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 Evangile selon Saint Matthieu , chap 16 ; verset 13 - 19

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MessageSujet: Evangile selon Saint Matthieu , chap 16 ; verset 13 - 19   Mar 21 Mai - 9:53

Evangile selon Saint Matthieu , chap 16 ; verset 13 - 19

Citation :
Jésus, étant venu dans la région de Césarée de Philippe,
interrogeait ainsi ses disciples : « Qui dit-on qu’est le Fils de
l’homme ? » Ils dirent : « Les uns Jean le Baptiste, d’autres Elie, d’autres Jérémie ou l’un des prophètes. » Il leur dit : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Simon Pierre, prenant la parole, dit : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Jésus lui répondit : « Tu es heureux, Simon Bar-Jona, car ce n’est
pas la chair et le sang qui te l’ont révélé, mais mon Père qui est dans
les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai
mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux : tout ce que tu
lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras
sur la terre sera délié dans les cieux. »

http://fr.wikisource.org/wiki/%C3%89vangile_selon_Saint_Matthieu_-_Crampon#Chapitre_16

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MessageSujet: Re: Evangile selon Saint Matthieu , chap 16 ; verset 13 - 19   Mar 21 Mai - 9:58

Commentaire par Saint Thomas d'Aquin.

Verset 13-19


http://docteurangelique.free.fr/index.html

La Glose :

Après avoir inspiré à ses disciples
un profond éloignement pour la doctrine des pharisiens, Notre Seigneur
choisit ce moment favorable pour jeter dans leurs âmes les fondements
profonds de la doctrine évangélique, et pour donner à son enseignement plus
de solennité, l'Évangéliste nous désigne l'endroit où elle se passa: « Or, Jésus vint dans les environs de
Césarée de Philippe. »


Saint
Jean Chrysostome :


Il ne dit pas simplement Césarée, mais Césarée de Philippe;
car il y a une autre ville de Césarée, celle de Straton. Ce n'est point dans
celle-là, mais dans la première, que Jésus fait cette question à ses
disciples; il les emmène loin des Juifs, afin que, sans crainte aucune, ils
disent librement ce qu'ils ont dans le cœur.



Raban :

Ce Philippe était frère
d'Hérode, il était tétrarque de l'Iturée et de la Trachonitide. Il avait
appelé Césarée, en l'honneur de Tibère, la ville qui est maintenant connue
sous le nom de Panéas.


La Glose :

Le Seigneur veut
confirmer ses disciples dans la foi, il commence donc par éloigner de leur
esprit les opinions et les erreurs que d'autres pouvaient y avoir jetées. « Et il interrogea ses disciples en
leur demandant: Que disent les hommes qu'est le Fils de l'homme ? »



Origène :

En interrogeant
ainsi ses disciples, il veut nous ap­prendre par leurs réponses qu'il y avait
alors sur le Christ diverses opinions parmi les Juifs, et aussi nous faire
rechercher nous-mêmes l'opinion que les hommes peuvent avoir de nous. S'ils
en disent du mal, nous devons cesser de leur en donner occasion, et s'ils en
disent du bien, nous devons redoubler nos efforts pour mériter leur approba­tion.
Les disciples des évêques doivent apprendre aussi, à l'exemple des Apôtres, à
informer leurs supérieurs de ce qu'ils entendent dire au dehors sur leur
personne.


Saint Jérôme :

L'expression dont il se sert: « Que disent les hommes qu'est le
Fils de l'homme ? »
est parfaitement choisie, car ceux qui
parlent du Fils de l'homme sont des hommes; mais ceux qui comprennent sa
divinité sont appelés, non pas des hommes, mais des dieux.


Saint Jean Chrysostome :
(hom. 54.) Il ne leur demande pas: Que
disent de moi les pharisiens et les scribes ? mais: « Que disent les hommes ? » Car il cherche à
connaître la pensée du peuple, qui n'était pas tourné au mal. L'idée que le
peuple avait du Christ était sans doute bien au-dessous de la réalité, mais
au moins elle était pure de toute malice, tandis que l'opinion que les
pharisiens se formaient de sa personne était pleine de méchanceté.


