend donc pas que cette entrée se réalise par voie d'imitation, mais bien par voie d'origine. Si l'Apôtre avait parlé d'une entrée du péché dans le monde, réalisée par voie d'imitation, il l'aurait attribuée au diable plutôt qu'à l'homme, dans la perspective de ces paroles de la Sagesse: C'est par l'envie du diable que la mort est entrée dans l'orbe des terres: ils l'imitent, ceux qui lui appartiennent.

David, d'ailleurs, dit dans le Psaume: Voici, dans l'iniquité je fus engendré, dans le péché ma mère m'a conçu. Parole qu'on ne peut entendre d'un péché actuel: on raconte que David a été conçu et est né d'un mariage légitime.

Cette parole, on doit donc l'entendre du péché originel. Il est dit également, au Livre de Job: Qui peut rendre pur ce qui a été conçu d'une semence impure? N'est-ce pas toi seul? On ne peut déduire avec certitude que l'impureté de la semence humaine transmet à l'homme ainsi conçu une certaine impureté, ce qu'il faut entendre d'une impureté de péché, la seule qui puisse conduire l'homme à être jugé.

Job, en effet, venait de dire: Tu daignes ouvrir les yeux sur un être de cette sorte, et le traduire en jugement devant toi? Il y a donc un péché que l'homme contracte dès son origine, et qu'on appelle le péché originel.

Le Baptême et les autres sacrements de l'Eglise sont des remèdes contre le péché. Or c'est la coutume universelle de l'Eglise de conférer le baptême aux enfants nouveau-nés. Ce serait inutile s'il n'y avait pas en eux de péché. Il ne peut s'agir de péché actuel, puisque ces enfants n'ont pas l'usage du libre-arbitre, sans lequel l'homme ne peut se voir imputer comme faute quelque acte que ce soit.

Il faut donc affirmer en eux l'existence d'un péché transmis par origine, Dieu et l'Eglise ne faisant rien de vain et d'inutile. Mais le Baptême, dira-t-on peut-être, est donné aux enfants, non point pour les purifier du péché, mais pour leur permettre de parvenir au royaume de Dieu, ce qu'on ne peut faire autrement, puisque le Seigneur dit en saint Jean: A moins de renaître de l'eau et de l'Esprit-Saint, on ne peut entrer dans le royaume de Dieu.

Cette objection n'a pas de sens. Personne n'est exclu du Royaume de Dieu, si ce n'est en raison de quelque faute. La fin de toute créature raisonnable est en effet de parvenir à la béatitude, laquelle n'est réalisée que dans le royaume de Dieu. Ce royaume n'est rien d'autre, lui, que la société organisée de ceux qui jouissent de la vision de Dieu, de cette vision en quoi consiste la véritable béatitude. Or rien ne manque sa fin, si ce n'est en raison de quelque péché.

Si donc les enfants qui n'ont pas encore été baptisés ne peuvent parvenir au royaume de Dieu, on doit affirmer qu'il y a en eux un certain péché. Ainsi, fidèles à l'enseignement de la foi catholique, il nous faut tenir que les hommes naissent avec le péché originel.

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MessageSujet: Re: Saint Thomas d'Aquin + Le péché originel   Sam 12 Mar - 16:05

51: OBJECTIONS CONTRE LE PÉCHÉ ORIGINEL

Cette vérité ne manque pas de rencontrer quelques difficultés.

1. Le péché d'un homme n'est pas imputé comme faute à d'autres hommes: Ézéchiel affirme que le fils ne porte pas l'iniquité du père. La raison en est que nous ne sommes loués ou blâmés que de ce qui dépend de nous, de ce que nous commettons volontairement. Le péché du premier homme ne peut donc pas être imputé au genre humain tout entier.

2. Si l'on dit qu'un seul péchant, c'est tous qui ont péché en lui, comme l'Apôtre paraît le dire, et qu'ainsi ce n'est pas le péché d'un autre mais son propre péché qui est imputé à chaque homme, il ne semble pas que cette position puisse tenir. Ceux qui sont nés d'Adam n'étaient pas encore en acte en Adam, quand celui-ci pécha; ils n'étaient en lui que virtuellement, comme en leur origine première. Or seul un être qui existe en acte peut pécher, puisque pécher c'est agir. Nous n'avons donc pas tous péché en Adam.

