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 LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé

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JP B
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MessageSujet: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Dim 10 Avr - 16:12




LEÇONS

de

MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE


par

Eric TAILHADES

_______________________________


INTRODUCTION


Lorsque l’enfant naît, il n’a encore aucun renseignement sur le monde extérieur. Seules quelques sensations végétatives internes lui sont parvenues. Il n’a donc aucune connaissance, ni sensible, ni intellectuelle. Il a tout à apprendre. Selon la formule employée par Saint Thomas d'Aquin et les scolastiques, son âme est comme une table rase “tabula rasa”, sur laquelle s’inscriront, au fur et à mesure, les connaissances. Ainsi l’homme ne crée-t-il pas le monde, il le découvre. Mais ce ne sera pas, l’expérience le prouve, sans de très grandes difficultés. L’ignorance est, on le sait, un des plus grands maux de l’humanité, à toutes les époques.

Le nombre des gens qui parviennent à une connaissance certaine des réalités touchant à la destinée de l’homme, est extrêmement faible.

Ainsi que l’enseigne l’Eglise Catholique, le péché originel, en privant Adam de la sainteté, en a également privé sa descendance, et rendu ainsi très difficile l’acquisition des connaissances nécessaires au Salut : l’existence de Dieu, le but de la vie, les récompenses et les peines reçues après la mort.

C’est pourquoi Dieu a dû avoir recours à la Révélation, pour tâcher de sauver le plus grand nombre. D’autant plus que la fin de l’homme étant Dieu lui-même, la connaissance parfaite de cette fin dépasse les forces humaines.

Cependant, si l’intelligence est gênée dans son libre fonctionnement par l’influence des passions sur l’imagination, elle n’est pas pour autant annihilée.

Les païens avaient remarqué qu'il fallait attendre [atteindre] un certain âge pour parvenir à la sagesse, c’est-à-dire à la connaissance de la vérité. Car, dégagé par l’apaisement des passions, l’esprit était plus libre. C’est ainsi que par la seule lumière naturelle de leur intelligence, les philosophes de l’antiquité découvrirent et professèrent de très nombreuses vérités, sans qu’aucun d'entre eux ne parvint pour autant à la plénitude de la connaissance qui est à la portée de la nature.

Parménide, Héraclite, Socrate, bien qu’il n’eût rien écrit, Platon, Aristote… découvrirent chacun une partie des développements qui constituent la métaphysique, terme provenant d’un mot grec signifiant au-delà de la physique, ou pour mieux dire plus abstrait.

Mais il a fallu attendre les philosophes chrétiens, et plus particulièrement Saint Thomas d’Aquin (1227-1272) pour arriver à la perfection de la connaissance métaphysique. En rassemblant ce qu’il y avait de vrai chez chacun des philosophes grecs, il réalisa une synthèse parfaite. Seul le Catholicisme, en restaurant la nature par l’ascèse, l’imitation de Jésus-Christ et la pratique des sacrements, a pu donner aux esprits capables de philosopher, le détachement suffisant pour parvenir à ce sommet de la connaissance humaine naturelle, tout en la couronnant par la connaissance surnaturelle, révélée.


Qu’est-ce que la philosophie ?

On peut définir la philosophie comme le résultat des efforts de la raison humaine pour donner une réponse aux questions de la destinée de l’homme, de l’existence de Dieu, mais aussi pour percer les secrets de la nature plus profondément et plus abstraitement que ne le font les sciences expérimentales ; cette branche de la philosophie porte le nom de métaphysique, ainsi que nous l’avons vu.

Mais si cette science est utile, et même indispensable, il ne faut pas perdre de vue qu’elle n’est qu’une expression du réel appréhendé par l’intelligence. Il y a, en effet, transposition de la réalité, lors de l’exposition philosophique, à cause de la nature même du langage. Celui-ci est en effet discursif, c’est-à-dire qu’il se déroule dans le temps. Lorsqu’on expose une question, on décrit. Le laboureur qui prépare son champ est à la fois sur son tracteur, animé d’une certaine vitesse, tandis que la terre retournée par le soc, vient combler le sillon précédent. Trente mots énoncés dans un certain ordre, relativement arbitraire pour partie, ont été nécessaires pour évoquer une réalité qui fait un tout. On peut donc dire que la réalité présente des phénomènes simultanés, qui se déroulent ensemble, et que l’exposition par le langage oblige à les présenter de manière successive. De là le risque considérable des études exclusivement livresques, où les esprits brillants, mais superficiels se complaisent, et dont le résultat est de donner des gens qui sont en fait coupés du réel. Peu conscients des transpositions imposées par le langage, prenant la partie pour le tout, manquant de cette intelligence du vrai nourrie par la contemplation et la réflexion, plus appuyés sur leur mémoire que sur une vraie compréhension, souvent plus ou moins enflés d’orgueil, ils excellent dans la présentation de la question de cours et sont nuls dès qu’il s'agit de résoudre le problème. Esprits scolaires, forts en thèmes, ils séduisent malheureusement souvent les braves gens parce qu’ils parlent bien et paraissent en savoir long, tandis qu’on laissera de côté tel qui semble plus balourd, mais dont la profondeur, la lenteur, voire l’humilité garantiront une meilleure perception du réel, et, finalement une plus grande sagesse, donc une plus grande utilité pour le prochain.

Allier la synthèse à l’analyse, selon l’esprit de Saint Thomas qui disait que les principes ne tiennent pas devant les faits, tel est l’idéal du philosophe.

Remarquons bien en passant, que cette question de la transposition entre le réel perçu et compris, et l’expression que l’homme en donne, trouve une solution différente bien qu’analogue dans le langage et dans les arts.

Le sculpteur qui œuvre dans l’espace à trois dimensions exprimera la durée d’une certaine manière, tandis que le peintre qui, lui, n’en a que deux, traduira la troisième par la perspective, transposition qui s’ajoutera à celle déjà employée par le sculpteur pour évoquer le temps.

Si donc on réfléchit à cette question de l’expression, on voit qu’elle est complexe, mais sa complexité même ne doit pas nous porter au subjectivisme, car les transpositions nous sont imposées par la nature des choses. Sous peine de mutiler le réel, on ne doit pas le borner à son expression.

Et, c'est seulement sous l’ensemble de ces précautions que l’on pourra admettre la part de vrai que comporte la célèbre phrase d’Hamlet « Il y a plus au Ciel et sur la terre, Oratio, que dans toute ta philosophie ».

Concluons : l’esprit humain est donc contraint, en utilisant le langage, à étudier la réalité par tranche. C’est là que se trouve la justification de la différentiation des sciences qui se spécifient par leur objet formel.

Chacune se trouve donc, par le fait même, limitée. C’est le lot de toute étude.

C'est ainsi que cet opuscule(*) sera consacré exclusivement aux développements relatifs aux vérités atteintes par la raison naturelle, ou philosophie, et plus spécialement à la métaphysique la plus élémentaire que l’on nomme également ontologie, de ontos, mot grec qui signifie être, et qui est l’étude de l’être en tant qu’être.
(*) : Achevé d’imprimer le 30 septembre 1984 sur les presses de l’Imprimerie du Pays Fort – 18 Villegenon.


Mais on ne doit pas perdre de vue que le réel est constitué par l’ensemble de ce qui est étudié séparément par chacune des sciences.

Ainsi, par exemple, le réel est-il naturel et surnaturel ; aussi l’étude des rapports de l’un et de l’autre doit nécessairement compléter celle de chacun d’eux pour que l’esprit atteigne pleinement la réalité.

Ayant borné notre présente étude à la connaissance de vérités atteintes par voie naturelle, nous ne pouvons cependant éluder la question des rapports avec les vérités auxquelles l’homme parvient d’une manière surnaturelle.

Aussi, en préalable à ces développements, faut-il aborder la question des rapports entre la philosophie et la théologie, c’est-à-dire entre la raison et la foi.

(A suivre)

_________________

Jean-Paul BONTEMPS
 
Pour la plus grande gloire de Dieu et l’honneur de Notre-Dame, par le triomphe de notre Mère la Sainte Église Catholique, Une et Apostolique, laquelle est traditionnelle (telle qu'avant le conciliabule vaticandeux) et non moderniste.
 
« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)


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JP B
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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Lun 11 Avr - 0:14


Les rapports entre la raison et la foi

« En toute chose, il faut considérer la fin ». Car c’est de la fin que se déduisent les moyens et leur ordonnancement. Ainsi, par exemple, pour avoir du blé, il faut préparer la terre, puis semer, désherber, moissonner, opérations qui sont les moyens ordonnés à cette fin : pouvoir disposer de blé.

De même, en ce qui concerne l’homme, il faut considérer d’abord sa fin : jouir du Bien Infini qui est Dieu pour l’éternité et Lui procurer ainsi Sa gloire externe. La raison étant impuissante à connaître cette fin de manière sûre et sans mélange d’erreur, Dieu dut avoir recours à la Révélation, qui donne chez l’homme, naissance à la foi « adhésion de l’intelligence, sous les feux de la grâce, aux vérités révélées par Dieu, parce qu’Il ne peut ni se tromper ni nous tromper ». La foi est donc une activité de l’intelligence, de même que la raison ; mais la foi c’est l’intelligence agissant sous l’influence de la grâce qui surélève la nature “gratia elevans” et la raison l’activité naturelle de l’intelligence, aidée par la grâce qui restaure la nature “gratia sanans”. Il ne peut donc y avoir contradiction entre elles, puisque ce sont les activités d’une même faculté ordonnées à la même fin : le salut de l’homme. Mais la foi arrive soit à des vérités plus hautes que la raison, soit connues plus sûrement. Aussi la raison doit être soumise à la foi qui l’éclaire. Bien qu’autonome dans son ordre, la raison ne doit donc pas aboutir à des résultats en contradiction avec ceux de la foi. Si jamais tel était le cas, on pourrait en conclure sans risque d’erreur que ces résultats sont faux. Ainsi l’Eglise Catholique, gardienne de la foi, a-t-elle le droit et le devoir d’imposer des vérités de raison sur toutes les questions dont les solutions, si elles étaient erronées s’opposeraient directement ou indirectement à la foi. Ainsi, le rejet de la notion de cause s’oppose-t-il directement à l’existence de Dieu, par exemple, de là la nécessité, outre l’erreur qu’il manifeste, de le condamner au nom de la foi.

Voici comment s’exprime Pie XII sur cette question dans Humani Generis (12 août 1950)
Citation :
On sait combien l’Eglise estime la raison humaine dans le pouvoir qu’elle a de démontrer avec certitude l’existence d’un Dieu personnel, de prouver victorieusement, par les signes divins, les fondements de la foi chrétienne elle-même, d’exprimer exactement la loi que le Créateur a inscrite dans l’âme humaine et enfin de parvenir à une certaine intelligence des mystères, qui nous est très fructueuse. La raison cependant ne pourra remplir tout son office avec aisance et en pleine sécurité que si elle reçoit une formation qui lui est due : c'est-à-dire quand elle est imprégnée de cette philosophie saine qui est pour nous un vrai patrimoine, transmis par des siècles du passé chrétien et qui jouit encore d’une autorité d’un ordre supérieur, puisque le magistère de l’Eglise a soumis à la balance de la révélation divine, pour les apprécier, ces principes et ces thèses essentielles qu’avaient peu à peu mis en lumière et définis des hommes de génie. Cette philosophie reconnue et reçue dans l’Eglise défend, seule, l’authentique et juste valeur de la connaissance humaine, les principes inébranlables de la métaphysique — à savoir de raison suffisante, de causalité et de finalité — la poursuite enfin, effective, de toute vérité certaine et immuable.
Dans cette philosophie, sans doute, sont traitées des parties qui, ni directement ni indirectement, ne touchent à la foi et aux mœurs : aussi l’Eglise les laisse-t-elle à la libre discussion des philosophes. Mais pour beaucoup d’autres, surtout dans le domaine des principes et des thèses essentielles que Nous avons rappelés plus haut, de liberté de discussion il n’y a point. Mais dans ces questions essentielles, il est permis de donner à la philosophie un vêtement plus juste et plus riche, de la renforcer de développements plus efficaces, de la débarrasser de quelques procédés scolaires insuffisamment adaptés, de l’enrichir discrètement aussi d'éléments apportés par une pensée humaine qui sainement progresse : mais il n’est jamais possible de la bouleverser, de la contaminer de principes faux ou même de la tenir pour un monument sans doute imposant mais absolument suranné. Car la vérité, et toute son explication philosophique ne peuvent pas changer chaque jour, surtout quand il s’agit de principes évidents, par soi, pour tout esprit humain ou de ces thèses qui prennent appui aussi bien sur la sagesse des siècles que sur leur accord avec la révélation divine qui les étaye si fortement. Tout ce que l’esprit humain, adonné à la recherche sincère, peut découvrir de vrai, ne peut absolument pas s’opposer à une vérité déjà acquise ; Dieu, Souveraine Vérité, a créé l’intelligence humaine et la dirige, il faut le dire, non point pour qu’elle puisse opposer chaque jour des nouveautés à ce qui est solidement acquis, mais pour que, ayant rejeté les erreurs qui se seraient insinuées en elle, elle élève progressivement le vrai sur le vrai selon l’ordre et la complexion même que nous discernons dans la nature des choses d’où nous tirons la vérité.
Si l’on a bien saisi ces précisions, on verra sans peine pour quelle raison l’Eglise exige que ses futurs prêtres soient instruits des disciplines philosophiques “selon la méthode, selon la doctrine et les principes du Docteur Angélique” ; c’est que l’expérience de plusieurs siècles lui a parfaitement appris que la méthode de l’Aquinate l’emporte singulièrement sur toutes les autres, soit pour former les étudiants, soit pour approfondir les vérités peu accessibles ; sa doctrine forme comme un accord harmonieux avec la révélation divine ; elle est de toutes la plus efficace pour mettre en sûreté les fondements de la foi…
Au travail donc ! Même s’il nous en coûte un effort, tâchons de former notre intelligence à l’école de Saint Thomas. Tel est le but de l’ouvrage que nous entreprenons ici.

(A suivre)

_________________

Jean-Paul BONTEMPS
 
Pour la plus grande gloire de Dieu et l’honneur de Notre-Dame, par le triomphe de notre Mère la Sainte Église Catholique, Une et Apostolique, laquelle est traditionnelle (telle qu'avant le conciliabule vaticandeux) et non moderniste.
 
« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)
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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Jeu 14 Avr - 23:22




CHAPITRE I


LA CONTRERÉVOLUTION REPOSE
SUR UNE SAINE PHILOSOPHIE


Dans Pascendi Dominici Gregis, saint Pie X parlant des modernistes écrit : « C’est d’une alliance de la fausse philosophie avec la foi qu’est né, pétri d’erreur, leur système ».

Or il est bien clair que l’aboutissement du modernisme c’est le Concile Vatican II ; et selon le mot de Mgr (?) Suenens, « le Concile c’est 89 dans l’Église ». Mais 89 c’est la révolution dite française. Donc le modernisme c’est la révolution. Or on a pu écrire que la révolution était la négation des droits de Dieu sur la Société et la contrerévolution leur rétablissement. Et saint Pie X nous dit que le modernisme, donc la révolution, repose sur la fausse philosophie.

Aussi pour ruiner les fondements de la liberté de conscience, de la libre pensée, qui sont au principe de la négation des droits de Dieu sur la Société, et pour reconstruire une cité chrétienne respectueuse de ces droits, il faut détruire la fausse philosophie et rétablir la vraie.


Les 24 thèses thomistes : bases sûres et obligatoires

C’est pourquoi saint Pie X poursuivait au § 63 de la même encyclique : « Nous voulons et ordonnons que la philosophie scolastique soit mise à la base des sciences sacréesEt quand nous prescrivons la philosophie scolastique, ce que nous entendons surtout par là — ceci est capital — c’est la philosophie que nous a léguée le Docteur Angélique. Nous déclarons que tout ce qui a été édicté à ce sujet par notre prédécesseur reste pleinement en vigueur, et, en tant que de besoin, Nous l’édictons à nouveau et le confirmons et ordonnons qu’il soit par tous rigoureusement observé ». Et le Pape ajoute, citant les paroles de Léon XIII dans Æterni Patris : « Il va sans dire que s’il se rencontre quelque chose chez les docteurs scolastiques que l’on puisse regarder comme excès de subtilité, ou qui ne cadre pas avec les découvertes des temps postérieurs, ,il est bien loin de notre esprit de vouloir les proposer à l’imitation des générations présentes ».

Il est donc bien clair que ce dont saint Pie X “édicte”, “confirme”, “ordonne” l’étude, c’est du contenu de la philosophie et non comme voudrait le faire croire les modernistes, sous Benoît XV, de proposer simplement la “méthode” de St Thomas.

C’est ici que se place toute la querelle des 24 thèses thomistes. Saint Pie X, devant les contestations qui s’élevaient entre “spécialistes” sur le contenu réel de la doctrine de St Thomas, demanda qu’on lui fit un catalogue des principales propositions du saint Docteur. Ainsi prirent naissance les 24 thèses. Le saint Pape les approuva le 27 Juillet 1914 comme contenant bien les principes et les thèses principales du Docteur Angélique. C’est donc bien des 24 thèses thomistes, par avance, dont St Pie X, confirmant la volonté de Léon XIII, exigeait l’étude dans Pascendi en 1907, et dont Pie XII dira ensuite dans Humani Generis « qu’il n’y a pas » à ce niveau « place pour la libre discussion » Qu’est-ce à dire ? Que l’Eglise par la voix des souverains pontifes successifs, Léon XIII, St Pie X et Pie XII demande que les fidèles se soumettent à cet enseignement. C’est dans cet esprit qu’il faut comprendre la proclamation sous Benoît XV du Canon 1366 § 2 codifiant l’obligation d’enseigner la philosophie de St Thomas, dont les 24 thèses sont le fidèle résumé. Etant donné qu’il s’agit de vérités de raison, il vaut mieux certes essayer de les comprendre. Toutefois les intelligences étant inégales, il va de soi que certains devront les admettre, faute d’en avoir pleinement saisi le sens. Mais il ne faut pas se sentir pour autant complexé. Qui d’entre vous qui me lisez est capable de me faire la théorie de la division par exemple ? Et pourtant tout le monde divise tous les jours et n’est pas traumatisé de ne pas en connaître la démonstration théorique.




Ruiner les fausses philosophies

Appuyé donc sur les 24 thèses, nous allons maintenant, pour ruiner les fondements de la libre pensée, nous attaquer à ces fausses philosophies qu’il importe de détruire en dressant en face de leur vacuité, la vérité toute entière. Certes, nous ne pouvons nous attaquer à toutes les erreurs et subtilités auxquelles ont donné lieu les divagations de l’esprit humain. Nous nous attaquerons seulement aux plus courantes, aux plus nocives, à celles qui sont le plus à la mode. Nous verrons successivement les scepticismes, les sensualismes et notamment le marxisme.

(A suivre)

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« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)


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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Ven 15 Avr - 9:22



1) Les Scepticismes

Au premier rang d’entre elles nous trouvons d’abord les scepticismes. Se basant sur des expériences que tout un chacun peut faire, ils jettent le discrédit sur l’objectivité de la connaissance sensible et s’en vont répétant qu’il n'y a pas de vérité et que rien n’est sûr. Ainsi autrefois, Protagoras, le prince des sophistes, partait du fait que le malade trouvait amer ce que le bien portant trouvait doux, et prétendait en conclure que telle cité pouvait rejeter comme immoral ce que légitimement un autre trouvait bon. De là le célèbre « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà » de Pascal.

Les sophistes modernes préfèrent fonder leurs raisonnements sur des expériences “scientifiques”, comme celle du bâton que l’on voit coudé, lorsqu’on le plonge dans l’eau. Mais si l’on conclut à l’illusion, c’est qu’on l’a vu au préalable droit dans l’air. Certes le bâton n'a pas cessé d’être droit pour avoir été plongé dans l’eau, mais ce que perçoit l’œil ce sont les rayons lumineux qui ont changé de direction à la sortie du liquide, phénomène parfaitement réel dont les physiciens tirent des lois et des formules.

Rien donc de plus conforme à la réalité que la vision de l’œil. Quant au malade atteint de crise de foie, il a simplement la langue chargée de particules bilieuses dont l’amertume fait obstacle à la perception du goût sucré. Là encore rien de plus conforme au réel.

D’autres sceptiques se fondent sur la divergence des opinions, s’appuyant sur des fables, en forme d’expérience, du genre de celle-ci :
On réunit des aveugles autour d’un éléphant ; l’un tâte l’oreille, l’autre le pied, un autre encore la trompe… Puis on leur demande qu’est-ce qu’un éléphant ? L’un dit cela ressemble à un plat, l’autre à un tronc d’arbre, le troisième à un tuyau… Et le sceptique de conclure : « Voyez, chacun a sa vérité, il n’y a pas d’absolu ! ».

En réalité le sophisme est évident ; chaque observateur ayant, en fait, examiné une partie différente de l’animal, n’a pas appréhendé la totalité. Chacun a raison, son observation est objectivement vraie. Mais l’expérimentateur les trompe en prétendant leur demander un diagnostic sur l’ensemble, qu’ils sont bien incapables de donner et pour cause. Nous devons donc conclure que la perception sensible est toujours la connaissance objective du réel.

Toutefois cette connaissance est également fonction du sujet dont l’acuité sensorielle peut évidemment donner une perception diminuée du réel, mais non lui en procurer une différente. Ainsi un myope verra moins nettement de loin, mais ne verra pas autre chose que celui qui a une bonne vue. Un daltonien ne distinguera pas le rouge du vert, mais ce n’est en réalité qu’une connaissance amoindrie du réel par rapport à un observateur normal. Foin donc des Protagoras et autre Pascal dont les raisonnements se voient ruinés, privés qu’ils sont de leur point de départ.

La connaissance sensible est objective ; c’est une connaissance du réel tributaire certes de l’acuité sensorielle de l’observateur. Mais dans la mesure où les sens nous transmettent une information, ils ne peuvent en aucun cas nous tromper.

(A suivre)

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Jean-Paul BONTEMPS
 
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« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)
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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Ven 15 Avr - 19:43



2) Les sensualismes

Le deuxième groupe de philosophies erronées comporte l’hédonisme, l’épicurisme, et les divers sensualismes du XVIIIe siècle, comme celui de Locke, Bayle, auxquels on doit ajouter le marxisme.

Ils ont en commun, soit en privilégiant le changement, soit en niant la correspondance des idées abstraites avec le réel, de borner la connaissance humaine à la connaissance sensible. En effet, ce qui caractérise avant tout la connaissance sensible, c’est d'être singulière. On voit un objet, à tel endroit ; on sent telle impression, à tel moment. De là par conséquent une impression continuelle de changement. Les marxistes, reprenant Héraclite, mettent l’accent sur le changement qu’ils tentent d’expliquer par une prétendue contradiction à l’essence même des choses. « Le bouton est réfuté par la fleur » dit Hegel, c’est-à-dire qu’il y aurait disparition totale du bouton et son remplacement par la fleur. L’antithèse qui affronte et détruit la thèse pour construire sur ses ruines la synthèse et ainsi de suite. Certains autres prétendent que lorsqu’on parle de table c’est une manière commode de rassembler des êtres qui se ressemblent, mais “table” ne correspondrait à rien de réel et seulement à un “nom”, d’où leur appellation de nominalistes. Ainsi, comme le prétend Bergson, l’idée ne serait-elle « qu’une image moyenne ».
Un exemple nous montrera l’ineptie de la position de Bergson : on appelle cendriers les petits bibelots où on secoue les cigarettes, ainsi que les tiroirs des chaudières. Or c’est parfaitement justifié car ce sont des réservoirs destinés à recevoir des cendres.
Quelle image moyenne peut les réunir ?
Aucune. Ce qui les relie est d’un autre ordre.
Ne serait-ce que le nom comme le prétendent les nominalistes ?
Reprenant un exemple connu, j’évoquerai cette nouvelle de Jacques Perret intitulée Le Machin. Entendez un étrange objet hérité par un concierge de la rue Mouffetard. Le “machin” passe de main en main. Les observations sensibles s’accumulent. Mais personne ne peut dire ce qu’il est. Preuve que la connaissance sensible ne suffit pas à épuiser la connaissance humaine. Enfin quelqu’un déclare : c’est un “vistamboire”. Mais personne ne sachant ce qu’est un “vistamboire”, nul n’est plus avancé. Preuve que le nom n’est pas davantage le terme de la connaissance. Il n’en est, en fait, que le signe et ainsi le “vistamboire” conservera son mystère faute de quelqu’un qui en ait l’intelligence.

En réalité, la connaissance chez l’homme n’est pas uniquement sensible, singulière et changeante, mais également générale et stable, non matérielle ou immatérielle, autrement dit intellectuelle, de intuslegere : lire à l’intérieur – ou abstraite, c’est-à-dire dégagée des conditions individuelles de temps et de lieu, liées aux quantités concrètes de chacun des corps en cause.

Ainsi, par exemple, le chimiste qui mélange quelques grammes de soude et d’acide chlorhydrique obtiendra une certaine quantité d’eau et de sel de cuisine. Mais il dira, faisant abstraction de toutes les circonstances singulières, que l’action de l’acide chlorhydrique sur la soude donne du sel et de l’eau : HCl + NaOH → NaCl + H2O.

Cette connaissance est générale et stable, c’est-à-dire toujours vraie, quels que soient le temps, le lieu et les quantités singulières des corps mis en présence.

C’est le premier degré d’abstraction, celui des sciences physiques. Mais prenons bien garde qu’il ne s’agit pas d’une connaissance exacte mais seulement approchée. En effet, les réactions chimiques sont réversibles ; il s’agit d’un équilibre dynamique. Au début, la moyenne des deux réactions va dans le sens de l’acide vers le sel, la quantité d’acide et de base étant plus élevée que celle de sel, mais la transformation inverse s’accroît avec la quantité de sel et d’eau. Ainsi on finit par obtenir un équilibre statique où il reste constamment un peu d’acide et de soude.

Et on ne peut jamais connaître précisément la réalité. Même si on introduit les mathématiques et la loi d’action de masse, on n’aura qu’une moyenne, et, compte tenu de la précision des mesures, un résultat approché, suffisant sans doute dans la pratique. Mais il n’est jamais possible d’atteindre une connaissance exacte. C’est si vrai que lorsqu’un physicien donne un tel résultat, il l’assortit toujours d’un calcul d’erreur donnant l’intervalle où se situe le chiffre exact inconnu. Or, lorsqu’on parle couramment de physique ou de chimie, on parle des “sciences exactes”. Il y a là un des préjugés les plus courants à notre époque, c’est un des éléments de cette idolâtrie du savoir humain qu’est le scientisme.

Quant au marxisme, nous avons vu qu’il était polarisé par le problème du changement, et prétendait non seulement tout réduire à cet aspect des choses, mais être le seul à en donner l’explication. C’est ainsi que Politzer, dans son cours à l’usage des cellules communistes, dit que les anciens grecs ne pouvant s’expliquer le changement, ont inventé des êtres stables qui se situent derrière le changement et que certains appellent Dieu. Ainsi, le chien nommé Médor, si on l’observe sur le plan chimiobiologique, est en perpétuelle évolution et on peut constater, grâce aux éléments marqués, un échange continuel avec le milieu ambiant. En outre, extérieurement, il change, grandit, grossit, vieillit… Et, pourtant, il a conscience de la durée de son moi, perdurée reconnue d’ailleurs socialement par des papiers officiels comme l’est le pedigree par exemple. Il y a donc changement d’apparence et durée de l’identité. Si la matière rend raison du changement de l’apparence, la permanence de l’identité relève d’un autre principe non matériel celui-là ; elle est due à la présence de “l’âme”, de animus qui anime, ou “forme” du corps. C’est ce principe immuable tant que Médor est en vie, cette âme individuelle, ou forme du corps, que Politzer ne voit pas, polarisé qu’il est par le renouvellement des cellules et les échanges avec le milieu, qui permettent le renouvellement de la chair et des os par apport d’atomes nouveaux, et par élimination des anciens.

En outre, le marxisme n’explique par réellement le changement, puisqu’il dit que c’est, par l’affrontement de l’antithèse à la thèse, l’aboutissement à la synthèse : autrement dit le changement est un changement. Belle explication en vérité ! !

Si nous reprenons l’exemple de Médor, par tout ce qu’il a déjà, par exemple à la naissance, il est, mais il n’est pas “adulte”. Ainsi y a-t-il bien dans le changement une contradiction, comme le souligne le marxisme ; mais cette contradiction n’est qu’apparente, puisque le principe de contradiction s’exprime ainsi : « Une chose ne peut pas : être et ne pas être, à la fois, et sous le même rapport ».

Mais si le chiot Médor existe, il est sous le rapport de l’existence. Durant son enfance, n’étant pas encore adulte, il « n’est pas » sous le rapport de la stature parfaite. Il le sera en revanche plus tard. Ainsi, pour expliquer le changement, faut-il à côté de l’être en acte, c’est-à-dire réalisé, distinguer, ainsi qu’Aristote l’a fait le premier, l’être en puissance, c’est-à-dire non encore réalisé : « Potentia et actus dividunt eum ». Cette puissance passera en acte, sous l’action d’une cause efficiente (**), ici interne, et inscrite dans le patrimoine génétique de Médor. Le changement est alors parfaitement expliqué : c’est le passage de la puissance à l’acte. Si Médor n’était pas né, il ne pourrait grandir. Le mouvement découle par conséquent de l’être.
(**) : C’est pourquoi l’élu d’un conclave qui n’a pas encore donné son acceptation (réelle et non feinte) à la désignation qu’ont fait les cardinaux de sa personne, est « en puissance » de devenir Pape, mais il ne l’est pas « en acte », car, tant qu’il n’aura pas donné une réelle acceptation (à remplir la charge de Souverain Pontife, et non à faire semblant de l’être pour mieux détruire, dans les faits, la Sainte Église) il ne recevra pas de Dieu (Cause efficiente) la forme du Pontificat suprême puisque, comme l’enseigne St Robert BELLARMIN (De Romano Pontifice, livre II, chapitre 30) « […] en créant le Pontife, les Cardinaux n’exercent pas leur autorité sur le Pontife, puisqu’il n'existe pas encore, mais sur la matière, c'est-à-dire, sur la personne qui est disposée par l'élection à recevoir de Dieu la forme du Pontificat. »
Nous reviendrons plus loin sur ces notions de matière et de forme très liées à celles de puissance et d’acte.
(Comme toutes celles avec renvoi par astérisques, cette note est de JP B.)


On doit également rattacher au marxisme l’évolutionnisme de Bergson. En effet, pour lui, « l’être est un instantané pris sur le mouvement ». Autrement dit Bergson inverse complètement le réel, faisant de l’être une conséquence du mouvement ; alors qu’au contraire, dans la réalité, ainsi que nous l’avons vu plus haut, le mouvement découle de l’être.

Toutes ces philosophies sont des matérialismes, c’est-à-dire qu’elles bornent l’homme à la connaissance sensible, ou plutôt attribuent la connaissance intellectuelle à la connaissance sensible. On les considère toutes deux comme ayant les mêmes caractéristiques : changeantes et singulières.

Mais la méconnaissance des idées stables et générales entraîne l’homme à se considérer comme un simple animal, à nier qu’il possède une âme immortelle. D’où les conséquences sur le plan moral : le sensualisme philosophique conduit évidemment à la morale de situation et borne la destinée de l’homme à la satisfaction des besoins de la partie animale de son individu. L’existence de l’âme spirituelle ne peut pas être prouvée. Le salut éternel ne peut même plus être envisagé.

(A suivre)

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Jean-Paul BONTEMPS
 
Pour la plus grande gloire de Dieu et l’honneur de Notre-Dame, par le triomphe de notre Mère la Sainte Église Catholique, Une et Apostolique, laquelle est traditionnelle (telle qu'avant le conciliabule vaticandeux) et non moderniste.
 
« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)


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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Ven 15 Avr - 23:09



Notez bien
 :
Les astérisques de renvois des notes de votre serviteur seront dorénavant remplacés par des lettres.
Aussi, le prochain renvoi de note de JP B, au lieu de comporter 3 astérisques, portera la lettre c.

Merci de votre compréhension !

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Jean-Paul BONTEMPS
 
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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Sam 16 Avr - 19:06



3) Descartes

Mais la plus dangereuse de toutes les philosophies erronées est certainement le cartésianisme. Descartes était ingénieur et n’avait pas une véritable formation philosophique. Il fut “illuminé” en Hollande, par l’intermédiaire d’un certain Isaac Beckman (c).
(c) : Ne cherchons pas plus loin pourquoi René DESCARTES a “dérapé” ! Isaac BEECKMAN en est un !… Et il leur fallait, à ces gens-là, détruire la civilisation catholique… (Note de JP B.)


Entrons dans le détail.

Au-dessus de la connaissance physique et approchée dont on a parlé tout à l’heure, ou premier degré d’abstraction, se placent les connaissances mathématiques ou du deuxième degré, et ensuite métaphysiques ou du troisième degré.