Saint Hilaire :

(can. 16 sur S. Matth.) « Que disent les hommes
qu'est le Fils de l'homme ? »
Il nous
apprend par ces paroles que l'on doit voir en lui autre chose que ce qui
paraît au dehors, car il était vrai­ment le Fils de l'homme. Quelle idée
voulait-il donc qu'on eût de lui ? Non pas, pensons-nous, celle qu'il
avait fait connaître lui-même; la vé­rité qui faisait l'objet de cet examen
était cachée, et c'est cette vérité que la foi des chrétiens doit embrasser.
Or, telle doit être notre profession de foi: nous devons croire qu'il est le
Fils de Dieu comme il est le Fils de l'homme; car l'une de ces deux
croyances, sans l'autre, ne peut en rien nous donner l'espérance du salut;
aussi est-ce avec intention qu'il dit: « Que
disent les hommes du Fils de l'homme ? »



Saint Jérôme :

Il ne dit pas: Que disent-ils
que je suis, mais: « Que
disent-ils qu'est le Fils de l'homme ? »
pour éviter dans cette
question toute apparence de recherche personnelle. Remarquons encore que
partout où nous lisons dans l'Ancien Testament: Fils de l'homme, le texte
hébreu porte: Fils d'Adam.


Origène :

Les disciples rapportent les différentes opinions qu'on se formait du
Christ, « Et ils lui répondirent:
Les uns disent Jean-Baptiste,
c'est-à-dire ceux qui partageaient
l'opinion d'Hérode; les autres, Élie,
et ceux-là pensaient ou bien qu'Élie avait reçu une seconde naissance, ou que
n'ayant point été autrefois soumis à la mort du corps, il se manifestait dans
le temps présent; les autres, Jérémie,
que le Sei­gneur avait établi prophète parmi les nations, et ils ne
comprenaient pas que Jérémie était la figure du Christ; ou l'un des prophètes, pour une raison semblable, à cause des
choses que Dieu leur avait révélées par les prophètes, bien qu'elles n'aient
pas reçu leur accomplissement en eux, mais seulement dans Jésus-Christ.


Saint
Jérôme :


Cependant le peuple a bien pu se tromper en
prenant le Christ pour Élie et pour Jérémie, de même qu'Hérode qui le prenait
pour Jean-Baptiste; aussi suis-je étonné de voir quelques interprètes
rechercher les causes de toutes ces erreurs.


Saint Jean Chrysostome :
(hom. 54.) Après que les
disciples lui ont fait connaître l'opinion du peuple, il les presse par une
seconde question de se former une plus haute idée de lui; « Et Jésus leur dit: Et vous, qui
dites-vous que je suis ? »
Vous, dis-je, qui êtes toujours avec
moi, qui avez été témoins de plus grands miracles que le peuple, vous ne
devez point partager sa manière de voir. Aussi ne leur fît-il pas cette
question au début, de sa prédication, mais après avoir fait un grand nombre
de miracles, et leur avoir souvent parlé de sa divinité.


Saint Jérôme :

Remarquez que d'après ce langage du Seigneur,
les Apôtres ne sont pas appelés des hommes, mais des dieux, car après avoir
dit: « Les hommes, que disent-ils
qu'est le Fils de l'homme ? »
il ajoute: « Et vous, que dites-vous que je suis ? »
c'est-à-dire les hommes qui ne sont que des hommes ont de moi une opinion
tout humaine; mais vous qui êtes des dieux, que pensez-vous que je
suis ?


Raban :

Ce
n'est point sans doute par ignorance que le Seigneur s'in­forme de l'opinion
que ses disciples et le peuple peuvent avoir de sa personne; s'il demande à
ses disciples ce qu'ils pensent de lui, c'est pour récompenser dignement leur
confession de foi, conforme à la vérité. Aussi s'informe-t-il d'abord de l'opinion
des autres, afin qu'après avoir rapporté les jugements de ceux qui se
trompent, on soit obligé de reconnaître que les disciples ont puisé la vérité
de leur profession de foi, non pas dans les idées du peuple, mais dans une
révélation particulière du Seigneur.