3. Nous avons péché en Adam, dira-t-on, en ce sens que le péché découle de lui en nous, par voie d'origine, en même temps que la nature. Cela semble bien impossible. L'accident, en effet, qui ne passe point de sujet en sujet, ne peut être transmis qu'avec son sujet. Or le sujet du péché, c'est l'âme raisonnable, qui ne nous est pas transmise à partir du premier homme, mais que Dieu crée individuellement en chaque homme. Le péché ne peut donc pas nous être transmis depuis Adam par voie d'origine.

4. Si le péché se transmet du premier homme en tous les autres pour la raison que tous tirent leur origine de lui, il semble bien que le Christ, qui tire son origine du premier homme, soit lui aussi soumis au péché originel. Ce qui est contraire à la foi.

5. Ce qui affecte une chose conformément à son origine naturelle, est naturel à cette chose. Or ce qui est naturel à une chose, ne peut faire en elle figure de péché; ce n'est point péché pour une taupe que d'être aveugle. Le péché n'a donc pas pu découler du premier homme en tous les autres par voie d'origine.

6. Que le péché se soit transmis du premier homme en sa descendance par voie d'origine, non pas en ce qu'il y a de naturel en cette origine, mais en ce qu'il y a de vicié, il semble que ce soit insoutenable. Toute déficience dans l'oeuvre de la nature est la conséquence de la déficience d'un principe naturel: telle altération de la semence est à l'origine de petits d'animaux, qui sont monstrueux. Mais il n'y a pas lieu de supposer dans la semence humaine une altération de quelque principe naturel. Il ne semble donc pas qu'un péché ait pu se transmettre du premier homme en sa descendance, à partir d'un vice d'origine.

7. Les péchés qui, dans les oeuvres de la nature, sont la conséquence de l'altération d'un principe naturel, ne se produisent ni toujours ni souvent; ils se produisent seulement dans un petit nombre de cas. Si donc, du premier homme à sa descendance, le péché se transmettait en raison d'un vice d'origine, il ne se transmettrait pas à tous, mais à un petit nombre.

8. Si un vice d'origine entraîne dans la descendance quelque déficience, celle-ci doit être du même genre que le défaut qui se trouve à la source, puisqu'il y a conformité entre les effets et leurs causes. Or l'origine qu'est la génération humaine, acte de cette puissance de génération qui ne participe d'aucune manière à la raison, ne peut enfermer un défaut qui relève du genre de la faute; seuls, en effet, les actes qui sont soumis à la raison d'une manière ou d'une autre, peuvent être des actes vertueux ou des actes vicieux: on n'impute pas comme faute à un homme de naître, en raison d'un vice d'origine, lépreux ou aveugle. Une déficience coupable ne peut donc, d'aucune manière, découler, en raison d'un vice d'origine, du premier homme en ses descendants.

9. Le péché ne détruit pas un bien de nature: au dire de Denys, les démons même demeurent en possession des biens qui leur sont naturels. Or la génération est un acte de la nature. Le péché du premier homme n'a donc pas pu vicier l'origine de la génération humaine, au point que ce péché du premier homme se transmît à toute sa descendance.

10. L'homme engendre un homme semblable à lui, spécifiquement. En ce qui ne rentre pas dans la définition de l'espèce, il n'est aucunement nécessaire que le fils soit semblable à ses parents. Or le péché ne peut entrer dans la définition de l'espèce: le péché en effet n'est pas dans la ligne des choses de la nature; il est bien plutôt une altération de l'ordre naturel. Il n'est donc aucunement nécessaire que du premier homme, pécheur, les autres hommes naissent pécheurs.

11. Les enfants ressemblent davantage à leurs proches parents qu'à leurs parents éloignés. Or il arrive parfois que de proches parents soient sans péché et ne commettent aucun péché dans l'acte même de la génération. Tous ne naissent donc pas pécheurs en raison du péché du premier homme.

12. Supposons d'ailleurs que le péché se soit transmis du premier homme dans les autres. Puisque le bien, comme on l'a montré, a une puissance d'action supérieure à celle du mal, Adam, à plus forte raison, a-t-il transmis aux autres hommes sa satisfaction et sa justice.

13. Si le péché du premier homme s'est propagé, par mode d'origine, en sa descendance, la même raison fera que les péchés des autres parents se transmettront à leurs propres descendants. Ainsi les générations postérieures seront sans cesse plus accablées par le péché que les générations précédentes. Conclusion d'autant plus nécessaire, si le péché passe des parents dans l'enfant, sans que la satisfaction puisse le faire.