La connaissance mathématique est le résultat des études sur la quantité. La quantité est, ainsi que le démontre St Thomas, un accident ou une qualité réellement distincte de la matière. Dès qu’il y a matière, il y a quantité d’espace, de temps, de masse… Les mathématiques, elles, font abstraction de la masse; du temps… pour s’intéresser seulement à la nature de la quantité, discontinue en arithmétique, ou continue en algèbre. Elles étudient un espace fictif indéfini en géométrie. Contrairement aux sciences physiques, les mathématiques sont toujours exactes.

Au-dessus encore se situe la métaphysique où l’on étudie principalement l’être en tant qu’être, indépendamment de sa nature et de sa quantité. L’être se trouve au sommet de l’abstraction ; c'est une notion transcendantale, commune à tout l’univers créé et à son Créateur, mais analogique. La connaissance de l’être est exacte quoique confuse. Ceci est dû à la faiblesse de notre intelligence, éblouie par sa nature, un peu comme les oiseaux de nuit le sont par la lumière du jour. Dans le cas des sciences physiques, la connaissance est également confuse, mais cela est dû au fait qu’elles étudient des réalités proches de la matière, elle-même dépourvue de tout principe susceptible de compréhension puisqu’elle est puissance pure (d).
(d) : Comme nous le verrons plus loin. (Note de JP B.)



Si la connaissance de l’être est confuse, c’est certes à cause de la faiblesse de notre intelligence. Mais mieux vaut une moindre connaissance d’une réalité élevée, à cause de cette élévation même, qu’une connaissance plus vaste d’une réalité inférieure, car la première sera plus utile au salut éternel selon la sentence de Notre Seigneur : « Que sert à l’homme de gagner l’univers [et donc de connaître une foules de choses secondaires] s’il vient à perdre son âme [par ignorance de l’essentiel] ? ».

Mais revenons à Descartes.

Celui-ci, dans son système, conserve l’objectivité de la connaissance physique et mathématique, mais introduit le doute systématique au niveau de la connaissance métaphysique. En outre, les connaissances de cette nature qu’il ne peut mettre en doute — telle l’existence de Dieu — il les attribue à des idées innées, c’est-à-dire considérées comme apportées par l’homme en naissant, thème repris de Platon. Mais, dès lors, il devient inutile de les démontrer pour les apprendre, ce qui les voue à l’oubli des générations suivantes, à qui on ne les aura pas enseignées.

Ainsi la vie naturelle et matérielle, basée sur la physique et les mathématiques, reste-t-elle possible, tandis qu’elle est bien difficile à un sensualiste, pour qui tout est mouvant (nous en avons un exemple célèbre avec les systèmes marxistes léninistes dont l’échec économique est patent). Mais une coupure s’établit entre les connaissances naturelles et la théologie qui, privée des bases rationnelles de la métaphysique, devient complètement étrangère à l’homme. C’est la base de l’agnosticisme moderne.

Ainsi, l’homme moderne va-t-il être enfermé dans la vie naturelle où des connaissances objectives lui sont concédées, mais coupé des connaissances rationnelles sur Dieu dont l’existence est considérée comme appréhendée seulement par la foi. Or la nature a horreur du vide ; privé de connaissance objective au 3ème degré d’abstraction, l’homme moderne va imaginer des systèmes philosophiques construits plus ou moins à partir des sciences physiques et mathématiques. C’est le scientisme qui prétend tout expliquer “rationnellement”, c’est-à-dire par la physique et les mathématiques. Les conclusions de ces systèmes faux vont se trouver en contradiction avec les données révélées. Nous avons là la racine de la prétendue opposition de la “science” et de la foi, dont le modernisme prendra prétexte pour réformer la foi, afin de l’aligner sur “la science” qui n’est, en réalité qu’une fausse philosophie tirée de la science.

Un exemple illustrera ce processus. Les sciences naturelles constatent la présence dans les couches géologiques successives de fossiles d’ammonites — mollusques marins à coquille striée — qui présentent une variation dans l’aspect extérieur de la coquille. Voilà le fait. Le philosophe pseudo scientifique imagine que l’ammonite qui se trouve dans la couche la plus récente descend de celle qui appartient à la couche antérieure et ainsi de suite. Il s’agit là d’une hypothèse car le fait constaté s’explique tout autrement (e).
(e) : A l’origine, dans les années 1970, quand il a rédigé cet opuscule paru en 1984, l’auteur, Éric TAILHADES, avait écrit : « vraisemblablement autrement ». Des travaux scientifiques plus récents nous conduisent aujourd’hui à écrire : « tout autrement ». Les résultats de ces travaux sont exposés dans cette vidéo, que nous appellerons ici « Formation géologique » (vidéo N° 4 – on peut regarder les suivantes, voire les précédentes) ; puis celle-ci, plus “pointue”, que nous appellerons « Explications scientifiques ».
On y voit combien, quand on admet l’événement historique du déluge (qui est de Foi divine puisque révélé dans la Bible) il est faux de croire que les couches géologiques supérieures sont plus récentes que celles qui se trouvent en dessous.
(Note de JP B.)


Il généralise ensuite et décrète que les mammifères descendent des tétrapodes, qui viennent des batraciens, qui procèdent des poissons, etc. … On en conclut que tout découle de la “matière”, c’est-à-dire de l’eau et de la terre, par “évolution (f). C’est le transformisme, et on se heurte au donné révélé : Dieu créa les êtres « selon leur espèce ».
(f) : Voir, à ce propos, les autres vidéos qui sont proposées comme résultats de recherche en tapant : « Evolution : Science ou Croyance ? ».
On comprend alors combien, la théorie évolutionniste, non seulement s’oppose à la Foi, mais, de plus, va complètement à l’encontre de la véritable science objective basée sur l’observation honnête de la nature et des lois qui la régissent.
(Note de JP B.)


Alors le « théologien moderniste » vient et rejette la Genèse comme étant une fable, qui doit être interprétée. Elle n’a pas été écrite dans un langage scientifique mais dans celui imagé des « crétins congénitaux de ces temps reculés ». On oublie de préciser que son auteur, Moïse, est l’un des plus grands génies de l’humanité, le législateur des Hébreux, entre autre inventeur de l’écriture alphabétique.

Or une connaissance moyenne en métaphysique permet de montrer que le transformisme est absurde, car le moins parfait ne peut engendrer le plus parfait et d’ailleurs les généticiens le prouvent. Un organisme, un maïs par exemple, est bâti sur un plan dont le biologiste arrive maintenant à percer les secrets par les cartes chromosomiques. Mais ce maïs se reproduit identiquement à lui-même, il ne peut donner un végétal d’une autre espèce parce qu’il ne possède pas dans son patrimoine génétique le “plan” capable de produire un blé par exemple. C’est ce que le philosophe explique en disant que la nature ou essence se transmet d’un individu à l’autre dans la même espèce.

Quant aux ammonites, on sait que des variétés différentes vivent de préférence à chaque profondeur à cause des variations de température et de salinité corrélatives à la distance qui les sépare de la surface. Mais les mers se comblant petit à petit, les variétés de profondeur disparaissent les premières, et ainsi de suite. Rien ne prouve donc que les différentes ammonites descendent les unes des autres, bien que retrouvées dans des couches successives.

(A suivre)

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Jean-Paul BONTEMPS
 
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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Dim 17 Avr - 12:39



4) Les néo-thomistes

On comprend, dès lors, le souci de certains religieux modernes disciples de Maritain, comme Manteau Bonamy et Grenet par exemple, de réinterpréter St Thomas à la lumière des découvertes scientifiques modernes. Cette tendance est identique dans le fond à celle des théologiens modernistes à l’égard de la Bible.

Un exemple en fera comprendre l’absurdité. Du temps de Pythagore, on croyait la terre plate. Est-ce que la découverte de sa rotondité doit conduire à réinterpréter le fameux théorème relatif à l’égalité du carré de l’hypoténuse et de la somme des carrés des autres côtés dans un triangle rectangle ? Bien évidemment non. Car, les connaissances du 2ème degré d’abstraction mathématiques ne sont pas conditionnées par celles du 1er degré ou physiques. De même les découvertes scientifiques récentes, comme la relativité, n’ont aucune influence sur les vérités ontologiques, démontrées une fois pour toute par Aristote.

Mais, le plus grave dans l’école néo-thomiste, est le principe qu’ils posent de la méconnaissance de l’individu par l'intelligence. Ils prétendent — tout particulièrement Daujat — que l’intelligence est bornée à la connaissance des quiddités ou essences, et que les individus sont seulement connus par les sens. A priori inexact, puisque la XXème thèse thomiste dit : « L’intelligence atteint directement les quiddités et la forme individuelle par retour sur l’image ». (Per has species directe universalia cognoscimus: singularia sensu attingimus, tum etiam intellectu per conversionem ad phantasmata ad cognitionem vero spiritualium per analogiam ascendimus (g). C’est-à-dire : « Par ces espèces intelligibles [dont il est question à la XIXème thèse (h), c’est-à-dire par l’intelligence] nous connaissons directement les objets universels [ou “quiddités”] ; nous atteignons les singuliers par les sens, et aussi par l’intelligence en vertu d’un retour sur les images ; quant à la connaissance des choses spirituelles, nous nous y élevons par l’analogie.  » — Précisions, entre parenthèses et crochets, de JP B qui souligne, dans tout ce paragraphe, d’un trait ou/et en gras.)
(g) : Saint Thomas expose longuement ces doctrines dans la I.P., q. LXXXV, LXXXVI, LXXXVII, LXXXVIII. (R.P. Edouard HUGON, O.P., PRINCIPES DE PHILOSOPHIE – LES VINGT-QUATRE THESES THOMISTES, en note 199. – Note de JP B.)

(h) : Déjà, la 19ème thèse thomiste enseignait « […] cum autem sensibile non sit intelligibile in actu, praeter intellectum formaliter intelligentem, admittenda est in anima virtus activa quae species intelligibiles a phantasmatibus habstraat ». C’est-à-dire « […] Comme le sensible n'est pas intelligible en acte, il faut admettre dans l'âme, outre l'intellect formellement intelligent [connaissant], une vertu [une force] active pour abstraire [extraire] les espèces intelligibles à partir des images. »
(Saint Thomas revient fréquemment sur cette doctrine, qui est fondamentale dans la psychologie scolastique : Somme Théologique, I.P., q. LXXIX, aa. 3 et 4, q. LXXXV, aa. 6 et 7 ; II Cont. Gent., c. 76 et ss. ; De spiritualibus creaturis, a. 10. Cf. Notre Curs. Philos. Thomist. t. I, IV. P. I. [R.P. Edouard H
UGON, O.P., opus cit., note 189.])
(Note de JP B qui précise entre crochets, et souligne.)


Et cette erreur en engendre une autre, c’est l’attribution des différences individuelles à la matière, et chez l’homme au corps, d’où la confusion de l’âme humaine personnelle, avec la notion de nature humaine. De là l’affirmation de Daujat selon laquelle « les hommes naissent avec des âmes égales », écho philosophique « des immortels principes de 89 : les hommes naissent libres et égaux en droits ». Car, si les âmes sont égales, il faut les traiter également.

Cependant, St Thomas démontre que les corps ayant le toucher le plus fin sont réservés aux âmes les plus nobles. Les différences corporelles ne sont que les signes des différences de l’esprit. De là cette mystérieuse correspondance parfois de la valeur intellectuelle ou de certains dons avec l’hérédité. Les hommes naissent par conséquent avec des âmes inégales. Comme l’intelligence et la volonté sont les deux puissances de l’âme, ce par quoi les hommes diffèrent le plus, c’est l’intelligence et la volonté. Les hommes naissent inégaux : telle est la volonté de Dieu. Et d’ailleurs la société n’aurait pas de raison d’être sans cela puisque l’échange n’est fructueux qu’entre l’un qui a et donne et l’autre qui ne possède pas et reçoit. Telle est du reste aussi la loi du Ciel, où les anges des chœurs inférieurs sont éclairés, instruits par ceux des chœurs supérieurs. « La Création est hiérarchie ».

Et donc si les hommes sont inégaux naturellement, ils le sont forcément en droits puisque la justice est de donner à chacun selon sa capacité. Donner à chacun la même instruction, par exemple, est absurde et inique. Ainsi donc l’égalité c'est l’injustice.



Concluons donc que l’ignorance des grandes découvertes de la métaphysique aristotélicienne complétée par celles de St Thomas favorise la révolte contre la Foi et conduit à admettre la cause formelle de la révolution : « Les hommes naissent libres et égaux en droits ». Par ailleurs, la liberté est liée à la possibilité de faire [d’agir (i)] ; de quelle liberté dispose donc un bébé au maillot qui ne peut ni manger, ni boire seul et qui, sans les soins de sa mère, mourrait rapidement.
(i) : Précision de JP B.


Par conséquent, il faut affirmer hautement, au contraire des immortels principes, que « les hommes naissent impuissants et inégaux en droits ». Vérité connexe des vérités révélées, car, si les hommes naissent « libres et égaux en droits », sur quoi fonder par exemple la vocation sacerdotale ? Cette vocation repose en effet sur un appel de Dieu, qui confère à celui qui en est l’objet un devoir de réponse et un droit à l’ordination qui, une fois conférée, lui ouvre le droit de consacrer le pain et le vin en Corps et Sang de Notre-Seigneur. Si les hommes sont égaux en droits, ils sont tous prêtres ou aucun ; c’est ce que prétendent du reste les modernistes.

C’est pourquoi nous sollicitons de notre Sainte Mère l’Église la déclaration suivante :
« Si quelqu’un dit que les droits de l’homme comportent qu’ils naissent libres et égaux, qu’il soit anathème.  »

(A suivre)

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« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)


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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Dim 17 Avr - 15:20




CHAPITRE II


LA CONNAISSANCE SENSIBLE


Sur cette question de la connaissance sensible, nous aborderons deux points :

A. la connaissance sensible est-elle objective ?

B. la connaissance humaine se borne-t-elle à la connaissance sensible ?


A. La connaissance sensible est-elle objective ?

1) La réalité est une illusion, nous disent les sceptiques.

A l’appui de leur thèse, ils citent des expériences accessibles à tout observateur. C’est ainsi que si l’on plonge un bâton dans l'eau, il apparaît coudé à l’endroit où il pénètre dans le liquide. De même lorsqu’on roule une bille de terre, par exemple, entre deux doigts croisés, on perçoit deux boules au lieu d’une. Si par une journée d’été on se déplace sur une route surchauffée, elle apparaît couverte d’eau.

Ce sont là des illusions, qui, disent ces philosophes, doivent logiquement nous faire douter de nos perceptions sensibles, puisque ce que nous sentons diffère de la réalité ; car le bâton n’est pas véritablement coudé ; il n’y a en fait qu’une seule bille ; quant à la route, elle est parfaitement sèche.


2) La connaissance sensible est exclusivement subjective, disent les sophistes

Protagoras, cité par Platon (Théetéte 165e) énonce : « Rappelle-toi que les aliments paraissent et sont amers au malade, et qu’ils sont et paraissent le contraire à l’homme bien portant. Ni l’un ni l’autre ne doit être représenté comme plus sage. Ce n’est même pas possible, et il ne faut pas non plus soutenir que le malade est ignorant… A la vérité, ce qui paraît juste et honnête à chaque cité est tel pour elle, tant qu’elle en juge ainsi… sans que personne n’ait d’opinion fausse, et toi il faut te résigner à être à la mesure des choses. »


[Toutefois] La connaissance sensible est objective

Mais là contre, la XIXème thèse thomiste énonce « Cognitionem ergo accipimus a rebus sensibilibus […] », « nous recevons donc la connaissance à partir des choses sensibles […] » ; et la XXème « […] Singularia sensu attingimus […] », « […] nous atteignons les êtres singuliers par les sens […] ».

Il faut donc affirmer que la connaissance sensible est objective.

En effet, toute science expérimentale est basée sur des observations, par conséquent sur la connaissance sensible ; et personne ne met en doute les résultats des sciences expérimentales.

On devrait, si on suivait les philosophes sceptiques ou sophistes, soit mettre en doute toutes les sciences expérimentales, soit les considérer comme de simples opinions purement subjectives et liées à chaque observateur. Or, la réussite des techniques issues des sciences expérimentales prouve qu’elles atteignent bien le déroulement des phénomènes. On ne peut donc douter de notre connaissance sensible, ni la considérer comme exclusivement subjective, du fait qu’elle est à la base de toutes les sciences.


Réponses aux objections

1) A la première objection qui assure que nos sens nous font prendre une illusion pour la réalité, on peut répondre que pour savoir qu’il y a illusion, il faut non seulement connaître l’apparence, mais également la réalité. En effet, si je parle d’illusion dans le cas du bâton coudé, c’est parce que je sais qu’en réalité il est droit. Mais est-ce vraiment nos yeux qui nous trompent ? Sûrement pas, puisque de cette observation est issue toute une partie de l’optique, traitant du passage d’un rayon lumineux d’un milieu à un autre de réfringence différente. Phénomène qui obéit à la fameuse loi de la réfraction :
Sin i = n Sin r
Notre œil nous a donc fidèlement transmis la réalité.


En ce qui concerne la perception sensorielle de deux boules, là où il n’y en a qu’une, on peut faire la même remarque que ci-dessus à propos de l’apparence et de la réalité. En outre, il y a lieu de se souvenir que l’on avait croisé les doigts ; ce sont donc les deux faces externes des doigts qui nous transmettent la perception, ce qui ne peut se produire lorsque les doigts sont en position normale, que s’il y a deux objets. Ce que nous sentons ce sont des perceptions sur les faces externes des doigts et non deux boules ; et c’est par habitude d’associer de telles sensations à la présence de deux objets que nous concluons à l’existence de deux billes. Les yeux sont là pour rectifier cette erreur de conclusion qui n’est pas une erreur de perception.


Enfin, pour ce qui est de la route qui paraît couverte d’eau par forte chaleur, il faut approfondir un peu la question pour comprendre le phénomène : l’opacité d’un milieu à la pénétration de la lumière est mesurée par un coefficient dit de réfringence — le petit n évoqué plus haut —. Or, l’opacité de l’eau est normalement supérieure à celle de l’air ; le coefficient de réfringence des liquides dépassant celui des gaz. Mais la chaleur intense qui règne à la surface de la route augmente l’opacité de l’air voisin, dont on trouve que le coefficient atteint, dans ces conditions, celui de l’eau.

Ainsi, l’œil nous a bien transmis la réalité : la réfringence du milieu au contact avec l’asphalte surchauffée est égale à celle de l’eau. C’est notre esprit qui par habitude d’attribuer cette opacité à l’eau conclut trop hâtivement à la présence de liquide.


2) Dire que l’observation ne dépend que de l’observateur est incohérent. Car il y a forcément un objet observé, s’il y a observation. Ce qui prouve assez bien qu’elle est également liée à l’objet.

Il n’est, en effet pas question de nier que l’observation dépende de l’observateur, mais il faut affirmer qu’elle dépend d’abord de l’objet observé, et ensuite seulement du sujet observant. Car l’observation est toujours l’observation de quelque chose. Ce quelque chose sera plus ou moins bien observé selon l’acuité sensorielle plus ou moins grande de l’observateur. Celui qui a une crise de foie a un goût déficient, de même qu’un daltonien a une vue imparfaite. Ainsi l’objection des sophistes est-elle ambiguë, car ils disent de la connaissance qu’elle est subjective et tout le monde comprend qu’elle est uniquement subjective, alors qu’elle est objective et subjective.

(A suivre)

_________________

Jean-Paul BONTEMPS
 
Pour la plus grande gloire de Dieu et l’honneur de Notre-Dame, par le triomphe de notre Mère la Sainte Église Catholique, Une et Apostolique, laquelle est traditionnelle (telle qu'avant le conciliabule vaticandeux) et non moderniste.
 
« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)
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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Mar 19 Avr - 13:18


B. La connaissance humaine se borne-t-elle à la connaissance sensible ?

1°) Celui qui n’a pas vécu une situation ne peut porter de jugement sur elle. Ainsi, celui qui a fait vœu de chasteté ne pourrait parler du mariage, ni le prolétaire du droit de propriété.

2°) Mao Tsé Tung écrit « l’accent est mis sur le fait que la théorie dépend de la pratique et que la théorie à son tour c’est la pratique. Le critère de la vérité ne peut être que la pratique sociale ».

3°) Seules les méthodes actives qui font intervenir la participation de chacun apporteraient une connaissance vraie, à l’exclusion des cours magistraux considérés comme dépassés.


[Pourtant] La connaissance sensible est objective

Mais [là contre (ces erreurs)] la XXème thèse thomiste énonce : « Per has species directe universalia cognoscimus » ; « par ces espèces intellectuelles nous connaissons directement les objets universels ».

Il faut donc affirmer que la connaissance humaine ne se borne pas à la connaissance sensible. A côté de celle-ci, qui n’atteint que les singuliers, nous possédons une connaissance intellectuelle des objets universels. En effet, depuis des millénaires la connaissance se transmet de personne à personne et de génération en génération sans que pour cela chacun de ceux à qui elle est transmise, refasse toujours l’expérience. Ainsi en est-il pour le théorème de Pythagore ou la loi d'Archimède ; et de même pour l’ensemble des sciences. L’expérience sensible n’est donc pas absolument indispensable à la connaissance.

Dire que l’expérience personnelle est indispensable revient à considérer en fait, que l’homme ne possède que la connaissance sensible. Or la connaissance sensible, comme son nom l’indique, nous parvient par les sens : la vue, l’ouïe, le goût, le toucher et l’odorat, qui ne peuvent être en contact qu’avec une seule situation à la fois. On dit pour cela qu’ils nous donnent une connaissance singulière et matérielle ; car c’est la matérialité de l’image qui empêche le sens d’être occupé par une autre en même temps. On appelle image, non seulement ce qui s’imprime sur notre rétine, mais aussi tous les renseignements sensibles : son, goût, etc.… En outre, les situations matérielles évoluent, car tout ce qui est matériel prend naissance, croît, décroît et disparaît. Ainsi la connaissance sensible, qui nous est d’ailleurs commune avec les animaux, est-elle singulière et changeante.

La connaissance scientifique et intellectuelle, bien que basée sur l’observation, s’en distingue en ce qu’elle est générale et stable. La loi d’Archimède et le théorème de Pythagore, par exemple, restent identiquement vrais et partout applicables depuis qu’ils ont été démontrés. Il en est de même pour tous les résultats des sciences que l’on peut de ce fait enseigner “ex-cathedra”.


Réponses aux objections

1°) Dire qu’on ne peut juger d’une situation sans l’avoir vécue, ne vaut que pour la connaissance sensible et non pour la connaissance scientifique ou intellectuelle. C’est pourquoi ce qui relève dans le mariage ou la propriété de la connaissance intellectuelle, notamment des sciences morales, peut être connu et enseigné par une personne non mariée ou non propriétaire. Celle-ci peut être même bien davantage compétente en la matière, de par ses études, qu’un père de famille ou un riche propriétaire.
A condition, toutefois, que la connaissance soit vraiment intellectuelle et non seulement livresque ; c’est-à-dire que le sujet connaissant ait bien compris et ne se soit pas contenté d’apprendre par cœur.

2°) Lorsque Mao dit que « la théorie à son tour c’est la pratique », il manifeste sa fidélité à l’esprit marxiste qui est matérialiste ou sensualiste, c’est-à-dire qu’il dénie à l’homme toute connaissance intellectuelle.
Les prétentions “scientifiques” du marxisme sont d’autant plus risibles. C’est ainsi que certains généticiens soviétiques ont retrouvé la fixité des espèces dans un certain intervalle de variation propre à chacune. Les chats, par exemple, restent des chats, même s’il y a des blancs, des noirs… et ne deviennent pas des lynx ou des tigres. Or, cette réalité est contraire au “dogme” de l’évolution permanente posé par Mitchourine et Lyssenko à la base de la génétique prolétaire, conformément aux principes marxistes. Ces généticiens sont considérés comme fous et à l’heure actuelle en hôpitaux psychiatriques, parce qu’ils s’opposent, preuves en main, aux théories erronées de leurs “maîtres à penser”. Les marxistes réduisent l’homme à un simple animal et assimilent tous ses choix à des réflexes conditionnés (voir à ce sujet les théories de Pavlov), d’où l’illusion d’une possibilité de “rééducation” politique et religieuse par des traitements psychiatriques.

3°) Ne retenir que les méthodes actives, au détriment de tout enseignement, traduit également un matérialisme ou sensualisme qui borne la connaissance humaine à la connaissance sensible ou matérielle.
Toutefois l’apprentissage d’un métier faisant appel à des connaissances singulières sensibles et intellectuelles demande la pratique par l’imitation du maître et ne se suffit pas d’un simple enseignement “ex-cathedra”.

Cette question mériterait des développements complémentaires dans lesquels il faudrait tirer les conséquences des distinctions entre intellect pratique et intellect spéculatif, et entre intelligence pratique et cogitative, cette dernière puissance étant l’analogue chez l’homme de l’associative animale. Nous y reviendrons si nous traitons un jour de la psychologie humaine. Il y aurait lieu également de rapprocher cette question de la « doctrine imaginée » issue de la dynamique de groupe. Voir à ce sujet notre ouvrage Groupes réducteurs et noyaux dirigeants [en vente aux Éditions Sainte-Jeanne-d’Arc ; “Les Guillots” ; 18 260 VILLEGENON – Précision de JP B.].

(A suivre)

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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Jeu 21 Avr - 0:43




CHAPITRE III


LA CONNAISSANCE INTELLECTUELLE


Sur cette question de la connaissance intellectuelle, nous aborderons deux points :
  • La connaissance intellectuelle est-elle bornée à l’étude des phénomènes ?

  • La connaissance intellectuelle est-elle bornée à la connaissance scientifique, c’est-à-dire générale ?


A) La connaissance intellectuelle se borne-t-elle à l’étude des phénomènes ?

I. — Pour Descartes et les modernes, la connaissance intellectuelle se limite aux phénomènes.
  1. Les sciences expérimentales sont celles qui étudient les phénomènes (de phaïnomenon : en grec, ce qui apparaît) physiques, chimiques, biologiques…
    Les « scientifiques modernes » considèrent qu’il n’est pas possible de concevoir de science en dehors des sciences expérimentales ou pour le moins que celles-ci sont les seules exactes puisqu’elles peuvent s’exprimer en langage mathématique.

  2. Descartes écrit dans le Discours de la Méthode « Au lieu de cette philosophie spéculative qu’on enseigne dans les écoles, on peut en trouver une pratique par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres, des cieux… nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de l’Univers. Quant à cette philosophie “spéculative” des écoles, elle doit être soumise “au doute systématique” parce que sur ces sujets tout le monde n’est pas d’accord. » (j)
    (j) : On reconnaît bien là la doctrine et les principes mis en œuvre par les adorateurs du veau d’or tel cet Isaac BEECKMAN qui inspira, par l’initiation (l’illumination) le destructeur de la philosophie scolastique que fut René DESCARTES lors de son séjour aux Pays-Bas, adorateurs du veau d’or qui sont devenus, grâce à cette doctrine matérialiste pragmatique énoncée sans aucune considération morale par René DESCARTES, les maîtres du monde moderne apostat !… (Note de JP B.)

  3. Les sciences humaines, et notamment la morale, c’est-à-dire la connaissance de la hiérarchie des valeurs d’où découle l’art de choisir les supérieures, au détriment, s’il le faut des inférieures, et qui permet à l’homme de se conduire raisonnablement, relèvent de l’opinion, laissée au libre choix de chacun. En la matière, toutes les opinions sont également respectables, car elles se valent dès lors qu’elles sont sincères.


II. — En fait, la connaissance intellectuelle n’est pas bornée à l’étude des phénomènes.

Il faut affirmer que la connaissance intellectuelle ne se borne pas à l’étude des phénomènes, car elle atteint plusieurs degrés d’abstraction et que l’étude de ce qui est intelligible dans les phénomènes n’en constitue que le premier.

En effet, la XVIIIe thèse thomiste énonce : « L’immatérialité entraîne nécessairement l’intellectualité, à ce point qu’aux degrés d’éloignement de la matière répondent autant de degrés d’intellectualité. L’objet adéquat de l’intelligence est d’une façon générale l’être lui-même ; mais l’objet propre de l’intellect humain, dans son état actuel d’union avec le corps, est fait de quiddités abstraites de leurs conditions matérielles. » (k)
(k) : « Immaterialitatem  necessario  sequitur intellectualitas et ita quidem ut secundum gradus elongationnis a materia, sint quoque gradus intellectualitatis. Facultas intellectualis objectum est communiter ipsum ens; proprium vero intellectus humani in praesenti statu unionis quidditatibus abstractis a conditionibus materialibus continetur. » (Note de JP B.)

« L’objet propre de l’intelligence humaine », affirme la XVIIIe thèse, reprenant l’enseignement de St Thomas, « est fait de quiddités abstraites ». La “quiddité”, mot formé à partir du latin “quid”, en français “quoi”, correspond à la réponse à la question « quid est? » : « qu’est-ce que c’est ? : “un chat”, “une salade”… »

Chat”, “salade” sont des quiddités, “abstraites” dit la XVIIIe thèse : “chat” s’applique aussi bien au gros matou de la concierge qu’au 1er prix du concours général de la Porte de Versailles. “Chat” ne tient pas compte, fait abstraction des particularités de l’individu, pour ne retenir que les caractéristiques générales de l’espèce.

Toute connaissance transite par les sens, qui sont les portes de l’âme. Les perceptions visuelles, auditives… relatives à un même objet sont reconstituées, par un sens intérieur (l), pour former le “phantasme(m) correspondant à la connaissance sensible.

(l) : Appelé par les scolastiques (dont St Thomas) : « le sens commun ». (Note de JP B.)

(m) : L’image.
Ne pas confondre avec “fantasme” qui a cependant la même origine : “fantasme” – image illusoire (qui n’a rien à voir avec le « sens commun » réaliste) ; « hallucination ; chimère qu’on se forme dans l’esprit ». (Larousse.)
(Note de JP B.)



LA CONNAISSANCE SENSIBLE EST CHANGEANTE ET SINGULIERE

L’appréhension de la quiddité se fait par une sorte de « lecture à l’intérieur » du phantasme(m), d’où le nom d’abstraction que l’on donne à la connaissance intellectuelle.

L’intelligence, dont le nom vient de « intus legere » : « lire à l’intérieur », opère en effet une sorte “d’extraction” de l’intelligible à partir du sensible ; c'est pourquoi :

LA CONNAISSANCE INTELLECTUELLE EST STABLE ET GENERALE

La XVIIIe thèse thomiste ajoute qu’il y a « autant de degrés d’intellectualité » que de « degrés d’éloignement de la matière ». Qu’est-ce à dire ?

La connaissance intellectuelle ou scientifique se caractérise par l’abstraction.

Lorsqu'on étudie l'acide chlorhydrique, par exemple, on part de telle quantité singulière qu’on mélange à telle quantité de soude et on constate que la réaction qui se produit donne telle quantité de sel et telle quantité d’eau. On fait ensuite abstraction qu’il s'agit de ces molécules-là, de ces quantités-là et on généralise en disant :
L’ACIDE CHLORHYDRIQUE et la SOUDE donnent du CHLORURE DE SODIUM et de l’EAU. ce qu’on appelle le PREMIER DEGRÉ D’ABSTRACTION réside dans la connaissance des lois des phénomènes physiques, chimiques…

L’unité de longueur, le mètre par exemple, et l’unité de monnaie, le franc, étant définis, un commerçant peut calculer le prix d’achat d’un rouleau d’étoffe, son bénéfice, le prix de vente…
Il réalise pour cela des opérations mathématiques en faisant totalement abstraction du fait qu’il s’agit de mètres, de francs... Il ne prend en considération que les quantités.

Les Mathématiques sont l'ensemble des OPÉRATIONS FAITES SUR LA QUANTITÉ. On a là le DEUXIÈME DEGRÉ D'ABSTRACTION.


Lorsque nous considérons l’univers et tout ce qu’il renferme, nous constatons que ces réalités possèdent toutes un caractère commun qui est celui d’exister. Certes elles existent de manières bien différentes quant aux perfections de chacune. Plus parfaits les végétaux qui ont déjà la vie que les minéraux inertes ; plus parfaits que les végétaux, les animaux qui possèdent la sensibilité ; plus parfaits que les animaux les hommes dotés de raison ; plus parfaits encore les anges, purs esprits. Cependant, lorsqu’on fait abstraction de ces différences, on peut affirmer qu’ils possèdent tous l’existence. On dit qu’ils sont ou qu’ils ont en commun l’être. Mais cette notion d’être est analogique puisqu’elle ne s’applique pas identiquement à chacun.
Insistons un peu sur ce point. Une expression est dite équivoque lorsqu’elle s’applique à deux choses totalement différentes. Ainsi l’égalité qui exprime l’équivalence entre deux quantités et se confond avec la justice pour les démocrates. Une expression est dite univoque, lorsqu’elle s’applique de la même façon à plusieurs êtres, ainsi la notion d’homme à Pierre, Paul, Jacques… Une expression est dite analogue lorsqu’elle signifie plusieurs choses, en partie de la même manière, en partie différemment.
Ainsi “sain” peut être dit au sens propre d’un corps humain et par analogie d’un aliment qui procure la santé. Il en est de même de la notion d’être. Possédant tous l’existence : minéraux, végétaux, animaux… possèdent l’existence différemment ; aussi la notion d’être s’applique-t-elle à eux de manière analogique.