Saint Jean Chrysostome :
(hom. 54.) Lorsque Notre
Seigneur demande quelle opi­nion le peuple a de lui, tous répondent; mais
lorsqu'il demande à ses disciples quelle est leur opinion personnelle, Pierre
répond au nom de tous comme étant la bouche et la tête du collège
apostolique: « Simon Pierre,
prenant la parole, lui dit: Vous êtes le Christ Fils du Dieu vivant. »



Origène :

Pierre rejette
toutes les fausses idées que les Juifs se faisaient de Jésus, et il confesse
hautement cette vérité qu'igno­raient les Juifs: « Vous êtes le Christ », et ce qui est bien plus grand:
« le Fils du Dieu vivant »,
qui avait dit par les prophètes: « Moi
je vis, dit le Seigneur »
(Is 49,
18; Jr 22, 24; Ez 5, 11; 14, 16.18.20; 17, 19; 18, 3; 33, 11.27; 34, 8 ). On
l'appelait vivant, mais d'une manière éminente, parce qu'il est supérieur à
tous les êtres qui ont la vie; car seul il possède l'immortalité, et il est
la source de la vie. C'est lui que nous appelons dans un sens véritable Dieu
le Père. Or, celui qui dit: « Je
suis la vie »
(Jn 11), est
lui-même la vie qui sort comme de la source.


Saint Jérôme :

Pierre dit: « du Dieu vivant », par opposition avec ces dieux qu'on
regarde comme des dieux, et qui ne sont que des morts: je veux parler de
Saturne, de Jupiter, de Vénus, d'Hercule, et des autres divinités.


Saint Hilaire :

Au contraire, la foi vraie et
inviolable, c'est que le Fils est sorti Dieu de Dieu, et que de toute
éternité il a possédé l'éternité du Père. Croire et confesser qu'il a pris un
corps semblable au nôtre, et qu'il s'est fait homme, c'est la per­fection de
la foi. Aussi la déclaration de l'Apôtre embrasse tout, en formulant aussi
clairement la nature et le nom du Christ, et résume toutes les vertus.


Raban :

Par un admirable
contraste, c'est Notre Seigneur lui-même qui confesse les humiliations de la
nature humaine dont il s'est revêtu, tandis que le disciple proclame les
grandeurs de son éternelle divinité.

Saint Hilaire :

La confession de Pierre mérita une
récompense digne d'elle, parce qu'il avait reconnu le Fils de Dieu sous les
dehors de l'homme: « Jésus lui
répondit: Vous êtes heureux, Simon, fils de Iona, parce que ce n'est ni le
sang ni la chair qui vous ont révélé ceci. »



Saint Jérôme :

Le Seigneur paie d'un juste retour le
témoignage que lui a rendu son apôtre. Pierre lui avait dit: « Vous êtes le Christ, le Fils du
Dieu vivant »
; Jésus-Christ lui répond: « Vous êtes heureux, Simon, fils de Iona. »
Pourquoi ? parce que ce n'est ni la chair ni le sang, mais mon Père qui
vous a révélé cette vérité. Ce que la chair ni le sang n'ont pu révéler, l'a
été par la grâce de l'Esprit saint. Cette confession lui a donc mérité le nom
qui lui est donné de fils de l'Esprit saint, à qui il devait cette
révélation; car dans notre langue, Bar Jona veut dire fils de la colombe.
Quelques-uns l'entendent simplement en ce sens que Simon (c'est-à-dire
Pierre), était fils de Jean, d'après cette question que le Seigneur lui
adressa dans un autre endroit: « Simon,
fils de Jean, m'aimez-vous ? »
Ils pré­tendent que c'est par
une erreur des copistes qu'au lieu de Bar-joanna, c'est-à-dire: fils de Jean,
nous lisons Bar Jona, avec une syl­labe de moins. Or, Joanna signifie grâce
de Dieu, et ces deux noms peuvent recevoir une interprétation spirituelle,
c'est-à-dire que la colombe représente le Saint-Esprit, et la grâce de Dieu,
les dons spi­rituels.