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MessageSujet: Re: Saint Thomas d'Aquin + Le péché originel   Sam 12 Mar - 16:25

52: RÉPONSE AUX OBJECTIONS PRÉCÉDENTES

Avant de répondre à ces objections, il est bon de faire remarquer d'abord certains signes, qui sont les manifestations probables du péché originel dans le genre humain. Dieu, nous l'avons vu, veille avec tant de soin sur l'activité des hommes qu'il récompense les bonnes oeuvres et punit les oeuvres mauvaises, si bien que la peine elle-même peut être un témoignage de la faute.

Or le genre humain, d'une façon générale, subit un certain nombre de peines, tant corporelles que spirituelles. La plus lourde des peines corporelles, à laquelle toutes les autres, faim, soif, etc., sont ordonnées, c'est la mort. La plus lourde des peines spirituelles, c'est l'infirmité de la raison, qui rend difficile à l'homme l'accès à la connaissance du vrai, facile au contraire la chute dans l'erreur, qui empêche l'homme de dominer parfaitement ses appétits bestiaux, mais laisse au contraire souvent ceux-ci l'enténébrer.

Peut-être dira-t-on que de telles déficiences, aussi bien corporelles que spirituelles, n'ont pas un caractère pénal, que ce sont des déficiences de nature, conséquences inéluctables de la matière. Il est inévitable que le corps humain, composé d'éléments contraires, soit corruptible; il est inévitable, aussi, que l'appétit sensible se porte vers ce qui est délectable au sens, tout en étant parfois contraire à la raison. Étant donné d'autre part que l'intellect possible est ouvert en puissance à tous les intelligibles, qu'il n'en possède en acte aucun, obligé qu'il est de les acquérir par les sens, il est inévitable qu'il atteigne avec difficulté la science de la vérité, inévitable qu'en raison de la présence des images, il dévie facilement hors du vrai.

A considérer droitement les choses, on pourra estimer cependant comme assez probable, - supposé la providence divine qui ajuste à chaque perfection les objets qui lui conviennent - que Dieu a uni une nature supérieure à une nature inférieure pour que la première dominât sur la seconde.

S'il arrivait que quelque déficience naturelle gênât cette souveraineté, on doit supposer qu'une grâce spéciale, surnaturelle, viendrait lever cet empêchement. Ainsi doit-on juger que l'âme raisonnable, d'une nature plus haute que le corps, lui est unie de telle manière qu'aucun élément corporel ne puisse s'opposer à l'âme, qui fait vivre le corps.

De même doit-on estimer que la raison, unie dans l'homme à l'appétit sensible et aux autres puissances sensitives, ne peut être gênée par ces puissances; mais qu'au contraire elle les domine.

Dociles à l'enseignement de la foi, nous affirmons donc que l'homme a été dès l'origine établi par Dieu dans des conditions telles que ses puissances inférieures devaient le servir sans entraves, qu'aucun obstacle corporel ne devait gêner la sujétion de son corps, Dieu et sa grâce suppléant pour ce faire à l'indigence de la nature, aussi longtemps du moins que la raison de l'homme demeurerait soumise à Dieu. Cette raison de l'homme une fois détournée de Dieu, on verrait les puissances inférieures se révolter contre la raison, et le corps atteint de passions contraires à la vie, laquelle vient de l'âme.

De telles déficiences, naturelles à l'homme, semble-t-il, à considérer dans l'absolu la nature humaine en ce qu'elle a d'inférieur, témoignent cependant avec assez de probabilité de leur caractère pénal, si l'on considère la providence de Dieu et la dignité de la partie supérieure de la nature humaine. On peut ainsi conclure à l'existence d'un péché qui, dès l'origine, souille le genre humain.

Ceci dit, il nous faut répondre aux objections proposées:

1. Il n'y a pas d'incohérence à dire qu'un seul ayant péché, son péché est transmis à tous les hommes par voie d'origine, bien que chacun ne soit loué ou blâmé que de ce qu'il a fait lui-même, - c'était le sens de la première objection. Autre chose en effet ce qui est le fait d'un individu, autre chose ce qui est le fait de toute une espèce, car, selon le mot de Porphyre, en participant à l'espèce, la multitude des hommes est pour ainsi dire un seul homme. Le péché d'un individu, d'une personne humaine, n'est donc imputé comme faute à personne d'autre qu'à son auteur, les hommes étant personnellement distincts les uns des autres. Mais qu'un péché affecte la nature même de l'espèce, il n'y a pas d'inconvénient à ce qu'il se propage d'un homme à un autre, tout comme la nature de l'espèce est transmise par un homme à d'autres hommes. Or le péché est un certain mal de la nature raisonnable. Le mal étant la privation d'un bien, c'est d'après le bien dont on est privé qu'il faut juger que tel péché atteint la nature commune, tel péché une personne particulière. Les péchés actuels, ceux que les hommes commettent communément, détruisent un certain bien de la personne du pécheur, la grâce et l'ordre normal des parties de l'âme; de là vient que ce sont des péchés personnels, et qu'une personne les commettant, ils se sont pas imputés à une autre. Or le premier péché du premier homme n'a pas seulement privé celui-ci d'un bien qui lui était propre et personnel, de la grâce et de l'ordre normal de l'âme, il l'a privé aussi d'un bien qui appartenait à la nature commune. Comme nous l'avons dit déjà, la nature humaine, dès ses origines, avait été établie dans des conditions telles que les puissances inférieures étaient soumises parfaitement à la raison, la raison à Dieu, et le corps à l'âme, Dieu suppléant en cela par sa grâce à l'indigence de la nature.

Or un tel privilège, auquel certains donnent le nom de justice originelle, avait été concédé au premier homme pour que celui-ci le transmît à ses descendants en même temps que la nature humaine. Mais la raison s'étant soustraite avec le péché du premier homme à la suzeraineté de Dieu, il s'ensuivit que les puissances inférieures ne furent plus soumises parfaitement à la raison, ni le corps à l'âme. Et cela ne se produisit pas seulement dans le premier pécheur; la même déficience eut son retentissement en ses descendants, en qui devait être transmise la justice originelle.

Ainsi le péché du premier homme, de cet homme dont tous les autres hommes sont issus, comme la foi l'enseigne, fut un péché à la fois personnel, privant le premier homme lui-même du bien qui lui était propre, et un péché de nature, le privant lui, et par voie de conséquence ses descendants, du privilège conféré à la nature humaine tout entière. Une telle déficience, dérivant du premier homme en tous les autres, réalise, même en ces autres, la notion de faute, en tant que tous les hommes, de par leur participation à la nature commune, sont considérés comme un seul homme.

La volonté du premier homme donne ainsi à ce péché d'être volontaire, tout comme la volonté de ce premier moteur qu'est la raison donne à l'action de la main d'avoir valeur de faute, de telle sorte qu'en ce péché de nature les hommes, distincts entre eux, doivent être considérés comme les parties d'une nature commune, analogues aux diverses parties d'un homme unique, dans le cas du péché personnel.

2. En ce sens, il est vrai de dire qu'un seul ayant péché, tous ont péché en lui, selon l'expression de l'Apôtre, - ce qui était l'argument de la deuxième objection. Non pas que les autres hommes fussent en lui en acte; ils y étaient virtuellement, comme en leur principe originel. On ne peut dire non plus qu'ils ont péché en lui, en tant que posant un acte déterminé; ils ont péché en lui en tant que faisant partie de sa nature, corrompue par le péché.

3. Que le péché se transmette du premier homme à sa descendance, cela n'entraîne pas pour autant que l'âme raisonnable, - c'est elle qui est sujet du péché - soit transmise en même temps que la semence: difficulté que formulait la troisième objection. Ce péché de nature, que l'on qualifie d'originel, se propage de la même manière que la nature de l'espèce: celle-ci, bien que parachevée par l'âme raisonnable, n'est pas cependant transmise avec la semence; ce qui est transmis, c'est seulement le corps, un corps apte de soi à recevoir une âme de cette qualité.

4. Bien que le Christ appartînt, selon la chair, à la descendance du premier homme, il n'a pas pour autant contracté la souillure du péché originel, - comme le concluait la quatrième objection. Le Christ, en effet, n'a reçu du premier homme que la matière du corps humain: ce n'était pas une puissance dérivée du premier homme, mais la puissance du Saint-Esprit qui devait former son corps. Dans cette transmission au Christ de la nature humaine, Adam n'a donc pas joué le rôle d'agent; il n'a joué que le rôle de principe matériel.

5. Remarquons encore que les déficiences dont nous avons parlé sont transmises par voie d'origine naturelle, du fait que la nature est privée du secours de la grâce, secours que le premier homme avait reçu pour le transmettre à ses descendants en même temps que la nature. Cette privation étant la suite d'un péché volontaire, les déficiences qui en résultent prennent valeur de faute. De telles déficiences sont donc ainsi et coupables par référence à leur source première, et naturelles par référence à la nature privée de secours. Voilà pourquoi l'Apôtre écrit dans l'Epître aux Éphésiens: Nous étions par nature enfants de colère. Ainsi est résolue la cinquième objection.