L’étude de l’être en tant qu’être, qui se nomme métaphysique, est l’étude des propriétés communes à toutes les créatures qui existent, en faisant abstraction de leur nature.

On atteint là le troisième degré d’abstraction.


Descartes et les modernes font erreur

  1. Les sciences expérimentales ne sont pas les seules sciences

    En effet, dire que les sciences expérimentales sont les seules sciences revient à dénier à l’homme les connaissances qui sont de l’ordre du second et du troisième degré d’abstraction. L’argument des scientifiques modernes repose sur le succès de la physique mathématique. Or nous avons vu que les mathématiques sont les connaissances relatives au deuxième degré d’abstraction. Il y a donc semble-t-il une contradiction entre ce refus d’admettre les connaissances d’un ordre supérieur au premier degré d’abstraction et cet engouement pour la physique mathématique. Mais cela s’explique dès lors qu’on se souvient de la conception que la plupart des modernes se font des mathématiques. Celles-ci ne seraient qu’un outil, inventé par l’homme, un langage et non la connaissance d’une partie de l’univers créé. En effet, un postulat étant posé, le discours mathématique se développe d’une manière si autonome que l’on a facilement tendance à le prendre pour une création de l’esprit humain, dont le critère de vérité serait « non l’adéquation de la pensée avec le réel, mais la cohérence de celui qui pense avec lui-même ».

    En réalité, nous avons vu que les mathématiques étaient l’ensemble des connaissances relatives à la quantité ; ce n’est donc pas un outil inventé par l’homme, mais une connaissance acquise dans un certain domaine (2ème degré d’abstraction) et qu’on utilise dans un autre domaine (le 1er degré). C’est donc une grave illusion que de croire les mathématiques une création de l’esprit humain.
    Les mathématiques modernes sont ici plus que toutes les autres susceptibles d’engendrer cette illusion. Lorsqu’on étudie, par exemple, les généralisations à n dimensions des propriétés établies pour des espaces à trois dimensions, on parle encore d’espaces et de dimensions. Et pourtant cela n’a plus rien à voir avec l’espace des physiciens ou espace à trois dimensions qui n’est déjà pas l’espace réel, mais une abstraction. On oublie seulement de dire que déjà, au niveau de l’espace à trois dimensions, le professeur faisait appel, pour soutenir l’imagination de l’élève, à l’espace réel, de même que l’on trace un rond sur une feuille de papier pour étudier les propriétés du cercle. En réalité, que l’on ait 2, 3 ou n “dimensions”, il ne s’agit jamais que d’équations et rien de plus. Le mathématicien n’a pas créé une 4ème dimension, même si la science-fiction s’en empare pour écrire des romans.

    Par ailleurs, les sciences physiques ne peuvent être considérées comme des sciences exactes. En effet, les mesures sont prises par approximation, si bien que pour arriver au résultat, on fait un calcul d’erreur et l’on a toujours le chiffre à + ou – Є près. A leurs élèves, pour qu’ils ne poussent pas les calculs au-delà du chiffre correspondant à la certitude du calcul d’erreur, les bons professeurs de physique font une guerre acharnée.

    Mais en outre, les connaissances de physique mathématique ne sont que très loin des réalités étudiées. Ainsi la pression est le résultat statistique du choc des molécules sur les parois du récipient contenant le fluide. Aussi, à l’instant T, à l’endroit X, il peut y avoir une pression nulle parce qu’aucun choc ne se produit. La physique mathématique l’ignorera et ne tiendra compte que de la moyenne des forces exercées par les chocs, sur une superficie définie, pendant un temps donné. Elle se moque donc de la réalité du phénomène et se borne à en mesurer quelque chose qui est utile à l’homme pour « devenir comme maître et possesseur de l’univers », mais n’est qu'une connaissance “approchée”. (n)

    (n) : De même, on considère mathématiquement, et on a raison, qu’une masse de matière en mouvement applique sa force cinétique depuis son centre de gravité qui n’est qu’un point moyen des masses constitutives. Car, dans la réalité, c’est l’ensemble des particules constitutives de ladite masse en mouvement, et chacune d’elles, qui appliquent leur énergie cinétique ; tandis qu’au centre de gravité, à l’instant T où la force cinétique est appliquée (contre un autre corps avec lequel cette masse entre en collision par exemple), il peut n’y avoir aucune de ces particules.
    Les sciences physiques, ici de la Mécanique, et mathématiques, font abstraction de la réalité pour ne retenir, dans l’exemple que nous avons exposé, qu’une moyenne abstraite.
    (Note de JP B.)


  2. Descartes est à l’origine de la fausse position ci-dessus, car il nie, en pratique, que l’homme atteigne l’abstraction du 3ème degré, qualifiée péjorativement de “spéculative”. Descartes est un matérialiste car il borne les connaissances humaines aux degrés inférieurs d’abstraction (1er et 2ème).

    Il est en outre le père de la dialectique moderne, lorsqu’il cherche « la force et les actions » de tout et ne s'intéresse à la vérité de rien. En cela il est foncièrement anti-intellectuel, méprise l’intelligence humaine qu’il rabaisse de sa place de phare de l’esprit humain, au rôle subalterne de servante des passions, notamment de la volonté de puissance, lorsqu’il vise à la possession de l’Univers. (o)

    (o) : A dire vrai, bien que tout cela, dans ce paragraphe, soit effectivement à attribuer à René DESCARTES, ce n’est là que le fruit de l’inspiration talmudique de son ami Isaac BEECKMAN… (Note de JP B.)

    On risque de ne pas voir toute la nocivité de cette formule, si on ne la rapproche pas du doute systématique qu’il impose dans les sciences morales. Rabelais, plus réaliste, avait écrit « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Quant à Notre-Seigneur Jésus-Christ, Il dit dans l'Evangile « que sert à l'homme de gagner l'Univers, s’il vient à perdre son âme, car que donnera-t-il en échange de son âme ? »

    Prétendant l’exalter, Descartes rabaisse l’homme du niveau de l’“homo sapiens” à celui de l’“homo faber”, en quoi il est davantage semblable aux animaux sociaux comme les fourmis et les castors, qu’aux anges, esprits purs.

    Descartes est également à l’origine du préjugé qui considère les sciences physiques comme exactes, puisqu’il écrit dans sa lettre à M. des Argues « il verra qua ma physique n’est autre chose que géométrie », confondant ainsi la physique, science approchée, avec la géométrie, qui, elle, est vraiment une science exacte.

  3. La morale est une véritable science.

    Connaître la valeur d’un bien découle de la connaissance de son être, connaissance que nous avons vu ressortir du 3ème degré d’abstraction. Bien que sincère, peut-être, une opinion non conforme à la nature du bien considéré (nier par exemple que Dieu soit le souverain Bien que nous devons chercher par-dessus tout), n’est qu’une opinion erronée qui ne peut être mise sur le même plan que la connaissance vraie de cette Nature et de sa Valeur (Dieu est souverainement désirable parce qu’Il n’est surpassé par aucun bien créé quel qu’il soit, car c’est Lui la source de toutes les créatures).

    Ainsi Descartes qui axe toute activité vers la maîtrise et la possession de l’Univers, dont il fait comme la fin dernière, détourne pratiquement l’homme de la recherche de son vrai bonheur qui est dans l’éternité en Dieu. Il détourne donc implicitement l’homme du salut de son âme.

    Le bien n’est pas autre chose que l’être envisagé sous l’angle du désirable. Emettre un doute sur l’existence de Dieu, c’est détourner l’homme de la recherche de ce même Dieu, dont les moyens sont réglés par la morale. Réciproquement le rejet de la morale entraîne celui de la connaissance métaphysique, car ces deux sciences vont de pair.


(A suivre)

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Jean-Paul BONTEMPS
 
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« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)


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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Jeu 21 Avr - 18:21


B) La connaissance intellectuelle se borne-t-elle à la connaissance générale, c’est-à-dire scientifique ?


I. — Les néo-thomistes affirment que l’intelligence n’atteint pas les objets singuliers.

  1. On dit habituellement qu’il n’y a de science que du général.

    Seule cette connaissance du général est intellectuelle, prétendent les néo-thomistes. Ainsi, Jean Ousset, dans les “Fondements de la Cité” écrit, pp. 28-29 : « Connaissance sensible couronnée par une connaissance intellectuelle, la première rendant compte d’un donné matériel en perpétuel changement, la seconde s’exprimant en notions, idées marquées d’un caractère essentiel de permanence et d’universalité. »


  2. Jean Daujat écrit dans son cours complet de Doctrine Catholique 1ère année, 3ème leçon, p. 18 : « Les caractères individuels n’ont pas de principe d'intelligibilité… L’intelligence ne connaît pas en tant que tels les individus ; ce sont les sens qui les connaissent… L’intelligence connaît les natures universelles. »


II. — Mais si les sens atteignent les objets singuliers, l’intelligence également

En effet la XXe thèse thomiste énonce : « les êtres singuliers, nous les atteignons par les sens ; mais également par l’intelligence en revenant sur les images ». (p)

(p) : « Per has species directe universalia cognoscimus: singularia sensu attingimus, tum etiam intellectu per conversionem ad phantasmata ad cognitionem vero spiritualium per analogiam ascendimus. » C’est-à-dire : « Par ces espèces intelligibles [dont il est question à la XIXe thèse (h), c’est-à-dire par l’intelligence] nous connaissons directement les objets universels ; nous atteignons les singuliers par les sens, et aussi par l’intelligence en vertu d’un retour sur les images ; quant à la connaissance des choses spirituelles, nous nous y élevons par l’analogie.[i] »
« [i]Saint Thomas expose longuement ces doctrines dans la I.P., q. LXXXV, LXXXVI, LXXXVII, LXXXVIII.
 » (R.P. Edouard HUGON, O.P., P
RINCIPES DE PHILOSOPHIE, LES VINGT-QUATRE THESES THOMISTES, en note 199.)
(Note de JP B qui souligne en gras ou/et d’un trait.)


Il faut donc affirmer que la connaissance intellectuelle ne se borne pas à la connaissance générale ou scientifique.

Ainsi, on reconnaît très bien une pomme Golden d’une reinette Canada. Or, tous les individus composant une variété de fruits sont issus par multiplication végétative, à partir d’un même sujet. Autrement dit, ils sont formellement sur le plan génétique, le même arbre et ne diffèrent que par le développement et le lieu d’implantation, en un mot, la quantité de matière.

Quel homme affirmera ne pas avoir saisi la différence d’intelligence ou de volonté qui existe entre deux personnes, pour peu qu’il les ait fréquentées. Car, ainsi que le dit la XXe thèse thomiste : « Nous connaissons directement par ces espèces intellectuelles les choses universelles », mais il faut un “retour”, une observation plus attentive pour saisir l’individu. Si nous croisons Jules sur le trottoir, au premier coup d’œil, c’est un homme, mais au deuxième, c’est bien Jules. Au son de sa voix, à sa démarche, celui qui le connaît reconnaîtra bien Jules, et non la voix ou la démarche de Jules qui peuvent changer selon qu'il est fatigué ou en colère.

Qui prétendra que ce n’est pas l'intelligence qui reconnaît le vieil ami que l’on n’a pas vu depuis vingt ans, qui pourtant a perdu ses cheveux, s’est voûté…, n’est plus du tout le fringant jeune homme qu’on a connu, mais qui pourtant a toujours ce quelque chose d’inimitable qui fait la personne, son individualité. Certes, l’être personnel est “ineffable”, on ne le connaît jamais à fond. Et même après des années de vie commune, pourra-t-on être surpris par telle ou telle réaction. Mais est-ce que, pour ne pas être allé jusqu’au bout de la connaissance, on peut prétendre n’en avoir atteint aucune ?
Insistons encore. Chez l’homme, il y a des facultés spirituelles : l’intelligence, la volonté. Or, qui, ayant fait un peu attention, ne se sentirait pas capable de dire que telle personne est plus intelligente que telle autre ou moins volontaire ? Doit-on attribuer la vivacité de l’intelligence ou la ténacité de la volonté aux chromosomes et aux humeurs ? Evidemment non, bien que les composants physiques jouent un certain rôle en la matière ; il faut rattacher ces caractéristiques spirituelles spécialement et avant tout à la “force” de l'âme. Or une connaissance de réalités spirituelles ne peut être de nature sensible, mais bien plutôt intellectuelle.

LA CONNAISSANCE INTELLECTUELLE ATTEINT DONC LES OBJETS SINGULIERS


III. — Réponses aux objections

  1. Dire qu'il n’y a de science que du général est exact ; car il y a science dès qu’on parle par exemple du chlore et de l’hydrogène ou de quantité ou d’être en tant qu’être. Toutefois si « la connaissance intellectuelle s’exprime en notions, idées marquées d’un caractère de permanence », ce qui est le propre de l’immatériel, il est faux de la limiter à “l’universalité”. Car il existe une connaissance singulière intellectuelle. Dire qu’Homère est un homme touche à l’universel, mais qu’Homère ait vécu, non, car certains le contestent, voulant attribuer ses œuvres à une foule d’auteurs inconnus et anonymes. Il s’agit donc d’une connaissance intellectuelle. De même en ce qui concerne son génie. Car si celui-ci atteint à l’universalité, il a une manière toute personnelle de le faire, ainsi que l’exprime si bien la sentence « le style c’est l'homme ».

  2. Dire que les caractères individuels n’ont pas de principe d’intelligibilité, c’est prétendre qu’ils sont uniquement matériels ; seule la matière première est puissance pure donc “informe (q) et partant “inintelligible”. Mais ces caractères individuels correspondent à une certaine organisation de la matière, ils ont donc une certaine forme et par conséquent celle-ci est accessible à l’intelligence. Ils sont donc d’une certaine manière intelligibles.

    (q) : Voilà pourquoi les ânes qui prétendent qu’un « “pape” materialiter » serait un non-sens car « il n’y a pas, rappellent-ils mal à propos, de matière sans forme », ne connaissent absolument rien des principes élémentaires de philosophie, ou peu s’en faut !
    Car un élu de conclave qui n’a toujours pas donné (réellement et non d’une manière feinte) son consentement pour remplir la charge de Pontife suprême (et non pour détruire l’Église comme le montre l’intention de certains en tant qu’elle est extérieurement manifestée), cet élu, donc, n’est certes pas « matière prime » puisque sa personne existe bel et bien et elle constitue la « matière seconde » qui devrait recevoir, en acceptant réellement sa désignation pour remplir la charge de Pontife suprême, de Dieu la forme du pontificat suprême surajoutée à celle de la personne de l’élu.
    (Note de JP B.)



    Si les différences entre les hommes n’étaient que physiques, ils auraient une intelligence égale, une volonté égale, bref, une âme identique. Il est patent que cette position est absurde et que Daujat confond l’âme individuelle avec la nature humaine, notion uniquement abstraite.

    Mais en outre, cette erreur est le fondement d’une conception faussement égalitaire des hommes : « les hommes naissent égaux » ; et comme la justice est de donner à chacun selon son dû, « ils naissent égaux en droit » ; on retrouve les « immortels principes de 89 ».

    De plus, cette erreur conduit Daujat à écrire dans son cours, 1ère année, 1ère leçon, pp. 6 et 7 : « L’intelligence va aller au-delà des connaissances individuelles, mais en restant tout de même dans le sensible en étudiant les propriétés sensibles en elles-mêmes ».

    Or, ou la connaissance est intellectuelle ou elle est sensible. Car sensible et intellectuel s’excluent mutuellement par nature.

    Il y a donc dans cette phrase une double sottise : dire que l’intelligence reste dans le sensible, et sous-entendre que la connaissance singulière n’est pas intellectuelle.

    Ainsi, les néo-thomistes de l’école de Maritain sont-ils des semi-matérialistes, car ils attribuent à la connaissance sensible une partie de la connaissance intellectuelle, en l’occurrence, la connaissance singulière.


(A suivre)

_________________

Jean-Paul BONTEMPS
 
Pour la plus grande gloire de Dieu et l’honneur de Notre-Dame, par le triomphe de notre Mère la Sainte Église Catholique, Une et Apostolique, laquelle est traditionnelle (telle qu'avant le conciliabule vaticandeux) et non moderniste.
 
« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)


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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Dim 24 Avr - 12:24




CHAPITRE IV


LE CHANGEMENT EST-IL UNE APPARENCE
ou
LA SEULE RÉALITÉ ?

Le changement est la seule réalité pour les philosophes modernes.
  1. Hegel (1770-1831) écrit dans Phénoménologie de l’esprit : « Le bouton disparaît dans l’éclatement de la floraison… Le bouton est réfuté par la fleur » ; et, dans Science de la logique : « la contradiction est la racine de tout mouvement… la contradiction réside dans les choses mêmes… elle ne doit pas être considérée comme une simple anomalie, le mouvement n’est pas autre chose que la manifestation de la contradiction ». Autrement dit, la contradiction est universelle car c’est la racine du mouvement qui seul existe, l’être n’est qu’une apparence.

  2. Héraclite (6ème siècle av. J.C.) écrivait déjà : « Nous descendons et ne descendons pas le même fleuve, nous sommes et ne sommes pas. Le chaud devient froid, le froid chaud, l’humide devient sec et le sec humide. Les contraires se mettent d’accord. Tout s’écoule. » Ainsi l’être n’existe pas, seul le changement existe.

  3. Lénine (1870-1924) écrit dans « Notes critiques » sur le livre de Hegel « La science de la logique » : « la dialectique, c’est la théorie qui montre comment les contraires peuvent et sont habituellement et comment ils deviennent identiques en se convertissant l’un dans l’autre ». Seul existe donc le changement.

  4. Engels, (1820-1895) cosignataire avec Marx du manifeste du parti communiste en 1883, écrit dans Ludwig Feuerbach : « Il n’y a rien de définitif, d’absolu, [l’histoire] montre la caducité de toute chose et rien n’existe pour elle que le processus ininterrompu du devenir et du transitoire… son caractère révolutionnaire est absolu, le seul absolu d’ailleurs qu’elle laisse prévaloir. »

  5. Bergson (1859-1941) écrit dans L’évolution créatrice : « En vain on cherche, d’ailleurs, sous le changement, la chose qui change… Ce qui est réel c’est le changement continuel de forme ; la forme n’est qu’un instantané pris sur une transition. »

    Cependant certains autres philosophes nient carrément l’existence du mouvement.

  6. L'école d’Elée, dont Zénon et Parménide sont les plus illustres représentants (Ve siècle av. J.C.), s’en tient à l’existence de l’être : « si une flèche est en un point, à l’instant présent, ou elle y est ou elle n’y est pas. Si elle y est, elle y est immobile, comment serait-elle en un point voisin l’instant d’après ? Parménide écrit : “L’être est, et tout nous montre qu’étant inengendré, il est aussi impérissable”. Donc seul l’être existe, le mouvement n’est qu’une illusion des sens. »


[Mais] Le changement n'est ni une apparence, ni la seule réalité.

La 1ère thèse thomiste énonce : « La puissance et l’acte divisent l’être de telle sorte que tout ce qui est, ou bien est acte pur, ou se compose nécessairement de puissance et d’acte en tant que principes premiers et intrinsèques ». Ainsi l’être existe et pas seulement le changement qui n’est donc pas l’unique réalité.

C’est à Aristote (384-322 av. J.C.) que l’on doit la découverte de la division de l’être en acte et en puissance ou capacité d’être réalisé.

Ainsi, par exemple, si on prend un gobelet, il est, il existe, il est réalisé en tant que récipient ; mais il est vide ; il n’est donc pas “plein”, mais en puissance de l’être. Si nous y versons un liquide, il sera plein en acte. De même un grain de haricot est en puissance de devenir un plant de haricot. Il suffit de planter le grain, de l’arroser et d'attendre.

De vide le verre devient plein, c’est un changement. De grain le haricot devient plante, autre changement.


Le changement est donc le passage de la puissance à l'acte.

L’être en puissance est de l’être véritable et non un pur néant. Ainsi un morceau de caillou, par exemple, ne pourra contenir de liquide car il ne possède pas de capacité comme le gobelet. De même si on sème une graine morte, elle ne poussera pas, elle a perdu sa puissance germinative.

Le passage de la puissance à l’acte est de deux sortes : passif ou actif. Dans le cas du remplissage d’un récipient, il y a intervention d’une cause extérieure à l’objet, le changement est passif. Dans le cas de la germination du haricot le changement est actif. Lorsqu’on effectue l’observation à la loupe d’une coupe de grain de haricot, on voit entre les deux cotylédons une plantule avec une radicule et une tigelle. C’est déjà un plant de haricot et non une salade ou un potiron, mais un plant de haricot en puissance de développement.

Dans le cas d’un moteur, il y a également développement d’une puissance active. Sur l'arbre moteur, une certaine quantité de travail peut être fournie et la puissance mesurée par le système du frein de Prony, par exemple (sorte de mâchoire qui serre sur l’axe du moteur et équilibre la force qui y est exercée). La puissance du moteur peut être ainsi connue de manière approchée. Mais cette mesure n’est envisageable que parce que l’on connaît la nature de la puissance en général, par la métaphysique, ce qui rend possible la connaissance de la puissance particulière d’un moteur. Ce n’est pas le seul exemple qui montre que la physique se développe à partir des résultats obtenus par la métaphysique.

Autrefois on croyait le mouvement dans le vide impossible puisque les frottements y sont nuls ; l’application d’une force devait conduire à une vitesse infinie. Ce fut Saint Thomas qui découvrit le “quantum corpus”, connu depuis par la physique moderne sous le nom de masse. Cette découverte permit de réviser l’erreur mentionnée ci-dessus relative au mouvement dans le vide.

Ainsi la physique, connaissance approchée du réel, est un savoir qui se situe au premier degré d’abstraction, ainsi que nous l’avons vu plus haut (la connaissance intellectuelle est-elle bornée à l’étude des phénomènes ? (r)). Elle part des découvertes par la métaphysique : c’est une science subordonnée au même titre que la comptabilité est subordonnée à l’arithmétique, ainsi que nous l’avons montré dans le chapitre précédent. La physique se sert donc des découvertes de la métaphysique et non l’inverse, comme certains esprits modernes l’ont cru et professé implicitement, qui prétendent, comme Maritain, réinterpréter la philosophie à la lumière du progrès des sciences physiques. On comprendra aisément l’absurdité de cette prétention en transposant le raisonnement : la comptabilité ayant fait d’énormes progrès depuis Pythagore, il faut réinterpréter la table de multiplication !!
(r) : Chapitre III « LA CONNAISSANCE INTELLECTUELLE », A). (Cliquez sur le lien. – Note de JP B.)


Le fait que la physique soit une science subordonnée à la métaphysique explique également que : « la physique n’ait été donnée qu’aux Chrétiens » ainsi que l’a remarqué et écrit Paul Duhème. En effet, ni l'Afrique, ni l’Asie, ni l’Amérique précolombienne ne connurent de développement technique tant qu'elles n’ont pas été colonisées par les Chrétiens. C’est à eux et à eux seuls que Dieu confia le progrès technique, car c’est à eux, et à eux seuls, qu’Il a donné avec St Thomas et les scolastiques de faire fructifier les découvertes métaphysiques des Grecs, en particulier d’Aristote. Quant aux autres peuples non chrétiens, fussent-ils aussi doués que les Japonais, ils n’ont jamais été que des copistes.


Réponse aux objections

1°) ; 2°) ; 3°) ; 4°) : Héraclite, comme Hegel, Engels et Lénine, frappés par le changement, ne se l’expliquent pas. N’allant pas au-delà de la connaissance sensible, ils en restent à la succession des phénomènes : « le chaud devient froid… le bouton fleur… les contraires se convertissent l’un dans l’autre » … ne donnant aucune explication.

En réalité le chaud n’existe pas en lui-même mais dans et par un sujet qui est chaud et en puissance de se refroidir et vice-versa. De même le rameau porte la fleur qui procède du bouton. Le froid et le chaud, la fleur et le bouton sont bien contradictoires ; c’est-à-dire que le sujet est froid ou chaud et non les deux à la fois. Le rameau est en fleur ou en bouton et non pas les deux ensemble au même endroit.

Ceci conduit à énoncer le principe de contradiction :

« Une chose ne peut pas ÊTRE ET NE PAS ÊTRE à la fois et sous le même rapport. »

Mais une chose peut être quelque chose en acte (ici, chaud), et autre chose (là, froid), sous un autre rapport (en puissance), sans contradiction.

Ainsi le sujet, chaud, et le même sujet, froid, ne sont pas en contradiction absolue. C’est par ce sujet, qui demeure, passant du chaud au froid et du froid au chaud que le changement, c’est-à-dire le passage de la puissance à l’acte, est possible. L’erreur est ici de considérer « sujet chaud » s’opposant à « sujet froid », au lieu de considérer sujet « dans l’état chaud » mais en puissance de se refroidir opposé à sujet « dans l’état froid », et sujet « dans l’état froid » mais susceptible de réchauffement opposé à sujet « dans l’état chaud ».

Chaud et froid sont d’ailleurs des notions relatives, mais nos « philosophes modernes » n’ont rien d’esprits rigoureux. Chaud représente un certain nombre de calories et froid un nombre moindre. Car seul existe réellement le chaud, le froid est absence de chaud (s).
(s) : En effet, et c’est un technicien supérieur en génie climatique qui vous parle, le froid, en soi, n’existe pas ! Il faut partir, pour s’en rendre compte du « zéro absolu » : à partir de celui-ci, les corps sont plus ou moins chauds… Si nous partons d’un autre point de référence, le 0°C, par exemple, et descendons sous cette dernière valeur, les corps, à dire vrai, ne deviennent “froids” que dans la commodité du langage : en réalité, ils perdent de la chaleur !… (Note de JP B.)


Quant à l'opposition entre le bouton et la fleur, elle correspond à un développement analogue à celui du plant de haricot pris en exemple ci-dessus. Les deux exemples donnés par nos "philosophes modernes" : chaud et froid, bouton et fleur, sont. en réalité différents, car l'un est réversible et l'autre non. Mais ce qui frappe surtout ces esprits, ce sont des questions d’ordre verbal, plus que réellement concret. Ce sont des “intellectuels”, comme dit le bon peuple, qui confond en cela les gens coupés du réel avec ceux qui étudient dans les livres, ce qui est malheureusement souvent le cas, sauf quand on s’appelle par exemple... St Thomas d’Aquin.

Frappés par des contradictions verbales, Hegel et autres les assimilent à des contradictions réelles. Un homme noir, par exemple, étant naturellement noir, ne devient pas blanc faute de posséder en puissance le caractère blanc. L’homme blanc et l’homme noir sont réellement en contradiction ; alors que les sujets froid ou chaud ne sont en contradiction que par la température.

Ainsi le changement procède d’une contradiction apparente et non d’une réelle contradiction.


5°) Bergson imagine l’existence du monde comme une espèce de film de cinéma qui se déroulerait devant ses yeux et dans lequel l’être ne serait qu’un instantané.

Or la 2ème thèse thomiste énonce : « l’acte dans l’ordre où il est pur n’existe qu’illimité et unique » (t). Donc l’être existe à l’état pur sans mélange de changement. Cet être pur est ce que l’intelligence humaine atteint naturellement de Dieu, qui étant parfait ne change pas. Considérer l’être comme un instantané du mouvement revient à considérer le mouvement comme premier (u) et l’être comme n’existant pas par lui-même, à l’état pur, mais comme découlant du mouvement. Mais en dehors du simple mouvement circulaire, qui, par définition tourne en rond, le mouvement ou changement peut toujours s’analyser comme un accroissement et un décroissement. Ainsi les êtres vivants naissent et croissent au détriment de quantités d’aliments qui décroissent.

(t) : IIe thèse thomiste : « Actus, utpote perfectio, non limitatur nisi per potentiam quae est capacitas perfectionis. Proinde in quo ordine actus est purus, in eodem non nisi illimitatus et unicus existit; ubi vero est finitus ac multiplex, in veram incidit cum potentia compostionem. » C’est-à-dire : « L'acte, parce qu'il est perfection, n'est limité que par la puissance, qui est une capacité de perfection. Par conséquent, dans l'ordre où l'acte est pur, il ne peut être qu'illimité et unique ; là où il est fini et multiple, il rentre en véritable composition avec la puissance. »
« Voici quelques-uns des passages où saint Thomas enseigne clairement cette doctrine : I Cont. Gent., c. 43 ; I Sent. Dist. 43, q. 2 ; Somme, I P. Q. 7, aa 1 et 2. » (R.P. Edouard H
UGON, O.P., PRINCIPES DE PHILOSOPHIE, LES VINGT-QUATRE THESES THOMISTES, en note 17.)
(Note de JP B qui souligne en gras le passage concerné.)

(u) : Comme si, pour qu’il y ait mouvement, il ne fallait qu’il y ait quelque chose en mouvement !… Les découvreurs (car ils n’ont rien inventé, Dieu ayant, Lui, inventé ce qu’ils ont découvert) de la “relativité” dite d’Einstein auraient-ils donc imaginé l’énergie cinétique de… rien, quand ils écrivent qu’aux faibles vitesses (petites devant celle du photon lumineux) pour faire simple, l’énergie E se calcule ainsi « E ≈ mc2 + (1/2)mv2 » (où c est la vitesse de la lumière ; m, la masse du corps [particule] en mouvement et v, la vitesse de cette particule corpusculaire) ? Alors que, précisément, ils parlent de “masse” (m) c’est-à-dire la masse de… quelque chose qui, nécessairement, préexiste au mouvement… (Note de JP B.)


On peut donc toujours envisager le changement du côté de l’accroissement.

Si un sujet froid devient chaud, il ne peut tenir son réchauffement de lui-même, car ce serait dire qu’il est à la fois “chaud” et “non-chaud”, c’est-à-dire « en acte et en puissance à la fois et sous le même rapport de la température », ce qui est contraire au principe de contradiction.

Pour réchauffer il faut être chaud en acte, mais alors on n’est pas froid. Le sujet ne peut donc se réchauffer lui-même, il ne peut tenir son réchauffement que d’un autre.

Ce qui vient d’être dit pour le réchauffement peut être dit de tout changement. Mais on ne peut remonter à l’infini,, car il n’y aurait pas de premier moteur et donc pas de changement dans le monde. Ainsi la main actionne-t-elle le bâton et sans elle le bâton reste immobile. Ceci reste vrai quel que soit le nombre d’intermédiaires entre la main et le bâton. Or il est manifeste qu’il existe du changement dans l’Univers. Il faut donc un premier moteur immobile d’où tout découle et qu’on appelle Dieu (v).

(v) : La XXIIe thèse thomiste énonce : « Deum esse neque immediata intuitione percipimus, neque a priori demonstramus, sed utique a posteriori, hoc est, per ea quae facta sunt, ducto argumento ab effectibus ad causam: videlicet, a rebus quae moventur et sui motus principium adaequatum esse non possunt, ad primum motorem immobilem; a processu rerum mundanarum e causis inter se subordinatis, ad primam causam incausatam; a corruptibilibus quae aeqaliter se habent ad esse et non esse, ad esse absolute necessarium; ab iis quae secundum minoratas perfectiones essendi vivendi intelligendi, plus et minus sunt, vivunt, intelligunt, ad eum qui est maxime intelligens, maxime vivens, maxime ens; denique ab ordine universi, ad intellectum separatum qui res ordinavit, disposuit et dirigit in finem. »
C’est-à-dire : « L'existence de Dieu nous est connue, non point par une intuition immédiate, ni par une démonstration a priori, mais bien par une démonstration a posteriori, c'est-à-dire par les créatures, l'argument remontant des effets à la cause : des choses qui sont mues et qui ne sauraient être le principe adéquat de leur mouvement, à un premier moteur immobile ; du fait que les choses de ce monde procèdent de causes subordonnées entre elles, à une première cause incausée ; des choses corruptibles qui sont indifférentes à être ou à n'être pas, à un être absolument nécessaire ; des choses qui, selon les perfections amoindries de l'être, de la vie et de l'intelligence, ont plus ou moins l'être, plus ou moins la vie, plus ou moins l'intelligence, à celui qui est souverainement intelligent, souverainement vivant, souverainement être ; enfin, de l'ordre de l'univers, à une intelligence séparée, qui a ordonné et disposé toutes choses et qui les dirige vers leur fin. »
« Cette thèse est le résumé de la q. 2 Somme Théologique. On pourra lire encore Cont. Gent., I c. 12, et 31, III q. 10 et 11 ; De Verit., q. 1 et q. 10 ; De Potent., q. 4 et q. 7. » (R.P. Edouard H
UGON, O.P., PRINCIPES DE PHILOSOPHIE, LES VINGT-QUATRE THESES THOMISTES, en note 242.)
(Note de JP B qui souligne en gras le passage concerné.)



Nous avons là une des preuves de l’existence de Dieu, auquel nous atteignons comme cause nécessaire du changement, remontant ainsi des effets à la cause. Mais Dieu, moteur immobile, est donc sans mélange de puissance et par conséquent acte pur puisque la présence de puissance entraîne le changement et que Dieu est parfait. C’est Dieu, premier moteur immobile, acte pur, qui engendre tout changement dans l’Univers qu’il a créé.