Saint Jean Chrysostome :
(hom. 54.) Il eût été inutile
de dire: Vous êtes le filsde
Jona, ou de Joanna, si le Seigneur n'avait eu l'intention de montrer que le
Christ est aussi naturellement le Fils de Dieu que Pierre est fils de Jona,
c'est-à-dire de la même substance que celui qui l'a en­gendré.


Saint Jérôme :

Comparez ces paroles: « Ce n'est point la chair ni le sang
qui vous l'ont révélé »,
à ces autres de l'Apôtre: « Aussitôt j'ai cessé de prendre
conseil de la chair et du sang »
(Ga 1); ce sont les Juifs qu'il veut désigner sous le nom de la
chair et du sang, et nous y trouvons une preuve que dans cet endroit, ce
n'est point par la doc­trine des pharisiens, mais par la grâce de Dieu, que
le Christ, Fils de Dieu, a été révélé à Pierre.


Saint Hilaire :

Ou bien dans un autre sens, Pierre
est heureux parce qu'il a eu le mérite d'étendre ses regards au delà de ce
qui est humain, et que sans s'arrêter à ce qui venait de la chair et du sang,
il a contemplé le Fils de Dieu par un effet de la révélation du Père céleste,
et a été jugé digne de reconnaître le premier que la divinité était dans le
Christ.


Origène :

(traité 1 sur S. Matth.,
16.) C'est ici le lieu de demander si, lorsque le Seigneur envoya ses
disciples prêcher l'Évangile, ils savaient déjà qu'il était le Christ, car
d'après ce passage, Pierre confesse ici pour la première fois que le Seigneur
était le Christ, le Fils du Dieu vivant. Comprenez donc, si vous pouvez résoudre
ce genre de problème, que c'est une grâce bien moindre de croire que de
connaître que Jésus est le Christ, et nous dirons alors que lorsqu'il
envoyait ses disciples prêcher l'Évangile, ils croyaient qu'il était le
Christ, mais qu'ensuite ils en vinrent à le connaître. Ou bien nous
répondrons que les Apôtres n'avaient alors que le commencement de la
connaissance du Christ et que cette con­naissance était très restreinte, mais
qu'ensuite ils firent tant de progrès dans cette connaissance, qu'ils
comprirent ce que le Père avait révélé du Christ, comme Pierre, que Jésus
proclame bienheureux, non seulement pour avoir dit: « Vous êtes le Christ », mais surtout pour avoir
ajouté: « le Fils du Dieu
vivant. »



Saint Jean Chrysostome :

(hom. 54.)
Or, si Pierre n'avait pas confessé que le Christ est
réellement né du Père, il n'aurait pas eu besoin de révélation, et il
n'aurait pas été proclamé bienheureux pour avoir cru que le Christ était un
des nombreux enfants adoptifs de Dieu. En effet, bien aupa­ravant, ceux qui
étaient dans la barque lui avaient dit: « Vous
êtes vraiment le Fils de Dieu »
(Mt
14); Nathanaël lui-même lui avait dit: « Maître, vous êtes le Fils de Dieu. » (Jn 1.) Cependant ils n'ont pas été
déclarés bienheureux, parce qu'ils n'ont pas confessé la même filiation que
Pierre. Ils croyaient que le Christ était semblable à beaucoup d'autres, mais
non pas qu'il fût vraiment le Fils de Dieu; ou bien s'ils lui reconnaissaient
une supériorité réelle sur tous les autres, ils ne le re­gardaient cependant
pas comme étant né de la substance même du Père. Vous voyez donc comme le
Père révèle le Fils, et comment le Fils révèle le Père; car on ne peut
connaître le Fils que par le Père, comme on ne peut connaître le Père que par
le Fils, ce qui établit clairement que le Fils est consubstantiel au Père, et
doit recevoir les mêmes adorations. Or, Jésus prend occasion de cela pour
enseigner à ses Apôtres que plusieurs croiront un jour ce que Pierre vient de
confesser: « Et moi, je vous dis
que vous êtes Pierre. »