6. Il est clair, maintenant, que le vice d'origine, d'où sort le péché originel, vient de l'absence d'un principe, de l'absence du don gratuit conféré à la nature humaine, dès sa création. En fait, ce don était d'une certaine manière naturel, non point qu'il eût pour cause les principes de la nature, mais parce qu'il avait été conféré au premier homme pour être transmis en même temps que la nature. La sixième objection, elle, voulait réserver le qualificatif de naturel à ce qui a pour cause les principes de la nature.

7. La septième objection procédait de la même manière, arguant du défaut d'un principe naturel qui fasse partie de la nature de l'espèce: ce qui résulte du défaut d'un tel principe naturel ne se produit en effet que dans la minorité des cas. Mais nous avons dit comment la déficience qu'est le péché originel provient du défaut d'un principe surajouté aux principes de l'espèce.

8. Il faut savoir aussi que l'acte de la puissance de génération ne peut être affecté par un vice du genre du péché actuel; celui-ci dépend de la volonté d'une personne singulière, alors que l'acte de la puissance de génération n'obéit ni à la raison ni à la volonté, - ce que mettait en avant la huitième objection. Mais rien n'empêche que le vice de la faute originelle, - celle-là, relève de la nature - affecte l'acte de la puissance de génération, les actes de cette puissance recevant le nom d'actes naturels.

9. Quant à la neuvième objection, il est facile d'y répondre, grâce à ce qui précède. Le péché en effet ne détruit pas le bien de nature qui est partie intégrante de la nature; ce que le péché du premier homme a pu détruire, c'est un bien de nature surajouté par grâce.

10. Ce qui précède nous fournit également une réponse facile et claire à la dixième objection. Privation et déficience étant corrélatives, il y a ressemblance dans le péché originel entre les fils et leurs pères dans la mesure même où le don, conféré dès les origines à la nature, aurait dû être transmis par les parents à leur postérité. Sans qu'il fit partie, par définition, de l'espèce, ce don avait été conféré par grâce divine au premier homme pour que celui-ci le transmit à l'espèce tout entière.

11. Remarquons encore ceci: les sacrements de la grâce peuvent bien purifier l'homme du péché originel, de telle manière que ce péché ne lui soit plus imputé comme faute, - en ceci consiste la libération personnelle du péché originel -, la nature n'en est pas pour autant totalement guérie, si bien que le péché originel continue d'être transmis à la postérité, suivant l'acte de la nature. Ainsi le péché originel peut ne plus exister dans l'homme qui engendre, en tant que cet homme est une personne; il peut même se faire, comme l'avançait la onzième objection, qu'il n'y ait dans l'acte de la génération aucun péché actuel; mais en tant que l'homme qui engendre est principe naturel de la génération, la souillure du péché originel, de ce péché qui affecte la nature, est présente en lui et dans l'acte de génération qu'il accomplit.

12. Il faut savoir aussi que le péché actuel du premier homme est passé dans la nature; la nature, en effet, grâce au privilège qui lui avait été conféré, était alors encore parfaite. Mais une fois la nature privée de ce privilège par le péché du premier homme, l'activité de celui-ci n'eut plus qu'un caractère strictement personnel. Dès lors il lui était impossible de satisfaire pour la nature tout entière, et de rétablir par son activité, le bien de la nature. Il ne pouvait que satisfaire partiellement pour ce qui touchait à sa personne. Nous avons ainsi la solution de la douzième objection.

13. Cela vaut également pour la treizième objection. Les péchés des parents plus immédiats trouvent en effet une nature privée du privilège qui lui avait été conféré à l'origine. Il n'en résulte donc pas une déficience qui se transmettrait aux descendants, mais seulement une déficience qui affecte la personne du pécheur. Ainsi donc, pour la confusion de l'hérésie pélagienne qui niait le péché originel, l'existence dans l'homme du péché originel ne présente aucune incohérence, rien qui soit contraire à la raison.

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MessageSujet: Re: Saint Thomas d'Aquin + Le péché originel   Sam 12 Mar - 16:25

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MessageSujet: Re: Saint Thomas d'Aquin + Le péché originel   Mer 12 Mar - 13:00


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