Ainsi l’être précède le mouvement et non l’inverse (u). Bergson, sous des dehors et des vocables spiritualistes, cache en réalité le plus parfait matérialisme athée, celui qui dissout l’existence de Dieu dans un éternel mouvement.

Sa formulation n’est qu’une pure chimère, création de l’imagination de l’auteur. Il est incapable de s’élever à la connaissance abstraite et philosophique de Dieu, ce qui est une caractéristique constante de l’esprit hébraïque. Historiquement cela est du reste fort explicable par le fait que les Juifs furent bénéficiaires de la Révélation et que la philosophie ne leur était pas, comme aux Grecs, indispensable pour atteindre l’existence de Dieu. Depuis leur apostasie ils tombent régulièrement dans le panthéisme, déifiant le monde et son évolution. C’est le cas de Bergson : dire que le mouvement est premier, c’est dire qu’il est Dieu, proposition philosophiquement absurde, mais psychologiquement explicable. Thèse que l’on retrouve par ailleurs chez Epicure, qui voyait l’origine du monde dans la chute d’atomes qui s’étaient accrochés les uns aux autres par hasard (w) : pur verbalisme imaginaire.

(w) : Grotesque ! Et d’où viennent, “Maître” Epicure, vos atomes qui, si votre hypothèse est exacte, existaient alors qu’ils auraient très bien pu ne pas exister, et qui se seraient, dites-vous, accrochés les uns aux autres par hasard ?…
C’est comme le fameux “big-bang” qui serait une torsion du… néant ! Cocasse !…
(Note de JP B.)


Ainsi Hegel, Engels, Lénine recopient Héraclite (6ème siècle av. J.C.). Bergson, lui, plagie Epicure (4ème siècle av. J.C.) : vieilles erreurs éculées, donc, que ces philosophies soi-disant modernes.

6°) Nier le mouvement comme Parménide procède d’une insuffisance d’analyse et de la non-perception de l’être en puissance. Il dit, en effet, que la flèche qui vole est immobile en un point de l’espace, mais cela ne suffit pas car elle y possède en outre une énergie potentielle (x) qui lui permet de parvenir en un lieu voisin l’instant d’après. Ainsi, lorsque Parménide dit : « la flèche est là ou n’y est pas ; si elle y est, elle y est immobile, comment sera-t-elle à côté l’instant d’après », il met en évidence une pseudo-contradiction. Car la flèche n’est pas immobile, mais elle se trouve en ce point et en outre en puissance d’être ensuite en un autre. Il n’y a pas contradiction car la flèche est ici, sous le rapport de ce lieu, tout en étant en puissance, sous le rapport d’un autre lieu, ce qui est différent d’une flèche au repos. Le mouvement est donc bien réel, nos sens ne nous ont pas trompés, notre intelligence nous le confirme.

(x) : Dite “cinétique”. (Note de JP B.)


En ce qui concerne l’être, il faut distinguer les degrés. Car bien que tout ce qui tombe sous nos sens ou notre intelligence, possède l’être, il ne le possède pas également. La 2ème thèse thomiste énonce en effet : « l’acte en tant que perfection n’est limité que par la puissance qui est une capacité de perfection. Ainsi donc dans l’ordre où il est pur, l’être existe pur et unique, là où il est fini et multiple, il entre dans une véritable composition avec la puissance. » (t)

Seul l’Être premier est inengendré et impérissable, on l’appelle Dieu. Les autres êtres reçoivent leur existence de cet Être premier. Ils sont engendrés soit directement, par création, soit par le biais des causes secondes, (le vivant provient d’un vivant préexistant) et peuvent donc périr ou disparaître par décomposition.

(A suivre)

_________________

Jean-Paul BONTEMPS
 
Pour la plus grande gloire de Dieu et l’honneur de Notre-Dame, par le triomphe de notre Mère la Sainte Église Catholique, Une et Apostolique, laquelle est traditionnelle (telle qu'avant le conciliabule vaticandeux) et non moderniste.
 
« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)


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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Dim 1 Mai - 0:09




CHAPITRE V


ESSENCE ET EXISTENCE

Les êtres créés se décomposent-ils en deux principes distincts : l’essence et l’existence ?
  1. Locke (1632-1704), reprenant Berkeley (1685-1753), écrit dans Principes de la connaissance humaine : « Je nie que je puisse abstraire… une notion générale en faisant abstraction des réalités concrètes ».
    Il n’y a pas d’essence.

  2. Condillac (1715-1780) écrit dans sa Logique : « Les idées abstraites ne sont que des dénominations. Ce n’est qu'un nom : ou si elles sont quelque autre chose, elle(s) cesse(nt) nécessairement d'être abstraite(s) et générale(s). »
    Il n’y a pas d’essence.

  3. Bergson écrit dans L’évolution créatrice, p. 327 : « La forme n'est qu’un instantané pris sur une transition. »
    L’essence n’est qu’un découpage arbitraire de l’esprit, intéressant seulement dans la mesure où il est commode ; il est basé sur l’image “moyenne”.

  4. Platon (424-347 av. J. C.) dans le mythe de la caverne, montre que la connaissance sensible n’atteint que l’ombre des réalités, car la réalité ce sont les essences. Il explique par la théorie de la réminiscence, que ces ombres ne font que réveiller en nous des idées innées que nous tenons d'une contemplation des essences antérieure à l’union de l’âme et du corps.

  5. Duns Scot (1266-1308) et son école rejettent la réalité de la distinction de l’essence et de l’existence et la ramènent à une distinction actuelle formelle, que Suarez (1548-1617) et ses disciples modernes réduisent à une distinction de raison majeure. Pour Duns Scot « il n’y a jamais d’essence sans une existence correspondante ou, pour mieux dire, l’existence n’est rien d’autre que la modalité d’être propre à l’essence prise en chacun des états où elle se trouve. Une distinction réelle est donc inconcevable dans cette doctrine où l’essence possède immédiatement l’existence propre qu’elle comporte ». (L’Être et l’essence, pp. 126 et suiv.).


[Mais] Les êtres créés se composent d'essence et d'existence en tant que principes distincts

[Or] la IIIe thèse thomiste énonce :
« Dieu subsiste seul dans la raison absolue de l’être lui-même ; toutes les autres choses qui participent de Son être, ont une nature par laquelle leur être est limité, et, se composent d’essence et d’existence, en tant que principes distincts » (y).
(y) : IIIe thèse thomiste : « Quapropter in absoluta ipsius esse ratione unus subsistit Deus, unus est simplicissimus; cetera cuncta quae ipsum esse participant, naturam habent quae ipsum esse participant, naturam habent qua esse coarctatur, ac tanquam distinctis realiter principiis, essentia et esse constant. »
« Voici quelques indications des passages où saint Thomas enseigne ouvertement, plane, cette proposition : I Cont. Gent. cc. 38, 52, 53, 54 ; De Ente et essentia, c. 5 ; q. De Potentia, a. 4, de Spiritualibus creaturis, a. 1, de Veritat., q. 27, a. 1, ad 8 ; Comment. In Boet. lect. II ; Sent., dist. 19, q. 2, a. 2 ; Summ. Theol. I, P., q. 50, a. 2, ad 3. » (R.P. Edouard H
UGON, O.P., PRINCIPES DE PHILOSOPHIE, LES VINGT-QUATRE THESES THOMISTES, en note 25.)
(Note de JP B.)



Autrement dit, en Dieu seul, l’existence et l’essence sont confondues ; ou si l’on veut mieux dire, l’essence comporte nécessairement l’existence (z). Dieu, seul être nécessaire, a engendré tous les autres êtres qui sont, de ce fait, mais on le constate également, contingents ; c’est-à-dire : chacun d’entre eux aurait pu ne pas exister.
(z) : Seul Dieu peut dire, et Il l’a dit : « Ego sum qui sum. » Exode III, 14. (Note de JP B.)


Si on examine la diversité des êtres, du photon à l’atome, de l’hydrogène aux macromolécules, de la bactérie aux végétaux supérieurs, de l’huître aux singes, de l’homme aux esprits purs, on est bien contraint de constater qu’ils sont de nature différente. La différence n’est pas seulement d’ordre quantitatif, mais aussi qualitatif. Les propriétés de l’amibe sont moindres que celles du singe, mais supérieures à celles de l’atome. De même le bleu n’est pas le jaune ni le rouge.

Cependant la mort supprime les êtres vivants, les transformations viennent faire disparaître les corps minéraux. Ils ont été, ils ne sont plus. Mais aussi ils ont commencé d’être, avant ils n’étaient point. Aussi la première question à se poser est-elle : cet être existe-t-il ? La réponse peut être négative dans le cas, par exemple, de la sirène, qui n’est qu’une élaboration imaginaire de l’esprit humain ou chimère, comportant une contradiction à la racine, entre les deux composants, femme et poisson.


L’existence est la réponse à la question :
« 
An est? » « Existe-t-il ? »

Lorsque les êtres existent réellement, on peut faire l’étude de leurs propriétés, qui nous permettent de les distinguer les uns des autres. Mais ces caractéristiques découlent de la nature de chacun, autrement dit de leur essence, de ce qu’ils sont “essentiellement”.


L’essence est la réponse à la question :
« 
Quid est? » « Qu’est-ce que c’est ? »
  1. La négation de l’essence prétend se soutenir en niant la faculté d’abstraire, chez l’homme, ainsi que le dit explicitement Berkeley. Or nous avons vu plus haut que l’intelligence humaine atteignait trois niveaux d’abstraction : le premier ou physique, le second ou mathématique, le troisième ou métaphysique. Ce qui fait beaucoup pour un esprit incapable d’abstraire. Par ailleurs, « nier que l'on puisse abstraire » n’est-il pas une forme d’abstraction ; et donc une preuve contraire à ce que Berkeley prétend ainsi démontrer.


  2. La négation de l’essence prétend également se soutenir en n’attribuant aux idées générales qu’une valeur de signe figuré par un nom, comme le fait Condillac.

    Reprenons pour éclairer cette objection une nouvelle de Jacques Perret intitulée : le Machin. Entendez par là un étrange objet hérité par un concierge de la rue Mouffetard. Il passe de main en main, les observations s’accumulent, sans que personne ne puisse dire « ce que c’est ». Un voisin annonce enfin « c’est un vistamboire » ; mais personne n’était plus avancé, car nul ne savait ce qu’était un “vistamboire”. Preuve de ce que la connaissance du seul nom n’apporte pas la compréhension de ce qu’est l'objet.

    L’intelligence humaine dépasse le stade de la connaissance sensible. C’est ainsi qu’elle classe dans les gallinacés non seulement la poule mais aussi le coq, quoique différent à l’œil. Elle rassemblera également dans la même espèce locomotive, les vieilles machines à charbon et les "BB" électriques modernes.

    L’esprit humain lit à l’intérieur, « intus legere », d’où le nom d’intelligence donné à cette faculté. Le nom n’est que le signe que l’on fait correspondre à l’essence pour communiquer avec autrui. D’où la part de convention que comporte le langage, mais également la possibilité de traduction d’une langue dans une autre, des noms différents correspondant à la même essence.


  3. Bergson par sa théorie de l’image moyenne montre que sa conception est fondamentalement matérialiste, c’est-à-dire attribuant à la matière ce qui est le propre de l’esprit. Pour lui, finalement, l’idée abstraite par l’intelligence, spirituelle par nature, se confond avec l’image, empreinte matérielle ou sensible reçue par les sens. Un exemple en montrera facilement l’ineptie. On nomme “cendrier” les récipients qu’utilisent les fumeurs et les tiroirs des chaudières. Or il s’agit dans les deux cas de la même idée : « récipients destinés à recevoir des cendres ». Mais quelle image moyenne M. Bergson veut-il que l’on tire de ces deux réalités, si différentes sur le plan sensible ?

    Dire que l’idée est un découpage arbitraire de l’esprit est tout aussi erroné.

    C’est dans la réalité même que l’esprit humain puise ses distinctions. Ainsi lorsque l’on décompose la lumière blanche, on met en évidence trois couleurs fondamentales : le rouge, le jaune et le bleu. Ces trois couleurs fondamentales sont bien réellement distinctes et correspondent à une vibration de longueur d’onde bien particulière dans le spectre du rayonnement visible. Ce n’est donc pas une invention arbitraire de l’esprit que de parler de rouge ou de jaune, même si, en les mélangeant en proportion variable, on arrive insensiblement du jaune au rouge en passant par toutes les variétés d’orange.

    De même, les corps simples ou éléments : hydrogène, azote, carbone… présentent chacun une individualité propre. Mendeleïev, en les classant selon le poids atomique, a mis en évidence une variation du nombre de particules composantes qui ne peut se produire que par unité, Il y a donc discontinuité d’un corps à l’autre, même si, par désintégration atomique, on passe par exemple de l’uranium au plomb. Mais ce n’est pas l’esprit humain qui crée la distinction entre les deux corps. Celle-ci repose bel et bien sur une réalité physique observable.

    Que la transformation de l’un dans l’autre, uranium en plomb, soit possible, n’indique nullement que le plomb soit un instantané pris sur la dégradation de l’uranium, mais tout simplement que l’uranium disparaît en se décomposant en plomb et en rayonnement atomique… Ceci confirme ce qui a été dit plus haut, que le changement découle de l’être.

    Restent les espèces animales et végétales que le transformisme nous présente comme issues les unes des autres par mutation et sélection. Rappelons la thèse de Darwin améliorée, qui est encore enseignée à l’heure actuelle à l’Université. Des mutations se produisent au hasard, qui sont des modifications du patrimoine héréditaire. Elles font apparaître une modification qui donne à l’individu muté un avantage dans la compétition pour la vie, par rapport à ceux qui en sont dépourvus. Ainsi passerait-on d’une espèce moins complexe à une espèce plus complexe par une succession de micromutations. Cette théorie repose sur l’existence effective de mutations. On les a particulièrement bien étudiées chez la célèbre petite mouche du vinaigre Drosophila melanogaster. Mais ces mutations sont toujours une diminution du patrimoine génétique et non un accroissement. [Souligné d’un trait ou/et en gras par JP B.]

    En effet, l’hérédité repose sur les composants des noyaux que l’on nomme les chromosomes.

    Ces bâtonnets constituent le plan de développement des êtres vivants, se trouvent dans le noyau de chaque cellule et se comportent comme le poste de commande de l’édification de l’organisme. Chaque caractère, (« œil rouge », par exemple) correspond à un certain nombre de “locus”, d’où partent les ordres de fabrication des substances composant le pigment rouge. Ces loci se situent sur les chromosomes. La mutation « œil blanc » provient de l’oblitération d’un de ces loci. Celui-ci ne fonctionnant pas ne peut donner ses ordres. Le pigment rouge n’est plus fabriqué et la mouche a les yeux blancs. Tel est le mécanisme de toutes les mutations. Jamais on n’a constaté d’apparition de caractère supplémentaire mais toujours disparition d’un caractère présent primitivement. Ainsi constate-t-on que les êtres vivants peuvent se dégrader mais non se complexifier, comme l’a imaginé Teilhard avec sa prétendue loi de complexification croissante. Mais ils ne peuvent se dégrader indéfiniment sans changer de nature. Si la dégradation touche un organe vital, elle entraîne la mort de l’individu. C’est le cas, par exemple, de l’anémie falciforme, chez l’homme où les hématies ont une forme de faucille, d’où le nom de la maladie. [Idem (aa)]
    (aa) : Cf. http://video.google.fr/videoplay?docid=-991329103487541769# ou http://www.dailymotion.com/video/x748kx_l-evolution-science-ou-croyance-01_news , même vidéo mais plus récente, et les autres vidéos que l’on trouve sur ce site. (Note de JP B.)


    Devenus, par suite de la mutation, incapables de fixer l’oxygène, ces globules rouges ne permettent pas à l’individu porteur de survivre.

    Les mutations sont donc régressives et limitées à l’intérieur de l’espèce.

    On aurait pu s’en douter puisqu’il y a un principe de métaphysique, et de bon sens, qui dit que le moins parfait ne peut, sans cause extérieure, engendrer le plus parfait.

    Ainsi donc, tout vivant provient d’un vivant préexistant identique ou plus parfait. L’on retrouve précisément ce que dit la Genèse : « Dieu créa les végétaux et les arbres portant semences selon leur espèce ». On ne passe pas du chien au chat ou de la souris à l’oiseau, bien que l’on puisse passer du chat de gouttière au chat siamois par exemple.

    L’espèce animale ou végétale n’est donc pas une création arbitraire de l’esprit humain, mais correspond à une réalité.

    Rouge, hydrogène, chat… correspondent bien à des réalités distinctes : ce sont des essences particulières qui revêtent l’existence et présentent dès lors une certaine diversité : le rouge, par exemple, variant du vermillon à la terre de sienne ; l’hydrogène comportant plusieurs “isotopes”, comme le deutérium et le tritium ; le chat présentant plusieurs races : angora, siamois…


    Quiddité et cause exemplaire

  4. Il est assez évident que Platon se trouve pris entre deux faits apparemment contradictoires : la connaissance d’individus imparfaits, le chat siamois ou angora et la capacité qu’a l’homme de penser qu’existe la conception du type parfait en lui-même : le « chat des chats ». Il les a conciliés par la théorie des idées innées (1), provenant de la contemplation du chat des chats en Dieu avant la naissance de l’observateur et de la réminiscence, provoqué par l’observation du chat siamois. Il faut, en effet, distinguer deux sens dans le mot essence. L’un correspond à la « quiddité, réponse à la question : quid est ?, ou nature de l’être ; l'autre à la cause exemplaire en Dieu de la même nature. »
    (1) inné : qui n'est pas né, comme innombrable : qui ne peut être compté. [Toutes les notes avec renvoi en chiffre, sont d’origine. – Précision de JP B.]


    Ainsi, l’objet « chat siamois » correspond à l’existence qui est l’acte imparfait d’une essence parfaite « le chat des chats », située en Dieu.

    On a quelque chose d’analogue dans l’industrie humaine. L’ingénieur conçoit, par exemple, une 2 CV : c’est le niveau équivalent à l’essence(ab). L’ouvrier réalise le prototype, donnant ainsi à la 2 CV, l’existence. L’observateur, voyant le véhicule, atteint la quiddité, disant c’est une 2 CV.
    (ab) : Bien qu’il s’agissent d’une automobile, le terme “essence” n’a pas là le sens de carburant mais de « principe (ou cause) essentiel(le) », comprenant d’ailleurs cause formelle et cause matérielle comme principes intrinsèques à l’objet. (Note de JP B.)


    En effet, l’esprit humain atteint la quiddité de cet acte imparfait, qu’est la créature observable, par rapport à la cause exemplaire située en Dieu, quiddité qui porte également le nom d’essence. Il est ainsi capable de savoir ce qu’est « quid est » la chose, mais non d’en connaître la cause exemplaire. Platon a donc raison de dire que l’essence n’est pas « dans l’objet », dans la mesure où il s’agit de la cause exemplaire ; il a tord de faire de la connaissance directe de la quiddité ou essence, une simple ombre incertaine, nous rappelant une impossible contemplation antérieure. En réalité, si l’homme ne verra qu’en Dieu, les essences dont parle Platon, il a, dès ici-bas, transmise par les sens à l’intelligence qui l’abstrait, la connaissance de la quiddité des choses.


    Duns Scot et Suarez

    La réfutation de l’opinion de Duns Scot , le docteur subtil, et de celle de Suarez qui en découle, mérite quelque développement, pour deux raisons. La première est la difficulté de la matière ; la seconde réside dans le fait qu’elles ont servi de prétexte aux modernistes pour prétendre que les 24 thèses thomistes n’auraient pas été rendues obligatoires (2 ).
    (2) : voir le chapitre X : Quelle est la portée des 24 thèses thomistes ?


    Voyons tout d’abord ce que l’on entend par « distinction actuelle formelle » et « distinction de raison majeure ». Nous puiserons pour cela dans le manuel du chanoine Collin réédité par l’abbé Terribilini chez Téqui (p. 199 et suivantes).


    L’unité d’un être se fonde sur l’identité : car un être n’est un qu’en tant qu’il est ce qu’il est et cela seulement. A l’identité s’oppose la distinction qui peut être :

    1°) De pure raison ou de raison raisonnante, lorsqu’on compare le même au même, le défini à la définition, par exemple, lorsqu’on dit : ce qui est chair est chair, ce qui est esprit est esprit. Pierre est Pierre, l’homme est animal raisonnable. Cette distinction n’a pas de fondement dans la réalité, car elle ne fait que mettre en relief et exprimer l’identité d’un objet unique.

    2°) De raison raisonnée, lorsqu’on exprime par des concepts objectivement distincts mais complémentaires une réalité unique. Cette distinction a un fondement dans la réalité, c’est la richesse ou la complexité de l’objet que notre intelligence abstractive ne peut traduire que par une addition de notions. Par exemple : je distingue dans saint Thomas d’Aquin l’homme, le philosophe, le religieux, le saint, quoique ces notions s’identifient dans le même sujet. Toutefois, ces distinctions ont un fondement dans la réalité, car l’acte qui fait de saint Thomas un homme n’est pas le même que celui qui le constitue philosophe, religieux ou saint, La distinction de raison raisonnée, encore appelée virtuelle, se divise en :

    a) Mineure, lorsque l’un des concepts dit explicitement ce que l’autre contient implicitement et confusément dans sa compréhension ; par exemple, la notion d’être contient implicitement tous les modes d’être et n’a avec eux qu’une distinction mineure entre les diverses perfections ; par exemple : entre bonté et science.

    b) Majeure lorsque l’un des concepts n’implique pas l’autre dans sa compréhension mais seulement en extension, à titre de concept supérieur par rapport à un concept moins universel.
    Il n’y a pas de distinction réelle dans Pierre entre l’animalité et la rationalité, la substance vivante et l’humanité ; ces concepts s’identifient dans une nature vraiment une.
    Toutefois il y a un fondement réel à cette distinction, c’est, d’une part, le fait que toute substance vivante n’est pas nécessairement animale ni humaine. On dit cependant que la distinction est ici inadéquate, car, d’une part, l’homme est compris dans l’extension de la substance, et, d’autre part, la substance est un tout potentiel qui ne peut exister réellement que déterminé par un autre concept, une différence spécifique.


    3°) Réelle, entre réalités non identiques, c’est-à-dire différentes indépendamment de toute considération de l’esprit. Cette distinction de l’esprit existe évidemment entre choses séparables mais aussi entre éléments inséparables, lorsqu’ils peuvent s’exprimer par des concepts adéquatement distincts c’est-à-dire qui ne s’impliquent ni dans leur compréhension ni dans leur extension. C’est le cas pour la matière et la forme, la substance et l’accident, l’essence et l’existence. L’essence concrète peut-être conçue comme complète en elle-même, indépendamment de l’existence et elle n’inclut pas celle-ci dans son extension.


    A la distinction de raison, Scot oppose la distinction « a parte rei », qui existe actuellement, du côté de la chose. Mais cette distinction n’est réelle qu’entre réalités séparables. Entre éléments inséparables, il n’y a qu’une distinction a parte rei actuelle formelle, c’est-à-dire entre formalités actuellement existantes mais identifiées dans la même chose, par exemple : entre essence et existence, et aussi entre les degrés métaphysiques d’un être (distinction virtuelle, chez saint Thomas). Mais c’est la non-identité réelle qui fonde la distinction réelle et non pas simplement, comme le pense Scot, la séparabilité, notion plutôt physique que métaphysique.

    Il s’agit ici des créatures, non pas de Dieu qui existe – nous venons de le voir – par son essence, mais des créatures réelles et non des créatures possibles.

    Tous admettent qu’il y a au moins distinction de raison entre essence et existence, c’est-à-dire que ces deux concepts expriment quelque chose de distinct, comme en témoigne leur définition. Mais y a-t-il de plus distinction réelle, ce qui signifie non identité a parte rei, avant toute considération de l’esprit, et non pas nécessairement séparation ni même séparabilité ? Tel est le point en litige. Dans Pierre, l’essence concrète est-elle réellement distincte de l’acte qui le fait exister ?

    On a prétendu que saint Thomas n’avait pas enseigné cette distinction (Cf. Dict. Théol., art. Dieu). « En fait, dit M. Gilson, nous ne connaissons qu’un seul texte qui soit incontestable. Ceci dit, le fait demeure que, lorsqu’elle (= l’expression “composition réelle”) s’est offerte à lui, il n’a pas reculé devant elle. Bien plus, il en fait usage dans un contexte tel qu’on ne voit pas comment le sens précis n’en serait pas sous-entendu partout où saint Thomas présente l’essence comme distincte de l’existence. »

    Et ailleurs : « Dans la substance composée se trouve un ordre double : l’un, de la matière même à sa forme ; l’autre, de la chose déjà composée à l’exister qu’elle participe. En effet l’exister de la chose n’est ni sa forme ni sa matière, mais un aliquid qui advient à la chose par sa forme. » (De substantils separatis, chap. VI, l’Etre et l’essence p. 102 et suivantes.)

    Aristote n’a pas nié cette distinction réelle : il en a posé les principes et a même admis une certaine distinction entre l’essence et l’existence de l’homme, dans les Analytiques. Cette distinction a été enseignée clairement par Guillaume d’Auvergne, évêque de Paris (1190-1249). Toute l’école thomiste soutient cette distinction, si importante pour sauvegarder la transcendance de Dieu par rapport à l’être de la créature. L’essence et l’existence ne sont pas, évidemment, deux êtres complets, isolables l’un de l’autre, mais deux principes d’être complémentaires, puissance et acte, dont l’union fait l’être existant.

    On trouve dans le manuel du chanoine Collin une démonstration directe de cette distinction de l’essence et de l’existence à partir de la diversité des êtres :
    Les êtres qui nous entourent sont des existants. diversifiés par leurs natures propres ou essences concrète, tous sont d’accord sur ce point. Or, si ces essences se confondaient avec l’existence, elles ne pourraient distinguer les existants les uns des autres ; car l’acte n’implique, dans sa notion, aucune détermination spéciale ; il est pur en lui-même et c’est pourquoi il peut être attribué aux êtres les plus divers. La diversité, par conséquent, ne peut pas venir d’un élément qui se confondrait avec l’existence. Donc, dans les êtres qui nous entourent, l’essence ne se confond pas avec l’existence ; elle en est réellement distincte.

    L’auteur ajoute également une autre démonstration à partir de la multiplicité des êtres et une preuve indirecte s’appuyant sur le fait que si un être existe par essence, essence et existence sont identiques en lui, il est nécessaire ; donc il est Dieu.

    PAR CONSEQUENT EN TOUS LES ÊTRE QUI NE SONT PAS DIEU, ESSENCE ET EXISTENCE SONT DISTINCTES.

On trouve de « ente et essentia » (chap. V 3,5) que :
« Tout ce qui n’entre pas dans le concept ou définition d’une essence, lui vient du dehors et forme composition avec elle ; or, toute essence ou quiddité peut être conçue, sans que l’on conçoive rien au sujet de son existence. Par exemple, je puis concevoir homme ou phénix, et ignorer pourtant qu’ils existent réellement. Il est donc clair que l’existence est autre chose que l’essence ou quiddité : esse est aliud ab essentia. Mais il est nécessaire que toute chose dont l’existence est distincte de sa propre nature tienne cette existence d’un autre. Or, tout ce qui reçoit quelque chose d’un autre est en puissance par rapport à cette chose qui est son acte. Il faut donc que l’essence ou quiddité soit en puissance par rapport à l’existence qu’elle reçoit de Dieu, et cette existence est reçu à la façon d’un acte. »

LES ÊTRES SE COMPOSENT DONC DE DEUX RÉALITÉS DISTINCTES.

Cette distinction n’est pas seulement une distinction de raison mais une distinction réelle avant toute considération de l’esprit, bien que essence et existence ne soient pas séparables dans l’être créée. Elles le composent comme le couple puissance et acte.

L’ESSENCE EST LA PUISSANCE DONT L’EXISTENCE EST L’ACTE.

(A suivre)

_________________

Jean-Paul BONTEMPS
 
Pour la plus grande gloire de Dieu et l’honneur de Notre-Dame, par le triomphe de notre Mère la Sainte Église Catholique, Une et Apostolique, laquelle est traditionnelle (telle qu'avant le conciliabule vaticandeux) et non moderniste.
 
« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)


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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Lun 16 Mai - 13:41




CHAPITRE VI


TOUT ÊTRE CORPOREL
SE COMPOSE-T-IL DE DEUX PRINCIPES :
LA MATIÈRE ET LA FORME


  1. « Les atomes ne subissent aucun changement… Ces éléments qui persistent sont donc suffisants pour produire la diversité des composés » écrit Epicure dans sa lettre à Hérodote. Les corps seraient donc exclusivement constitués de particules insécables, les atomes agrégés au hasard.

  2. « Si nous examinons quelque corps que ce soit… nous connaissons qu’il a tout ce qui le fait corps, pourvu qu’il ait de l'extension » écrit Descartes dans principes II-4, et, dans sa lettre à Mersennes, 27 juillet 1638, « toute ma physique n’est autre que géométrie. » Les corps seraient ainsi une simple extension dont la quantité est seule connaissable.

  3. Dans Principes fondamentaux de philosophie à l’usage des cellules communistes, Georges Politzer écrit : « L’objet de la métaphysique (notamment chez Aristote) c’est l’étude de l’être qui se trouve au-delà de la matière. Tandis que la nature est mouvement, l’être au-delà de la nature (être surnaturel) est immuable. Certains l’appellent Dieu, d’autres l’Absolu. Comme les anciens grecs ne parvenaient pas à s’expliquer le mouvement, il parut nécessaire à certains de leurs philosophes de poser par delà la nature en mouvement un principe éternel. »

  4. « L’être est d’un seul bloc, inébranlable et sans fin,… maintenant, tout entier à la fois, un d’un seul tenant » écrit Parménide ; or, les corps apparaissent multiples. Cette multiplicité est donc une illusion des sens.

  5. Leibnitz (Erd 12 2b) écrit : « Les monades sont les éléments des choses… (dont) on ne saurait trouver l’unité substantielle ni dans la figure, ni dans le mouvement, mais bien dans une âme ou forme substantielle. La matière, prise pour la masse n’est elle-même qu’un pur phénomène… la masse n’est pas la substance corporelle, mais un phénomène tout pur comme l’arc-en-ciel. » La matière n’existe donc pas, il n’y a que des formes, agrégats de forces : les monades.

[Or,]
Dans l’essence même d’un tout corporel, on distingue deux principes : la matière et la forme

Mais là-contre [contre les bêtises précédentes – précision de JP B], la VIIIe thèse thomiste énonce : « La créature corporelle est composée dans son essence elle-même de puissance et d’acte ; puissance et acte, qui dans l’ordre de l’essence, sont désignés par les noms de matière et de forme. » (« Creatura vero corporalis est quoad(ac) ipsam essentiam composita potentia et actu; quae potentia et actus ordinis essentiae materiae(ac) et formae nominibus designantur. »)(ad)
(ac) : Il y a deux petites erreurs dans cette transcription de mon ami Eric : le mot “quoad” que j’ai corrigé ici, est, dans la version d’Eric Tailhades, remplacé par le mot “quead” qui n’a aucun sens, et le mot “materiae” manque. Cependant sa traduction, qui, dans le même §, précède la citation latine, est entièrement exacte. (Note de JP B.)

(ad)
 : « Cette doctrine revient constamment dans tous les ouvrage de saint Thomas. Qu’il suffise de citer ici De spiritualibus creaturis, a. 1. » (R.P. Edouard HUGON, O.P., PRINCIPES DE PHILOSOPHIE, LES VINGT-QUATRE THESES THOMISTES, en note 69.)
Cf. D
E PRINCIPIIS RERUM NATURALIUM (DES PRINCIPES DE LA RÉALITÉ NATURELLE), chapitre Ier « Trois principes de toute production : matière, forme et privation » et chapitre II « Étude de la matière », que nous reproduirons un jour si Dieu le veut. On trouve ce petit ouvrage remarquable, Les Principes de la réalité naturelle, aux Nouvelles Éditions Latines (« Collection Docteur Commun ») ; introduction, traduction et notes par Jean MADIRAN.
(Note de JP B.)


En effet, les corps ont tous ce caractère commun d'être matériels, c’est-à-dire de présenter une masse, un volume et une énergie. Ils exigent donc un principe commun qui rende raison de leur matérialité : c’est la matière première. Mais les corps appartiennent à des espèces qui diffèrent par nature ; ce qui est prouvé par les différentes propriétés. Il faut donc un autre principe pour rendre raison de leurs diversités : c’est la forme.

Prenons un exemple pour aider, par analogie, à la compréhension de ces notions. Lorsqu’un potier prend une boule de glaise pour la mettre sur son tour, il a une masse amorphe (de morphé : la forme, en grec) ou informe. Il veut en faire un bol, par exemple, aussi va-t-il guider ses instruments pour imposer à la glaise, la forme qu’il veut lui communiquer. La glaise est d’abord en puissance de recevoir n’importe quelle forme. Ensuite, le pot fait a reçu sa forme qui en fait un bol. Toutefois, le mot forme n’a pas en philosophie le sens d’apparence extérieure qu’il a ici dans le langage courant.