Saint Jérôme :

C'est-à-dire parce que vous avez fait cette confession de foi: « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu
vivant »,
moi je vous dis non point par un discours vain et sans
objet, mais je vous dis (car pour moi, dire c'est faire): « Vous êtes Pierre. » De
même que précédemment lui qui est la véritable lumière avait donné à ses
Apôtres le nom de lumière du monde et d'autres noms qui avaient été donnés
par le Seigneur; ainsi il a donné le nom de Pierre à Simon, qui croyait que
Jésus-Christ était la pierre par excellence.


Saint Augustin :

(de l'accord des Evang., 2, 53.) Il ne faut pas croire cependant
que ce fut dans cette circonstance que Pierre reçut son nom; ce nom lui fut
donné dans une autre circonstance rapportée par saint Jean, alors que
Jésus-Christ lui dit: « Vous vous
appellerez Céphas »,
ce qui veut dire Pierre.


Saint Jérôme :

C'est en suivant cette métaphore de
la pierre que le Seigneur lui dit: C'est sur vous que je bâtirai mon Église,
comme il l'a­joute en effet: « Sur
cette pierre, je bâtirai mon Église. »



Saint Jean Chrysostome :

(hom. 54.) C'est-à-dire, sur cette foi et sur cette confession, je
bâtirai mon Église. Nous apprenons de là qu'un grand nombre croiront ce que
Pierre vient de confesser, et il élève en même temps son intelli­gence et lui
donne la charge de suprême pasteur.


Saint Augustin :
(Liv. de Retract., 1, 21.) J'ai dit quelque
part, de l'apôtre saint Pierre, que l'Église avait été bâtie sur lui comme
sur la pierre; mais je me rappelle avoir plus tard expliqué cette parole: « Vous êtes Pierre, et sur cette
pierre je bâtirai mon Église »
, en ce sens que d'après ces paroles
du Seigneur, l'Église est bâtie sur celui que Pierre a confessé en ces
terme : « Vous êtes le
Christ, Fils du Dieu vivant. »
De cette manière, l'Apôtre aurait
reçu son nom de cette pierre et il représenterait l'Église qui est bâtie sur
cette pierre. En effet, le Seigneur ne lui dit pas: Vous êtes la pierre
(petra), mais « Vous êtes
Pierre »
(Petrus); la pierre, c'était le Christ (1 Co 10) dont Simon a confessé la
divinité, comme toute l'Église le confesse, et c'est pour cela qu'il a reçu
le nom de Pierre. Le lecteur peut choisir entre ces deux opinions celle qui
lui paraîtra la plus probable.


Saint Hilaire :

Dans ce nouveau nom donné au prince
des Apôtres, nous trouvons un présage heureux de la solidité des fondements
de l'Église et une pierre digne de cet édifice qui devait réduire eu poudre
les lois et les portes de l'enfer et tous les cachots de la mort, et c'est
pour montrer la force de l'Église bâtie sur cette pierre que Jésus ajoute: « et les portes de l'enfer ne
prévaudront point contre elle. »



La
Glose :


c'est-à-dire : elles ne
l’éloigneront pas de mon amour et de la foi en moi.

Saint
Jérôme :
Les portes de l'enfer sont, à mon avis, les
vices et les péchés des hommes, ou du moins les doctrines des hérétiques qui
séduisent les hommes et les entraînent dans l'abîme.


Origène :

Tous les esprits de malice répandus dans les airs sont aussi les
portes de l'enfer auxquelles sont opposées les portes de la jus­tice (Ps 97, 19).



Raban :

Les portes de
l'enfer sont encore les tourments et les séductions que mettent en oeuvre les
persécuteurs. Ce sont aussi les œuvres mauvaises des incrédules, et leurs
discours absurdes, parce qu'ils font connaître le chemin de la perdition.


Origène :

Notre Seigneur ne
précise pas si c'est contre la pierre sur laquelle le Christ a bâti son
Église ou si c'est contre l'Église elle-même, bâtie sur la pierre, que ces
portes de l'enfer ne prévaudront pas. Mais il est évi­dent qu'elles ne
prévaudront ni contre la pierre, ni contre l'Église.