[…]

(A suivre)

_________________

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« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)


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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Mar 17 Mai - 1:02

Pour mieux expliciter le présent CHAPITRE VI « TOUT ÊTRE CORPOREL SE COMPOSE-T-IL DE DEUX PRINCIPES : LA MATIÈRE ET LA FORME », nous allons rompre le déroulement des « LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE » de notre ami Éric TAILHADES pour étudier ce que le Révérend Père Édouard HUGON de cette VIIIe thèse thomiste au début de la deuxième partie (« LA COSMOLOGIE », chapitre I (« La matière et la forme »).

Après avoir énoncé cette thèse elle même citée plus haut (dans le message précédent) en latin puis en français, il écrit

Citation :

Après avoir signalé l'application des premiers principes de l'ontologie à la créature spirituelle, on descend au problème fondamental de la cosmologie, relatif à la composition des corps. Dans la créature spirituelle, l'essence est simple, la composition ne s'entend que par rapport à l'existence et aux accidents, formes secondaires qui viennent couronner la substance ; dans la créature corporelle, la puissance et l'acte sont dans l'ordre de l'essence elle-même : celle-ci est composée d'un principe actuel qui détermine, confère la perfection spécifique et qui est appelé forme substantielle.


I. Le Problème.
Ici encore, le point de départ sont l'expérience et le sens commun, qui constatent dans les corps un dualisme et des antinomies. Les corps nous apparaissent passifs et inertes, et cependant ils déploient ces énergies et cette activité qui font la fécondité de la nature et la beauté de l'univers. Soumis à la multiplicité et à la division, ils conservent, d'autre part, une merveilleuse unité, que le fleuve des phénomènes et des changements ne réussit pas à détruire. Ils ont un élément générique, commun à tous les corps, et un élément spécifique ou typique, qui classe chacun d'eux dans une hiérarchie déterminée ; un élément qui demeure sous toutes les successions de phénomènes et un élément qui disparaît ou se renouvelle incessamment. C'est ce que nous atteste la loi de la conservation de la matière et de l'énergie, dont la quantité reste invariable. Après le mélange ou la combinaison, le poids n'est pas modifié ; la quantité du mouvement, qui semble se perdre, se retrouve équivalemment sous la forme de la chaleur. De là ces axiomes de la science moderne : "équivalent mécanique de la chaleur", et : "rien ne se crée, rien ne se perd (70). Et cependant la Chimie constate des variations dans les combinaisons, comme la Biologie dans les diverses phases de l'évolution vitale.
(70) : "La chimie moderne complète et précise ce principe, en nous montrant que la masse détruite est toujours égale à la masse créée." P. Duhem, Le Mixte, p. 205.

Voilà le dualisme que proclame l'expérience quotidienne. La raison, pour l'expliquer, est amenée spontanément à conclure : il doit y avoir dans les corps deux principes essentiellement distincts : 1° le principe de passivité, d'inertie, de multiplicité, de division, commun, générique, permanent sous le fleuve des modifications indéfinies ; 2° le principe d'activité, d'unité, qui distingue, caractérise chaque corps, lui donne son type et son espèce. Le premier parce qu'il est passif et déterminable, est potentiel et matériel : le second, parce qu'il est actif et spécifique, est dynamique et formel. Tout le problème de la constitution des corps se ramène à expliquer le rôle de ces deux éléments. Si l'on défend exclusivement le premier, on tombe dans les excès de l'atomisme ; la considération trop étroite du second conduit aux exagérations du dynamisme : la doctrine d'Aristote et de St Thomas, que la S. Congrégation nous propose comme norme sûre de direction, sauvegarde les deux éléments, non pas en les mettant sur le même pied d'égalité, mais en établissant entre eux les rapports fondamentaux de la puissance et de l'acte. Voilà le système scolastique de l'Hylémorphisme, c'est-à-dire de la matière première et de la forme substantielle.

On peut le résumer en trois points : 1° il y a dans les corps un principe substantiel matériel et un principe substantiel formel ; 2° l'un et l'autre est une substance incomplète ; 3° le principe matériel est par rapport au principe formel ce qu'est la puissance par rapport à l'acte auquel elle est essentiellement ordonnée. De là dérivent des conséquences inéluctables : les corps ne sont pas des agrégats de plusieurs substances complètes, mais chaque composé de matière et de forme jouit de son unité substantielle ; les corps diffèrent entre eux substantiellement, comme une espèce diffère d'une autre ; il y a dans la nature des changements substantiels, c'est-à-dire des corruptions et des générations qui produisent des substances nouvelles dans l'univers.
Il n'est pas possible d'entrer ici dans l'examen détaillé des systèmes, ce qui demanderait un volume (71) ; arrêtons-nous à quelques considérations pour justifier le système thomiste, préféré par l'Eglise, et qui est, en définitive, la solution du sens commun.
(71) : On peut, pour cet examen, consulter spécialement Mgr Farges, Matière et Forme, et M. Nys, Cosmologie.



II. Existence d'un principe matériel.
Tout d'abord l'expérience et le raisonnement découvrent dans tous les corps un principe substantiel matériel. L'activité des corps s'accomplit dans l'espace, se répand se propage par l'espace ; de même que nous voyons les corps agir les uns sur les autres par leur contact, dans la mesure de leur contact, au point que toute leur action s'arrête s'ils cessent de se toucher de quelque manière, ou immédiatement ou médiatement. Or l'espace suppose l'extension, et pareillement le contact corporel requiert une surface étendue. Il faut donc conclure à l'existence d'un principe qui est la racine de l'étendue, et partant matériel, puisque matière et étendue sont des concepts inséparables. Ce principe est permanent, comme le prouve la loi des poids : quel que soit le changement intervenu, le poids est demeuré le même, ce qui suppose un principe aussi immuable avant qu'après la mutation. Et, comme la série des accidents, phénomènes, changements, mouvements, activités, ne peut pas reposer sur le vide, il faut dire encore que cet élément est substantiel, pour être le premier support de ce flux incessant.


III. Existence d'un principe formel.
Mais ce principe matériel ne suffit pas : l'expérience et le raisonnement réclament un autre principe substantiel, formel et dynamique, pour expliquer l'unité, la fixité, l'activité des vivants. Est-il possible de ne pas reconnaître dans l'animal une force interne, qui maintient l'être tout entier, qui dirige toutes ses énergies vers une fin unique, pour sa conservation et sa perfection, et qui, malgré la multiplicité et la composition de l'élément matériel, produit les phénomènes d'une sensation simple et indivisible, comme la vision, l'appétition, en un mot toute la vie psychologique de l'animal ?
Que remarquons-nous aussi dans la plante ? Une tendance intérieure qui régit les diverses parties, les coordonne, le fait contribuer au bien de tout l'organisme. Le terme de cette activité demeure dans la plante elle-même ; c'est la plante qui bénéficie de son travail ; en agissant, elle évolue, se parfait, et le dernier terme de cette évolution devient sa parure et sa couronne. La matière, qui change constamment et qui au bout de quelque temps est renouvelée tout entière dans le même vivant, n'explique pas cette fixité et cette unité spécifique. A moins de nier la réalité de la vie ou la distinction réelle entre les corps vivants et les corps inanimés, il faut admettre un principe substantiel et spécifique, source de cette unité et que nous appellerons la forme substantielle.
Pour les corps inorganiques, l'évidence est moins complète. Toutefois, certains phénomènes constatés, surtout dans les cristaux, semblent confirmer la thèse thomiste. Le cristal est régi par une force mystérieuse qui groupe et ordonne les diverses molécules selon un type spécifique et invariable, de telle sorte que, si les angles du cristal viennent à être lésés, ou brisés, ils sont réparés infailliblement selon le même type constant. Cette énergie interne ne serait-elle pas le principe substantiel et formel d'Aristote et de saint Thomas ? Des savants de grande envergure n'ont pas craint de l'affirmer. "Ainsi, la cristallographie, écrivait l'illustre de Lapparent, donnerait raison à l'opinion philosophique exprimée dès le treizième siècle par le puissant génie de saint Thomas d'Aquin (72)."
(72) : A. de Lapparent, cours de minéralogie, p. 68.

D'une manière universelle et pour tous les corps, les propriétés irréductibles nous font conclure à deux principes irréductibles : les unes se rattachant à la quantité et révèlent l'existence du principe substantiel formel. Ici encore, la science peut prêter la main à la scolastique. "Nous voici donc obligé de recevoir en notre Physique autre chose que les éléments purement quantitatifs dont traite le géomètre, d'admettre que la matière a des qualités ; au risque de nous entendre reprocher le retour aux vertus occultes, nous sommes contraints de regarder comme une qualité première et irréductible ce par quoi un corps est chaud ou éclairé, ou électrisé, ou aimanté ; en un mot, renonçant aux tentatives sans cesse renouvelées depuis Descartes, il nous faut rattacher nos théories aux notions les plus essentielles de la Physique péripatéticienne (73)."
(73) : P. Duhem, Evolution de la mécanique, pp. 197-198.



IV. Ce qui est définitivement acquis.
Présentée sous cette forme générale, que la Sacrée Congrégation fait sienne, et sans descendre aux applications qui ne sont pas l'essence du système, la doctrine thomiste peut être appelée certaine, comme une conclusion du sens commun. Les données essentielles sont définitivement acquises et inébranlables : 1° il faut dans les corps, outre la matière, la quantité, le mouvement, reconnaître un principe formel et dynamique et des qualités permanentes ; 2° la matière est indestructible : rien ne se perd ; 3° la forme n'est pas tirée du néant, mais du sujet potentiel qui la contenait et qui la reçoit : rien ne se crée.
La Sacrée Congrégation ne parle pas des mutations substantielles ; mais la doctrine est indiscutable au moins pour le composé humain et pour les animaux, car tout le monde constate une différence essentielle entre un vivant et un cadavre. On peut aussi l'appeler certaine par rapport au monde végétal : les phénomènes qui font naître et mourir la plante, qui produisent le chêne gigantesque et le réduisent un jour en poussière sont bien des changements qui atteignent la substance même. Partout où il y a passage de vie à mort, comme de mort à vie, il y a mutation substantielle.
La preuve n'est pas si décisive pour les corps inorganiques ; mais les propriétés irréductibles que la science constate dans le nouveau composé nous autorisent à conclure qu'ici encore un changement substantiel est intervenu.
Le système aristotélicien et thomiste est la meilleure explication de nos dogmes catholiques sur l'union de l'âme avec le corps, la nature humaine du Christ, la présence réelle dans l'Eucharistie et la transsubstantiation (74) ; car tout cela suppose matière, forme, union substantielle et changement substantiel.
(74) : C'est pour expliquer la réalité et l'unité de la nature humaine dans le Christ que le concile de Vienne (1311) définit que l'âme intellectuelle est véritablement, par elle-même, et essentiellement, la forme du corps humain. Le Fils de Dieu a pris les deux parties de notre nature unies ensembles, de telle sorte que restant vrai Dieu, il est devenu vrai homme. Cf. Denzinger, 480, 481.

[…] nous voulons citer un nouveau témoignage du savant P. Duhem : "Peu à peu cependant, et par le fait même de ce développement, les hypothèses mécanistes se heurtent de toutes parts à des obstacles de plus en plus difficiles à surmonter. Alors la faveur des physiciens se détache des systèmes atomistiques, cartésiens ou newtoniens, pour revenir à des méthodes analogues à celles que prônait Aristote. La Physique actuelle tend à reprendre une forme péripatéticienne[/i] (75)."
(75) : P. Duhem, Le Mixte, p. 200. – Pour une étude plus complète, voir Nys, Cosmologie ; Farges, Matière et Forme, etc., et notre Cursus Philos. Thomist., t. II, Tract. II.

Fin de citation.


Notez Bien :

On trouve actuellement cet ouvrage du Révérend Père Édouard HUGON, O.P., PRINCIPES DE PHILOSOPHIE, LES VINGT-QUATRE THESES THOMISTES, au prix de 21,00 euros (*) chez :
Éditions Saint-Rémi
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Tél./Fax : 05 56 76 73 38
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  • Etc., etc. …

(*) : Ajouter les frais de port.

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Jean-Paul BONTEMPS
 
Pour la plus grande gloire de Dieu et l’honneur de Notre-Dame, par le triomphe de notre Mère la Sainte Église Catholique, Une et Apostolique, laquelle est traditionnelle (telle qu'avant le conciliabule vaticandeux) et non moderniste.
 
« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)


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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Sam 4 Juin - 12:49


Suite du CHAPITRE VI « TOUT ÊTRE CORPOREL SE COMPOSE-T-IL DE DEUX PRINCIPES : LA MATIÈRE ET LA FORME »

En métaphysique, il [le mot forme] signifie la conception intellectuelle qui est recouverte par la définition. Si on dit, par exemple, « homme : animal raisonnable », cette formule recouvre l’essence par le genre prochain “animal” et la différence spécifique “raisonnable”. Mais il faut encore distinguer deux réalités distinctes recouvertes par le mot forme.

Lorsqu’on parle d’homme, il s’agit de substance seconde (cf. le chapitre suivant intitulé « Y a-t-il des essences qui existent en elles-mêmes ou substances, et d’autres qui existent dans et par une substance : les accidents ? ») et non de substance première : “Pierre”, “Paul”, “Jacques”…

Ainsi, d’une essence peut découler une infinité d’individus, le principe multiplicateur étant justement la matière ainsi que le précise le XI° thèse thomiste : « La matière désignée par la quantité est principe d’individuation numérique d’un individu à l’autre (ae) dans la même espèce, qui ne peut exister chez les esprits purs » (« Quantitate signata materia principium est individuationis, id est, numericae distinctionis, quae in puribus spiritibus esse non potest, unius individui ab alio (ae) in eadem natura specifica. » (af)) Toutefois, chaque individu diffère du précédent non seulement parce qu’il est concrètement constitué par une autre quantité de matière, mais parce que la forme n’est pas identique. […]
(ae) : Je ne sais pourquoi mon ami Eric Tailhades a sauter ce que j’ai souligné là d’un trait et que je rajoute parce que c’est écrit ainsi (en latin du moins) dans l’ouvrage du R.P. Edouard HUGON (opus cit.). (Note de JP B.)

(af) : « Cette doctrine est affirmée par St Thomas spécialement II Cont. Gent., c. 92, 93, et Sum. Théol. I P., q. 50, a. 4; in Boet. De Trinit. Q. 4, a. 2; de Ente et Essentia, c. II. » (R.P. Edouard HUGON, O.P., opus cit., en note. – Note de JP B.)


(A suivre)

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Jean-Paul BONTEMPS
 
Pour la plus grande gloire de Dieu et l’honneur de Notre-Dame, par le triomphe de notre Mère la Sainte Église Catholique, Une et Apostolique, laquelle est traditionnelle (telle qu'avant le conciliabule vaticandeux) et non moderniste.
 
« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)


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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Mar 7 Juin - 0:11


Suite du CHAPITRE VI « TOUT ÊTRE CORPOREL SE COMPOSE-T-IL DE DEUX PRINCIPES : LA MATIÈRE ET LA FORME »

[…]

Si le mot de forme n’a pas en métaphysique le sens géométrique du langage courant, celui de matière n’a pas non plus le même sens. En effet, la glaise n’est pas totalement informe puisque c’est de la glaise et non du plâtre ou de la marne dont on peut déterminer chimiquement la nature : silicate d’alumine. Dans la nature il n’existe pas de matière sans forme (al). La matière, telle que l’entend la métaphysique, est la matière prime ou première, principe d’être n’existant pas seule, mais par et avec la forme qui lui est jointe car elle est son acte.
(al) : Sauf si l’on parle par analogie comme il arrive fort souvent en métaphysique, précisément ! (Note de JP B.)


Le mot de matière en métaphysique correspond donc à la puissance pure et à ce titre est inintelligible puisque l’esprit humain n’atteint que les formes (al) (am). La matière n’apporte aucune détermination par elle-même. Aussi est-ce la forme substantielle, ainsi que nous le verrons dans le chapitre suivant « les composants sont-ils en acte dans les composés ? » qui assume toute la différenciation du sujet.
(am) : Saint Robert BELLARMIN, Docteur de l’Église, (De Romano Pontifice, li. II, c. 30) a pu parler, à propos « Du Pontife Romain », précisément, de « la matière, c’est-à-dire la personne [élue par les cardinaux] » et de « la forme du pontificat [reçue de Dieu] »… (Note de JP B.)


Prenons un exemple concret pour illustrer ce fait : Si nous extrayons l’œil d'un animal vivant, cet organe cesse d’assumer sa finalité, il ne voit plus, car en réalité ce n’est pas l’œil qui voit mais l’animal qui voit par l’œil. Autrement dit l’œil n’existe qu’en tant que partie d’un tout. C’est notre pensée qui, par sa faculté d’abstraire, lui donne une unité indépendante. Et la différenciation découle de la forme animale et non de la matière. Il en est de même de tel corps chimique qui entre dans la composition de tel organe. Autrement dit, il n’y a pas de carbone, d’azote ou d’eau dans cet organe, mais un corps qui fonctionne par l’union indissociable de carbone, d’azote, d’eau… dans laquelle les composants ont perdu leur identité au profit du tout. Ainsi, à la mort, l’animal se décompose – il y a retour à l'état minéral – Les composants reprennent leur forme au fur et à mesure de la décomposition.

En ce qui concerne l’homme, le problème se complique du fait que l’âme, au lieu d’être simplement l’organisation de la matière qui disparaît purement et simplement à la mort, par décomposition, est subsistante en elle-même car spirituelle. Saint Thomas dit que l’âme humaine est la forme d’un corps ayant la vie en puissance. Il place l’insufflation de l’âme par Dieu à la conception ; on peut penser qu’elle suit la fusion des gamètes. Dès lors, le développement est assumé par l’âme spirituelle de même que tout le fonctionnement corporel, fût-il inconscient et automatique comme celui du cœur ou de l’intestin. La disparition de l’âme entraîne, comme dans le cas d’un animal non raisonnable, le retour à l’état minéral, par décomposition de ce “je ne sais quoi qui n’a de nom en aucune langue” et qui a cessé de vivre.

En dehors de l’aspect purement théorique de la question, qui a son importance, il y a un aspect pratique qui n’est pas négligeable, car selon ce que nous avons dit, les hommes diffèrent non seulement par le corps, mais aussi et surtout par l’âme. En effet la XVIe thèse thomiste précise :
« La même âme rationnelle est unie au corps de telle sorte qu’elle soit sa forme substantielle unique et que par elle l’homme ait d’être un homme, un animal [animé et vivant](an), un corps, une substance, un être. […] » (“Eadem anima rationalis ita unitur corporis, ut sit ejusdem forma substancialis unica et per ipsam habet homo ut sit homo et animal et vivens et corpus et substan tia et ens. […]”)(ao)

(an) : Entre crochets de JP B.

(ao) : « Cette assertion capitale se trouve clairement dans : Sum. Théol., I P., q. 76; Qq. disp. de Spiritual, creaturis, a 3; de Anima, a. 1; II. Cont. Gent., cc. 56, 68 à 71. » (R.P. Edouard HUGON, O.P., opus cit., en note 151. – Note de JP B.)


Mais pour les néo-thomistes, et Daujat en particulier, les hommes naîtraient avec des âmes égales. Il écrit (p. 16 de la quatrième leçon de sa dix-huitième année de cours complet de doctrine catholique) : « Ce qui donne à un homme d’être un homme, c’est d’avoir la nature humaine, c’est son âme qui en fait un être doué d’intelligence, de liberté… Mais ce qui le distingue d’un autre homme, c’est la matière. C’est ce qui nous permet de donner une explication héréditaire, une explication morphologique de tous les caractères individuels par la composition chimique des humeurs et des sécrétions. »
“Ce qui le distingue d’un autre homme, c’est la matière”, écrit Daujat. Quelle matière ? Sûrement pas la matière première puisque, puissance pure, elle est la même pour tous les corps et n’apporte aucune différenciation.
La suite de la citation, d’ailleurs, le confirme ; Daujat parle de la matière seconde, du corps lui-même, avec son hérédité, sa morphologie, sa “composition chimique des humeurs et des sécrétions”. Mais chaque âme individuelle assume ces “caractères individuels” différents. Donc elle diffère des autres âmes. Car l’âme étant la forme du corps, on peut induire de la différence des corps, la différence des âmes. Saint Thomas écrit en effet (q. 47 – Art 1) : « La matière est en vue de la forme, non le contraire. Aussi la distinction des choses est-elle due aux formes qui leur sont propres. La distinction n’est donc pas dans les choses à cause de la matière, mais au contraire la diversité dans la matière créée existe en vue de s’accommoder avec les diverses formes. » (“Materia est propter formam et non e con verso. Distinctio autem rerum est per formas proprias. Non ergo distinctio est in rebus propter materiam; sed potius e converso in materiam creatam est diformitas, ut esset accomoda diversis formis.”)

Daujat écrit “ce qui donne à un homme d’être un homme, c’est d’avoir la nature humaine.” Il se place donc là, manifestement au niveau abstrait de la substance seconde, l’homme, l’humanité. Il poursuit : “C'est son âme qui en fait un être doué d’intelligence, de liberté…” et ainsi, sans crier gare, glisse au niveau de la substance […] concrète “Pierre”, “Paul”…

Ce qui le conduit – puisque tous les hommes possèdent la nature humaine – à dire qu’ils naissent avec des âmes égales. Ce seraient les circonstances de la vie et la générosité avec laquelle les personnes réagissent, car elles sont libres, qui différencieraient petit à petit les individus. Il y a là une expression métaphysique du principe révolutionnaire : “les hommes naissent libres et égaux.” Les néo-thomistes, sous apparences catholiques, sont en fait des “philosophes éclairés” du type de ceux qui sont apparus au XVIIIe siècle. Ils ont insufflé en milieu catholique l’idéologie judéo-maçonnique et révolutionnaire, en l’établissant sur une erreur métaphysique. Car la nature humaine se caractérise par une âme intellectuelle ; c'est dans la définition, à côté du genre prochain “animal”, la différence spécifique “raisonnable”. Mais cette âme n’est pas qu’intellectuelle, elle assume aussi les autres fonctions : mémoire, imagination, cogitative, concupiscible, irascible…

Daujat ne prend donc dans la nature humaine que la différence spécifique : raisonnable – première erreur – en outre il la confond avec l’âme individuelle de chacun, deuxième erreur.

Or, au stade concret, individuel, telle âme assume tel corps, et le fait que les corps soient différents implique, répétons-le, la différence des âmes. Dans le chapitre « la connaissance intellectuelle se borne-t-elle à la connaissance générale, c’est-à-dire scientifique », nous avons vu que Daujat et les néo-thomistes, prétendaient que seule la connaissance sensible atteignait les singuliers alors qu’ils sont l’objet de connaissance intellectuelle par “retour sur l'image”.

Dès lors, partant de la proposition erronée que le singulier n’est pas en tant que tel, objet de connaissance de la part de l’intelligence humaine, ils aboutissent à affirmer que les âmes humaines sont égales à la naissance. Il y a là le processus habituel au libéralisme : on prétend tout d’abord la vérité inconnaissable, et ensuite on affirme péremptoirement une “opinion” purement subjective. Les néo-thomistes pratiquent ainsi en affirmant une proposition qui a séduit leur orgueil, en l’occurrence, qu’ils sont les égaux des meilleurs sur le plan intellectuel.


Les âmes humaines ne sont donc pas créées par Dieu égales, ni avec la même noblesse, puisqu’en vue des diverses caractéristiques des âmes existent les diversités des corps plus ou moins fins. On retrouve là, la correspondance mystérieuse de l’hérédité entre la filiation et la valeur intellectuelle et morale. « Bon sang ne saurait mentir » est une vérité d’expérience, même si elle souffre des exceptions et qu’il soit difficile de distinguer la part de l’hérédité de celle de l’éducation. Sans diminuer le rôle de la liberté de chacun, il faut préciser, contrairement à la pratique imbécile de la société moderne en général, notamment la maçonnerie et les mouvements d’action catholique, que la sélection ne doit pas se faire sur le désir de l’homme de monter et ses prétentions, mais sur les capacités et les aptitudes de chacun. La nature des choses est que la société humaine est hiérarchique et non égalitaire.

Une autre conséquence de cet égalitarisme est de conduire aux gouvernements d’assemblées, que les néo-thomistes, comme tous les démocrates et révolutionnaires, prônent comme l’état évolué de la société, par opposition à l’organisation hiérarchique antérieure condamnée comme dépassée. Si les hommes sont égaux, il est injuste que l’un d’eux domine socialement sur les autres. C’était admissible (ap) tant que les conditions de vie ne permettaient pas de donner sa chance à chacun, mais le progrès technique permet d’accorder à tous la même éducation. Il est bien évident que dans la réalité les capacités différentes de chacun ne leur permettent pas d’en profiter également. On a là une des causes de l’échec de l'enseignement dispensé par l’éducation nationale. Là aussi se trouve l’explication de la formule a priori hermétique de Maritain dans le Paysan de la Garonne : « L'homme de droite est pour l’ordre et l’homme de gauche pour la justice. » Le “pauvre Jacques” oubliant que la justice est justement réalisée par l’ordre, confond la justice avec l’égalité. Dès lors, la hiérarchie, bien que réalisant l’ordre, ne peut être juste (ap), et l’égalité, bien que juste, doit bien être reconnue comme engendrant l’anarchie.
(ap) : Selon les néo-thomistes. (Note de JP B.)



Réfutation des objections liminaires


  1. Epicure a raison d’affirmer l’existence de particules ultimes insécables et que nous pouvons vraisemblablement faire correspondre aux photons. Toutefois, il n’est pas contradictoire que la matière première et la forme soient toujours unies et cependant réellement distinctes.

  2. Descartes nie l’existence de la forme d’une manière pratique en négligeant la question. C’est un matérialiste qui n’envisage que l’aspect quantitatif des phénomènes et écarte la nature aussi bien que les propriétés des corps. Ceci découle de son utilitarisme foncier. Il ne s’intéresse à la vérité de rien, mais seulement à la force de tout, afin de dominer le monde. La question de Notre Seigneur « Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme ? » s’adresse particulièrement à lui et, à travers lui, au monde moderne qui en est issu et dont Saint-Exupéry a pu écrire, dans sa lettre au Général X « les hommes ont fait l’essai des valeurs cartésiennes ; hors des sciences de la nature, ça ne leur a guère réussi !… Je hais mon époque de toutes mes forces. L’homme y meurt de soif. »

  3. Héritier spirituel de Descartes, comme tout marxiste, Politzer a la même attitude intellectuelle que lui. Il ne s’intéresse « qu'à la force du feu, de l’eau… afin de se rendre comme maître et possesseur de l’univers » (Discours de la méthode). Mais à la différence de Descartes, qui sait que la Vérité vient de Dieu (au lieu de cette philosophie spéculative qu’on enseigne dans les écoles), Politzer ne comprend plus comment certains peuvent encore professer la vérité de l’existence de la forme. Il en est réduit, dans son épaisse cervelle de matérialiste enténébrée par l’orgueil, à imaginer « que ne parvenant pas à s’expliquer le mouvement… il parut nécessaire à certains de poser un principe éternel », alors qu’il est justement lui-même incapable d’expliquer le mouvement ! Ironie de la Providence…

  4. Parménide, tenant du monisme de l’être, en reste à ce principe : « ce qui est, est ; ce qui n’est pas, n’est pas. » Il ne distingue pas l’acte pur incréé (dont la IIe thèse thomiste déclare : « […] dans l'ordre où l'acte est pur, il ne peut être qu'illimité et unique […] » : “[…] in quo ordine actus est purus, in eodem non nisi illimitatus et unicus existi […]”), d’avec l’être participé ou créé : « L’acte, parce qu’il est perfection, n’est limité que par la puissance […] » (“Actus, utpote perfectio, non limitatur nisi per potentiam […]”) (aq). Certes, son analyse est incomplète, elle a cependant le mérite d’accéder au 3ème degré d’abstraction, ce dont les modernes, du type Politzer, héritiers de Descartes, sont incapables. Aveuglés qu’ils sont par leur volonté de puissance, les philosophes éclairés sont bornés, par voie de conséquence, aux connaissances inférieures.
    (aq) : IIe thèse thomiste : « Actus, utpote perfectio, non limitatur nisi per potentiam quae est capacitas perfectionis. Proinde in quo ordine actus est purus, in eodem non nisi illimitatus et unicus existit; ubi vero est finitus ac multiplex, in veram incidit cum potentia compostionem. » (« L’acte, parce qu’il est perfection, n’est limité que par la puissance, qui est une capacité de perfection. Par conséquent, dans l’ordre où l’acte est pur, il ne peut être qu’illimité et unique ; là où il est fini et multiple, il rentre en véritable composition avec la puissance »)
    « Voici quelques-uns des passages où saint Thomas enseigne clairement cette doctrine : I, Cont. Gent., c. 43; I Sent. Dist. 43, q. 2; Somme, I P. Q. 7, aa 1 et 2. » (R.P. Edouard H
    UGON, O.P., opus cit., en note 17.)
    (Note de JP B.)


  5. Leibnitz nie l’existence de la matière, pour substantifier la forme qui, de principe intellectuel, devient une force composée de sortes de “grains d'énergie”, les monades. Il y a là encore un monisme. Malgré les apparences, c’est un matérialiste : Il attribue à une force, une énergie, donc un principe matériel, les perfections qui proviennent de la forme – principe non matériel – que l’esprit seul perçoit. On retrouve une image analogue chez Teilhard de Chardin. Il distingue en effet deux énergies : l’énergie radiale et l’énergie tangentielle. L’une est celle que mesure la physique classique. Quant à l’autre, fruit de l’imagination de l’auteur, elle “s’accumulerait et exploserait” permettant à la matière minérale de produire, sans cause externe, la matière vivante. C’est encore elle qui, toujours sans intervention extérieure, ferait passer de l’animal à l’homme : Effets sans causes, explications parfaitement absurdes. « Bouche-trous qui ne bouchent pas le trou » comme disait CHESTERTON.


(A suivre)

_________________

Jean-Paul BONTEMPS
 
Pour la plus grande gloire de Dieu et l’honneur de Notre-Dame, par le triomphe de notre Mère la Sainte Église Catholique, Une et Apostolique, laquelle est traditionnelle (telle qu'avant le conciliabule vaticandeux) et non moderniste.
 
« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)


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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Sam 25 Juin - 9:23




CHAPITRE VII


Y A-T-IL DES ESSENCES QUI EXISTENT
EN ELLES-MÊMES OU SUBSTANCES ;
ET D’AUTRES QUI EXISTENT
DANS ET PAR UNE SUBSTANCE, LES ACCIDENTS ?


  1. Selon David HUME (1711-1776), tenant de la phénoménologie, « il n’y a aucune impression qui réponde à la substance ; nous ne connaissons que des modes, des qualités ; les corps ne sont que des groupes de sensations », unis dans notre conscience (1). La substance n’existe pas, elle découle du mode de fonctionnement de notre esprit.
    (1) : Il veut dire par là que nous ressentons par exemple du froid, voyons une étendue, entendons un clapotement, donc que nous percevons un ensemble de phénomènes ou manifestations sensibles mais qu’il n’existe pas d’eau en réalité. C’est nous qui l’inventons car il n’y a pas “d'impression” correspondant à “eau”.

  2. KANT écrit dans la critique de la raison pure « l'entendement peut être défini : la faculté de ramener les phénomènes à l’unité au moyen des règles » (2). C’est l’esprit humain qui impose la substance, comme forme subjective, aux perceptions sensibles.
    (2) : Il estime que “l’entendement” fait subir à la réalité uniquement composée de phénomènes, chaleur, couleur, étendue… un traitement qui les rassemble par groupe eau, air, bois… mais que cette opération est purement subjective, c’est-à-dire faite selon ses propres “règles” par le sujet connaissant.

  3. Les accidents, pour DESCARTES, n’ont pas d’existence réelle : tout se résume à l’étendue. « Ce n’est pas la pesanteur, ni la dureté, ni la couleur… qui constitue la nature du corps, mais l’extension seule… sa nature consiste en cela seul qu’il est une substance qui a de l’étendue ».

[Mais]
Tout le créé se divise en deux groupes, les substances et les accidents.

Car la cinquième thèse thomiste énonce : « Est […]in omni creatura realis compositio subjecti subsistentis cum formis secundario additis sive accidentibus […] ». (« Il y a […] dans toute créature, une composition réelle d’un sujet subsistant avec des formes ajoutées secondairement, les accidents […] »). (ar)
(ar) : Ve thèse thomiste : « Est praeterea in omni creatura realis compositio subjecti subsistentis cum formis secundario additis, sive accidentibus: ea vero nisi esse realiter in essentia distincta reciperetur, intelligi non posset. » (« Il y a en outre dans toute créature, composition réelle du sujet subsistant avec des formes qui lui sont ajoutées secondairement, c’est-à-dire les accidents ; et cette composition ne se comprendrait pas si l’être n’était point reçu réellement dans une essence distincte de lui. »)
« Cette proposition est enseignée ouvertement par St Thomas dans ses écrits, notamment De ente et essentia, c. 7; I Cont. Gent., c. 23 ; II Cont. Gent., c. 52 ; Sum. Theol. I P., q. 3, a. 6. » (R.P. Edouard H
UGON, O.P., opus cit., en note 44.)
(Note de JP B.)