Saint
Cyrille :


D'après cette promesse du Seigneur,
l'Église apostolique, placée au-dessus de tous les évêques, de tous les
pasteurs, de tous les chefs des Églises et des fidèles, demeure pure de
toutes les séductions et de tous les artifices des hérétiques dans ses
pontifes, dans sa foi toujours entière et dans l'autorité de Pierre. Tandis
que les autres Églises sont déshonorées par les erreurs de certains
hérétiques, seule elle règne, appuyée sur des fondements inébranlables,
imposant silence et fermant la bouche à tous les hérétiques; et nous, si nous
ne sommes ni égarés par une téméraire présomption de notre salut, ni enivrés
du vin de l'orgueil, nous confessons et nous prêchons en union avec elle la
règle de la vérité et de la sainte tradition apostolique.


Saint Jérôme :

Qu'on ne s'imagine pas que ces
paroles doivent s'entendre de la mort, en ce sens que les Apôtres n'ont pas
été soumis à la mort, quand on sait la gloire éclatante de leur martyre.



Origène :

Et à nous aussi il
sera dit: « Vous êtes
Pierre. »
Aussitôt que nous aurons confessé que Jésus-Christ est le
Fils du Dieu vivant grâce à la révélation du Père qui est dans les cieux,
c’est-à-dire lorsque nous-mêmes nous vivrons déjà pour ainsi dire dans le
ciel. Car la pierre, c’est tout fidèle imitateur du Christ; mais celui contre
lequel prévalent les portes de l’enfer n’est ni la pierre sur laquelle le
Christ bâtit son Église, ni cette Église, ni aucune partie de cette Église,
dont le Seigneur asseoit les fondements sur la pierre.



Saint Jean Chrysostome :
(hom.
54.)
Le Seigneur donne ensuite une autre prérogative
à Pierre, en ajoutant: « Et je
vous donnerai les clefs du royaume des cieux. »
C’est-à-dire: De
même que mon Père vous a fait la grâce de me connaître, je vous accorderai
aussi une faveur particulière, c’est-à-dire les clefs du royaume des cieux.



Raban :

Celui qui a
reconnu et confessé le roi des cieux avec plus d’ardeur que tous les autres
reçoit aussi d’une manière plus particulière que tous les autres les clefs du
royaume des cieux, afin qu’il fût bien démontré pour tous que sans cette
confession et sans cette foi, personne ne peut entrer dans le royaume des
cieux. Les clefs du royaume des cieux sont la puissance et le droit de juger:
la puissance, pour lier et délier, le pouvoir de juger, de discerner ceux qui
sont dignes et ceux qui ne le pas.


La Glose :
« Et ce que vous lierez », c’est-à-dire celui que vous aurez jugé indigne d’absolution pendant
sa vie, en sera jugé indigne devant
Dieu lui-même. »
« Et ce
que vous aurez délié »,
c’est-à-dire celui que vous aurez jugé digne
d’être absous ici-bas, recevra de Dieu
la rémission de ses péchés. »



Origène :

Voyez quelle grande
puissance a été donnée à cette pierre sur laquelle l’Église est bâtie; ses
jugements sont irrévocables, comme si Dieu lui-même les avait prononcés par
sa bouche.



Saint Jean Chrysostome :
(Hom. 54.) Voyez aussi comme Jésus-Christ
inspire à Pierre une haute compréhension de sa personne ; il promet de
lui donner ce qui n’appartient qu’à Dieu seul, c’est-à-dire le pouvoir de
remettre les péchés et de rendre l’Église immuable au milieu de toutes les
tempêtes, des persécutions et des épreuves.