Lorsqu’on observe une réalité concrète, le contenu d’un verre d’eau à température ordinaire, par exemple, ce qui apparaît d’abord c’est qu'il s’agit d’un liquide incolore, translucide, doté d’une certaine densité, inodore, de faible saveur, froid au toucher… Cet ensemble de sensations fournies par la vue, l’odorat, le toucher, le goût… nous donne les apparences sous lesquelles se révèle à nous l’objet examiné. Ce que l’on atteint ainsi : liquide, froid, translucide, inodore… reçoit en métaphysique le nom “d’ACCIDENTS”. Leur existence est bien évidente, ce sont les qualités sensibles de l’objet. Mais l’objet lui-même, ici l’eau, quel est-il ? Nous en connaissons l’existence et même, après analyse, la nature, ici de l’eau, qui diffère du vin, de l’huile ou du pétrole, pourtant liquides eux aussi. Ces natures, eau, vin, huile, pétrole… constituent les supports des “accidents” observés, qui en sont l’expression, et reçoivent le nom de “SUBSTANCE”, de “substare”, en latin “se tenir en dessous” des apparences. Tous les êtres créés se rangent dans l’une ou l’autre catégorie, soit substance qui existe en elle-même, soit accident qui existe dans et par une substance.

Les accidents ou apparences ou phénomènes (de phaïnomenon en grec, ce qui apparaît) tombent sous les sens. Ils procèdent en tant que sujet d’inhésion (3) d’un suppôt (4) réel et connaissable ou substance. La substance constitue donc le support des accidents qui lui sont intimement liés, c’est pourquoi celle-ci est leur sujet d’inhésion.

(3) : Inhésion est un terme uniquement employé en métaphysique. Par contre, on trouve dans le langage, courant l’adjectif inhérent, qui a la même racine philologique et signifie : lié de manière intime.

(4) : Le suppôt est une expression scolastique. Nous l’avons conservée dans le langage courant, dans l’expression “suppôt de Satan”. Suppôt signifie sujet au sens ontologique du mot, mais non au sens grammatical. Voyons la différence qui existe entre sujet grammatical et sujet ontologique. Lorsqu’on dit par exemple, le bleu du ciel est profond, le bleu est sujet grammatical et non sujet ontologique, puisque le bleu est un accident. Le suppôt correspond au sujet ontologique qui s’exprime par les accidents. D’où l'expression “suppôt de Satan” : homme par lequel Satan agit et s’exprime.


Liquide à température ordinaire, l’eau, par exemple, devient solide au-dessous de 0°C et gazeuse au-dessus de 100°. Ainsi un même corps peut exister sous des apparences différentes.

Lorsqu'on examine, par exemple une vitre, on constate aisément sa transparence. Mais il existe maintenant des matières plastiques qui présentent, vis-à-vis de la lumière les mêmes propriétés que le verre, tout en ayant une nature chimique différente. Parallèlement, on observe des verres opaques. Ainsi, le même accident peut exister dans plusieurs substances et la même substance se présenter sous des accidents différents.

La substance et les accidents existent donc de manière distincte. Cet existence distincte est la seule conception philosophique concordant avec le dogme de la transsubstantiation qui sous-tend la réalité surnaturelle de la consécration se produisant au cours de la messe et engendrant la présence réel de Notre-Seigneur dans les Saintes Espèces. En effet, les accidents demeurent étendue, couleur, saveur… mais la substance, elle, change pendant la consécration. Ceci est certes miraculeux, puisque naturellement les accidents peuvent changer (liquide devenant gazeux, par exemple) sans que change la substance (eau) mais pas le contraire. Toutefois de par la distinction réelle entre substance et les accidents, ce changement du pain et du vin au Corps et au Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ n’est pas contraire à la raison et à l’expérience. On comprend que l’Eglise soit fondée à imposer comme connaturelle une à vérité de foi, la cinquième thèse thomiste, et soit amenée par voie de conséquence à condamner comme erronées, les théories philosophiques qui s’y opposent.

Mais l’accident n’existe pas sans la substance car la transparence, par exemple, est toujours la transparence de quelque chose, de même la vapeur est de la vapeur d’eau, de chlore…

L’être de l’accident est impuissant à exister seul, par lui-même et n’existe que par et dans la substance : le gaz n’existe pas par lui-même, dans la réalité mais par et dans la substance – eau, hydrogène – ou en tant qu’abstraction dans notre esprit, ce dont témoigne l’étude des propriétés physiques des gaz par exemple, loi Mariotte, de liquéfaction… Lorsqu’on parle de gaz, il s’agit des propriétés physiques communes à toutes les substances gazeuses à température ordinaire. Mais en fait, dans la réalité, n’existent par eux-mêmes que de l’azote, de l’hydrogène…

Dans le langage courant de la physique et de la chimie, on a réduit l’acception du terme substance aux seuls corps purs ou éléments du tableau de Mendeleïeff. Cette extension ne correspond pas à celle retenue en métaphysique, où la notion de substance s’étend à tout suppôt, existant en soi, du photon aux anges, en passant par les corps purs (substances chimiques), tous les corps du règne minéral, y compris les corps composés de la chimie organique (urée, acide désoxyribonucléïque des chromosomes) ; les végétaux, les animaux , les hommes. Ainsi chaque individu de chaque espèce végétale ou animale, telle salade “Médor”, “Minou”, sont chacun une substance ; de même pour l’humanité “Pierre”, “Paul”, “Jacques”, ou “Jean” sont chacun une substance à laquelle correspondent des accidents réellement distincts “éveillé” ou “endormi”, “au repos”, ou “en activité”, “se taisant”, ou “parlant”…

Toutefois, on distingue la substance première considérée à l’état concret, individuel, “Pierre” par exemple, et la substance seconde, à l’état abstrait, universel, “l’homme”.

Ainsi yeux “bleus” ou “bruns” sont des accidents vis à vis de la substance seconde “homme”, mais pas par rapport à la substance première “Pierre”. Car Pierre a ou n’a pas les yeux bleus ; c’est un caractère génétique qui lui est propre. Cheveux “blonds” et “blancs”, par contre, sont des accidents aussi bien vis à vis de l’une que de l’autre – substance première “Pierre”, ou substance seconde “homme” – de même que “éveillé” ou “endormi”. Car Pierre peut être successivement “brun” puis “blanc”, “éveillé”, puis “endormi”.

Si on envisage le caractère yeux bleus chez l’homme, on constate sa présence ou son absence, selon l’individu observé. Ce n’est pas un caractère essentiel puisqu’il peut être absent, sans entraîner pour autant le changement de nature du sujet, qui reste homme même s’il a les yeux bruns. C’est donc un accident. Parce que tant que le sujet Pierre ou Paul demeure, son caractère yeux bleus ou bruns reste, car il s’agit d’un caractère génétique, congénital, héréditaire et transmissible. Il est donc substantiel. C’est un accident distinct seulement intellectuellement. Tandis que le caractère endormi ou éveillé, par exemple, peut être ou ne pas être présent sans changer la nature individuelle du sujet lui-même et se trouve de ce fait être un accident réellement distinct. Ceci s’explique par le fait que l’on raisonne dans un cas par rapport à la substance première “Pierre” et dans l’autre par rapport à la substance seconde “homme”.

Les accidents sont donc les caractères, les qualités sensibles d’un sujet substantiel ou suppôt. Ils n’existent pas par eux-mêmes, mais par et dans une substance d’où la définition scolastique « id cui competit esse in alio » (ce à quoi il appartient d’exister dans un autre).

La substance, elle, existe en elle-même ; d’où la définition scolastique « id cui competit esse in se et non in alio » (ce à quoi il appartient d’exister en soi et non dans autre chose).

On parle de substance corporelle à l’égard de tous les êtres créés, à l’exception des anges qui eux, sont des substances spirituelles.

On dit que la substance est incomplète, lorsqu’elle a besoin d’un autre principe pour exister à titre de substance. C’est le cas de l’âme humaine, qui, bien que pouvant exister seule, est destinée à être complétée par un corps.

L’accident existe en un autre, dans la substance, d’où sa définition : « id cui competit esse in alio tanquam in subjecto inhaesionis » (ce à quoi il appartient d’exister en un autre en tant que sujet d’inhésion). La transparence, l’état liquide ou le caractère endormi existent bien réellement avec leur nature propre, dans la substance, de même le caractère blond. Ils ont leur matière et leur forme qui est “inhérente” au sujet qu’ils complètent, d’où la définition.


Réponses aux objections
  1. et
  2. HUME prétend que la substance n’existe pas et KANT qu’elle découle du fonctionnement de notre esprit. Or ceci est contraire à l’expérience car nous voyons la couleur, le volume, la transparence, non en soi, mais de quelque chose : homme, chien ou chêne, par exemple. De même en ce qui concerne la conscience que nous avons de nous-mêmes, qu’elle soit triste ou gaie, il demeure que nous sommes. Par conséquent la substance existe bien réellement.

    De même le postulat de HUME, qui prétend que la substance n’existe pas parce qu’elle ne communique pas d’impression connue, est contraire à la raison, car le phénomène qui communique l’impression en provenance de l’accident, existe ou n’existe pas dans un sujet. S’il existe dans un sujet, ce sujet existe en lui-même ou dans un autre. S’il n’existe pas dans un sujet, il existe par lui-même, c’est donc une substance. S’il existe en un autre, comme on ne peut remonter à l’infini, il faut aboutir à un sujet existant en soi, la substance.

  3. DESCARTES nie l’existence réelle et distincte des accidents. Il écrit « Pour ce qui est de la dureté, nous n’en connaissons autre chose, par le moyen de l’attouchement sinon que les parties des corps durs résistent au mouvement de nos mains lorsqu’elles le rencontrent, mais si toutes les fois que nous portons nos mains vers quelque part, les corps qui sont en cet endroit se retiraient aussi vite comme elles en approchent, il est certain que nous ne sentirions jamais de dureté », prétendant ainsi prouver que la dureté est une illusion.
    Une telle argumentation est proprement risible.
    Saint Thomas écrirait : « stultum est » (c’est stupide). Vous voyez ce philosophe, ou prétendu tel, qui fait reculer la table pour ne plus sentir sa dureté et qui s’imagine prouver ainsi qu’elle cesse d’être dure ? Comme si la réalité dépendait de la présence d’un observateur. La forêt vierge d’Amazonie cesse-t-elle d’exister parce que je n’y suis jamais allé ? Descartes est donc bien le père de la “philosophie dite moderne”, c'est-à-dire subjective, qui fait dépendre l’existence du monde d’un sujet pour le penser. Nous assistons là à une sorte de déification de l’homme qui devient en quelque sorte créateur et de contingent qu’il est en réalité, devient nécessaire. Pour ce qui est de la dureté de la table, elle demeure bien évidemment même si personne ne le sait, faute d’observation. Dur, froid, lisse, sont des caractères qui ne peuvent être contestés : l’existence des accidents relève de l’expérience sensible la plus élémentaire. C’est pourquoi il est faux de dire comme le prétend DESCARTES que « la nature du corps consiste en cela seul qu’il est une substance qui a de l’étendue ».

    La dixième thèse thomiste affirme (as) du reste : « corpoream naturam extensio in partes integrales consequitur, non tamen est idem corpori esse substantiam et esse quantum » (bien que l’extension en parties intégrantes (5) découle de la nature corporelle, cependant ce n’est pas la même chose pour un corps d’être une substance et d’être une quantité).

    (as) : Xe thèse thomiste : « Etsi corpoream naturam extensio in partes integrales consequitur, non tamen idem est corpori esse substantiam et esse quantum. Substantia quippe ratione sui indivisibilis est, non quidem ad modum puncti, sed ad modum ejus quod est extra ordinem dimensionis; quantitas vero, quae extensionem substantiae tribuit, a substantia realiter differt, et est veri nominis accidens. » (« Bien que l'extension en parties intégrales suive la nature corporelle, ce n'est point cependant la même chose pour le corps d'être substance et d'être étendue. La substance par elle-même est indivisible, non pas à la manière du point, mais à la manière de ce qui est en dehors de l'ordre de la dimension ; la quantité, qui donne l'étendue à la substance, diffère de la substance réellement et elle est un accident véritable. »)
    « Parmi les nombreux passages où St Thomas enseigne cette proposition, nous citerons : I Sent., dist. 37, q. 2, a. 1, ad 3; II Sent., dist. 30, q. 2, a. 1; Cont. Gent., lib. IV, c. 65. » (R.P. Edouard H
    UGON, O.P., opus cit., en note 84.)
    (Note de JP B.)

    (5) : “Parties intégrantes” se dit des parties d’un tout par analogie aux murs, sol qui sont les parties intégrantes d’une maison, par opposition aux “parties subjectives”, comme le bœuf et le lion sont des parties du règne animal, et les “parties potentielles” comme nutritives et sensitives sont des parties de l'âme humaine. (Cf. St Thomas – Q 48 art unique respondeo).


    La distinction entre substance et accident est bien réelle. La Xe thèse thomiste énonce également : « quantitas vero, quæ extensionem tribuit a substancia realiter differt et est veri nominis accidens » (quant à la quantité qui donne son extension à la substance, elle en diffère réellement, c’est un véritable accident).

    Nous avons vu en effet que la transparence pouvait exister dans plusieurs substances : le verre, certaines matières plastiques… et la même substance se présenter sous diverses apparences : l’eau conserve sa nature, qu’elle soit à l’état de vapeur ou solide. Or ce n’est évidemment possible que si la substance et les accidents sont réellement distincts. En effet, si deux variables sont liées, la modification de l’une entraîne celle de l’autre. Réciproquement, si l’une varie sans entraîner l’autre, c’est qu'elles sont indépendantes.

    La position cartésienne, outre son impossibilité à se soutenir raisonnablement, vient se heurter au dogme de la transsubstantiation. En effet, la doctrine catholique enseigne que la substance du pain et du vin disparaissent et que seuls demeurent les accidents. La quantité sert de sujet d’inhésion aux autres accidents et Dieu supplée miraculeusement au rôle habituel de la substance. Cela est possible puisque les accidents possèdent leur essence propre et existent à condition d’être “soutenus” par une substance. Il y a quelque chose de partiellement analogue au niveau de notre esprit qui “soutient” l’essence de l’accident, après l’avoir abstrait, sans pour cela penser l’essence de la substance à laquelle il “appartenait”. C’est ce qui se passe lorsque l’on parle, par exemple, de gaz et que l’on étudie leurs propriétés physiques en faisant abstraction de la nature de la substance dont ils sont l'accident : hydrogène, vapeur d’eau…

    Descartes réduit la substance à l’extension seule d’où sa prétention à traiter la physique comme une géométrie. Il y a là évidemment une erreur philosophique. Néanmoins, faire correspondre aux phénomènes physiques des quantités mathématiques reliées par des formules a conduit à des améliorations techniques dont on ne peut nier l’intérêt, mais dont il ne faut cependant pas être dupe. En effet toute mesure en physique est à ± ε près et il faut joindre à tout résultat un calcul d’erreur pour savoir sur quel chiffre après la virgule porte l'imprécision. Ainsi la physique mathématique passe à tort pour une science exacte. Cette impossibilité d’obtenir un chiffre exact ne choque plus dès lors qu’on se souvient que la physique et les mathématiques ne se situent pas au même niveau d’abstraction. On applique les mathématiques, connaissance du 2ème degré, aux réalités qui sont de l’ordre du 1er degré. D’où cette autre erreur courante selon laquelle les mathématiques seraient un outil et non la connaissance d’une partie de la réalité, à savoir la quantité, accident réellement distinct de la matière.

    Par ailleurs, il est à remarquer que la physique mathématique ne donne pas une connaissance de la réalité mais un moyen de prévoir certains phénomènes afin de s’en servir, selon la théorie de son fondateur, Descartes « connaissant la force de l'eau, du feu, de l’air », pour « devenir comme maître et possesseur de l'Univers ».

    Prenons un exemple pour illustrer cela. Connaissant la température, le volume, la pression est indiquée par la relation :
    P = (n R T) / V
    où P est la pression, T la température absolue et V le volume, n et R sont des constantes, fonctions du gaz considéré. Mais qu’est-ce que la pression, sinon la force moyenne résultant des chocs des molécules contre les parois du récipient, par unité de surface. Or cette force moyenne n’a aucune réalité physique car en un point M à l’instant t, il y a, ou non, choc moléculaire, donc une pression nulle ou maximum. Par ailleurs que représente T, la température absolue ?
    On plonge une colonne de mercure dans de la glace fondante, puis dans de l’eau bouillante, au niveau de la mer. On constate un certain allongement que l’on matérialise par deux traits sur le verre correspondant aux deux positions de la colonne de mercure et que l’on baptise 0°C et 100°C. Entre les deux, la position de cette même colonne de mercure mesure son allongement, correspondant à la température, en 1/100e de cet allongement. On l’appelle un thermomètre. La température absolue s’obtient en ajoutant à ce chiffre 273. Mais il est impossible d’avoir T = 0° absolu, car dans la réalité, ni la pression, ni le volume ne peuvent être égaux à 0° absolu.
    On voit donc bien qu’une formule comme PV = nRT, ne correspond à rien dans la réalité, elle permet seulement de relier des nombres entre eux. On peut aussi prévoir la valeur d’une quantité en connaissant les autres. Les résultats sont évidemment incertains et compris entre deux valeurs en plus et en moins, autour d’une valeur moyenne centrale. (at)
    (at) : Il en est de même avec la formule de la “relativité” dite d’Einstein que nous avons reproduite en note (u) (CHAPITRE IV, “LE CHANGEMENT EST-IL UNE APPARENCE ou LA SEULE RÉALITÉ ?), « E ≈ mc2 + (1/2)mv2 », valables seulement aux faibles vitesses (petites devant celle du photon lumineux) pour faire simple.
    (Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Relativit%C3%A9_restreinte, “5.1 Expression relativiste de l'énergie”, où l’on voit qu’aucune formule n’est idéale pour exprimer la généralité de tous les cas de vitesses.)
    (Note de JP B.)

    On fixera ces limites supérieures et inférieures grâce à ce que l’on nomme un “calcul d'erreur”. A partir de ces valeurs, on construit des courbes ou diagrammes de fonctionnement des moteurs. Bien qu’imparfaite cette connaissance chiffrée permet de “faire marcher” les machines à vapeur, à essence… Mais on touche du doigt la limite de ces abaques, diagrammes et autres courbes théoriques que “l’on fait correspondre à la réalité”, mais qui ne sont pas la réalité. Il faudra donc toujours s’incliner devant l’expérience et la mesure directe, d’autant plus que l’on s'éloignera des portions médianes des courbes pour lesquelles les chiffres théoriques sont moins approximatifs et s’écartent moins des valeurs réelles, mais sont toujours des moyennes statistiques.

    Autre exemple : on fait correspondre une parabole à la mesure de la courbe décrite par un mobile dans l’espace. S’il s’agit d’un obus à charge creuse, par exemple, il n’y a pas vraiment de matière au centre de gravité. Or la courbe décrite par le centre de gravité du projectile dans le vide est la seule qui approche réellement la parabole théorique. Mais en réalité, dans l’air, avec les frottements, le vent… il n’en est rien. Bien sûr il est toujours possible d’affiner les calculs et de connaître de façon plus approchée la trajectoire réelle, toutefois ce n’est plus alors l’équation de la parabole qu’il faut prendre mais des relations de plus en plus compliquées. En réalité, aucun point de l’obus ne parcourt donc la courbe théorique. On touche ainsi, à nouveau, du doigt le fait que la physique mathématique utilise au premier niveau d'abstraction des vérités du deuxième niveau mathématique et que la correspondance n’est pas vraie mais seulement utilitaire.

    Aussi n’apparaît-elle pas comme une connaissance VRAIE mais seulement THÉORIQUE qui donne des résultats numériques, lesquels ne sont du reste également qu’approchés à cause de l’imprécision des instruments eux-mêmes. La connaissance physique est du domaine du probable, comprise entre deux valeurs approchées par défaut et par excès.


(A suivre)

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« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)


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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Sam 25 Juin - 9:49



Observation complémentaire de JP B
 :

Analogiquement, il en va de même, dans l’appréciation de la crise actuelle dans l’Église, avec nos connaisseurs du simple catéchisme ou du seul Droit Canonique, qui ignorent presque totalement, les uns comme les autres, la théologie elle-même (ce qui est normal pour de simples laïcs comme votre serviteur) et ce qu’en disent ceux qui la connaissent tel le théologien privé de Sa Sainteté le Pape Pie XII, Mgr Michel-Louis GUÉRARD DES LAURIERS, et ses disciples : les connaissances exclusives du simple catéchisme, par exemple, suffisent à comprendre que Paul VI et ses successeurs vaticandeux ne sauraient être Papes (du moins formellement), mais elles ne permettent évidemment pas de comprendre comment ces élus de conclaves apparemment valides en l’état actuel des choses, ou plutôt de ce que nous en connaissons, désignés par des électeurs légitimes quoique adhérant extérieurement au « “concil[iabul]evaticandeux », qui devraient donc être formellement Papes, ne le sont pas… (Cf. « Preuve de la vacance (au moins formelle) : DH vs Quanta Cura » et « La thèse de “Cassiciacum” »

Ainsi, nos excessifs sédévacantistes complets intransigeants se basent sur le simple catéchisme qui, bien qu’exprimant toute la Vérité catholique, est loin d’en exposer toutes les subtilités (étudiées, elles, dans la théologie), et sur le Droit canonique qui n’est qu’un instrument au service de la théologie.
De là, leurs a priori arbitraires ; leurs ukases tranchants ; leurs jugements inconsidérés ; toutes choses qui émanent de leur esprit orgueilleux qui ne veut se plier à rien d’autre qu’à leur jugement propre qui va jusqu’à les empêcher de fréquenter les Prêtres ordonnés ou/et les Évêques consacrés validement et légitimement (quoique illégalement en l’état actuel des choses) c’est-à-dire tous les Sacrements hormis le Baptême et, éventuellement, le mariage !…
On assiste ainsi avec eux, outre à l’élaboration d’hérésies sur l’Apostolicité de l’Église et son indéfectibilité, à de véritables schismes causés par leur incapacité d’appréhender l’exacte réalité de la situation.

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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Ven 1 Juil - 20:33




CHAPITRE VIII


LA FORME DES COMPOSANTS EST-ELLE EN ACTE
DANS LE COMPOSÉ SUBSTANTIEL ?


Il existe toute une série de degrés d’associations entre les corps, que l’on appelle composés. L’association la moins étroite est appelée agrégat : c’est le cas du sable par exemple. Un procédé physique, ici le tamis, permet d’en séparer aisément les composants. Mais l’union peut être plus intime quoique toujours appelée agrégat : lorsqu’il s’agit d’une construction humaine : maison, véhicule…

Le degré suivant d’union est l’alliage, bien connu en matière de travail des métaux : le bronze par exemple est un mélange de cuivre et d’étain, le laiton alliage de cuivre et de zinc. Il y a aussi les mélanges de plusieurs liquides, ou d’un liquide et d’un ou plusieurs solides.

Tous ces composés sont dits accidentels parce que l’on peut graduer le pourcentage d’un corps par rapport à l’autre sans changer la nature du composé. La forme qui unit les composants est une forme dite accidentelle. Quant aux formes des composants elles demeurent bien évidemment inchangées, le cuivre reste du cuivre et l’étain de l’étain, dans le bronze, par exemple.

Mais à côté des corps simples, l’hydrogène, l’oxygène, le fer, que l’on trouve répertoriés dans le tableau de Mendeleïev, il existe des corps mixtes, comme l’eau, le chlorure de sodium… Ces corps mixtes sont substantiels ; la forme des composants est-elle en acte dans les composés ? Autrement dit qu’advient-il de la forme de l’oxygène et de l’hydrogène dans l’eau par exemple et dans le règne minéral ? Par ailleurs chez les vivants, existe-t-il des composants chimiques simples, carbone, hydrogène ?


Opinions des philosophes

Sur cette question les positions de divers philosophes sont les suivantes :

  1. Avicenne (de anima, part 4, cap 5) commentateur arabe d’Aristote, prétend que les formes des éléments demeurent intégralement dans le composé : le corps mixte serait réalisé par la réduction des qualités contraires des éléments à leur moyenne, comme dans le cas des alliages où, par exemple, la dureté du bronze est comprise entre celle de l’étain et celle du cuivre.

  2. Averroes, autre commentateur arabe d’Aristote, dans “de Caelo” (comm 67) déclare que les formes des éléments hydrogène, oxygène… à cause de leurs imperfections sont intermédiaires entre les formes substantielles et les formes accidentelles. C’est pourquoi elles sont susceptibles de plus et de moins. Ainsi, dans les corps mixtes eau, acide chlorhydrique, les corps simples hydrogène, oxygène… sont-ils, pour cet auteur, réduits à un état moyen, d’où se dégage une forme. Son explication est en réalité voisine de celle d’Avicenne quoiqu’en introduisant en plus une variabilité au niveau du corps pur.

  3. L’homme et les animaux se meuvent par eux-mêmes. Mais tout mobile qui se meut par lui-même se divise en deux parties, une motrice et l’autre mue. Or la matière première ne peut être mue puisque c’est un être seulement en puissance ; bien plus, ce qui est mû est un corps. Il importe donc que, chez l’homme et les animaux, il y ait une autre forme substantielle, par laquelle le corps soit constitué.

  4. Les physiciens modernes s’appuient sur le phénomène des éléments marqués, sujets d’un rayonnement atomique même dans un corps vivant, pour affirmer que les composants sont en acte dans les composés.

Ainsi, non seulement parle-t-on du système nerveux, du squelette, comme des composants dont la forme serait présente dans le composé, mais de carbone, eau, phosphore de l’os par exemple…

Les opinions 3 et 4 trouvent leur racine dans la position de Descartes, avec ses animaux-machines, qui ne voit que des agrégats ayant seulement une forme accidentelle, et qui nie pratiquement l’existence de forme substantielle.


La forme substantielle est unique

La substance est un tout qui tient son unité de la forme substantielle, il n’y en a donc qu’une seule et celle des composants ne peut être en acte dans le composé.

En effet, le Xe thèse thomiste : « La substance est certainement indivisible par sa nature, non selon le mode du point, mais selon le mode de ce qui est en dehors de l’ordre de la dimension » (as). Le point, quant à lui, est indivisible par définition, car c’est le plus petit élément géométrique ; son déplacement engendre la ligne qui n’a qu’une seule dimension selon laquelle elle puisse être divisée. La ligne en tournant autour d’un de ses points engendre le plan, qui n’a que deux dimensions. Le plan en tournant autour d’une de ses lignes engendre l’espace dit “des physiciens”, ou espace “imaginaire” à 3 dimensions. Cet espace est dit “imaginaire” parce qu’on l’imagine indéfini, alors que l’espace réel est fini, car l’univers créé est fini.
(as) : Voir cette précédente note (as) dans le chapitre VII. (Note de JP B.)


La substance n’est pas indivisible comme le point, non parce qu’elle est trop petite, mais parce qu’elle est d’ordre intellectuel et non matériel. En effet l’ordre matériel comporte des dimensions.

En outre la XVIe thèse (au) énonce : « l’homme a par la forme elle-même d’être un homme, un animal, une substance, un être. » Il convient en effet de se rappeler que toute créature corporelle est ou une substance, ou un accident. Quant à l'homme, l’individu Jules, dès que son âme a quitté le composé, il ne reste plus qu’un agrégat accidentel qui se décompose très rapidement. C’est donc la présence de l’âme qui en fait un tout substantiel et lui donne son unité.
(au) : XVIe thèse thomiste : « Eadem anima rationalis ita unitur corpori ut sit ejusdem forma substantialis unica et per ipsam habet homo ut sit homo et animal et vivens et corpus et substantia et ens. Tribuit igitur anima homini omnem gradum perfectionis essentialem, insuper communicat corpori actum essendi quo ipsa est. » (« La même âme raisonnable s’unit au corps de telle manière qu’elle en est la forme substantielle unique, et c’est par elle que l’homme a d’être homme et animé et vivant et corps et substance et être. L’âme donne donc au corps tout degré essentiel de perfection, elle lui communique, en outre, l’acte de l’être par lequel elle est elle-même. »)
« Cette assertion capitale se trouve clairement dans : Sum. Théol., I P., q. 76 ; Qq. disp. de Spiritual, creaturis, a 3 ; de Anima, a. 1 ; II. Cont. Gent., cc. 56, 68 à 71. » (R.P. Edouard H
UGON, O.P., opus cit., en note 151.)
(Note de JP B.)


Lors de la décomposition du corps composé, eau, acide chlorhydrique, salade, par exemple… les composants réapparaissent en acte, oxygène, hydrogène, chlore, carbone… mais tant que le composé existe, il est un.

Saint Thomas écrit en effet (question 76, article 4, sed contra) dans la Somme théologique : « L’unité d’une chose est son être substantiel. Mais c’est la forme substantielle qui donne l’être substantiel. Donc la forme substantielle d’une chose est unique ». Pour accepter cette évidence, il faut savoir que la forme substantielle diffère de la forme accidentelle en ce que la forme accidentelle ne donne pas l’être simplement, mais donne d’être tel : ainsi la chaleur ne fait pas que son sujet existe simplement, mais lui donne d’être chaud. « Et c’est pourquoi », poursuit Saint Thomas, « lorsque la forme accidentelle survient, on ne dit pas que quelque chose devient ou simplement est engendré », comme c’est le cas lors de la conception d’un être vivant par exemple, « mais devient tel… De même lorsque la forme accidentelle disparaît on ne dit pas simplement que quelque chose se corrompt, mais se corrompt sous un certain rapport ». Un corps chaud se refroidit par exemple, un récipient se vide… « Quant à la forme substantielle, elle donne simplement l’être et c’est pourquoi, par son imposition, quelque chose est dit simplement engendré et par sa décomposition, corrompu ». Ainsi lorsque, chez l’homme par exemple, l’âme s’envole, la vie cesse et la partie corporelle du composé, le cadavre, retourne rapidement à l’état minéral.


Réponses aux erreurs d’Avicenne, Averroes, et des modernes.

  1. Il faut affirmer contre Avicenne qu’il est impossible que les formes substantielles des éléments demeurent intégralement dans le composé, et que leurs qualités contraires soient réduites à leur moyenne. Un seul exemple suffira : l’eau. Ce corps composé, ou mixte, est le résultat de la combinaison de deux volumes d’hydrogène avec un volume d’oxygène. Ces deux composants ne sont liquides qu’à des températures très basses ou à des pressions très fortes, quoique différentes. Si Avicenne avait raison, l’eau serait gazeuse à une pression comprise entre celle où l’hydrogène l’est et celle où l’oxygène se liquéfie. Il n’en est rien puisque l’eau est liquide à une pression et une température où hydrogène et oxygène sont tous les deux gazeux.
    Saint Thomas donne ce raisonnement plus général, qui rend raison de tous les cas : « Si les formes substantielles des éléments demeuraient intégralement dans le composé, elles seraient en diverses parties de la matière. C’est de cette diversité que découle les dimensions sans lesquelles la matière ne serait pas divisible. Or la matière ne se trouve sujette à la dimension que dans les corps. » La matière première n’existe pas seule en dehors des corps. « Mais divers corps ne peuvent être dans un même lieu. Il suit de là que si les formes demeuraient en acte dans les composants, ceux-ci seraient distincts dans le corps mixte selon l'emplacement. Et ainsi ce ne serait pas un véritable corps mixte qui est un tout ayant une unité », comme nous l’avons vu dans le cas de l’eau, « mais une combinaison apparente, composée de très petites particules juxtaposées, comme dans le cas d'un alliage. »

  2. L'hypothèse d’Averroes est encore plus impossible car l’être substantiel consiste dans son indivisibilité. Si on coupe un chien en deux, cela cesse d'être un chien, et toute addition ou soustraction fait varier l’espèce. On en a un très bel exemple dans le tableau de Mendeleïev où l’augmentation ou la diminution du nombre atomique, ou nombre de protons, d’une unité correspond à un corps simple différent : hydrogène, hélium…
    Averroes prétend qu’il y aurait des formes intermédiaires entre les formes substantielles et les formes accidentelles. Nous renvoyons ici au chapitre sur la substance et les accidents. Mais rappelons que le propre de l’accident est d’exister dans un autre – id cui competit esse in alio – alors que la substance, elle, existe en soi. L’application du principe de contradiction : une chose ne peut pas être et ne pas être à la fois et sous le même rapport, entraîne l’impossibilité de l’hypothèse d’Averroes : une forme ne peut être qu’accidentelle ou substantielle car, ou elle existe en elle-même, ou en une autre, pas de milieu. Nous avons dans l’hypothèse d’Averroes un exemple typique de la mentalité musulmane pour laquelle le principe de contradiction n’existe pas. Ces gens-là imaginent mais ne pensent pas. Car on peut toujours imaginer une moyenne entre deux images.
    Les formes des éléments ne sont donc pas en acte, mais elles sont, par contre, en puissance dans le composé. Ainsi lorsqu’on met de l’eau dans une batterie d’accumulateur, il se dégage à une électrode de l’hydrogène et à l’autre de l’oxygène. Donc les composants réapparaissent par décomposition de l’eau. Leur forme était donc en puissance dans le composé.

  3. De même que l'on parle de “gaz” en isolant intellectuellement la propriété “gazeuse”, et en l’étudiant dans toutes les substances gazeuses à température et pression ordinaire, de même on isole “système nerveux”, “squelette”… dans un être vivant. Il s’agit là d’une opération de l'esprit : dans la réalité la forme du système nerveux ou du squelette n’est qu’en puissance dans le corps vivant. C'est l’intelligence qui la fait passer en acte dans notre esprit. Il n’y a qu’une seule âme substantielle chez un être vivant.
    S’il s’agit d’un animal, l’âme animale assume la fonction de l’âme végétative qui est seulement en puissance. Ainsi on peut cultiver des cellules de cœur de poulet, in vitro, elles se contractent rythmiquement, mais non ensemble. C’est l’âme animale qui coordonne leur rythme de battement. Mais cette âme partie, reste dans chaque cellule l’âme végétative, qui réapparaît ainsi en acte. Chez l’homme, c’est l'âme spirituelle, ou intellectuelle, qui assume toutes les fonctions, ainsi que l’enseigne la XVIe thèse thomiste : « L’homme a par la forme – l’âme spirituelle – d’être un homme, un animal, une substance, un être ».
    Nous renvoyons pour ce sujet très important, au chapitre sur la matière et la forme.

  4. Les modernes ne se rendent pas compte que c’est leur intelligence qui donne, dans leur esprit, une forme en acte à l’atome de carbone ou à la molécule de calcium. Dans le squelette, cette forme n’est qu’en puissance. Saint Thomas écrit dans sa réponse aux objections de la question 76 article 4 : « Les formes des éléments restent en puissance, car les qualités propres des éléments demeurent, mais diminués. Et la qualité des corps mixtes de ce genre est la disposition à recevoir la forme substantielle du corps composé que ce soit celle d’une pierre ou celle d’un corps quelconque ».
    Le phénomène de radioactivité qui correspond à l’émission d’un rayonnement est communiqué au corps vivant, en qui il reste décelable, prouve que les qualités demeurent ainsi que le dit Saint Thomas, mais non que la forme de l’atome radioactif ingéré reste en acte, dans le tissu où l’on décèle le rayonnement.
    De même que les découvertes de la physique (1er degré d’abstraction) ne sauraient ébranler les résultats de l’arithmétique (2ème degré), elles ne peuvent non plus changer les conclusions métaphysiques (3ème degré), démontrées, elles aussi par ailleurs, de manière certaine ; ici, que l'unité d'une substance exige une forme unique.


(A suivre)

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Jean-Paul BONTEMPS
 
Pour la plus grande gloire de Dieu et l’honneur de Notre-Dame, par le triomphe de notre Mère la Sainte Église Catholique, Une et Apostolique, laquelle est traditionnelle (telle qu'avant le conciliabule vaticandeux) et non moderniste.
 
« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)
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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Lun 4 Juil - 12:43




CHAPITRE IX


UN TOUT CORPOREL QUEL QU’IL SOIT
peut-il s’analyser sous l’angle de quatre causes :
MATERIELLE, FORMELLE, EFFICIENTE ET FINALE



Objections :

  1. En physique, la notion de cause est unique. On dit en effet, par exemple, que si on augmente la température d’un gaz à volume constant, la pression augmente. De là on conclut que la hausse de température est la cause de l’élévation de pression.

  2. Lorsque l’oiseau fait son nid, on ne doit pas considérer la conservation de l’espèce comme une cause de son comportement, car il n’a pas conscience d’agir en vue de cette fin. Il ne faut donc pas parler de cause finale si on veut demeurer dans l’objectivité scientifique. Il n’y a donc que trois causes : la cause matérielle, la cause formelle et la cause efficiente.

  3. Les biologistes et les philosophes modernes soutiennent pour la plupart la théorie du transformisme ou Darwinisme. En effet le philosophe Darwin imagina que les vivants descendaient tous les uns des autres et d’un ancêtre commun monocellulaire, par une suite de mutations ou avantages sélectifs dans la lutte pour la vie. II s’appuyait sur un postulat : l’hérédité des caractères acquis au hasard. La complexité de plus en plus grande que l’on trouve dans le règne végétal et animal n’aurait donc pas de cause autre que le hasard et la sélection du plus adapté au détriment du moins adapté.

  4. Rousseau et les philosophes qui l’ont suivi prétendent que la société entre les hommes découle d’un contrat volontaire. C’est la théorie du contrat social. Certains vont même jusqu’à prétendre explicitement que la volonté humaine est la cause efficiente de l’ordre social.

  5. Chaque homme tend spontanément à une fin qui lui est propre. L’autorité du chef, reconnue par les membres, est par conséquent le principe de l’unité d’un groupe naturel de personnes, il en est donc la cause formelle. Mais les assemblées d’égaux délibérants des gouvernements démocratiques ne reconnaissent pas d’autorité personnelle puisqu’il s’agit “d’hommes libres” ; on les nomme d’ailleurs souvent “groupes informels”. Or ils prennent des décisions. Ils existent donc bien en tant que corps constitués. Ainsi un groupe peut-il exister sans cause formelle. On ne peut, par conséquent dire de manière générale de tout être qu’il possède une cause formelle, puisque dans ce cas il n’y en a pas.


La réalité corporelle s’analyse selon quatre causes.

Saint Thomas dans son opuscule intitulé “les principes de la réalité naturelle” énonce qu’elle se compose de deux causes intrinsèques : la cause matérielle et la cause formelle ; et de deux causes extrinsèques : la cause finale et la cause efficiente.
Ce que confirment la VIIIe (ad) et la XXIIe (v) thèse : « La créature corporelle est… composée… de matière et de forme » (VIIIe) ; « Nous démontrons… Dieu… par les créatures… remontant des effets à la cause (efficiente) »… « une intelligence qui dispose toute chose et l’ordonne à sa fin » (XXIIe).

(ad) : Voir dans le chapitre VI. (Note de JP B.)

(v) : Voir cette précédente note (v) dans le chapitre IV. (Note de JP B.)


En effet dans l’ordre de l’être, nous avons distingué deux principes qui sont constitutifs de cet être : la matière et la forme. Mais, si nous considérons maintenant cet être du côté des raisons qui font qu’il existe, la matière et la forme font partie des raisons pour lesquelles cet être existe, elles en sont donc causes. D’où l’appellation de causes matérielle et formelle. En outre, la matière et la forme sont constitutives de l’existence même de cet être, ce sont donc des causes intrinsèques.

D’autre part, la forme donne à la matière, puissance pure, son acte d’existence, tandis que la matière soutient la forme, comme la cire soutient le cachet. Ainsi, la cause matérielle et la cause formelle sont-elles réciproques l’une de l’autre dans l’ordre des causes intrinsèques.

Si on envisage la production de l’être, on constate qu’il a un but, une fin, le verre pour boire, l’homme pour louer et servir Dieu, c’est pour cela qu’il a été fait. Mais s’il a été fait il l’a été par un ouvrier, l’horloger pour l’horloge la cause efficiente et la cause finale, qui sont extérieures à l’objet ou extrinsèques. C’est en vue de la fin qu’œuvre la cause efficiente, tandis que c’est la cause finale qui détermine la cause efficiente à agir. Si donc la fin est première dans l’ordre de l’intention, la cause efficiente l’est dans l’ordre des moyens et elles sont réciproques l’une de l’autre dans l’ordre des causes extrinsèques.


Comment décomposer selon les quatre causes ?

  1. La notion de causes en physique peut se confondre en une seule, c’est le cas du feu par exemple qui est à la fois sa cause matérielle, formelle, efficiente et finale. Mais généralement le physicien moderne, enfermé dans la physique mathématique, a une fausse conception de la notion de cause ; c’est le cas de la hausse de température à volume constant évoqué ci-dessus où volume, pression, température sont reliés par la fameuse loi de MARIOTTE de dilatation des gaz :
    PV = nRT
    où P est la pression, V le volume et T la température absolue ; nR des constantes fonction des gaz.

    Remarquons d'abord qu'il n'y a pas de gaz : gazeux est un accident de la substance. C'est donc l'étude de la propriété gazeuse des substances – Hydrogène, oxygène… – qui le sont à température ordinaire.

    La hausse de la température, à volume constant, entraîne l’élévation de la pression ; c’est un phénomène physique qui traduit l’augmentation d’énergie interne d’un système clos subissant le rayonnement d’une source de chaleur. En effet, la pression et la température sont attachées à une même substance et donc en corrélation l’une avec l’autre. Ainsi l’augmentation de température n’est-elle pas la cause de l’élévation de pression, mais seulement un phénomène concomitant. La véritable cause efficiente de l’ensemble des deux phénomènes est le rayonnement de la source de chaleur qui fournit de l’énergie au système. La cause matérielle est la substance soumise au rayonnement elle-même, la cause formelle l’augmentation de température et de pression. Quant à la cause finale, elle peut être, par exemple, la transformation d’énergie thermique en énergie mécanique réalisée par le moteur à piston. Ce phénomène peut donc se décomposer en quatre causes : finale, efficiente, formelle et matérielle.

  2. Lorsque l’oiseau fait son nid, il n’a pas conscience de travailler pour, la conservation de l'espèce, car il ne possède pas d’intelligence. Toutefois le marteau non plus n’a pas conscience de planter des clous, il n’en a pas moins été fait pour cela et telle est sa cause finale. Aussi suffit-il qu’un être doué d’intelligence ait fixé sa fin à la créature qui en est privée pour que cette fin existe. Le comportement de l’oiseau est la preuve de l’existence de cet Etre supérieur qui lui a fixé sa cause finale ; aussi est-ce la haine de Dieu qui est la véritable cause de l’abandon de la finalité en biologie au XVIIIe siècle.

  3. Le darwinisme est combattu par certains biologistes qui s’appuyant sur l’observation ont démontré qu’il n'y a pas d’hérédité des caractères acquis ; qu’aucune modification héréditaire n’est jamais une augmentation du patrimoine génétique, mais toujours l’inverse.
    Si on reste dans le domaine philosophique, chaque espèce est une essence composée de matière et de forme, la matière multipliant les individus à l’intérieur de l’espèce. L’espèce voisine est une AUTRE essence. Elles sont du reste infécondes entre elles. Pour passer d’une espèce à une autre espèce, il faut ôter la forme de la première et ajouter celle de la seconde. Il faut pour cela une cause efficiente de force suffisante.
    Le darwinisme est donc une explication imaginaire, si on le prend au sens strict, car c’est un effet sans cause et il n’y a pas d’effet sans cause. Dans l’ordre de la génération de l’être, l’être en acte précède la puissance, comme dans celui de la réception c'est l’inverse. Mais pour donner l’être ou un complément d’être à un individu qui en est privé, il faut posséder cet être en acte. Imaginera-t-on, un corps froid qui se réchauffe lui-même, s’il n’est pas chauffé par un corps plus chaud ? Ici il en est de même, une espèce plus complexe pourrait donner naissance à une espèce moins complexe mais non l’inverse. Jamais un mollusque ne donnera un batracien, ou un reptile un mammifère ; sauf si Dieu intervient. Pour créer une souris à partir d’un lézard, il faut ôter la forme au premier pour lui imposer ensuite celle de la seconde. Seul Dieu peut faire une pareille chose. Qu’est-ce à dire d’autre que la phrase de la genèse « Dieu dit que la terre produise les animaux domestiques et les bêtes sauvages chacun selon leur espèce » ?
    Les êtres vivants ont donc été créés par Dieu “selon leur espèce” ainsi que nous l’enseigne la Genèse et ensuite se sont reproduits à peu près identiques à eux- mêmes au cours des âges. Les légères variations ou mutations que l’on observe sont toutes des pertes de patrimoine génétique, comme dans le cas du maïs sucré à qui il manque l’enzyme capable de polymériser le glucose en amidon ou celui des animaux albinos dépourvus de pigment. Le transformisme est donc une théorie scientifique erronée. Chaque être vivant peut donc s’expliquer par quatre causes matérielle et formelle, efficiente (Dieu) mais aussi finale.

    Ainsi, par exemple, les animaux domestiques ont-ils été créés pour cela et il est absurde de chercher quelle espèce sauvage l’homme a domestiqué. Il est d’ailleurs curieux de constater que si des croisements sont parfois possibles avec des espèces voisines, chien avec loup par exemple, on ne retrouve jamais, à l’état sauvage, la souche de l’espèce domestique. On trouve, en revanche, vivant à l’état sauvage des sujets provenant d’une origine domestique ; tel est le cas des “mustangs”, chevaux sauvages d’Amérique, ou des chats sauvages” européens.

  4. La société est inscrite dans la nature humaine : l’homme est un animal social. La cause efficiente de la société est donc la volonté de Dieu. Quant à la cause finale elle est normalement le salut et le bonheur de l’homme, selon la parole de Dieu dans la Genèse : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul », prélude à la création de la femme « faisons lui une compagne semblable à lui ». Telles en sont les causes extrinsèques. Quant aux causes intrinsèques, ou matérielle et formelle, elles sont l’une la volonté du chef de commander, cause formelle, et l’autre celle des sujets d’obéir, cause matérielle.

  5. Si on applique strictement le principe collégial et qu’il ne se produit aucune réduction des opinions individuelles à l’unité, aucune décision n’est prise, ainsi qu’il apparaît au premier tour des élections sans candidat. On ne peut pas alors parler de groupe mais seulement de rassemblement informe. Lorsqu’une décision est prise c’est que la volonté de l’un des membres prévaut, généralement de la manière suivante :
    Le tireur de ficelles du groupe établit la solution selon ses vues et les ordres de la secte à laquelle il appartient, puis il réunit le noyau dirigeant auquel il communique son plan. Ce groupe [le noyau dirigeant (av)] s’étant réuni de façon occulte ou pour le moins discrète, l’ensemble se réunit ensuite. Le problème leur est posé par un des membres du noyau dirigeant : l’orateur. Le président veille ensuite à ce que chacun s’exprime : c’est le tour de table. Les autres membres du noyau dirigeant font alors écho à la solution proposée par l’orateur. Le point de vue du noyau dirigeant apparaît seul unanime face à une opposition minoritaire et contradictoire, puis on passe au vote. Impressionnés, les hésitants se rallient à la suggestion de l’orateur, d’autant plus volontiers que l’opposition n’a généralement pas eu le temps d’en présenter une autre. Il y a donc bien une cause formelle qui réside dans le trinôme maçonnique : “fraternité”, ou volonté des participants de rester unis, “égalité” ou « un homme = une voix », “liberté” ou absence de vérité : on peut décider n’importe quoi. (aw)


(av) : Précision de JP B.
Remarquons bien que ce qui est décrit là est, mutatis mutandis, ce qui s’est passé lors de Vatican II (hormis le fait que les “hésitants” de “l’opposition” ont bien présenté d’autres “solutions” conformes à la doctrine catholique mais, d’une part le “président” les a toutes ignorées et, d’autre part, ledit “président” apparaissant alors comme l’Autorité suprême dans l’Église, ces “hésitants” de “l’opposition” ont fini par claquer des talons devant lui comme doivent le faire les subalternes devant l’Autorité suprême tant que celle-ci est reconnue comme telle). C’est pourquoi cette assemblée vaticandeuse n’avait pas besoin de constituer par elle-même une secte indépendante et distincte de la Sainte Église Catholique – et ne l’a pas fait, certains de ses membres étant restés indéniablement catholiques – : il suffisait, et il a suffit, que “l’orateur” (les évêques progressistes) avec le reste du “noyau dirigeant” (les évêques modernistes favorables aux premiers) soit téléguidé par les loges totalement extérieures à l’Église pour que le système fonctionne parfaitement, d’autant plus que le “président”, comme l’histoire l’a montré par la suite, était l’un d’eux et n’était, de fait, pas l’Autorité suprême dans l’Église !
(Note de JP B.)

(aw) : Souligé par JP B.




****


Ainsi donc quelle que soit la réalité analysée, on peut généralement toujours distinguer quatre causes : les causes formelle et matérielle, intrinsèques ; et les causes efficiente et finale, extrinsèques (aw). La cause efficiente peut se servir d’un moyen, qui est alors la cause instrumentale, comme c’est le cas du menuisier qui utilise un marteau par exemple.

(A suivre)

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« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)


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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Jeu 7 Juil - 19:06




CHAPITRE X


QUELLE EST LA PORTÉE DES 24 THÈSES THOMISTES ?


L’obligation sainte et salutaire qui s’impose aux écoles
catholiques où l’on forme à la science de la philosophie et de la théologie la jeunesse
du sanctuaire, c’est de prendre pour maître suprême saint Thomas d’Aquin. Tout ce
qui fut établi, à ce sujet, avec tant de sagesse par Nos prédécesseurs, en particulier
par Léon XIII et Pie X, d’heureuse mémoire, doit être maintenu et inviolablement
observé.

Mais Nous estimons que c’est aussi une œuvre très opportune de faire
sortir, pour ainsi dire, le Docteur Angélique de l’enceinte de l’École, pour lui
permettre de rayonner au dehors et de projeter la lumière presque divine de son génie
sur tous ceux qui veulent approfondir notre religion. Il est certain que les modernistes
n’ont pu s’écarter si loin de la foi et s’égarer en tant d’opinions diverses, que parce
qu’ils ont négligé les principes et la doctrine de Saint Thomas.

Extrait de : Lettre de Sa Sainteté Benoît XV, à son cher fils Edouard Hugon, religieux
Dominicain, docteur et professeur de théologie au Collège Angélique de Rome, Le 5
Mai 1916.
En introduction du livre du R.P. Hugon intitulé Les vingt-quatre Thèses
thomistes
. Chez Pierre Téqui - Paris VIe.

La grande tradition philosophique thomiste, écrit le chanoine Collin, trop oubliée et délaissée, même dans les écoles catholiques, ne fut remise en honneur que sous la vigoureuse impulsion de Léon XIII (Encyclique Æterni Patris, du 4 Août 1879) qui en imposa l’enseignement. Saint Pie X accentua ses ordres, et comme on interprétait de façons fort différentes ou même opposées la doctrine du Docteur Angélique devenue obligatoire, il approuva 24 thèses présentées par un certain nombre de professeurs, déclarant qu’elles contenaient bien la doctrine authentique de Saint Thomas (1). Le Code de Droit Canonique, promulgué sous Benoît XV, formule nettement les règles de l’enseignement philosophique. « Que les professeurs poursuivent les études de philosophie rationnelle et de théologie et l’instruction dans ces disciplines, en tout point selon la raison, la doctrine et les principes du Docteur Angélique et s’y tiennent saintement. » (2)

(1) : Réponse à la Sacrée Congrégation des Etudes du 27 Juillet 1914.

(2) : « Philosopheæ rationalis ac theologiæ studia et alumnorum in his disciplinis institutionem professores pertractent ad Angelici Doctoris rationem, doctrinam et principia, eaque sancte teneant. » (Canon 1366 § 2) – Manuel de philosophie thomiste, chanoine Collin, tome I, édition Téqui 1950, p. 10.


Cette règle, pourtant claire, n’est malheureusement pas du goût de tout le monde et certains la contestent ou cherchent à la tourner. On peut rappeler à ce propos que Maritain, dans le Paysan de la Garonne, a écrit : « Je n’aime pas le Canon 1366 § 2 ». Pourtant la réponse de la Sacrée Congrégation des Etudes du 27 Juillet 1914 affirmait des 24 thèses « qu’elles contiennent bien les principes et les propositions majeures du Saint Docteur » (3) et par suite constituent des “normes directrices sûres (4). C’est-à-dire sûrement conformes à l’esprit de Saint Thomas.

(3) : « eas plane continere sancti Doctoris principia et pronuntiata majora ».

(4) : « tutæ normæ directivæ ».


Par conséquent, on peut affirmer que :

  1. La doctrine et les principes de Saint Thomas sont obligatoires (Canon 1366 § 2) ;

  2. Les 24 thèses expriment l’essentiel de la doctrine et des principes du Docteur commun (déclaration de la Sacrée Congrégation des Etudes du 27 juillet 1914).


Est-ce outrepasser la logique formelle que d’en conclure que se soumettre aux 24 thèses thomistes est obligatoire ?

Il n’a évidemment pas manqué d’esprits pour le dire et même pour le faire dire au Souverain Pontife (5). Deux Jésuites (6) auraient exposé leurs “doutes” au Saint Père, demandant si les thèses contraires ne peuvent pas être également sûres (tutæ) ou même plus sûres (tutiores). Ils auraient eu comme réponse que le mot “tutæ” (sûres) n’excluait pas les thèses contraires comme « également sûres » ou « encore plus sûres ». Ce problème se résume en deux questions : l’Eglise peut-elle imposer une vérité de raison ; l’a-t-elle fait ?

(5) : Oralement, en audience privée, par Benoît XV, le 18.12.1916, aux dires de la revue jésuite Arbor de Juillet-Août 1955.

(6) : NALBONE et FINE.


(A suivre)

_________________

Jean-Paul BONTEMPS
 
Pour la plus grande gloire de Dieu et l’honneur de Notre-Dame, par le triomphe de notre Mère la Sainte Église Catholique, Une et Apostolique, laquelle est traditionnelle (telle qu'avant le conciliabule vaticandeux) et non moderniste.
 
« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)


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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Ven 8 Juil - 14:22


L’Eglise peut-elle imposer une vérité de raison ?

L’Eglise, comme on le sait, est infaillible en matière de Foi. C’est dans ce domaine que l’Eglise peut et doit imposer la vérité. Or, les vérités philosophiques sont des vérités de raison sur lesquelles l’Eglise laisse généralement la liberté. Toutefois, elle condamne les propositions philosophiques connexes des vérités révélées et qui s’y opposent.

Ainsi l'Eglise a-t-elle toujours, par exemple, défendu et imposé la possibilité pour la raison humaine d'atteindre l'existence de Dieu par ses seules forces, en condamnant les propositions qui prétendaient le contraire. (7)

(7) : Lors de Vatican I.


Donc, si les 24 thèses portent sur des vérités connexes des vérités révélées, l’Eglise avait le droit de les imposer. Le décret Lamentabili condamne en effet la proposition suivante : « Le dépôt de la foi ne contenant que des vérités révélées, il n’appartient sous aucun rapport à l’Eglise de porter un jugement sur les assertions des sciences humaines. » (Proposition n° 5) ( 8 )

( 8 ) : Lamentabili sane exitu. Décret du Saint Office du 3 Juillet 1907.


Etudions la question sur un exemple des plus importants :

Ainsi la Xe thèse : « Bien que l’extension en parties intégrantes découle de la nature corporelle, cependant ce n’est pas la même chose pour un corps d’être une substance et d’être une quantité » (9) réfute l’erreur de Descartes qui prétend que c’est la même chose que d’être une substance et avoir l’extension et nie l’existence des accidents en tant que forme distincte : « Pour ce qui est de la dureté, nous n’en connaissons autre chose par le moyen de l’attouchement, sinon que les parties des corps durs résistent au mouvement des mains lorsqu’elles les rencontrent, mais si toutes les fois que nous portons les mains vers quelque part, les corps qui sont en cet endroit se retiraient aussi vite comme elles en approchent, il est certain que nous ne sentirions jamais de dureté », et plus loin « ce n'est pas la pesanteur, ni la dureté, ni la couleurqui constituent la nature du corps, mais l’extension seuleque sa nature consiste en cela seul qu’il est une substance qui a de l’étendue »
(9) : « Corpoream naturam extensio in partes integrales consequitur, non tamen est idem corpore esse substantiam et esse quantum ». (Cf. note (as), CHAPITRE VII. – Précision complémentaire de JP B.)


La 5ème thèse précise : « Il y a dans toute créature une composition réelle d’un sujet subsistant avec des formes ajoutées secondairement, les accidents » (10) ; et la Xe encore : « Quant à la quantité qui donne son extension à la substance, elle en diffère réellement, c’est un véritable accident » (11).

(10) : « Est omni creatura realis compositio subjecti subsistensio cum formis secundaris additio sive accidentibus ». (Cf. note (ar), CHAPITRE VII. – Précision complémentaire de JP B.)

(11) : « Quantitas vero, quae extensionem tribuit a substancia realiter differt et est veri nominis accidens ». (Cf. note (as), CHAPITRE VII. – Précision complémentaire de JP B.)

Si A et B sont liés, A ne peut changer sans entraîner la modification de B. Pour que A change sans que B soit modifié, il faut qu’ils soient réellement distincts. Si la substance est réellement distincte des accidents, on comprend que le miracle de la Consécration puisse changer la substance du pain et du vin, au corps et au sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ. A l’opposé, la théorie erronée de Descartes, qui ne distingue pas la substance des accidents, se trouve en contradiction avec la Foi. Selon Descartes, « la substance est un tout qui a de l’extension », le changement des qualités doit donc suivre celui de la substance. La transsubstantiation se trouve alors attaquée à la base.

L’Eglise est par conséquent en droit d’imposer les Ve et Xe thèses thomistes seules compatibles avec le dogme. On pourrait montrer que les autres thèses sont également connexes des vérités de Foi. Aussi l’Eglise a-t-elle pu les rendre obligatoires. L’a-t-elle fait ?


L’Eglise a-t-elle rendu obligatoires les 24 thèses ?

Si l’on suit le frère Maquart, O.P., par exemple, elle ne l’aurait pas fait. Il écrit en effet, dans Elementa Philosophiæ : « Et cependant de ce qu’il faut tenir fidèlement la doctrine et les principes de Saint Thomas, ni de la déclaration selon laquelle les 24 Thèses contiennent les enseignements majeurs du Saint Docteur, on ne doit pas conclure qu’elles tombent sous le prétexte d’obligation » (12).

(12) : « Nec tamen praecepto tenendi fideliter doctrinam et principia Sanctae Thomae nec non declaratione 24 thèses continere Sanctae Doctoris pronunciata majora, licet concludere 24 thèses sub praecepto cadere… »


S’en tenant à la déclaration de la Sacrée Congrégation des Etudes, il en fait des “directives sûres”, donc une “méthode”, ce qui évite d’en imposer le contenu ; alors que la déclaration du 27 Juillet 1914 parlait de “normes”, c’est-à-dire de vérités à comprendre et à admettre. Toute la différence entre un esprit moderniste, adepte d’une vérité qui se fait, et un esprit catholique, persuadé de l’existence d’une vérité atteinte une fois pour toutes, n’est-elle pas à la base de cette divergence de compréhension de « tutæ normæ directivæ » “normes directrices sûres”, ce qui à notre sens, veut dire principes, vérités de base, sûrs – et non méthodes, directives sûres. (13)

(13) : Grenet signale à ce sujet, dans l’introduction de son ouvrage cité, chez Téqui (Les 24 thèses thomistes) que, sous Benoît XV, en 1916, deux réunions auraient eu lieu officiellement pour « proposer les 24 thèses comme des directives sûres ».


Dès lors, prétendre aussi sûre ou même plus sûre la thèse contraire à celle reconnue comme exprimant bien l’enseignement de Saint Thomas par la Sacrée Congrégation des Etudes, relève du sophisme, puisque c’est cet enseignement qui est rendu obligatoire par le Canon 1366 § 2.

Par ailleurs, ce ne sont pas toutes les thèses qui font l’objet d’une contestation de la part de l’école jésuite, mais principalement une, la Ve, qui a trait à la distinction réelle de l’essence et de l’existence, et accessoirement la IVe (ax), qui en est une conséquence à propos de l’analogie de proportionnalité dans l’être.

(ax) : « Ens quod denominatur ab esse, non univoce de Deo ac de creaturis dicitur, nec tamen prorsus aequivoce, sed analogice, analogia tum attributionis tum proportionalitatis. »
« L’être [*], se dit de Dieu et des créatures, non pas d’une manière univoque, ni d’une manière purement équivoque, mais d’une manière analogue, d’une analogie à la fois d’attribution et de proportionnalité [**]. »
(R.P. Edouard HUGON, O.P., opus cit., Chapitre II : L'essence et l'existence,
THÈSE IV.)

« [*] : Nous abrégeons ainsi la formule latine “ens quod denominatur ab esse” dont la portée ne saurait être rendue en français ; mais nous ferons remarquer que le mot ens reçoit sa dénomination de esse, comme le mot étant reçoit sa dénomination de l'être, puisque étant veut dire ce qui a l'être. » (Ibidem., note 33.)
« [**] : Cette thèse est affirmée par saint Thomas : I Cont. Gent., cc. 32, 33, 34 ; I De potentia q. 7, a. 7 ; I P. Q. 13, a 5. » (Ibidem., note 34.)

(Note de JP B.)


(A suivre)

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Jean-Paul BONTEMPS
 
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« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)


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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Dim 17 Juil - 19:28


L’Essence et l'Existence sont réellement distinctes.

Duns Scot nie la distinction réelle de l’essence et de l’existence. Pour lui, il s’agit d'une distinction “actuelle formelle”. Les formalités existantes sont identiques. La distinction réelle “a parte rei”, n’existe selon lui que dans le cas de réalités séparables. Or, l’existence est l’acte de l’être, son essence étant cet être en puissance ; pas de séparabilité par conséquent, donc pas de distinction réelle pour Duns Scot.

Suarez, que les jésuites ont préféré à Saint Thomas, pour de basses raisons de vaine gloire et d’esprit de corps, partant de la thèse de Duns Scot l’aggrave en faisant de la distinction de l’essence et de l’existence, une distinction de raison majeure. Ainsi dans Pierre, animal raisonnable, distingue-t-on l’animalité de la rationalité. Mais Pierre, homme, entraîne par conséquence Pierre animal. Telle est la distinction de raison majeure. Il y a bien un fondement dans la chose, mais pas de distinction réelle puisque animal et raisonnable ne sont pas dissociables en Pierre. L’existence peut être attribuée à tous les êtres. C’est la réponse à la première question que se pose le philosophe : « AN EST ? », « Existe-t-il ? ». Un chat, un chien, existent ; une sirène, composé imaginaire d’un corps de femme et d’une queue de poisson n’existe pas, c’est une chimère. Mais les êtres se distinguent les uns des autres : les chiens, des chats ou des salades. Comme l’existence leur est commune, la diversité n’en procède donc pas. Elle provient forcément de l’autre coprincipe du couple essence/existence qui divise l’être. Ainsi que nous le disions plus haut, si A et B sont liés, le changement de l’un entraîne le changement de l’autre. Donc pour que A (l’essence) puisse changer sans que B (l’existence) varie, il faut que A (l’essence) et B (l’existence) soient réellement distinctes.

On sait qu’Aristote a distingué l’être en acte qui existe déjà réalisé et l’être en puissance qui n’est pas un pur néant, mais de l’être qui pourra se réaliser ensuite sous l’action d’une cause efficiente. La glaise, par exemple, existe, [mais] tant qu’elle n'est pas modelée par le potier, il n’y a pas de récipient. Ceux-ci sont en puissance dans la glaise. Chaque pot a sa forme propre, et c’est la glaise qui en permet la multiplication. Analogiquement, les êtres en actes sont limités et multipliés par la puissance. Mais l’existence est l’acte de la chose ou son être en acte. Donc elle est multipliée par une puissance : l’essence. Autre preuve de la distinction réelle entre essence et existence.

Il existe également des démonstrations indirectes par celle des êtres possibles, par exemple.

La position de Suarez est donc erronée de manière évidente. Saint Thomas écrit, du reste (De Veritate Q.27 aI ad 8 ) « Tout ce qui est dans le genre substance est composé d’une composition réelle, parce que ce qui est dans le prédicament substance est subsistant dans son essence et il importe que son essence soit autre chose que lui-même ; l’un ne peut différer selon son essence des autres avec lesquels il se retrouve selon la raison de sa quidditéet c’est pourquoi tout ce qui est directement dans le prédicament substance est composé d’essence et d’existence » (14). C’est ce qu’exprime la Ve thèse thomiste : « Il y a en outre, dans toute créature, composition réelle d’un sujet subsistant et de formes secondairement ajoutées : cette composition ne pourrait pas vraiment être comprise si son existence n'était pas réellement reçue dans une essence distincte » (15).

(14) : « Omne quod est in genere substanciae est compositum reali.compositione, eoquod id quod est in praedicamento substanciae, est suo esse subsistens et opportet quod. esse suum sit aliud quam ipsum alius non posset differe secundum esse ab aliis cum quibus convenit in ratione suce quidditatis... et ideo omne quod est directe in praedicamento substanciae compositum est ex esse et quod est. »

(15) : « Est praeterae in omni creature realis compositio subjecti subsistensis cum formis secundario additio sive accidentibus : ea vera, nisi esse realiter in essentia distincta reciperetur intelligi non potest. ». (Cf. note (ar), CHAPITRE VII. – Précision complémentaire de JP B.) »


Ce qui revient à dire qu’un chat ne différerait pas d’un autre chat, par exemple, la quiddité (chat) étant la même, si l’existence ne différait pas réellement de l’essence.

Laissons conclure Étienne Gilson : « Dans la substance composée se trouve un ordre double, l’un de la matière même à sa forme, (dans l’essence même), l’autre de la chose déjà composée à l’existence qu’elle participe. En effet, l’exister de la chose n’est ni sa forme ni sa matière, mais un aliquid (ay) qui advient à la chose par sa forme. » (De substantiis separatis, chap. VI L’être et l’essence, pp. 102 et suivantes).

(ay) : Quelque chose (d’autre en l’occurrence- quelque événement). (Note de JP B.)