Raban :


Quoique
le Seigneur paraisse donner exclusivement à Pierre ce pouvoir de lier et de
délier, il l’accorde également aux autres Apôtres (Mt 18, 18) et maintenant encore à toute l’Église dans la personne
des évêques et des prêtres; mais Pierre a reçu d’une manière plus
particulière les clefs du royaume des cieux et la primauté du pouvoir
judiciaire, afin que tous les croyants répandus dans l’univers comprennent
que du moment où, de quelque manière que ce soit, on se sépare de l’unité de
la foi ou de la société de Pierre, on ne peut être délivré des liens du
péché, ni voir ouvrir devant soi les portes du royaume du ciel.


La Glose :
Notre Seigneur a
donné d’une manière particulière ce pouvoir à Pierre pour nous inviter à
l’unité; il l’a établi prince des Apôtres afin que l’Église eût au-dessus de
tous les autres un seul vicaire de Jésus-Christ, auquel tous les membres de
l’Église puissent recourir si la division venait à s’introduire parmi eux;
s’il y avait plusieurs chefs dans 1’Église, le lien de l’unité serait rompu.
Quelques-uns prétendent que cette expression: « sur la terre » signifie que ce pouvoir de lier et de
délier ne lui a été donné que sur les vivants et non sur les morts, car celui
qui exercerait ce pouvoir sur les morts ne l’exercerait pas sur la terre,
mais après.



Conc. de Constant.

Comment s’en trouve-t-il qui osent dire que ce pouvoir ne doit
s’exercer que sur les vivants ? Ignorent-ils donc que la sentence
d’anathème n’est autre chose qu’une sentence de séparation ? On doit
toujours éviter tout commerce avec ceux qui sont esclaves de crimes énormes,
qu’ils soient du nombre des vivants ou parmi les morts, car on doit toujours
se séparer de ce qui est coupable et nuisible. D’ailleurs nous avons
d’Augustin, de pieuse mémoire, et qui jeta un si vif éclat parmi les évêques
d’Afrique, plusieurs lettres où il enseigne qu’il faut anathématiser les
hérétiques même après leur mort. Les autres évêques d’Afrique ont conservé
cette tradition ecclésiastique, et la sainte Église romaine elle-même a
anathématisé aussi quelques évêques après leur mort, quoique leur foi n’eût
pas été incriminée pendant leur vie.


Saint Jérôme :

Quelques évêques et quelques prêtres
qui n’ont pas l’intelligence de ce passage, affectent en quelque sorte
d’imiter la conduite orgueilleuse des pharisiens en condamnant les innocents
et en s’imaginant qu’ils peuvent absoudre les coupables, lorsqu’ils devraient
savoir que Dieu tient compte non tant de la sentence des prêtres que des
dispositions des coupables. Nous lisons, dans le passage du Lévitique qui
ordonne aux lépreux de se présenter devant les prêtres (chap. 13 et 14), que,
s’ils sont atteints de la lèpre, ils soient alors déclarés impurs par le
prêtre, non pas que ce soient les prêtres qui les rendent lépreux et impurs,
mais parce qu’ils connaissent les caractères qui distinguent le lépreux de
celui qui ne l’est pas, celui qui est pur de celui qui est impur. De même
donc que dans l’ancienne loi le prêtre déclarait le lépreux impur, ainsi
l’évêque ou le prêtre exercent le pouvoir de lier et de délier, non pas à
l’égard de ceux qui sont innocents et purs, mais dans ce sens que, en vertu
de leur charge, après avoir entendu la confession des diverses espèces de
péchés, ils savent quels sont ceux qu’ils doivent lier et ceux qui méritent
d’être déliés.



Origène :

Celui donc qui exerce le pouvoir de lier et de délier de manière à
être jugé vraiment digne d’exercer ce pouvoir dans le ciel est
irrépréhensible. Or, les clefs du royaume des cieux sont données aussi comme
récompense à celui qui par ses vertus peut fermer les portes de
l’enfer. En effet, lorsqu’un homme commence à pratiquer toutes les
vertus chrétiennes, il s’ouvre à lui-même la porte du royaume des cieux,
c’est-à-dire que le Seigneur la lui ouvre par sa grâce, de manière que la
même vertu est tout à la fois la porte et la clef de la porte. Peut-être même
pourrait-on dire que chacune des vertus est le royaume des cieux.

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