Distinction de philosophes ?

Peut-on considérer cette distinction comme une simple querelle d’école sans importance ? Je ne le pense pas. La vérité en soi a droit à notre recherche. « Celui qui s’abaisse sera élevé. » Dans l’ordre intellectuel, comme dans l’ordre moral, c’est de la soumission à l’objet que la connaissance tire sa grandeur. Et on n’a pas le droit de ne pas tout faire pour éviter l’erreur et trouver la vérité. Mais pour ceux qui seraient peu touchés par un tel argument, il en est un autre, plus pratique. L’erreur, désordre dans l’esprit, entraîne le désordre dans la société. On a beaucoup reproché aux jésuites d’avoir une part de responsabilité dans le triomphe de la Révolution. Essayons d’être justes. Ils ont, à mon avis, une responsabilité de l’ordre de la raison : “sine qua non”. Si vous avez une pierre sur une colonne, elle ne tombe pas. Si vous bousculez la colonne, la pierre tombe. La cause de la chute de la pierre, c’est la pesanteur, non la disparition de la colonne. La responsabilité de la Compagnie de Jésus est analogue. Elle était la colonne, mais au lieu de rester rigide, elle s’est liquéfiée et la Révolution qu’elle retenait s’est abattue. Trahison à l’égard du fondateur, certes, “Fabrication” de révolutionnaires, non pas.

En effet, la thèse de Suarez sur l’essence et l’existence brouille la compréhension de la cause exemplaire – et par conséquent masque cette vérité fondamentale exprimée par Saint Thomas : les hommes naissent avec des âmes inégales. En effet, après avoir démontré que l’âme est la forme du corps (16), Saint Thomas écrit : « Parmi les hommes, ceux qui ont le toucher le plus fin sont d’intelligence plus pénétrante » (17).

(16) : Question 76, art. 1.

(17) : Question 76, art. 5 « Inter ipsos homines, qui sunt melioris tactus, sunt melioris intellectus ».


Puisque la justice c’est de rendre à chacun ce qui lui convient selon sa nature, les hommes naissent inégaux en droit. Or, nous savons (18) que la cause formelle de la Révolution c’est : « Les hommes naissent libres et égaux en droit » : confusion de la justice et de l'égalité (19).

(18) : Cf. Les quatre causes de la Révolution.

(19) : Cf. par exemple Maritain, dans Le paysan de la Garonne : « L'homme de gauche est pour la justice, c’est-à-dire l’égalité ».


Ainsi, pour avoir préféré la grandeur mondaine de leur congrégation à la vérité, bon nombre de jésuites n’ont donné à leurs élèves qu’un enseignement qui ne les préservait pas du poison libéral et révolutionnaire. Aussi est-ce en toute justice que Dieu a permis que leur général Arrupe écrive récemment que : « Dans la poursuite du bien commun, les catholiques devaient s’associer aux marxistes. » ! La putréfaction de la Compagnie est arrivée à son comble. Pauvre Saint Ignace !!.

Ainsi l’importance des 24 thèses thomistes est décisive, puisqu’elle est le vrai remède préventif au modernisme, ainsi que le dit expressément Saint Pie X dans Pascendi Dominici gregis. Et, c’est pour cela que des Maquart, et d’autres esprits inconscients ou rebelles ont essayé d’en limiter la portée, ou de faire dire au Pape que les thèses contraires pouvaient être “plus sûres”.

En effet, qu’est-ce que le modernisme ? C’est le résultat d’un travail social de réduction, se produisant en loge au sein d’une société secrète filiale de la maçonnerie travaillant sur la matière de la Foi : les vérités à croire, et reconstituant un songe imaginaire : “la cité des nuées”.

Cette “élaboration” se fait en deux temps. Par l’intermédiaire de la réduction de la notion de vérité elle-même, qui consiste à relativiser le réel, lequel cesse d’être objectif pour devenir matière à interprétation libre pour chacun. Ce résultat est obtenu en mettant à égalité des croyants des diverses religions avec des incroyants, les catholiques s’imposant un a priori favorable envers les autres.

Le deuxième temps consiste à faire adhérer les participants à la construction de la “Cité des nuées”. Or, le refus de telles structures dites “sociétés de pensée” n’est possible dans l’état actuel des choses que par l’imposition des 24 thèses.

En effet, c’est une vérité de raison que les hommes sont inégaux, non une vérité révélée ; quant à l’objectivité de la connaissance, n’est-ce pas aussi une vérité de raison et non une vérité révélée ? L'abbé Roussel écrit à ce sujet dans Libéralisme et catholicisme : « Mais les notions de Religion et de Morale naturelle, elles-mêmes, se trouvent également corrompues ou supprimées par la ruine radicale de leur base, les vérités métaphysiques sur Dieu et l’homme. » (20)

(20) : Op. cit., p. 31.


Les 24 thèses ne sont pas autre chose que « les vérités métaphysiques sur Dieu et l’homme » ; elles constituent donc la base naturelle de la Religion et de la Morale, que cherche à ruiner le modernisme. Quant à Saint Pie X, dans Pascendi Dominici gregis, il définit ainsi le modernisme (§ 58) : « c’est d’une alliance de la fausse philosophie avec la Foi qu’est né, pétri d’erreurs, leur système », et, § 59 : « c’est un fait, qu’avec l’amour des nouveautés, va toujours de pair la haine de la méthode scolastique » (21).

(21) : Pascendi Dominici gregis.


C’est dans cette importance, comme remède préventif au modernisme, qu’on doit chercher l’acharnement de nos adversaires à minimiser la portée des 24 thèses. Saint Pie X écrit en effet [dans la même Encyclique] (§ 63) : « Premièrement ce qui regarde les études, Nous voulons et ordonnons que la philosophie scolastique soit mise à la base des sciences sacréesQuand nous prescrivons la philosophie, ce que nous entendons par là – ceci est capital – c’est la philosophie que nous a léguée le Docteur angéliqueTout ce qui a été édicté à ce sujet par Notre Prédécesseur reste pleinement en vigueur etNous l’édictons à nouveau et le confirmons et l’ordonnons, qu’il soit par tous rigoureusement observé. »

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Jean-Paul BONTEMPS
 
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« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)


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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Mar 19 Juil - 14:48


Les 24 thèses s'imposent au véritable catholique.

Je pense donc que les 24 thèses, dans la formulation qu’elles revêtent, s’imposent au véritable catholique. Elles résument la pensée de Saint Thomas pour l’essentiel. Déclaration de la Sacrée Congrégation des Etudes du 27 Juillet 1914. L’Eglise exige (Canon 1366 § 2) que l’enseignement soit donné conformément aux principes de Saint Thomas. Pie XII n’a-t-il pas écrit d’ailleurs, qu’au niveau de “ces principes” il n’y avait « pas de place pour la liberté de discussion » (22).

(22) : Humani generis .


Les jésuites ont exprimé leurs doutes oralement, la trace des réponses qu’auraient donné oralement Benoît XV ne figure que sur un document émanant de la Compagnie et datant de 1955, soit 40 ans après. S’il est, en effet, théoriquement possible que des propositions contraires et non contradictoires soient toutes deux fausses, il paraît évident qu’elles ne sauraient être toutes deux vraies. La réponse du Pape, comme celle du frère Macquart, sont donc admissibles dans la mesure où on ignore la vérité. Mais cette ignorance n’est-elle pas contradictoire avec la volonté manifestée clairement par l’Église – et dont le Canon 1366 § 2 n’est que l’aboutissement – d’imposer l’enseignement de Saint Thomas, sa philosophie ainsi que l’a souligné Saint Pie X, non seulement sa méthode mais les résultats, « doctrinam et principia », auxquels il est parvenu, en ne faisant le plus souvent que reprendre Aristote, et donc des vérités de raison.

En effet, les modernistes ont toujours prétendu admettre la méthode de Saint Thomas, qu’ils déforment du reste, pour mieux rejeter les vérités démontrées. Mais en mathématiques, par exemple, comment admettre la méthode dite par récurrence, et rejeter le résultat vrai pour l’ordre N – 1, pour l’ordre N ? Ainsi est-ce, à mon avis, une position purement théorique que de suivre la thèse prêtée à Benoît XV et affirmée par certains théologiens, comme le frère Macquart.


Conclusion

Les 24 thèses sont donc un catalogue des vérités de raison, connexes aux vérités de Foi qui correspondent sûrement (décision de St Pie X du 27 Juillet 1914) à l’enseignement de St Thomas, rendu obligatoire par Léon XIII dans l’encyclique Æterni Patris (4 Août 1879) et auxquelles l’Eglise nous demande d’adhérer (canon 1366 § 2).

Puisque les 24 thèses sont le plus sûr remède contre le modernisme, attachons-nous à leur étude. C’est pourquoi nous en avons tiré les quelques leçons de métaphysique élémentaire qui précèdent et que nous en donnons ci- après l’expression latine et la traduction presque mot à mot de ces 24 thèses.

(A suivre)

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« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)
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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Ven 22 Juil - 13:20




L
ES 24 THÈSES THOMISTES.



  1. Potentia et actus ita dividùnt ens, ut quidquid est, vel sicut actus purus, vel ex potentia et actu tamquam primis et extrinsecis principiis necessario coalescat.

    La puissance et l’acte divisent l’être de telle sorte que tout ce qui est, ou est acte pur, ou se compose nécessairement de puissance et d’acte en tant que principes premiers et intrinsèques.


  2. Actus, utpote perfectio, non limitatur nisi per potentiam, quae est perfectionis capacitas. Proinde actus in quo ordine est purus, in eodem nonnisi illimitatus et unicus exsitit; ubi vero est finitus et multiplex, in veram incidit cum potentia compositionem.

    L’acte, en tant que perfection, n’est pas limité, si ce n’est par la puissance qui est capacité de perfection. Ainsi donc, l’acte, dans la mesure où il est pur, n’existe qu’illimité et unique ; là où il est fini et multiple, il entre avec la puissance dans une véritable composition.


  3. Quapropter in absoluta ipsius esse ratione unus subsistit Deus, unus est simplissimus; cetera cuncta quae ipsum esse participant,naturam habent qua esse coarctatur, ac, tamquam distinctis realiter, realiter principiis, essentia et esse constant.

    C’est pourquoi Dieu subsiste-t-Il dans la raison absolue de l’être lui-même ; toutes les autres choses qui participent à l’être lui-même, ont une nature par laquelle leur être est limité, et se composent d’essence et d’existence en tant que principes réellement distincts.


  4. Ens quo denominatur abesse, non univoce de Deo ac de creaturis dicitur; nec tamen prorsus equivoce, sed analogice, analogia tum attributionis tum proportionalitatis.

    L’être qui est dénommé à partir du verbe être, n’est pas dit d’une manière univoque de Dieu et des créatures ; ni de manière absolument équivoque, mais analogique, d’une analogie d’attribution et de proportionnalité.


  5. Est præterea in omni creatura realis composio subjecti subsistentis cum for-mis secundario additis sive accidentibus: ea vero, nisi esse realiter in essentia distincta reciperetur, intelligi non potest.

    Il y a en outre, dans toute créature, composition réelle d’un sujet subsistant et de formes secondairement ajoutées : cette composition ne pourrait pas vraiment être comprise si son existence n’était pas réellement reçue dans une essence distincte.


  6. Praeter absoluta accidentia est etiam relativum, sive ad aliquid. Quamvis enim ad aliquid non significet secundum propriam rationem aliquid alicui inhærens sæpe tamen causam in rebus habet, et ideo realem entitatem distinctam a subjecto.

    Outre les accidents absolus, il y en a un relatif, ou relatif à quelque chose. Bien que relatif à quelque chose ne signifie pas quelque chose d’inhérent au sujet selon sa raison propre, souvent cependant, il a une cause dans les choses et partant une réalité distincte du sujet.


  7. Creatura spiritualis est in sua essentia omnino simplex.Sed remanet in sua compositio duplex: essentiac cum esse et substentiæ cum accidentibus.

    La créature spirituelle est entièrement simple dans son essence. Mais il reste en elle une double composition : d’essence et d’existence, et de substance et d’accidents.


  8. Creatura vero corporalis est quo ad ipsam essentiam composita potentia et actu; quae potentia et actus ordinis essentiae, materiae et formae nominibus designantur.

    Quant à la créature corporelle, elle est composée dans son essence elle-même de puissance et d’acte ; puissance et acte qui dans l’ordre de l’essence sont désignés par le nom de matière et de forme.


  9. Earum partium neutra per se esse habet, nec per se producitur vel corrumpitur nec ponitur in praedicamento nisi reductive ut principium substantiale.

    Aucune de ces parties n’a l’être par soi, n’est produit par soi ou corrompu par soi, ni posé dans un prédicament si ce n’est par réduction, en tant que principe substantiel.


  10. Etsi corpoream naturam extensio in partes integrales consequitur, non tamen idem est corpori esse substantiam et esse quantum. Substantia quippe ratione indivisibilis est, non quidem ad modum puncti, sed ad modum ejus quod est extra ordinem dimensionis. Quantitas vero, quæ exstentionemsubstantiae tribuit, a substantia realiter differt, et est veri nomini accidens.

    Bien que l’extension en parties intégrantes découle de la nature corporelle, cependant ce n’est pas la même chose pour un corps d’être une substance et d’être une quantité. La substance est certainement indivisible par sa nature, non selon le mode du point, mais selon le mode de ce qui est en dehors de l’ordre de la dimension. Quant à la quantité qui donne son extension à la substance, elle en diffère réellement et c’est un véritable accident.


  11. Quantitate signata materia principium est individuationis, id est, numericae distinctions, quae in puribus spiritibus esse non potest, unius individui in eadem natura specifica.

    La matière désignée par la quantité est principe d'individuation, c’est-à-dire de distinction numérique d’un individu dans la même espèce, qui ne peut exister chez les esprits purs.


  12. Eadem efficitur quantitate ut corpus circonscriptive sit in loco, et in uno tantum loco de quacumque potentia per hune modum esse possit.

    Par cette même quantité, il arrive que le corps soit circonscrit en un lieu, et ne peut être de quelque puissance que ce soit, par ce mode, que dans un seul lieu.


  13. Corpora dividuntur bifariam: quidam enim sunt viventia, quaedam experta vitae. In viventibus, ut in eodem subjecto pars moyens et pars mota per se habeantur, forma substantialis, animae nomine designata, requirit organicam dispositionem, seu partes heterogeneas.

    Les corps se divisent de deux manières : certains sont vivants, certains privés de vie. Chez les vivants, pour qu’une partie mouvante et une partie mue soient possédées dans le même sujet, la forme substantielle désignée par le nom d’âme, requiert une disposition organique, ou parties hétérogènes.


  14. Vegetalis et sensibilis ordinis animae nequaquam per se subsistunt, nec per se produnctur, sed ut tantum modo ut principium quo vivens est et vivit et, cum a materia se totis dependeant, corrupto composito, eo ipso per accidens corrumpuntur.

    Les âmes de l’ordre végétal et de l’ordre sensible ne subsistent et ne sont nullement produites par elles-mêmes, mais sont seulement par mode de principe, par lequel le vivant est et vit, comme elles dépendent entièrement de la matière, elles sont, une fois le composé corrompu, corrompues par le fait même, par accident.


  15. Contra, per se subsistit anima humana, quae cum subjecto sufficienter dispositio potest infundi, a Deo creatur, et sua natura incorruptibilis est atque immortalis.

    Par contre, l’âme humaine, qui, lorsqu’elle peut être infusée à un sujet suffisamment disposé, est créée par Dieu, subsiste par elle-même et par nature, est incorruptible et immortelle.


  16. Eadem anima rationalis ita unitur corporis, ut sit ejusdem forma substantialis unica, et per ipsam habet homo et animal et vivens et corpus et substantia et ens. Tribuit igitur anima homini omnem gradum perfectionis essentialem; insuper communicat corpori actum essendi, quo ipsa est.

    La même âme rationnelle est unie au corps de telle sorte qu’elle soit sa forme substantielle unique et que l’homme ait par elle d’être un homme, un animal, un corps, une substance, un être. L’âme donne donc à l’homme tout grade essentiel de perfection ; en outre elle communique au corps l’acte d’être par lequel elle existe elle-même.


  17. Duplicis ordinis facultates, organicae et inorganicae, ex anima humana per naturalem resultantiam emanant; priores, ad quas sensus pertinent, in composito subjectantur, posteriores in anima sola. Est igitur intellectus facultas ab organo intrinseca independens.

    Des facultés de deux ordres, organiques et inorganiques, émanent de l’âme humaine par émergence naturelle : les premières, auxquelles appartiennent les sens, sont assujetties dans le composé, les autres dans l’âme seule. La faculté de l’intellect est donc intrinsèquement indépendante de l’organe.


  18. Immaterialitatem necessario sequitur intellectualitas, et ita quidem ut secundum gradus elungationis a materia, sint quoque gradus intellectualitatis. Adequatum intellectionis objectum est communiter ipsum ens; proprium vero intellectus humani in presenti statu unionis, quidditatibus abstractise conditionibus materialibus continetur.

    L’intellectualité suit nécessairement l’immatérialité, de telle sorte que selon les grades d’éloignement de la matière, il y a également des grades d’intellectualité. L’objet adéquat de l’intellection est communément l’être lui-même ; mais le propre de l’intellect humain dans son état présent d’union (avec le corps), consiste en quiddités abstraites [essences abstraites](az) des conditions matérielles.

    (az) : Précision de JP B.


  19. Cognitionem ergo accipimus a rebus sensibilibus. Cum autem sensibile non sit intelligibile in actu, præter intellectum formaliter intelligentem, admittenda est inanima virtus activa, quæ species intelligibiles a phantasmatibus abstrahat.

    Nous recevons la connaissance des choses sensibles. mais comme le sensible n’est pas intelligible en acte, il faut admettre dans l’âme, outre l’intellect formellement connaissant, une force active qui extrait les espèces intelligibles à partir des [images sensibles](az).


  20. Per has species directe universalia cognoscimus; singularia sensu attingimus, tum etiam intellectu per conversionem ad phantasmata; ad cognitionem vero spiritualium per analogiam ascendimus.

    Nous connaissons directement les choses universelles par les espèces [intelligibles](az) ; nous atteignons les choses singulières par les sens, mais aussi par l’intelligence, grâce à un retour sur les [images sensibles](az) ; nous nous élevons à la connaissance des choses spirituelles par analogie.


  21. Intellectum sequitur, non precedit voluntas, quae necessario appetit id quod sibi præsentatur tamquam bonum ex omni parte expelens apetitum, sed inter plura bona, quæ judicio mutabili appetenda proponuntur, libere eligit. Sequitur proïnde electio judicium practicum ultimum; at quod sit ultimum, voluntas efficit.

    La volonté ne précède pas l’intellect, mais le suit ; car elle se porte nécessairement sur ce qui lui est présenté en tant que bon pour combler l’appétit en tout point, mais entre plusieurs biens qui sont proposés comme désirables à un jugement mutable, elle choisit librement. Le choix suit donc le jugement pratique ultime ; mais que ce soit le dernier, c'est la volonté qui le fait.


  22. Deum esse neque immediata intuiione percipimus neque a priori demonstramus, sed utique a posteriori, hoc est, per ea quæ facta sunt, ducto argumento ab effectibus ad causam: videlicet a rebus quae moventur et sui motus principium adæquatum esse non possunt, ad primum motorem immobilem; a processu rerum mundanarum, e causis inter se subordinatis, ad primam causam incausatam; a corruptilibus qu qualiter se habent ad esse et non esse, ad ens absolute necessarium; ab us quae secundum minoratas perfectionnes essendi, vivendi, intelligendi, plus et minus sunt, vivunt, intelligunt, ad eum qui est maxime intelligens, maxime vivens, maxime ens; denique ab ordine universi ad intellectum separatum qui res ordinavit, disposuit et dirigit in finem.

    L’existence de Dieu, nous ne la percevons pas d’une manière immédiate, nous ne la démontrons pas a priori, mais a posteriori, c’est-à-dire par les créatures, l’argument étant conduit de l’effet à la cause : savoir des choses mues et qui ne peuvent être le principe adéquat de leur mouvement, à un premier moteur immobile ; de la procession des choses du monde à partir des causes subordonnées entre elles, à une première cause incausée ; des choses corruptibles qui sont indifférentes à être ou ne pas être, à un être absolument nécessaire ; des êtres qui selon des perfections inférieures d’être, de vivre, de comprendre, sont, vivent comprennent plus ou moins à Celui qui est souverainement intelligent, souverainement vivant, souverainement existant ; enfin de l’ordre de l’univers, l’intelligence séparée qui a ordonné et disposé les choses et les dirige vers leur fin.


  23. Divina essentia, per hos quod exercitas actualitati ipsius esse indentificatur, seu per hoc quod est ipsum esse subsistens, in sua veluti methaphysica ratione bene nobis constituta bene nobis exhibet su æ infinitatis in perfectione.

    L’Essence Divine, parce qu’elle est identifiée à l’exercice actuel de son être, ou parce qu’elle est l’être lui-même subsistant, nous est proposé bien constituée dans sa raison métaphysique, et ainsi nous montre la même raison de son infinité et perfection.


  24. Ipsa igitur puritate sui esse, a finitis omnibus rebus secernitur Deus. Inde infertur primo, mundum nonnisi per creationem a Deo procedere potuisse; deinde virtutem creativem, qua per se primo attingitur ens in quantum ens, nec miraculose ulli finit ae naturae esse communicabilem; nullum denique creatum agens in esse cujuscumque effectus influere, nisi motione accepta a prima Causa.

    Dieu se distingue de toutes les choses finies par la pureté même de son être. De là, il est inféré : primo, que le monde ne peut que procéder de Dieu par création ; ensuite, que la vertu créatrice, par laquelle est atteinte d’abord par soi l’être en tant qu’être, n’est communicable à aucune nature finie même miraculeusement ; enfin qu’aucun agent créé ne peut influer sur l’être de quelque effet que ce soit, sans une motion reçue de la cause première.


Fin.

_________________

Jean-Paul BONTEMPS
 
Pour la plus grande gloire de Dieu et l’honneur de Notre-Dame, par le triomphe de notre Mère la Sainte Église Catholique, Une et Apostolique, laquelle est traditionnelle (telle qu'avant le conciliabule vaticandeux) et non moderniste.
 
« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)


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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Jeu 24 Nov - 0:53

Dans ce message, nous relevions le fait que Louis, administrateur du forum “Te Deum”, avait tenté, le « Ven 18 Nov 2011 - 21:12 » (heure française), d’argumenter contre notre distinction entre « “pape” materialiter » (élu d’un conclave – matière – en puissance de devenir Pape mais n’ayant pas encore réellement accepté la charge correspondante) et « Pape formaliter » (le même élu devenu réellement Pape par son acceptation véridique de la charge, acceptation qui lui permet de recevoir de Dieu la forme du Pontificat, selon la doctrine de St Robert BELLARMIN) en citant
St Thomas d’Aquin (Ia, qu.7, art.2, resp.3) qui a écrit:


(…) La matière première n’existe point par elle-même, à l’état séparé, dans la nature des choses; elle n’est que de l’être en puissance, et il faut, pour subsister, être en acte. (…) sa potentialité ne s’étend qu’aux formes d’existence prévues par la nature.

Nous avions donc répondu le « Sam 19 Nov 2011, 05:38 » ceci
Citation :


Cet administrateur on ne peut plus éminent d’un forum qui compte des membres illustres tel l’Empereur Charlemagne (rien que ça ! excusez du peu…) sait-il bien lire ?
Ne voit-il pas que saint Thomas parle là de la « matière prime » (« matière première ») ?…

Ces messieurs-dames n’ont donc toujours pas compris les précisions que nous avions pourtant déjà rappelées
(dans le présent fil) selon lesquelles, conformément à la philosophie de St Thomas d’Aquin, précisément,
Citation :
[…] si nous constatons, comme c’est le cas avec Paul VI et ses successeurs vaticandeux, que de tels élus se conduisent comme des antipapes, nous sommes bien obligés d’en conclure qu’ils ne possèdent pas la forme du pontificat pour opposer un obex à la réception de cette forme, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas formellement Papes, ils ne sont pas « Papes formaliter ». Mais, tant que l’Église n’a pas constaté la chose, chacun d’eux reste bien, pour leurs périodes respectives, désigné pour le devenir, c’est-à-dire qu’ils demeurent « “papes” matérialiter » dans le sens où la matière (seconde, qui possède déjà sa forme substantielle) est en puissance de recevoir la forme accidentelle qui la fera devenir ce qu’elle doit être une fois cette forme reçue !
(…)

Et pourquoi donc, si la personne élue par les Cardinaux lors d’un conclave, est la « matière première » (laquelle n’existe effectivement pas « par elle-même, à l’état séparé, dans la nature des choses ») du Pape, St Robert BELLARMIN parle-t-il de ce que « […], en créant le Pontife, les Cardinaux n'exercent pas leur autorité sur le Pontife, puisqu'il n'existe pas encore, mais sur la matière, c'est-à-dire, sur la personne […] » ?
Voilà bien la preuve, donnée là par ce grand Docteur de l’Église, que la personne élue n’est pas la « matière première » mais la matière seconde ! En effet, si les Cardinaux exercent leur autorité « sur la matière », c’est nécessairement sur une matière qui existe déjà et qui n’est donc pas la matière prime, mais la matière seconde qui possède déjà sa forme substantielle ; la forme du Pontificat donnée par Dieu à la personne élue sous la condition que celle-ci l’accepte réellement (car on ne trompe pas Dieu…) n’étant pas la forme substantielle du composé (Pape formaliter) mais la forme accidentelle de la personne devenue Pape. Car un homme peut être Pape (forme accidentelle) ou ne pas être Pape, mais il ne peut pas ne pas être homme (forme substantielle) !

(…)

Sans doute Louis, qui a cependant le mérite de publier le fil « Aperçus de philosophie thomiste », avait-il le 18 novembre parlé un peu vite car, le « Lun 21 Nov - 11:46 » (heure française), il publiait ceci
Citation :

PHYSIQUE ET MÉTAPHYSIQUE

I. LES CORPS

(suite)

[…] est-ce par la notion de matière et de forme au sens ordinaire de ces mots que nous pouvons arriver à une certaine notion de la matière et de la forme prises dans le sens philosophique. Pour les distinguer, quand on veut préciser le sens de ces mots, on désigne la matière, prise au sens philosophique, par les mots de matière première et la forme, par les mots de forme substantielle. Du même coup, en effet, la matière, principe du corps, est distinguée du corps lui-même, qui, désigné par le mot matière, équivaut alors à ce que nous appellerons la matière seconde ; et la forme substantielle se distingue de la forme accidentelle : l'une, fixant son sujet indéterminé dans l'être corporel pur et simple ; l'autre, le supposant déjà fixé dans cet être corporel, mais lui donnant telle ou telle modalité d'ordre secondaire.

Ce même rapport des deux mots appliqués à la matière première et à la matière seconde, ou à la forme substantielle et à la forme accidentelle, nous permet de saisir, dès maintenant, et sur le vif, deux autres termes, d'ordre usuel eux aussi et d'ordre philosophique, qui n'auront pas moins d'importance, dans l'économie de la science philosophique, que les termes de matière et de forme. Leur importance est d'ordre plus transcendant. Car si nous en retrouvons l'usage dans l'ordre du monde corporel, comme pour les termes de matière et de forme, il dépasseront les limites de ce monde corporel et s'appliqueront au monde même de l'ordre incorporel ou spirituel que nous aurons à étudier dans la suite.

Ce sont les termes puissance et acte….

Merci, Louis ! lol!
Vous auriez pu néanmoins faire un message correctif sur celui que vous avez malencontreusement publié le 18 novembre…

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« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)
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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Mar 7 Aoû - 9:21

A la fin des « LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE », il a été donné, ici (http://foicatholique.cultureforum.net/t3786-lecons-de-metaphysique-elementaire-expose#20364), la liste, sans explications, de l’ensembles des 24 thèses thomistes.

On trouvera dans ce fil (http://foicatholique.cultureforum.net/t4126-principes-de-philosophie) l’exposition détaillée de ces 24 thèses rendues obligatoires par notre Mère la Sainte Église catholique, mais, dans un but pédagogique, il vaut mieux commencer par le présent fil des « LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ».

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« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)


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MessageSujet: Re: LEÇONS de MÉTAPHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE ; exposé   Mer 22 Avr - 12:21


« Saint Augustin déboulonne Descartes »

__________________


Sur un autre forum,
ROBERT. a écrit:

Une trouvaille qui date de 5 ans et qui met à terre tout le "raisonnement" de Descartes:
[« CAR SI JE ME TROMPE, JE SUIS; (Saint Augustin) » (Titre d'un autre message de ROBERT. reproduisant le même texte ci-dessous. – Note de JP B.)}

Citation :
CAR SI JE ME TROMPE, JE SUIS;

Par Saint Augustin.

La Cité de Dieu :

source

CHAPITRE XXVI.

L’IMAGE DE LA TRINITÉ EST EN QUELQUE SORTE EMPREINTE DANS L’HOMME, AVANT MÊME QU’IL NE SOIT DEVENU BIENHEUREUX.

Nous trouvons en nous une image de Dieu, c’est-à-dire de cette souveraine Trinité, et, bien que la copie ne soit pas égale au modèle, ou, pour mieux dire, qu’elle en soit infiniment éloignée, puisqu’elle ne lui est ni coéternelle ni consubstantielle, et qu’elle a même besoin d’être réformée pour lui ressembler en quelque sorte, il n’est rien néanmoins, entre tous les ouvrages de Dieu, qui approche de plus près de sa nature.

En effet, nous sommes, nous connaissons que nous sommes, et nous aimons notre être et la connaissance que nous en avons. Aucune illusion n’est possible sur ces trois objets ; car nous n’avons pas besoin pour les connaître de l’intermédiaire d’un sens corporel, ainsi qu’il arrive des objets qui sont hors de nous, comme la couleur qui n’est pas saisie sans la vue, le son sans l’ouïe, les senteurs sans l’odorat, les saveurs sans le goût, le dur et le mou sans le toucher, toutes choses sensibles dont nous avons aussi dans l’esprit et dans la mémoire des images très ressemblantes et cependant incorporelles, lesquelles suffisent pour exciter nos désirs ; mais je suis très-certain, sans fantôme et sans illusion de l’imaginative, que j’existe pour moi-même, que je connais et que j’aime mon être.

Et je ne redoute point ici les arguments des académiciens ; je ne crains pas qu’ils me disent : Mais si vous vous trompez ? Si je me trompe, je suis ; car celui qui n’est pas ne peut être trompé, et de cela même que je suis trompé, il résulte que je suis. Comment donc me puis-je tromper, en croyant que je suis, du moment qu’il est certain que je suis, si je suis trompé ?
[Souligné par JP B.]

Ainsi, puisque je serais toujours, moi qui serais trompé, quand il serait vrai que je me tromperais, il est indubitable que je ne puis me tromper, lorsque je crois que je suis (2).

Il suit de là que, quand je connais que je connais, je ne me trompe pas non plus ; car je connais que j’ai cette connaissance de la même manière que je connais que je suis. Lorsque j’aime ces deux choses, j’y en ajoute une troisième qui est mon amour, dont je ne suis pas moins assuré que des deux autres. Je ne me trompe pas, lorsque je pense aimer, ne pouvant pas me tromper touchant les choses que j’aime : car alors même que ce que j’aime serait faux, il serait toujours vrai que j’aime une chose fausse.

Et comment serait-on fondé à me blâmer d’aimer une chose fausse, s’il était faux que je l’aimasse ? Mais l’objet de mon amour étant certain et véritable, qui peut douter de la certitude et de la vérité de mon amour ? Aussi bien, vouloir ne pas être, c’est aussi impossible que vouloir ne pas être heureux ; car comment être heureux, si l’on n’est pas ?


FIN
------------------------------------------------------------

Comp. saint Augustin, De doctr. chris., lib. I, n. 3-5, et De Trinit., lib. X, n.13

(2) Ce raisonnement, très familier à saint Augustin et qu’il a reproduit dans plusieurs de ses ouvrages (notamment dans le De Trinitate, lib. X, cap. 10 ; dans le De lib. arb., lib. II, cap. 3, et dans les Soliloques, livre I, cap. 3), contient le germe d’où devait sortir, douze siècles plus tard, le Cogito, ergo sum et toute la philosophie moderne. Voyez Descartes, Discours de la méthode, 4e partie ; Méditations, I et II; Lettres, tome VIII de l’édition de M. Cousin, p. 421; comp. Pascal, Pensées, p. 469 de l’édition de M. Havet.



Voilà le raisonnement catholique qui met à terre tout le [prétendu]* rationalisme de Descartes.

* Entre crochets de JP B.



Merci ROBERT. !

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« Il n’y a pas de liberté, sinon dans la vérité; la “liberté” de l’erreur est le délire de la liberté de la perdition. » (Sodalitium, calendrier 2013, p. 5.)

« car la liberté nous est donnée pour choisir tel bien plutôt que tel autre, et non pas entre le bien et le mal qui marque plutôt un infirmité de notre liberté. » (CATÉCHISME MARIAL - Par Henri-Marie Guindon, S.M.M. - 1947 - p.14. Source.)
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